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.UU.-F.iH-J'.Wi
AS
BULLETINS
DE
L'ACADEMIE ROY ALE DES SCIENCES,
DKS
LEHRES £T DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE
1
I
fi
BULLETINS
DE
rACADEMIE ROYALE
DES
SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS
DE BELGIQUE.
YINGI-SEPIIKMB ANNfiB.— 2"» S^RIE, lOME lY.
BRUXELLES ,
M. HAYEZ, IMPRIMEIJU DE i/aOADEMIE ROYALE DE BELGIQUE.
1858.
BULLETIN
J>B
L'ACADIEMIE ROYALE DES SCIENCES,
DBS
LETTRES ET DES BEADX-ARTS DE BEL6IQCE
4858. — NM.
CLASSE DES SCIElffCES.
Seance du 9 Janvier 18S8.
M. Gluge, directeur.
M. Ad. Quetelet, secretaire perpetueL
Sont presents : MM. d'Omalius d'Halloy , Sauveur , Wes-
mae], Martens, Stas, Van Beneden, Ad. De Vaux, Edm.
de Selys-LoDgcbamps, Nyst, Nerenburger, Schaar, Mel-
sens, Liagre, Duprez, Brasseur, Poelman, membres;
Schwann, Lacordaire, Lamarle, associes.
M. Ed. Fetis, mem&re de la classe des beaux-arts ^ assisle
^la seance.
S""* SKRIE , TOUR IV. . 1
.-'
I
» ' it ^'
1 ' o
I
(2)
CORRESPONDANCE.
II est donne lecture deslettres par lesquelles MM. Poel-
man et Montigny remercient FAcad^mie, le premier pour
sa nomination de merobre> et le second pour sa nomina-
tion de correspondant de la classe.
— M. le secretaire perpeluel depose, au nom de MM. les
questeurs du Senat et de la Chambre des Representants,
des cartes d'entree pour les tribunes reservees. — Re-
merciments.
— L'universite de Christiania fait hommage d'un exem-
plaire d'une medailleen bronze, frappee poor consacrer
le souvenir du cinquanlieme anniversaire de professorat
de M. Hansteen, Tun de ses professeurs et associe de
rAcademie>
— La Socieiepontiflcale desNouveaux Lyncees de Rome
et la Societe pbilosophique et litteraire de Manchester re-
mercient TAcademie pour ses dernieres publications; elles
lui font parvenir en meme temps leurs memoires. La So-
ciete imperiale geographique de Russie a S^-Petersbourg
remercie ^alement pour le dernier envoi de I'Academie.
MM. Ad. Quetelet , Leclercq et De Wael communiquent
les observations meteorologiques faites i Bruxelles, a
Liege et a Eeckeren , dans la province d'Anvers, pendant
ranneel857. ^
MM. J.-B. Vincent et (ils transmettent les resuUats de
(3)
lears observations oraithologiques faites a Bruxelles, pen-
dant la meme ann^e.
M. Edm. de Selys-Longchamps, membre de I'Acad^mie,
depose, de son cote, les observations botaniques et zoolo-
giques qu'il a recueillies avec M. Ghaye, dans les environs
de Liege et a Waremme, el parliculierement les observa-
tions sor Tetat de la vegetation au 21 octobre dernier. < II
est interessant de constater Teffet d*une annee exception-
nellement chaude et seche sur reffeuillaison , dit-il; on
voit par les chiffres respeclifs du feuillage restant sur
lesarbres, que la temperature extraordinaire de 1857 a
retarde la chute dcs feuilles.
» Si Ton reunit ensemble les arbres qui onl conserve la
lotalite de leur feuillage et ceux qui en ont encore les
trois quarts (40 et IS), on trouve, il est vrai, un total
qui depasse legerement celui de 1855 (26 et 27); mais la
grande difference se montre dans la proportion des deut
nombres. >
— M. Gerard, horlogera Liege^ envoie une note ma-
iiuscrite sur une roue electromolrice. — M. Ad. De Yaun
est invite a examiner cet ecrit.
— M. Edm. de Selys-Longchamps, president de la So-
ciete entomologique beige, fait hommage du tome I*' des
Annales publiees par eel elablissemenl. — M. Ad. Que-
lelet depose le 25'"'' Annuaire de VObservatoire roycU de
Bruxelles pour 1858. — Remercimenls.
• '^.tNvJh.
(4)
PROGRAMME D£ GONCOURS DE i8K&
La classe des sciences propose, pour le eoBCOurs 4^
1658^ les quesiioBS suivantes :
^ PREMltlRE QUESTION.
Dohner un apetcu historique et critique des mithodes qui
ont iftiS employees pour determiner la figure de la terre,
depuis les expeditions frangaises en Laponie et au P&ou.
DECXiiME QUESTION.
On tend aujourd*hui a substUuer Venregistrement des
observations de mitiiorologie et de physique du globe par
des moyens micaniqueSf a leur constatation directe par des
observateurs ; on demande d'examiner la valeur compara-
tite desdeust m(>ymSy en ayant ^ard a ieur mirite scienti-
flque etinsi qu'^iujc soins ei aux d^nses qu'ils occasion'
nent.
TROISltME QUESTION.
Apprecier et definir le fait de la peneiralion des parti-
cules solides a travers les tissus de Nconomie animale^ et
determiner les rapports dans lesquels cet acte se trouve avec
celui de l*absorption.
QUATRIEME QUESTION.
Faire connaUre le mode de reproduction et de develop-
pement de la Noctiluque miliaire.
(5)
GINQUlilME QUESTION.
Faire un examen comparatif des organes destines a la
reproduction chez les cryptogames et les phanerogames , en
faisant ressortir les analogies et les differences que ces or-
gani$ prisentent dans ces deux ordres de plantes.
Le prix de cbacune de ces questions sera uqe medaille
d'or de la valeur de six cents francs. Les memoires devront
elre ecrits lisiblement, en 4atin, franoais ou flamand,
et ils seront adresses, francs de port, avant le 20 sep-
tembre 1858 , a M. Ad. Queteiet, secretaire perpeiuel.
L*Academie exige la plus grande exactitude dans les ci-
tations; a cet effet, les auteurs auront soin d*indiquer !es
Editions et les pages des ouvrages cites. On n*admettra qde
des pb^'ches manuscrlles.
Les auteurs ne mettront point leur nom ^ leur ouvrage,
mais seulenient une devise, qtfils rep^teront sur un bil-
let cachete, renfefmant leur nom etleur adresse. Les mi-
moires remis apr^s le terme prescrit , ou ceux dont les au-
teurs se feront connaitre de quelque maniere que ce soit ,
seront exclus du concours.
L' Academic croit devoir rappeler aux concurrents que,
d^s gue les memoires ont ete soumis a son jugeihent, ils
sont deposes dans ses archives, comme etant devenus sa
propritfte, Toutefois les interesses peuvent en faire prendre
des copies k leurs frais, en s'adressant, h cet effet, au se-
cretaire perpeiuel (1).
(1) D'^i^tres que$tions, r^servdes au eoncours de 1850, serpn^ examin^^s
dans une prochaine stance.
ZS=SSBi
(6)
RAPPORTS.
Expose d*uti principe concernant I'intersection des surfaces,
avec application a la recherche des propritiis des surfaces
du second ordre; par M. Meier, docteur en sciences.
c M. Meier, docteur en sciences mathentaliques, dans
le travail qu*il presente a TAcademie, se propose de trou-
Ter ies conditions auxquelles doiveat satisfaire les equa-
tions de deux surfaces donnees pour que leur intersection
soit une courbe plane. Comme la marche qu'il suit differe
peu de celle donn^e par les auleurs et est plutdt du ressort
des mathemaliques elementaires que du doniaine acade-
mique, je n'h^siterais pas, tout en reconnaissant le merite
de la conception fondamentale de ce travail, de me borner
a vous proposer d*adresser des remerciments a Tauteur;
mais en parcourant les applications qu'il fait de sa me*
tbodeaux dilTerentes surfaces du second degre, applica-
tions qui composent la majeure partie du memoire , on
rencontre un grand nombre de proprietes elegantes de ces
sections planes, les unes entiercment nouvelles, les autres,
quoique d^ja connues, tirant leur merite de la simplicite
des procedes et de la symetrie des deductions. Celte con-
sideration me determine a vous proposer non-seulement dc
donner votre approbation k ce travail, mais encore d'en or-
donner Timpression dans Tun on Tautre de vos recueils. »
Conformement h ces conclusions, qui sont adoptees par
(7)
les deux aotres Gommissaires , MM. Brasseur et Schaar, le
m^moire de M. Meier sera insure daas les recueils de
TAcademie.
Documents sur les Iremblements de lerre au Perou^4an$
la Colombie et dans le ba^sin de CAmazone; par M. Alexis
Perrey, professeur de physique a Dijon. — MM. d^Omalius
d*HaIIoy, De Kooinck et Ad. Quetelet avaient fait, sur ce
travail, un rapport favorable dans la seance precedente;
mais its avaient ele d'accord pour demander la suppres-
sion de details tres-^tendus sur plusieurs tremblements
de terre, mentionnes dans des recueils imprimesqui se
trouvent entre les mains des savants.
L'auteur ayant souscrit au d^sir exprim^ par MM. les
commissaires, la classe a ordonne Fimpression de son tra-
vail dans le recueil des Memoires in-8^
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Perturbations magnMques. — Aurore boreale. — Violent
tremblement de terre en Italie; communications de
M. Ad. Quetelet, secretaire perp^tuel deTAcad^mie.
Dans la journee du 17 decembre dernier, uue forte
perturbation magnetique a el^ observ^e a Bruxeltes, par
mon fils, aide k TObservatoire. Deja le matin , a 9 heures ,
la declinaisott etait de 67,24 divisions de Tecbelle, tandis
(8)
(]fue la veiild, h 9 beilreir 4u ouitiii , elie elaii de 69^74 (1).
L*ifkf6n$ttd leiljii la mSoie beure, dtait de 8»46 diviaion^
par une temperature de 41^2 Fahrenheit, tandis que,
le 16, elle etait de 11,12 divisions par une temperature
de 39%6 Fahrenheit.
A midi,ia perturbation devint beaucoup plus sensible
drieore. Yoici led observations qui oni ^t^ prises :
HEfIll£S.
APPAREIl
unlfllaire.
APPAREIL
bifiliire.
TIHPEAATUafi
Fahrenheit.
i2h 401
69,95
6,62
42^0
13 7
70,07
7,25
42,0
12 21
69,57
10,^0
42,0
12 38
70,dl
11,44
4t,t
H 47
< 69^85
a,w
4«,t
4 S
65,47
7,88
42,2
1 43
66,47
8,50
42,2
3 2
69,05
7,95
42,3
9 0
71,92
9,04
42,3
9 16
73,12
7,77
42,5
9 24
72,37
8,67
42,5
9 33
71,07
7,99
42,3
10 22
L
69,90
8,04
42,3
Uq autre caractere de perturbation etait tres-marque :
c'est la grande amplitude de la coarse des barreaux. Pour
Tappareil bifilaire, elle etait, h midi, de plus d*une divi-
sion et demie, et pour Tappareil unifilaire, de six divisions
et tin tiers*
>.^ m ■■ ii^afci^W^i^^
(1) Une division de T^chelle dquivaut & 2*° 10*, et les nombres croissent
quand U d^linaison d^croit.
(9)
Getie pef tttf baUot) avail fftil presumer Tesikleiie^ d'uiie
aurore boreale.
Eneffei^ les joumauxoni anooocequ'une aurore bor^le
$*est manife^tie le i7 deeembre ao maUn, enlre 5 et 6
heures. Les eiBploj6$ de roctroi aux pories Joseph II et de
la Loi a Bruxeiles, Yoni remarqo^e et Toot prise poar ud
incendje des plus vioienls.
Les lueurs de Faurore se projetaient du nord au cou-
chant, tout ea conservant leur vive inteDsUe» sur un del
pur et brillammeot etoile. {Telegraphe An 18.)
On a apprts ensuile que, dans la nuit du 16 au 17, il y
a eu un epouvanlable tremblement de terre qui a ravage
une parlie du royaume des Deux-Sieiles, notamment les
villes de Saierne, Polenza et Pola, Les Edifices de Salerne
sont pour la plupart lezardes; un grand nombre de vil-
lages sont k moiti^ d^truits; enfiu, Ton compte plusieurs
milliers de personnes tuees dans la province de Basiiicate
0t dans la principi^uleciierieare, oh \e ph^nom^ne a paru
concentre.
A Naples, on a ressenti trois secousses violentes, mais
sans aucun accident. De nouvelles secousses s*y sont fait
sentir le 19, le 20 et le 25. Les habitants croient k une
prochaine Eruption du V^suve.
Le tremblement de terre du 17 a ^te ressenti dans
TAlIemagne meridionale, en Baviere et dans le Wurtem-
berg.
Enfin, le 20 deeembre, a 5 heures et demie du matin, on
a ressenti a Agram, en Groatie, un violent tremblement
de terre avec des ondulations dirigees du siid-est au nord-
ouest. II dtait accompagne d*un bruit souterrain qui aug-
mentait d*intensi(^ avec la fbrce des oscillations. La dnr^e
du tremblement de terre a ele estimee a 3 heures et demie.
(40)
Le bruit souterrain sVsi fait entendre encore quelque
temps apres la derniere oscillation.
Pendant les premiers jours de Janvier, Tamplitude des
oscillations de Taiguille de d^clinaison a TObservatoire de
Bruxelles, a presenle qnelques irr^gularites, le 5, vers 5
heures deTapres-midU le 6, h 9 heures du soir, mais sur-
tout le 7, ^ 3 et 9 heures du soir.
Ge matin, 9 Janvier, Taiguille subissait des deplace-
ments brusques ^ chaque oscillation. Voici les positions
qui ont ele observ^es dans la matinee, tandis qu'elle
etait en moyenne de 70,35 divisions pour les buit jours
pr^c^denls, a 9 heures :
9<» 4« 67,24
9 55 69,08
10 20 69,12
10 45 68,14
11 2 67,70
It en ^tait de meme pour Taiguille d'intensite horizon-
tale (1).
— M. Ad. Quetelet exprime ensuile le regret de n'avoir
pu observer avec son ills, durant la nuit du 27 d^cembre
dernier, Toccullation des Pleiades par la lune : le ciel est
resle constamment couvert. Cette observation avait ^te
particulierement recommandee par M. Bache, charge des
travaux g^odesiques des Iillals-Unis et associe de la classe,
qui avait eu Tobligeance de faire dresser la carte pour
rhorizon de Bruxelles.
• (1) Les journaux ont fait conoajtre depuis qu*un tremblement de terra
avait ^l^ ressenti, du 8 au 9, ^ Varna.
(U)
Stir I'e'tat meiiorologique de la ville de Gand, pendant Fan-
nSe 4857; par M. F. Duprez» membre de TAcad^mie.
La grande secheresse qui a regne eu 1857 in*a engage
a eomparer mes observations meteorologiques de cette
annee a celles des annees anlerieures. Les resulials de
cette comparaison font i*objet de la presente note,
D*apres les observations faites a Gand » de 18o9 a 1856,
la hauteur moyenne de la quaniiie d'eau recueillie an-
nuellement s'eleve a 771"°*,3, et le nombre raoyen des
jours od Teau est reeueillie, a 159 (i). L'annee qui vient
de finir n'a donne que 428""",5 repartis sur un nombre
total de 1 16 jours; d'ou H suit que la quantile d'eau cor-
respondanle a 1857 n*est que peu superieure a la moitie
de celle qui est tomb^e en uooyenne pendant les di&-huit
annees anterieures. L'annee qui , sous ce rapport ^ s'ecarte
le moins de la precedente est 1842; celle qui s'en ^loigne,
au contraire, le plus, est 1841 : pour ces deux dernieres,
les hauteurs de Teau mesuree montent respectivement a
580"'»,6 et 971 "•",0.
Les observations faites au psychronaetre accusent egale-
ment la secheresse de Tann^e dont il s'agit; elles donnent,
en moyenne, 69,5 pour Thumiditede I'air a Theure de
midi, tandisque Thumidite moyenne obtenue, pour la
m£me heure, pendant la p^riode de 1849 a 1856 (2), est
73,9. L'annee de la periode ci*dessus qui se rapprocbe le
(1) L'eau recueillie est mesuree d'un midi k Tautre et comprend aussi celle
qui provient de la fusion de la neige et de la grele.
\^) Les observations du psychromctre ne datent que de 1849.
(«)
plus de 1857 est 1854, pour laqueile i'humidit^ s'est r^-
duileJi 71,0.
D'un aatrq cole, la temperature iD()jeoDe de 1857 s'est
elev^e h 11%4G. et est soperiearede 1%1 a celle qai appar-
tient aux dix-huit aDoees anterieures; en outre, il est a
remarquer que, pendant ces m^mes annees, ia tempera-
ture moyenne annuelle n'est mont^e que trois fois au-des-
sus de 11 degres, savoir en 1843, 1846 et 1852, dont les
moyennes ont ii6 respeciivement 11*,1 , 11%5 et 11%5.
Enfin, )e baromelre a marqu^, k midi, une hauteur
moyenne de 760"'",46; celle hauteur n'a eti d6pass^e
qu*une seule fois par les moyennes annuelles des dix-hiiit
annees prec^dentes, et cela en 1842, od elle a atieint
760"-,60.
En r^sum^, on voit par les nombres eontenus dans cetie
note que les indications des instruments, en 1857, ont
6i& notablement diiferentes de leurs moyennes generates,
et qu'elles s'accordent pour confirmer Tetat m^tiorologi-
que remarquable de cette ann^e.
M. Ad. Qaelelet fait observer que, d'apr^s VAnnuaire
de rObservatoire pour 1858, qu'il vient d'offrir k TAcade-
itiie, la quanlite d*eau recueillie a Bruxelles, du 1**^ decem-
bre 1856 au l**decembre 1857, nes'ileve qu'a 507»'»^19;
si Ton remplace le mois de deeembre 1856 par le mois de
d^cembre 1857, qui a ele plus sec, on oblient 453"'"',3Sr,
a peu pres le meme resullat qu*a Gand. Toutefois, le nom-
brede jours od Ton a recueillide Teau s'eleve, k Bruxelles,
k 154.
(15)
— M. Gluge, directear de la classe pour 1857, exprime
ses remerclmenLs k la compagnie et cMe le fauteuil k
M. d*Omalius d'Halloy, directeur de la classe et pr^ident
de I'Academie pour 1858; M. d'Omalius propose de voter
des remerciments k son pred^cesseur. Des applaudisse-
ments accueillent cette proposition.
M. MelsenS) nomme directeur pour 1859, vient en
meme temps prendre place au bureau.
(U)
CLASSE DES LETTRES.
, Seance du, 41 Janvier 1858.
M. BE Rah, presideat de TAcademie.
M. Ad. Quetelet, secretaire perpetual.
Sont presents : MM. ie baron de Gerlache, Gachard,
David , Schayes, Snellaert, Bormans, Baguet, Ch. Faider,
Arendt, membres; Nolet de Brauwere Van Steeland, as-
socii; Malhieu, Serrure, Kervyn de Letlenhove, Chalon,
Th. Juste, Defacqz , correspondants,
MM. Stasy membre de la classe des sciences, Alvin et Ed*
Felis, membres de la classe des beaitx-arls , assistenlii la
seance.
CORRESPONDANCE.
M. Ie Ministre de Tinterieur fait bommage d'un exem-
plaire du tome V des documents stalistiques publies par
son departement, avec leconcours de la Commission cen-
irale de statistique.
— La Society d*histoire de la Suisse romande a Lau-
sanne remercie TAcademie pour Tenvoi de ses publica*
lions, et lui fait parvenir ses derniers memoires.
(IS)
— M.de Ram fait homroage du n° XXI de ses Analecles
pour servir k Thistoire de I'universite de Louvain , et de
VAnnuairede la meme universite pour 1858; M. Gachard
presente le tome Y( de la Correspondance de Guillaume le
Taciturne, et M. Kervyo de Leltenhove, deux volnmes
intitules : Froissart. Etude litl^aire sur le XIV^ Steele,
qu'il vienl de publier. — Remerciments.
Discours adresse a Sa Mdjeste, le premier jour de tan, par
k president de V Academic, M. le chanoine de Ram.
< Sire,
Uoe loi du cceur, plus puissanle que la coulume, fait en
ce jour, a TAcademie royale de Belgique, un devoir de pre-
senter a Yotre iMajesle le tribut annuel de ses vceux, de ses
hommages et de ses felicitations.
En demandant a Dieu qu'il daigne nous conserver
longtemps encore notre Roi pour le bien-Stre et la gloire
de la patrie et pour le bonheur de la famille royale, nous
ue faisons que renouveler la formule d'une priere et d'un
acte de reconnaissance que la Belgique entiere a dans le
cceur et sur les levres.
Lorsque TAcademie adresse ses hommages au Roi, elle
ne pent s'empecher de rappeler que le Roi est son protecieur.
Sire 9 nous nous efforcerons de meriter toujours Thon-
neur de cetle royale protection par un profond respect
pour nos institutions politiques et par une inviolable fide-
lite h Yotre personne et 2i Yotre dynastic.
Sous Yos auspices » les trois classes de FAcademie ne
negligeront rien pour remplir dignement la pacifique et
(16)
nalionale mission qui lent esi confii^; elles continiieront
k r^unir leurs efforts pour faire fleurir de plus m plu9 les
sciences, ies lettres et les arts sur le vieux sol de la BeN
gique» que ia sagesse el le devouemeol de Yotre Majesie
ont dot^ d*ude vie nouvelle.
Permettet, Sire, que Texpressioo de nos hommages soil
accompagnee de I'expressioD de nos plus respecieuses fe*
licitations.
Le Ciel a daigne b^nir raliiance de l*h^ritier du Trdne
avec Tauguste petite-fille de cette immortelle Marie-The-
r^se qui fonda notre Acad^mie.
Cette bduediction manquait au boubeur de Yotre Ma-
jest^ et a celui de la famille royale.
Un graud et heureux ^v^uement s'accomplira bieutdt :
nous le saluons d'ayance comme Tobjet des plus deuces
jouissances du Roi et de ses augustes enfants.
L*espoir et Tavenir du pays reposent sur cet ^venement,
qui perpetuera les bienfaits du r^gue de Votre Majesty sous
les r^nes m^smes de ses successeurs les plus recules. »
RAPPORTS.
Charles-Quint et Marguerite d'Autriche. Elude sur la mi-
norilef t^mancipation et I'av^nement de Charles-Quint a
VEmpire; par M. Th. Juste, correspondant de TAca-
demie.
c Dans les vingi dernieres annees, des documents aussi
importants que nombreux ont ete mis en lumiere sur la mi-
(-17 )
norite et les commeoceinents du regne de Charles-Qaibt.
Moire savant confrere M. Le Glay , qui occape si digDe^>
ment, k Lille, le poste illustrejadisparlesGodefroyy a
poblie deux recueils egalement precieux , Tun et I'aatre
tir^s du riche depot doQt la garde lui est coofiee : je venx
parler de la Correspondance de Marguerite d'Autricbe avee
rempereur Maximilien , son pere , et des Negociations di-
plomatiques eutre TAutriche et la France, de 1501 a
i530» M. Van den Bergh a extrait du meme depdt la Cor-
respondance de Marguerite ayec ses amis sur ies affaires
des Pays-Bas.
M. LanZ) a qui le public etait deja redevable de trois
volumes de lettres de Charles-Quint, empruntees k nos
archives et a notre bibliotheque , a donne, sous les aus-
pices de I'Acad^mie imperiale des sciences de Vienne , un
premier volume de la correspondance de ce monarque ,
d'apres les originaux qui autrefois etaient gardes a Bruxel-
les, et qui furent transportes en Autriche en 1794; ce
volume embrasse les annees 1513 k 1521 : Tauteur Ta fait
suivre d'une belle introduction, pour laquelle il est aile
express^ment compulser les celebres archives de Yenise.
Enfin un des ^venements les plus considerables, on pour-
rait dire meme Tevenement capital de la vie de Charles-
Quint, — la lutte qu'il y eut entre lui et Fran<;ois I" pour
Telection a TEmpire, — a ele parfaitement eclaircie, d'un
cole, par lesdepeches et les instructions memos de Charles-
Quint et de Marguerite d'Autriche, et par les rapports de
leurs ambassadeurs , que M. Mone et M. Le Glay out fait
connaltre au public; de Tautre, par le remarquable tra-
vail dont M. Mignet a enrichi la Revue des Detioc-Mondes ,
travail qui s'appuie essentiellement sur les actes de ia
chancellerie de. Francois V% restds ignores ju^e-lk.
J** SAniB, TOME IV. 2
(18)
. ie be parle pas A'nne foulede pieces diverses ({Hi soat
^parses chins li^s Builetios de la GommissioD royalti d'his-
toire et dans d'autr^s recueils public en Belgiqoe,
Oil coo^it que, depuis la mise en lumi^re de toas ecfs
documents, rhistoire de la ligue de Gambrai de Dnbos,'
Tiiistoire de Francois I'' de Gailiard, Thistoire m^me de*
Gharles^Quint de Robertson , ont perdu beiaeoap de leur
autbriiie; qu'elles ne suiQisent plus a ceux qtii Teuieut aO"
querir utie tonaaissance exacte et ccnuplite des bits, h
eeux surtout qui aiment a jtrger, mh ser des iiypotbtees ,
roais sur des temoignages certains, la politique des prineei
et de leurs kainistres.
II feat dofic savoir gi^ k M. luste, de ia tii^uvelle^ude
qu'il vient de pnisenter k la classe. G'est un sernc^ k
ajouter 4 tons ceux qtt*il a d^^j^ rendus a eotre blstoire aa^
tionale.
Le travail de aotre honorable coaft^e se divise en
cinq ebapitres , precedes de quelques pi^es en (brtae de
preface, el suivis d'une conclusion.
Le preraier cbapitre est intitule : JtfoJctmtfitti /*" et PW*
Uppe le Beau. Les negociations qu'il y eut eatre ies maisoas
d'Autriche et de France, depuis le manage de Ma&imiiiea
avec rh^ritiere de Bourgogae, les alliances loaatHmoaiales
que M^ximiliea contracta avec les rots catholiqueSi^ les
deux voyages de Philippe le Beau en Espagia^, ses 'diM-'
rends avec le roi Ferdiaaad, soa beaa-p^re, formeat les
mati^res pri nci pales de ce chapitre, qui flnit a ia mort ^
TarcMduc, arrivee, coanae on «ait, le 25 sdpletabre 1306,'
a Burgos.
Le chapitre II est iatituW : Murguerite d'Aw^che «l
Charks d'EgmoriH. Les frreaiiefes pages en seat cotisa^
crees au f^t d^ ^ts gea^raux de 1^06, ^ la t^mtx^
(19)
des Pays-Bas, ai&si que la tntelle des enfants mineurs de
Philippe le Beaa, furent deferees k Tempereur Maxima
Iien» et des ^tats de 1507 , ou Tarchiduchesse Marguerite ,
nominee par 8on pere gouvernante des Pap-Bas, fut re-
conn ueet inslallee en cette qualite. Le souci le plus grave
du nouveau gouvernement etait la guerre qull avait h
souvenir conlre Charles d'Egmont, due de Gueldre, pro*
tege par la France, tan tot ouyertement , tantdt d'une ma-
niere detourn^e. L'auteur retrace les efenements de cette
guerre pendant les annees 1507 et 1508, mais il ne se
borne pas la : pour en faire mieux apprecier les causes et
le caractere, il remonte jusqu'a la mort de Renaud IV,
due de Gueldreetde Juliers, auqueU a defautde post^rit^
l^itime , succeda son arriare-neveu Arnould d'Egmont;
il dit les d^bats qui s'^lev^rent entre ce dernier et son fils
Adolphe, rintervention , dans leurs differends, de Charles
le Hardi, remprisonnement d*Adolphe dans les ch&teaux
de Yilvorde et de Courtrai, la cession de la Gueldre au
due de Bourgi^oe par Arnould d'Egmont, le soulevement
de cette province apres le di^sastre de Nancy, Tappui
qu*elle trouva dans la France, et enfin Toriginede la que*
relle qae Maximilien et Philippe le Beau eurent avec
Charles d*l^mont, petit-fils d* Arnould.
Dans le chapitre III , qui porte pour titre : La Ligue de
Cambraiet la sainte Ugue, Tauteur s'occupe de ces deux
grands £aiit$ diplomatiques et des princlpaux evenements
qui les prodnisirent , ou auxquels ils donn^renl naissance.
La guerre des Fran^ais en Italic occupe une place etendue
dans ce chapitre, qui finit a ravenement de Francois 1"^
Le chapitre IV est intitule : Marguerite d'Aulricheet le
eardmal Ximenes^ Dans les precedents chapitres, Charles-
Quint nous est k peine apparu ; Tauteur n^a fait mention
(20)
de lui qu'a propos de sa naissance et des projets qui fu-
rent codqus de le marier, d'abord' avec Claude de France ,
ensuile avec Marie d'Angleterre. Ici le futur vainqueur de
Soliman et de Frangois I*' est place an premier plan.
L'auteur nous raconte son enfance, son education, les
penchants qu*il manifesta de bonne heure. II nous entre-
tient, apr^s cela, de son emancipation comme souverain
des Pays-Bas, de ses relations, si satisfaisantes alors,
avec le monarque fran^ais , de ses premiers actes des qu'il
eut ete appele a recueillir Thdritage des rois catholiques,
de son depart pour TEspagne, de sa reception en Castille
et en Aragon. Des particularites interessantes sur la riva-
lite qui existait entre I'ancien gouverneur de Charles-
Quint, Guillaume de Croy, et Tarchiduchesse sa tante, sur
Fadministration du cardinal de Ximenes, sur les griefs
des communes de Caslille contre les conseillers flamands
de leur nouveau souverain, sont consignees dans ce cha-
pitre.
Le chapitre V, intitule : Charles-Quint et Francois /**•,
forme la parlie la plus considerable du travail de M. Juste;
il a pour sujet la guerre diplomatique ou ces deux princes
se disputerent la couronne imperiale vacanle par la mort
de Maximilien, et dont le resultat final donna la victoire
k son petit-fils. Notre honorable confrere, metlant en
oeuvre avec succes les maleriaux dont nous avons parI6
au commencement de ce rapport, fait un recil anime de
cette lutte solennelle qui mit en emoi toute FEurope.
Dans sa Conclusion, qui pourrait etre aussi bien ap-
pel^e le sixieme et dernier chapitre de son travail, Fau-
teur raconte Fembarquement de Charles-Quint k la Co-
rogue, apres son Election a FEmpire , ses entrevues avec
Henri VIII, a Douvres et a Gravelines, son arrivee k
( 24 )
Flessingue, ses commuoications aux ^lats generaux as-
sembles a Bruxelles et a An vers, les mesures qu'il prit, a
son depart pour rAllemagne, touchant le gouvernement
des Pays-BaSy enfin son couronnemenl a Aix-la«ChapeIle.
II termine par quelques mots sur la carriere glorieuse
qui allait s'ouvrir devant Theureux descendant des maU
sons de Bourgogne et d'Autriche.
Telle est Tanalyse de Tetude sur Charles-Quint^ et Mar^
guerite d*Aulriche que M. Juste a presentee a la classe.
Notre honorable confrere s'est propose plutdt de narrer
que de discuter. Sa narration, toujours consciencieuse,
s'appuie sur les meilleures autorites. II n'a neglige aucune
des sources auxquelles le public a ele mis a meme de
puiser. II cite meme plusieurs Tois des documents inedits.
Un des merites de ce travail, a mes yeux, c'est qu'en
retablissant les faits, et par la seule force de la verite, il
venge nos princes des injustices et de la partialile des
ecrivains etrangers, des bistoriens fran^ais surtout. L*au-
teur fait , k ce sujet, dans sa preface, des reflexions qui me
paraissent meriter d'etre reproduites ici , et c'est par \h
que je terminerai : « Q'a ele longtemps comme une tradi-
> tion, dit-il , de vanter outre mesure Louis XII et Fran-
> gois P' , et de rabaisser , de railler m£me les princes
> d'Autriche, leurs contemporains. La publication des
» documents restes inedits pendant plus de trois siecles,
> permet de rectifier bien des erreurs, de combler de
> grandes lacunes, et de dispenser la justice historique
> d'une main plus imparliale. II y a , ce semble, beaucoup
j» a rabattre aujourd'hui de la bonne foi de Louis XII et du
> caractere chevaleresque de Francois P'. D'un autre cole,
> Maximilien , Philippe le Beau , Charles-Quint et surtout
> Marguerite d'Autriche regagnent dans I'opinion , lors-
(»)
> qii*oo prend la peine d'^tudier coDseieneieaseiDenl el
i» compl^ement tears actes. Maximilien loUm^me , malgr^
^ ses lettres bizarres (veritable amalgame de fran^ais,
» d'allemand etde latin) ^ malgr^ FiDconsifttance de son
> caractere et la mobility de ses projets , Maximilien ansst
» prend un aspect plus s^rieux* On s*aper$oit qu'il a nn
» but, et que, malgr6 son inconstance apparente, ii le
> poursuit avec nne singuliire t^nacit^. II vent non*seu-
» lement la grandeur de la maison d'Antriche, la pre*
p mi^re du monde, selon lui, mais il veut en outre que
9 cette grandeur ait pour base la possession de tons les
» £tats patrimoniaux qu'elle a h^rit^s de la maison de
> fiourgogne, et dont les provinces beiges forment la plus
» belle part« >
J'ai Tbonneur de proposer k la classe I'insertion , dans
le reeueil des mtoioires de I'Academie, du travail de
M« Juste. »
< Par Tanalyse que mon honorable confrere M. Gachard
vous a faite du travail present^ par M. Juste , vous pouvez
juger de Tint^ret qu'il offre. Depuis quelques ann^, les
bisloriens se sont beaucoup occup^s de Charles-Quint, em-
pereur, et exer^ant en cetle qualiie, uue grande et legi*
time influence sur les evenements de son epoque. II reste
it I'examiner sur un theatre plus petit , mais peut*elre plus
interessant pour nous , en enumerant et appreciant ses
actes par rapport k la Belgique, son pays naial. L'auteur
du m^moire soumis k voire appreciation a comble cette
lacune pour la premiere partie de la vie du grand homme.
(»)
£A ja>ad GiaUis pfts de dire qu*il I'a fail de fa^du a mailer
toujfoars da^paoiage la reoonnaissaDce At ceox qui ^Hote-
resaent i Tetode de Qotre histoire. Je Q*h^ite done pas ii
vooa proposer aussi IMnsertioD deson ceavredans )es ni^
oaeidrea de I'Acaditeie. >
t.
-(< tf ^oua asaiatons k une grande (Buvre de rdbabiiiiatioq
bistorique : on est en train de refaire aujourd'hui Tbistoire
du XYP"" Steele; et c'est prineipalement de la Belgique
qu'est venu ce remarquable mouvement de reaction* Les
pombreux documeots mis au jour depuis pen par lea sa-
l^antB de divers pays, panni iesqoels il est juste de compter
an premier rang notre boaorable confrere, M; Gacb^rd,
out ouvert une carriere nouvelle aux ecrivains. Le plus
grand bomme du XVl^'' siecle est ineontestablement
CbarlesrQuint; Gbarles-Quint, si longtemps m^connu , est
mieux apprecie k mesure que les faits sent mieux etudies,
que les baines et les prejug(is de nation et de religion
tendeni a s'affaiblir. Or, Cbarlea-Quint appartient a la fiel«
gique» et par sa naissanee et par son education* En prOf
lltant des travaux d^jk connus, et en y ajoutant ses propres
decouvertes pour retracer la premiere epoque de la vie de
Gbarles*QuiDt» M« Juste a fait un travail utile, plus exact
et plus complet que ses devanciers, et qui offre beaucoup
d*interet : car dans le progr^s el le developpement du ca-
racl^ed'un grand bomme, rien n'est k n^liger.
Je n'enlrerai point dans les details du memoire de
M. Juste; M. Gacbard en a lait une analyse tidele et com*
(24)
plete. Charles-Quint , ioiti^ aox affaires par Gailiaume de
Croy , seigneur de Chievres, entour^ de conseillers et de
courtisans beiges , en subil rinfluence jusqu'k son arrive
en Espagne. Mais doue d'un sens exeellent , il comprit
bientot combien le pouvoir confie a des Strangers excite la
baine et Tenvie des nationaux. Philippe H commit la
meme faute, et il eut le tort de le reconnattre beaucoap
irop tard.
La partie principale du m^moire de M. Juste est relative
a la lutte qui s'eleva entre Charlte-Quint et Francois P
pour la conronne imp^riaie; lutte ou cbacun des conten-
dants deploya tons les moyens que peuvent sugg6rer I'ba-
bilete diplomatique et Tart de la seduction , sans en excep*
ter la corruption.
Dans son travail, qui s*etend jusqu'k Tannte i520,
M. Juste ne dit qu'un mot, en terminant, de Luther, qui
fut proscrit k la diete de Worms, comme perturbateur de
TEmpire. Mais n aurait-il pas du parler un peu plus ion-
guement de cette nouvelle doctrine qui, depuis deux an«
nees deja, avait envahi et mis en feu une partie de TAIIe*
magne et qui devait changer et r^volutionner la face de
TEurope? M. Juste repondra peut-etre qu'il n'en trait pas
dans son cadre d*aborder, en passant, un si vaste sujet,
qui appartient plus a la vie militante qu'k la jeunesse de
Charles-Quint. Aussi je n'ose insister sur I'objection.
J'estime, comme nos confreres, MM. Gachard etBor«
gnet , que le m^moire de M. Juste est tres-digne de figurer
dans les memoires de TAcademie. >
Conformement aux conclusions de ses commissaires » la
classe a ordonne Timpression du memoire de M. Juste.
(25)
tLECnONS.
Laclasse, aw termesde son r^Iement^ s^oeeapeen*
suite de la nomination de son directeur pour Fannee 1859;
M. le baron de Gerlacbe reunit ia majorite des suffrages
et est invito h venir prendre place au bureau.
COMMUNICATIONS ET LECTURES,
M. Gachard donne lecture d*une notice tntitulee : Chute
de don Carlos a Aleala; La ciasse demande insertion de
cette notice au Bulletin; mais fauteur pr^fere la conserver
incite pour le moment, en se r^rvant de la reprodaire
plustard.
— La ciasse s'occupe encore de differentes dispositions
a prendre relativement aux publications; cette question
est renvoy^ k la commission administrative de TAcad^mie.
— En Tabsence du vice-directeur, qui a ete force de
quitter la seance, M. le secretaire perpetuel propose a la
ciasse de voter des remerciments kM.de Ram , le direc-
teur sortant, qui £tait en meme temps president de TAca*
demie. Des applaudissements accueillent cette proposition.
(W)
Seance du 7 Janvier 4858*
M. Alvin^ directeur.
M. Ad. Qg^T^xJST, §ecr^ia^ire perp^tuel,
Sont presents : MM. Braemt, De Keyzer, G. Geefs, Navez,
Roelandt^ Suys, Van Hasselt, Jos. Geefs, EriD Corr, Snel,
Pralkick, Partoes, Ed. P^tis, De Busseber, Portaels^ nlem-
bres; Galamatta, assocU; Aiph. Biiat, Dbmanet, eorrespor^
imts.
Mj K^rvyn dd LetteohoTe ^ cormpondani de la i^asse des
letires, assiste k la stance.
; i '
correspondance.
. I^a classd apprqnd aveo doul^ur la mort d^ M* Rsluc)) ,
asswiii de la section de sculpture^ de^ede le mpis precedapt.
'' — II est donn6 lecture d*uhe leitre de M. le Ministre de
rinterieur, conceroant le voyage de M. Benoit, laureat du
grand concours de composiiion musicale. M. le secretaire
perpetuel fait counailre que, vu Furgence, ii a adresse
cette depeche a M, Fr. Fetis, president de la commissioQ
(87)
permanente de ce concours, et il donne commuoicalion
de sa reponse, a laquelle souscrit son collegue M. Snel.
— MM. les que;sleurs du i^enat et de la Cha^bre.des
Representants toal parvenir des cartes pour les tribunes
reservees. — Remerciments.
— M. Aivin rend sommairement compte de ce qui a eu
lieu jusqu'a present, dans la commission chargee d*exa-
miner Topportunit^ de la fondation d*une ^cole beige des
beaux-aru a Rome, . ,
Une leitre de M. Bossuef, sur le mSme sujet, est renvoyee
k Texamen de la commission.
— M. Van Hasse^ fait bommage d'on recueii d^ Nwr^
velles poesies. — R^merciments.
iLECtlONS.
Aux termes de son r^lemekit^ la elaase ayait k d^gner
$00 directeur pour 1859 ; la grande majority des suffrl^s
ptoclame H. Fr. Feiis.
La classe s'est occupee ensuite de nommer quatre assQ*
ci^s en remplacement deMM. Rude^ David d'Angens, Delar
roche et Boucher -Deso'oyers qu'elle a perdus succe^sive^
ment.
Les dioix se sont fix& sur MM. Duret , de Parla, Riet*
sehell) de Dresde^ Pieot, de Paris » el Martinet » de la
mdmeville.
" • «
(28)
CAISSB GENTRALE DBS ARTISTES BELGES.
M!VI. Ed. F^tis et Braemt pr^sentent un aper^u de la
situation de la Caisse des artistes en 1857. Get 6tat sera
compl^t^ dans la prochaine seance.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Jean Duvivier, notice historique; par M. £douard F^tis,
noembre de TAcademie.
Nous ue sommes pas reduit , pour ecrire la vie de cat
artiste, k de vagues renseignements recueiilis h grand*
peine ou trouv^s par hasard. Un document d*une incon-
testable authencit^ nous a fourni sur sa carriere et sur
ses travaux , des details precis. Deux ans aprte sa mort ,
Tabbd Gougenot iisait a TAcad^mie royale de peinture et
de sculpture de Paris, dont le graveur liegeois avait eti
membre, une notice composee k Taide d'indications qu*il
tenait du fils de ce dernier. C'est h cetie notice, dont le
departement des manuscrits de la Bibliolheque royale pos-
sede une copie, que nous empruntons les faits principaux
de la biographic qu*on va lire, et dont la place est marquee
dans ce recueil oix nous nous sommes propose de faire ap-
paraitre successivement tons ceux de nos artistes qui ont
acquis de la celebrite a Tetranger. Aux indications fournies
par rbistoriographede TAcademiede peinture, nousajou-
(29)
terons celies que nous ont procarees nos propres recher*
che$9 et qui porlent princtpaiement sur les travaux attri-
bues a DuTivier dans Tart de la gravure au burin.
Ne a Liege le 7 fevrier 1687, Jean Duvivier re^nl les
premieres notions de dessin de son pere, Gendulphe Du«
vivier, graveur des cachets et de la vaisselle du prince*
eveque. Des qu*il fut en ^tat de manier te burin , Gen*
dulphe Tassocia k ses occupations officielles. Toutefois
Fhonneur d*illustrer les plats d'argent destine k figurer
sur la table du souverain, ne satisfaisait qu*imparfaitement
i'ambition du jeune artiste. II voulut s'^lever plus haut, et
s'appliqua a T^tude de la peinture. Sans autre guide que la
nature et seconde par un heureux instinct, il acquit en
pen de temps la connaissance des proc^^ techniques du
coloris.
Le travail du pinceau ne faisait cependant pas negliger
complelement a Duvivier celui du burin. Convaincu, par
Texempie des anciens maitres, qu*un artiste pent traiter
concurremment avec succ^s les differents genres qui ont
pour base lesprincipes g^n^ranx da dessin, il continua k
graver, tout en s*occupant de peinture. C'est ici le lieu
d*examiner une question fortembrouillee, qui serattache
k notre histoire iconographique en meme temps qvl'k h
biographie de Duvivier, et dont il ne nous a pas ^t^ pos-
sible, nous sommes oblige d*en convenir , de dissiper tout
a fait Tobscurit^.
Dans le Manuel des curietuc el des amaleurs d'Huber et
Host, on lit ce qui suit a Tarticle de notre artiste: t Jean
du Vivier ou de Vivier, celibre medailleur et graveur k
Teau-forle, n6 k Liege en 4687 et mort a Paris en 4761.
II vint h Paris ou il fut re^u membre de TAcad^mie royale
en 1718. Tous ses ouvrages offrent une fermete et one
(80)
profHrcte.fll*iiiTttition admirables. Louis XViui donna, ea
47S% y ao It^esBtni a la galerie da Louvre, avec une p^*
sion. Paneni i^us ks artistes de sou temps, e*esfc do Yivier
qui a ie mieuK saisi la ressemblaoce de ce prince. Dans la
qoaatite de mMaillons qu*il a graves , on remarque parti*
culteremeiBl ceuxdu couronnemeni de Louis XV, la status
eq«6stre do ce prince erigee sur la place de Bordeaux »
ies busies du roi ilans ses difEerenls &ges. La delicatesse
el la force brilleat dans ioutesses productions; la douceur
et ia inodestie formaieni le fond de sou caracl^re. Gel ar-
tistea^rave avec le meme esprit sur cuivre. It signal 1 6e$
estampes Giovan. ou G. de Vimer fecit. Je connaisde lui Ies
morceaux suivants tres*recherches des connaisseurs. >
Vient ensttite la description de cinq estampes , savoir : le
portrait de Bertholet Flemalle,d'apres ce peintre, celui de
Pierre 4es€k)ttges, avocat au parlement, d*apres Tourniire»
laCvisiniete flamande^ le Christ mis au tombeau et la Ten*
iattatti de 9fiim Antoine, d*apr^s Antoine Yanden HeuveL
L'erreur des auieurs du Manuel a ei^ relevee dans le
Prntrs-nravmr franQ&iSy par M. Robert -Dumesnil, qui
s*ex;prinie ainsi : c M. deMardles, qui possedait Ies estampes
que eel artiste (G. de Vivier ou du Vivier) a gravees d'apr^
Antoine Van Heovele, le range. dans T^coie fran^ise. A
part son mvb , il faul convenir que sa poinle , pleine de
gedjt et d'effet, deeele bieu plotot un maitre desecoles fla-
mande ou hollandaise. MM. Huber et Rost ie confondent
avec Jean. Ou vivier, graveuren medailles de Louis XV, et
ne font des d^ux qu'une seule et nieme persoone, en in^-
terprelant rinitialeO. qui precede le nom de notre artiste
par ^ prenom Giovanni que Jean Duvivier aurait portf
lors4e son sejoiir en Italic. Jean Duvivier, ne en 1687, ne
pe^t avoir grave des estampes raises au jour avant 1666«
( 51 ) .
0^ ioi^, c'esi UB artiste fort distioct de son bomonyme.
Nous alloos decrire huit pi^es do B«t^earti&te;qiii adft
naitre dans le XVII'"^ sieole. EiiessoQt todies lr^-rdr«$i a
r^xceptioD des n*"' 6 et 7, doul on reiicdnlare des^eu^vef^
modemes. » M. Robert-Dttoiesnil ue mm(ioiifi€ paa • leB
deux portraits cites par les auteurs dtt Manuel ^^ maiait
ajouteii leiir liste cinq pieces^ qw sont : im Evan^elisUs^
J1i4ii3s et 6hir0n ^ le FIAkur^le Bufmir e4 un Passage. ..■,
L'ioonegraphe frangais^est parfaitement fonde.a sigoaAer
h meprisie qn'o&t faite Huber et Rosi en attrsbuaat a uil
meme artiste testravaax de ieaa Duvivier ^t eeux de G«
de Yivier; mais ini-tntenie commet devK erreurs daas aa
i^ectifi^alioD. D'abord ies' aiit«ure da Mcmuel des.eurieuslf
]|^^nt pas dit et nre po^Taienl pas dire que Duvivier cbaogea
sou i^r^nom de Jean en celui de Gmaooi pendant son
96fQf«r en Iiaiie^ par la raisoisit|ue}aniais il ne fra&chtt ieb
Alpes^'Kousdemaiideroos^ en second lieu ^ sur quoi s'esi
fendd M. Robert-Dum^ntlpour fixer tit d'aniaee 1666 l^eitd^
ctaiiM des ^slam^es sigii6es<7. du Vi^kn Auciiae ne porM
dedate. AiitoiD^'VaQden Heuvd, peintre gantois^ 4iim
de Ct*ayet*,;ei^ ntort en i677. A suppeser que les ptioesq«i
tieiprod^isent aes compositions n'eo^aat pu ^tre gravto
que de son vivant, I'iconographe fran^ais n'en anrait pas
mwiiseu tort de preeiser icette dale de 1666 CKHnme^ne
It^aite fextrent^. LM^possibilite d'aitribuer k)s estampes en
question a Jean Duvivier, n^ dk ans pins tard^ restt
evfd«iite; mais nouis dirons tout a Theurei poiiequoi
sieus tenons a bieo etablir que le riapprocheinent fait par
M. Robert^Dutnesnil entre tes daie& i€66 et i'687!» est
aifasoiuflfietot ^rbHraire.
. M;. Nagkr, doni la consoenotense esaotitude doit habj^
tftrilemeftt inaj^^fitef graiede cooftaBcev^ tmnpe sur |ilu-
(32)
sieur^ points, en ce qui concerne noire artiste, daos son
Neues allgetneines Kunstler Lexicon. L'arlicle qu'll lai €0o-
sacre a la iettre D n'est que la reproduction de celai
qu*avaient donne Huber et Rost. Seuiement il ajoote que
les estampes sign^s G. de Viviery d'aprte Antoine Vandeo
Heuvel ne soot pas rares, et en cela ii se trompe. Lorsqull
arrive a la Iettre V de son diciionnaire, il a en connais*
sance de la rectification faite par Robert Dumesnil, et il la
reproduit , mais sans rappeler que lui-meme s'est m^pris
dans sou premier article, et des explications qu*il vent
donner, resullent de nouvelles erreurs par lesquelles la
question est encore compliquee. M. Nagler mentionne ua
G. dn Vivier, sur lequel ii ne donne aucun renseignement
biographique et qu*il dit seuiement avoir du travailler
avant 1666, se conformant en cela k Tindication arbitraire
de Tanteur du Peintre-graveur frangais. Ge G. du Vivier
aurait grave les planches qui reproduisent les peiolures
d'Aptoine Vanden HeuveL Mais voici que vient ensuite ua
Jean Guillanme du Vivier, invent^ par M. Nagler, qui iui at-
tribue les portraits de Bertholet Fl^malle et de Des Gouges,
en (ixant le temps de sa carri^re active de 1700 a 1740. On
voit que le savant biograpbe allemand n'a gudre simplifi^
les choses.
II est un fait possitif , c'est que le Duvivier dont nooB
nous occupons est Tauteur des portraits deBerthoiet Fie*
malle etdeDes Gouges. Uassertion de Tabbe Gougenot, qui
^rivait , comme nous Tavons dit, d*apres des renseigne-
ments fournis par la famille du graveur des medaiiles de
Louis XV, suiBt pour dissiper tous les doutes k cet egard,
II reste k decouvrir quel pouvait etre le G. du Vivier au*
quel on doit les eaux-f'ortes faites d'apr^ Vanden Heuvel.
On a VII que Jean Duvivier ^ait fils de Gendulphe Do*
(35 )
vivier, gravenr des cachets et de la vaisselle du prince-
eveque de Liege. II n'y a rien d'impossible a ce que ce
Geadulpbe soil ie graveur qu'on cherche vaineineDt, en
Toulant faire, au moyen de Tinitiale G., un Giovanni ou un
Guillaumeqm n'ont jamais existe. GendnlpbeDuvivierpeut
bien avoir grave a Gand, d'apres Antoine Vanden Heuvel ,
avant d'etre employe par T^veque de Li^ge. Jean Duvivier
avait fait, avant d'aller k Paris, sa plancbe du portrait de
Bertbolet Flemalle. Or, il n'eut pas d'autre maitre que son
pere. Celui-ci avait done Tbabitude de manier la pointe et
le burin ; il connaissait les procedes de la gravureen taille-
douce. Si nos conjectures sont Tondees, nous aurions un
nom de plus, celui de Gendulphe Duvivier, k inscrire sur la
liste des graveurs beiges. Ce ne sont que des suppositions,
k la v^rite, mais elles ont sur celles pour lesquelles on a
essaye d'interpreter la signature de G. Duvivier, I'avan-
tage de la vraisemblance. II ne faut pas s'arreter k la dif-
Florence d*orlhograpbe du nom , car notre artiste a signe
lui-meme ainsi : /. du Viviery les deux estampes qui lui
sont attributes avec certitude, ainsi que deuxautres pieces
de moindre importance dont il sera parle plus loin.
Apres avoir longtemps besite entre la gravure et la pein-
ture, Jean Duvivier opta d^finitivement, il le croyait du
moins, pour celle-ci. Son pere, decide par le succes de ses
premiers essais, lui permit d'aller etudier en Italie. Notre
jeune artiste partit de Liege k pied et se dirigea vers Paris,
en proGtant de la liberte que lui donnait cette manierede
voyager, pour s'arreter partout ou il trouvait quelque cbose
d'inleressant k voir.
Arrive k Paris, Duvivier se mit k suivre avec assiduile
les cours de TAcademie. II y dessina pendant tout un hiver
et fut mjime admis au concours de peinture; mais iors-
2"* SiRIE , TOME IV. 3
(34)
qn'en pr^entant soq tableau , il dut d^cliner son nom,
son &ge et le lieu de sa naissance, on s'aper^ut qu*il ^tait
etranger. Cette cireonslance Texeluait du concours, don!
le prix ^tait la pension de Rome et ne s*accordait qu'aox
sujets du roi de France.
Le prix de Rome ^tait precisement ce qu'avait ambi-
iionne Duvivier. Ce lui fut un cruel desap|)ointemenl de
devoir y renoncer. D*un autre cdl^, ce qu*il recevait de sa
famille ne suffisait pas pour lui permettre de vivre ^ Paris
sans tirer parti de son talent. II fut done oblige de cher-
cher ^ s'employer d'une fa^on lucrative. La peinture nelui
etait d*aucune ressource; il reprit le burin. N ayant pas le
temps d'attendre le produit de travaux dont Tex^ution
efit exigede longs delais, il offrit ses services pour graver
la vaisselle du roi. L*experience qu'il avait acquise, sous la
direction de son p^re, lui fut tres -utile en cette circon-
stance. II se montra» dans Texecution de la t&che qui lui
fut confix, superieur k ceux aux(|uels elle etait echue pr^
cedemment, et trouva dans cet emploi de son temps une
source de revenus au moyen de laquelle il put reiablir
I'ordre dans ses finances.
Ayant repris le burin , Duvivier en fit une application
plus conforme k ses instincts d'artiste, que celle k laquelle
Tavait reduit la n^cessite. II grava, d'apres le peintre Tour-
niire, un beau portrait de Des Gouges, doyen des avocats
au conseil. < Cette estampe, dit Tabb^ Gougenot, dans
Feloge de notre artiste, annonce un liomme qui seraitde-
venu superieur dans cette partie, s*il TeAt euliivee. Quoique
son burin ne fut point pour lors forme, il a cependant une
belle fermete. On apergoit dans ce morceau un dessioa-
teur sAr, qui avail la connaissance des formes et des me*
plats que donne la sculpture. M. Duvivier n'avait grave au-
(55)
paratant qti'an boste : cMtait cetui de son compatriots,
meiiibre de notre Academie, qui a peint ie ddme de$ Carmes
d^ebaass^. »
Seotant qu'il avait besoin d'nn appui dans cette grand6
ville de Paris, ou il eiait difficile de r^ussirsans protection,
Dnvivier se prfeenta chez M. de Valdor, resident do prince-
^v^oe de Li^ge pres de la conr de France. Ce diplomate
lui Ot un accneil plein de bienveillance et fixa sa carri^re,
ju$qu*alors incertaine, en croyant k la v^rite ne lui rendre
qu*un service momentane. Le resident avait et^ charge de
ehercher un artiste de talent pour graver une medaille k
Tefifigie de loseph Clement de Baviere, archeveque de Co-
logne et ^vSque de Liege. li proposa a Duvivier d*entre-
prendre ee travail qui, d'ailleurs , lui revenait en queique
sorie de droit, k titre de Liegeois. Le jeune artiste ne Tae^
cep^pas sans h^itation. II n^avait jamais grave sur acier
et eraignait de ne pas reussir. Encourage par son pFOteC"-
tear, il se mit k la besogne. La tele da pr^tat fut trouv^e
correcte et ressemblante; mais le modele n'en ^tait pas
exempt de s^cheresse, ee qui teoait au pea d'habitude que
Duvivier avait de ee genre qui demand-e une pratique touUfc
sp^ciale. Au revers se trouvait, d'apr^s I'indicatioii donate
au graveor, un paysage avec un arc-en-ciel et ces mots pour
legende : Ktcordahor fcederis mei, sans doute par allusion k
la reinstallation du prince dans ses l^tats, apres le traite de
Bade. Duvivier fit ensuite une seconde medaille du meme
personnage, ou du moins un second revers, sur lequel
Tevfique est repr^sent^ administrant le sacrementdu bap-
t£me a an enfont.
Joseph Clement de Baviere donna i^ne entidre approba-'
tion au travail du graveur liegeois. Pour mieux lui en mar-
qaer sa satisraetion, il lut eomma^da, par la suite, un<e
(56)
grande medaille destioee a perpetuer le souTenir d'une in-
stitution qu'ii avail fondee sous le litre de Confrerie de
Saint-Michel. Dejk une premiere medaille avail ele frappee
en rhonneur de cetle institution ; mais elle elail plus que
mediocre, et le prince voulail depuis longlerops la rempla*
cer. Duvivier fit une oeuvre desplus remarquables. Saint
Micliel est represents terrassantdesanges rebelies. Geux-ci
formenl un groupe parfailement con<;u et plein de mouve-
ment. An revers se trouve un ecusson entoure de foudres
et d*eclairs; on y lit ces mots : Quis ut Deus, egalement
repeles sur le bouclier de Tarchange* Cetle grande el belle
medaille a ele decrite par M.Piot, dans le e""® volume de la
Revue de la numismalique beige. La Bibliotfaeque royale en
possede un exemplaire. La pensee qui a preside k la fonda-
iion de la confrerie de Saint-Michel est expliquee par Tau-
teur d*un opuscule du temps, dans des termes qui merkent
d'etre rapportes: « S. A. Joseph Clement de Baviere, y
est-il dit, etant encore dans un age fort tendre, remarqua
dans les cours de Baviere et de Vienne, oii elle a souvenl
6i6 obligee de se trouver, quMl regnaitun esprit merveil-
leusement poinlilleux sur les rangs d'honneur et de pre-
seance dans les appartements et surtout dans les ceremo-
nies publiques qui se font dans les eglises. Elle faisait une
juste comparaison des verites evangeliques dont se nour-
rissait sa tendre piete, avec ces maximes du monde. Elle ne
pouvait pas absolument Blamer les rangs qui sont dus a la
naissance et qui conlribuent autant au bon ordre qu'k la
gloire des Etats; mais elle desirait au moins trouver quel-
que moyen oh les grands , se depouillant de lous ces ca-
ract^res de grandeur, se melassent avec le gros du peuple ,
comme ils y seront surement, a la mort el au jugement de
Dieu. » II y acertainementquelquechose de remai^quable
(37)
daDs Tesposition de ces idtes liberates faite en 1694, au
nomd*un prince de Tfimpire. La confrerie de Saint-Micbel,
fondee dans un but d'bumilile, fut approuvee par l*auto-
rile pontificale. Elle a beaucoup moins dur^ que les in-
stitutions ereees pour donner satisfaction a la vanite hu-
maine. Dans notre siecle de lumi^res , elle rencontrerait
peu d*adh^rents.
Les auteurs du Tr4sor de numismalique et de glyplique
ont reproduil, dans leur recueil» la medaille de la confrerie
de Saint-Michel , classee parooi celles qui sont relatives ii
rhistoirede France. Apres en avoir donne une description
sommaire, ils ajoutent : < Nous ignorons h quelle circon-
stance a trait cette medaille. »
Quand Duvivier grava sa premiere medaille, il avait si
peu d*experience des procedes techniques » que, ne sachant
commenls'y prendre pour obtenir des empreintes de ses
coins, qui lui permissent de juger du degre d*avancement
de son travail, il les envoyait de temps en temps k la
Monnaie, afin d*en faire tirer des plombs. M. de Launay,
alors directeur du departement qu*on appelait la Monnaie
des medailles , eut occasion de voir ces essais de Tartiste
liegeois, fut frapp^ des rares dispositions qu*y avait mani-
festoes leur auteur et voulut que celui-ci lui tiki present^.
M. de Launay pressa vivement Duvivier de renoncer k
la peinture, ainsi qu'k la gravure en taille-douce, pour se
livrer exclusivement a la gravure en medailles, lui disant
que depuis Warin, son compalriote, nul n*avait paru de-
voir s'elever aussi haut que lui dans cet art, et ajoutant
que de toutes les carrieres qu*il pouvait embrasser, il n*en
^tait aucune qui lui offrit autant de chances de r^putation^t
de fortune. Notre artiste eut beaucoup de peine a se laisser
convaiDcre. II avait toujours espere pouvoir reprendre ses
(58)
diodes de peintre, et il lui en cofttait de reooncer aux espe-
raoces qu'il avait foodees de ce cdt^. CepeDdant les a?an-
tages qu'on lui fit entrevoir furent tels»qu*il finit par ceder.
La premiere inedaille que M. de Launay doona h graver
a Duvivier Tut celle de la statue equestre de Louis XIV,
d'apres le monument fait par Des Jardins (Vanden Bogaerl)
pour la ville de Lyon. 11 venaii de terminer son travail »
quand le coin fut brise dans Toperatiop de la trempe. Get
accident lui causa un profond decouragement. II annonQa
qu'il allait reprendre ses pinceaux et meiire a execution
son projet de voyage en Italie. S'eloignant subilement de
Paris, en effet, ii se rendit a Liege pour revoir sa famille,
avant d'enlreprendre cette excursion au dela desAlpes,
toujours vivement desiree, toujours ajournee, etqui,en
definitive, ne devait pas s'effeciuer. A peine fut-il arrive
dans sa ville natale, qu'il re^ut de M. de Launay les lettres
les plus pressanles pour aller reprendre ses travaux, dont
ij elait impossible, lui disail ce personnage, qu'il se laiss&t
detourner par un accident fortuit. Celte fois encore les re-
pugnances de Duvivier flecbirent devant les instances du
directeur de la Monnaie.
De relour a Paris , Duvivier refit un nouveau coin pour
la medaille du monument de Lyon. Ce fut cette piece, de
grand module ettres-beureusement reussie, qui commenga
a fixer sur lui Tattention. Une medaille devait etre frappee
en rhonneur du marechal de Yillars , pour les servicer
rendus k la France par ce guerrier illustre ; on en confia
Texecution a Duvivier.
Notre artiste n*eut pas Toccasion de reproduire d*apres
nature les traits de Louis XIV. Le grand roi » ne voulant
pas sans doute que la posterite piit surprendre sur son
effigie la trace das ravages du temps, ne posait plus ni
(39)
pour les peinlreSf ni pour les graveurs, daiis ses dei^Qtdres
annees. II ft*ea tenait aax types executes par Warin et qui le
representaient tel qu'il voulait etre vu. Duvivier fut oblige
de recourir a ces types pour graver differentes roidailles
doDt il re^ut la commande et qui se rapportaient k des
^▼enements glorieux de la fin du XVII"'^ siecle et des pre-
mieres ann^es du XVni'"\ Cest ainsi qu'il fit les m^dailles
comm^moratives des deuxeelebres trait^s de paix deWest-
pbalie et d'Ulrecht, celle de la campagne de Flandre, en
1649, celles, eofin, des prises d*Ypres» de Laudaw, de
Douai, de Lerida^ deNeuf-firisac et de plusieurs autres
victoires des armees frangaises, pour completer Thisloire
m^taiHque de Louis XIV. Les graveurs fran^ais employes
depuis Warin : Dufour^ Molart, Mauger^ Bertinei, Bre-
ton , etc., avaient dA, comme Duvivier, modeler la tele du
grand roi d*aprds les productions numismatiques du c^-
l^bre artisleli^geois^ qui en offraient la representation en
quelque sorte consacree.
Sembiable au h^raut d*armes qui criait sur la tombe oti
Ton venait de deposer les testes du cbef de la tnonarchie :
Le roi esi mort, vive le roi! Duvivier fit une medaille
poor la mort de Louis XIV et une autre poui* Tav^nement
de Louis XV. Sur la premiere, il montra la Renomm^e
prenant Timage du raonarque des mains du Temps pour
la porter vers F^ternite. L*ex^eution de la se^onde m^
daille offrit d'abord des difficuitos que le talent et Texp^-
rience ne pouvaient surmonter. On avait fait assister Duvi*
vier k une ceremonie ou se trouvait le jeune roi, afin qu'il
prit un croquis de sa figure; mais ce n*avait 6t£, pOur ainsi
dire, qu*ufie apparition, et quand TarUste eut termini
le coin qui etait attendu avec impatience par )e directeur
de la Monnaie, il reeannut que son travail avait manqu^
(40)
d'une base sufiSsanie. Le due d^Antin , a qui il exprima sou
ebagrin de Tinsucc^s de sa tentatiye, lai fit obtenir tine
audience du jeuue roi d*apres lequel il fit un dessin arr£l^
qui lui servit a graver une seconde medaille, cette fois tres-
reussie. Louis XY avait alors cinq ans. II est difficile de
donuer au profii d'un si jeune enfaut la fermete qu'exige
le modele numismatique. Duvivier triompha heureuse-
meut de cet obstacle. < Depuis cet instant^dit Tabbe Gou-
geuQiy M. Duvivier a grave successivement le portrait de
Sa Majeste, tant pour les m^dailles que pour les jetons, k
mesure que les traits de son visage se formaient et pre-
aajent accroissement. >
Duvivier, en efiet, semble suivre, le burin k la main,
le jeune roi Louis XV dans son double developpement
physique et moral. La medaille de Tavenementau trdne,
dont il a ete question plushaut, represente, au revers, un
soleil levant avec ces mots : Jubet sperare. Cest Tastre
du nouveau regne; ce sont les esperances qu'il apporle.
Yient ensuite la medaille de Teducation du royal enfant
auquel Minerve montre le temple de la gloire. Dans la m^
daille qui consacre la croissance intellectuelle du prince
appeie a presider aux destinees de la France, Tartiste
nous montre Apollon terrassant le serpent Python. Les
diverses occupations du roi, pendant sajeunesse, Tournis-
sent a Duvivier le sujet d*une medaille qui rentre dans
la categoric des precedentes. Le jeune roi est represente
debout, ecoutant les<:onseils de Minerve et pret k suivre
Mars.
Les allegories relatives k la minority de Louis XY n*oc-
cupaient pas seules Duvivier. Son burin tra^ait en meme
temps rhistoire numismatique de la regence. L'acte im-
portant qui confere a Philippe d'Orl^ns le gouvernement
(41 )
temporaire de la France, forme le sujet de la m^daille par
laquelle s'ouvre cette seconde s^rie, parall^le en quelque
sorte h la premiere. La tSte dn regent est d'un fort beau
modele. Au revers, Philippe d*Orleans, vetu a Tantique,
tenant un gouveroail fleurdelise de la main gauche, et ^ten-
dant la droite , comme pour faire un serment k la France,
qui est debout, devant lui, sous la figure d'une femme cou-
ronnee. lie m^me coin, k FelBgie du r^ent, a servi k la m6-
daille commemorative de la reception de Pierre le Grand
par Louis XY. Au revers, le czar, vetu d*une armure qui
recouvre une pelisse de fourure, etend les bras vers le royal
enfant, qui porte le costume du temps. D'autres m^aitles,
frappees k I'occasion d'^venements polittques plus ou
moins importants accomplis sous la r^gence, portent ^a-
lement Tempreiute de la tete de Philippe d'Orleans.
Au fur et k mesure que le jeune roi grandit , les cir-
Constances qui reclament Temploi du talent de notre ar-
tiste se multiplient: une medaillede grand module lui est
command^e pour garder le souvenir de la ceremonie du
sacre. C'est une des plus importantes .et des mieux reussies
qu*ait faites Duvivier.Le roi, jeune et beau, plus form^que
dans ses effigies precedentes, porte avec noblesse les riches
ajustements qu'il a revStus pour la solennite prescrite par
les traditions monarchiques. Le revers offre une represen-
tation de la c^remoniem^me.Pour la major! tede Louis XY,
evenement que la France attendait avec une anxiSt^ par-
tag^e par TEurope enti^re, et par lequel Philippe d'Or-
leans devait r^pondre aux soupQons des uns, aux calom-
nies des autres, Duvivier gcava une medaille ayant pour
sujet Minerve qui remet dans les mains du jeune monarque
un globe aux afmes de la France, en lui montrant, comme
exemple, Louis XIY dont la renomm^ tient le portrait.
(42)
Le souvenir du mariage projet^ du roi avec I'inrante d'Es^
pagne est coDsacre par une inedaille od Ton voit la prin-
cesse presenlee a la France par THymen, et dont la Mgende
est aiusi coD^ue : Pignus tranquillitatis publicae. Llnfante
retourne ea Espagne, mais la medaille subsisle. Le burin
qui Ta gravee en fait une autre pour celebrer TunioD, reelle
eette fois, de Louis XY avec la iille de Stanislas. La nais-
sance de deux princesses jumelles, la convalescence du
roi apres une grave maladie, tons les incidents de la vie
privee du souverain sont inscrits sur le bronze par Tar-
tiste qu'on pent, a juste litre » considerer comme Fhisto-
riograpbe de son regno.
Les^venementspoliliquesquioccupaientsuccessivement
les esprits et qui m^ritaient d'etre notes dans les annates
de la France^ eurent dans Duvivier un intelligent inter-
prMe. Les compositions allegoriques qu'ils lui inspirerent
sont, en general , con^ues avec esprit ei execut^es avec nn
talent que n*a egal^aucun des graveurs de son temps^Nous
citerons particuli^rement les n)edailles suivantes : Pour le
congres de 1721 : le g^nie de la Yictoire tenant la main
d*une femme, dans laquelle I'^Ioquence persuasive est per--
sonnifiee. Pour les preliminaires de la paix arretfeen 1727 :
Mars et Minerve formant une alliance pres d*un olivier au-
quel sont attaches cinq ecussons aux armes de TEmpire,
de la Fraoce, de I'Espagne, de TAngleterre et de la Hol-
lande, avec ces mots en legende : Spes pads aeternae fon-
datae. On sait ce que sont les paix eternelles entre les
nations; mais Duvivier n'etait pas charge de Taire de la
pbilosopbie. II gravait sur ses medailles les inscriptions
qu'on lui prescrivait d*y mettre. Pour la paix d'Allemagne :
la France tenant un rameau d*olivier et brulant les instru-
ments de la guerre a Tombre d'un palmier. Pour la reunion
(43)
de la Lorraine a la France : Minerve conduisant la Lor-
raine, qui pr^seote au roi Fecusson de ses armes.
Uoe eirconslance assez piquante prouva de quelle faci-
lite de travail Duvivier etait doud, et c'ontribua beaucoup
k etendre sa reputation, dans les premieres annees de la
riigence, alors qu*il ne s*etait point encore place, par des
ouvrages capitaus, k la tete des graveurs en medailles.
Pierre le Grand, qui visiiait, comme on sait, tous les
grands (^'tablissements de Paris , afin d*y prendre ce qu*il y
trouverait d'utile pour en faire Fapplication dans sa capi-
tale , coosacra une longue stance a Texamen de tous les
proced^s d*execution .en usage a la Monnaie. Lorsqu*il ar*
riva dans Tatelier oji ^taient les balanciers, on frappa une
medaille d'or en sa presence. Le due d^Antin la prit des
mains de Touvrier et la presenta au czar. Grande fut la
surprise du monarque, en voyant sa propre efiQgie sur cette
medaille, sortie comme par miracle du balancier, lorsqu'il
savait n'avoir pose pour aucun artiste. Uauteur du miracle
etait Duvivier. Le due d*Antin lui avait procure Toccasion
de voir le czar, dont la physionomie s*etait assez forte*
ment gravee dans sa memoire, pour qu'il eut pu , de retour
cbez lui , en tracer une image d'une parfaite ressemblance.
c Les connaisseurs, ajoute Tabbe Gougenot, apr^s avoir
rapporte cette particularite, furent etonnesde trouver dans
ce portrait une fermete de touche et des formes saisies
avec une surete qu'on ne devait pas attendre d'un*effon
de souvenir. »
La medaille de Pierre le Grand n*est pas, en effet, re-
marquable seulement k titre d*improvisation. La t£te du
czar est superbe de caract^re et de models. Les ajuste*
ments, formes d*un manteau de fourrure au-dessus d'une
armore, sont traites noblement et largement.
(44 )
Duvivier ne consacrait pas tout sor iemps k TexecutioQ
des commandes royales. Cest a lui ques*adressaieot tootes
les grandes cit^s de France, iorsqu'elles voulaient perp^-
tuer, parunem^daille, le souvenir de quelque eveDemeni
important pour leur histoire locale. Cest ainsi que notre
artiste grava successivement , k la demande de la viile de
Paris, des pieces commemoratives : pour le souper donne
au roi et aux princes du sang, le 28 septembre 1729, k
Toccasion de la naissance du Dauphin ; pour Ferection de
la statue de Louis XY, en 1751; pour la naissance du due
de Bourgogne, k Foccasion de laquelle la ville de Paris fit
celebrer six cents manages, enfin plusieurs jetons aux
armes de la capitale , sans indication des circonstances
auxquelles ils se rapportent.
L'une des plus grandes medailles de Duvivier fut gravee
pour la villede Bordeaux, lors de Tinauguration de lastatue
de Louis XV. Le ceiebre financier Bouret, ayant fourni
a la Provence tout le ble dont elle avait besoin dans une
ann^e de disette (1744), sans en retirer aucun benefice,
cette province fit frapper une medaille pour consacrer le
souvenir de cette g^nerosite, et cefut Duvivier qui Texe-
cuta. Notre artiste fit pour la ville de Lyon , une medaille
oil Ton voit Minerve instruisant deux genies, dont Tun
trace un dessin sur un metier et Fautre tient une navette,
avec ces mots en exergue : Fabrique de$ etoffes de soie , or
et arjent; une seconde medaille , gravee pour la memo
ville, a pour sujet le Rhdne et la Sadne unissant leurs
eaux sous les auspices d*une Naiade qui tient une grande
coquitle pleine de perles. La ville d*Orl^ans eut de Duvi-
vier une fort belle medaille representant Jeanne d'Arc ,
y&ine en Pallas, tenant d'une main son epee nue et ap-
puyant Fautre sur un ^cusson aux armes de la ville d'Or*
(45)
I^Ds, au bas duquel on voit uoe harpe renversee et un
lion terrasse.
Les grandes administrations de I'Etat faisaient graver
des medaiiles ou desjetons, ornes de sujets ali^oriques
oil d*attribut$. Duvivier en executa un grand nombre, don I
nous nous bornerons a citer les plus remarquables, ainsi
que nous avons fait pour ses medaiiles historiques. II grava
avec un soin tout particulier, comme cela devait etre, la
medaille de la Monnaie et Orfevrerie du roi, en prenant
pour sujet Minerve, assise sur une nuee , et presidant aux
travaux dont on s'occupait dans ce double et important
etablissement. La direction des batiments du roi lit faire
plusieurs jetons a Duvivier. L'artisle representa sor Tun
Amphion batissant la ville de Thebes aux sous de sa lyre;
sur un second, les attributs de la peinture, de la sculpture
et de Tarchilecture , avec la legende : Non desunt dona
Minervae; sur un troisieme, Apollon tenant la lyre d*une
main, de Tautre une equerre, et ayant a ses cdies les attri-
buts des beaux-arts. Duvivier fit, pour le tresor royal , un
jeton oil Ton voit un fleuve tenant une rame et son urne
d*ou s*echappe une eau abondante. Celui qu'il grava pour
la marine represente Minerve, au bord de la mer, regar-
dant une carte geographique el ayant ses armes aupres
d'elle. Les ecuries du roi eurent aussi leur jeton ayant pour
sujet un cheval courant en liberte.
A trois reprises diffi^reutes, Duvivier re^ut du clefge des
commandos de medaiiles atlegoriques et commemoratives.
En voici les sujets :V Le roi debout et tenant un gouver-
nail parseme de fleurs de lis, semble parler k la Religion
qui porte pour attributs une croix et un livre; 2*" La Reli-
gion tenant une croix devant un autel sur lequel brule le
feu sacre et ayant derriere elle des armes renversees. Une
(46)
colombe traverse les airs en portant on rameau d*oliTier;
S*" La Religion tenant une croix et levant les mains vers le
ciel; on aper^oit un arc-en-eiel et la pluie qoi tombe sur
des lis, ayec cette l^ende : Nunquam foederis immemor.
Les viDgt-quatre violons de la cbambre da roi con^oivent
le projet de faire frapper un jeton en Tbonneur de leur in*
stitotion. Cest le burin de Duvivier, repute le premier de
Franee, qui doit Vex^cuter. Le sujet slndique, pour ainsi
dire, de lui-m£roe. Cest Apollon, tenant sa lyre et ayant
a ses pieds des instruments de musique. Des associations
plus prosa'iques s'adressent egalement au graveur li^eois
pour obtenir des jetons destines k 6tre distribues entre
teurs membres. Celui qu'il fait pour la commanaut^ des
menuisiers de Paris represente sainte l^lisabeib montrant
h lire k la Yierge.
Les portraits, c'est-k-dire les m^dailles dont Teffigie d*un
personnage cel^bre est le sujet principal, forment une s^rie
importsratedans I'oeavre de notre artiste. Nous ne parlous
pas de celles qui reproduisent les traits de Louis XIV, de
Philippe d*Orleans, de Louis XV, ainsi que des membres de
la famille royale et qui doivent etre rang^es dans la elasse
des m^dailles historiques. II ne s'agit ici que de celles qm
furent frappees pour des partieuliers. La medaiile du car-
dinal Dubois, premier ministre, est une des plus parfaites
sous le rapport du travail et en mSme temps une des plus
curieuses. fl en existe des exemplaires avec des revers dif-
fiirents. Le premier qui (tit frappe represente une vaste
campagne, avec un arc-en-ciel et un aigle portant la
foudre. La l^gende est ainsi con^ ue : Sedes supremo nu*
mine^ digna? Apres la mort du cardinal, on trouva cette
legendetropambitieuse, et Ton commanda k Duvivier un
autre revers, ot Ton inscrivit simplement les titres ainsi
(47)
que les dates de la naissance et de la mort du cardinal.
En gravant le buste de M. de Launay, directeur de la
Monnaie des medailles , Duvivier acquitta one dette de re-
connaissance: car c'est ce personnage qui Tavait decide a
se fixer a Paris , et qui lui avait procure tons les avantages
dont il jouissait. II fit ceite medaille du ro^me module que
le coin representant Minerve presidant aux travaux de la
Monnaie et de rOrfdvrerie dont nous avons deja parl^,
afin que celui-ci pflt lui servir de revers. Nous citerons
encore, parmi les bustes dans lesquels se signala le talent
de noire artiste, ceux de M. de Saint-Albin , archeveque de
Cambrai, du cardinal deTen^^in et de G. Phelippeaux, ar-
cheveque de Efourges.
On a de Duvivier deux medailles de Marie-Theresc. tl
fut oblige de recommencer la premiere, a cause de son pen
de ressemblance provenant de ce qu'on lui avait envoye,
pour lui servir de modele, un fort mauvais portrait. La
seconde medaille de Marie-Tberese fnt gravee pour les
Etats de Tournay , dont elle porte les armes au revers.
La Faculte de medecine de Paris eut reeours au savant
et habile burin de notre artiste, pour former nne nom-
breose seriedes medailles de ses membres les plus iltustre$.
Duvivier fit, en outre, le jeton de celte compagnie ainsi
que ceux d*autres soci^tes savantes. II grava egalement
beanGOup de jetons aux armes de grandes families, comme
il etait alors d*usage, chez celles-ci, d'en avoir pour les
presenter au roi a Foccasion de la nonvelle annee. Nons
nous bornerons a les citer en bloc. Les detailler et les de*
crirenpus enlrainerait trop loin..Nous n'avons pas vonlii,
d^ailleurs, dresser un inventaire complel des productions
de Duvivier, mais seulement donner un aper^u de t'lmpor^
tance et de ta diversite de ses travaux. Pour presenter eei
(48)
aper^u dans son ensemble , nous avons interrompn ie recil
des incidents biograpbiques propres k faire conaaitre
rhomme en meme temps que I'arliste. Yoici le moment
d*y revenir.
En 1717, lesamisde Duvivier i'engagerent k se pre^
senter a TAcad^mie de peinture et de sculpture, ou le ta-
lent qull avail deploy^ et les succes qu'il avait obtenus lui
donnaient , suivant eux, de grandes chances d'etre admis.
II suivit leur conseil. Agre6 le 27 novembre de cette meme
annee, il fut nomm^ membre titulaire le 28 mai 1718,
quoiqu'il n'eAt pas encore fourni , conformement aux sta-
tuts de la compagnie, son morceau de reception. L'Aca-
demie le chargea de faire deux medailles pour les prix de
r£lcole. II les commen^a; mais Tabbe Gougenot nous ap-
prend qu*il ne put les terminer, a cause de la grande quan-
tited^ouvrages qui lui furent comroandes pour le roi. On a
TU, en effet, par Tenumeration, d'ailleurs fort incomplete,
que nous avons donnee de ses medailles, combien il elait
occupe par la cour, sans compter les commandes qu'il
recevait des villes, des corporations et des particuliers.
Quelle que fi^t la rapidity de son execution, il nesuffisait
pasais^ment aux travaux qui lui etaient demand^s de tou-
tes parts. S'il faut en croire Fabbe Gougenot, ceux qui lui
reprochaient de se faire aider dans de certaines parties
dont ils auraient regarde comme au-dessous de lui de s'oc-
cuper, le connaissaient maL Uhistoriograpbe de TAca*
demie assure que cette main si legere a terminer de petits
modeles en cire et a finir les morceaux graves snr acier,
etait plus vigoureuse et plus exp^ditive que celle des ou-
vriers accoutum^ aux travaux fatigants. Non-seulement
Duvivier faisait lui-meme tout le travail de ses medailles,
mais encore il montait ses oulils et en inventait de nou«
(49)
veaux , quand ceux qui etaien l en usage ne I ui suffisaien t pas.
Duvivier devait sa superiorite sur tous les graveurs eo
medailles de son temps, a la connaissance profonde quMI
avaitdu dessin. [1 recueillait, encela, ies fruits des excel-
lentes etudes qn*il avait faites a Liege, sous la direction de
son p^re, et profitait de Texperience qu'il avait acquise
dans le maniement du crayon , a T^poque ou il s'etait pro-
pose d'embrasser la carriere de la peinture. Cette supe-
riority que nous signalons, ses contendporains Font re-
connue. Nous citerons, pour le prouver, quelques lignes
de leloge lu a rAcademie par Tabb^ Gougenot : € Quant
aux tatens de M. Duvivier, il etoit correct , fin et gracieux
dessinateur. II drapoit avec delicatesse, et ses draperies
etoient d*nn bon choix. II donnoit a ses tetes Texpression
qu'elles devoient avoir , et s'il est tombe dans quelque se-
cheresse, il n*en a pas moins ex^cut^ quantite de medailles
d*une mani^re tres-moelleuse. II Femportoit sur les plus
habiles graveurs qui Tontpr^c^de, par Tintelligence du
bas-relief, et singulierement du c6te du genie et de la com-
position. Enfin,jene croispouvoir mieux Tapprecier, qu'en
mettant dans une meme balance ses talents avec ceux des
plus fameux artistes en ce genre, Warin et Hedlinger,
Warin etoit grand dans son faire; il gravoit ses tetes avec
un art admirable; mais on ne pent examiner ses revers,
sans decouvrir combien il etoit faible du cdt^ du dessin.
M. Duvivier lui ^toit infiniment superieur dans cette pariie
importante de Tart, ce qui est une compensation de ce que
Warin pouvoit avoir de plus grand et de plus large que
lui danssa manifere. A Tegard d'Hedlinger, contemporain
de M. Duvivier, sa facjon d'operer etoit large et moelleuse.
Mais il est un moelleux qui vient quelquefois du peu de
savoir. Celui qui n*e$t point parfaitement instruit du lieu
2""* S^RIE , TOME IV. 4
(50)
oh il faut arreter le contour et de ia forme determine des
objets , les laisse indecis et les Doie dans ie Sou , pour pal-
lier son incertitude. M.Duvivier, au contraire, dtoit oblige,
pour exprimer moelleusement les objets^detre conlinuel*
lement en garde contre lui-meme, de peur d*etre entraioe,
8ans y penser, k determiner trop sensiblement ce que des
eonnaissances exactes lui faisoient apercevoir. >
Mariette, dans ses annotations de YAbeeedario^ consacre
k Duvivier queiques lignes qui sont plus favorables kson
merite qu'a son caractere : < Depuis Varin, dit le celebre
iconographe fran<;ai6, aucun artiste ne s'^toit aussi distin-
gue que lui dans ee talent (celui degraveur en medailles).
It i'obscarcissoit par tin caractere dar et peu traitable, qui
lui faisoii trouver de Tamertume jusque dans les choses
qui devoient lui faire le plus de plaisir. Dans le nombre de
ses enfants, qui etoit grand, il s'en trouYoit un qui pro-
mettoit de le remplacer. II n'y eut rien qu'il ne fit pour y
mettre obstacle. Sa reception dans TAcademie fut suivie
de traits de mauvaise humeur qui penserent Ten faire
exclure. II osa dire en face k M. Bouchardon , chez M. de
Cotte, qui lui pr^sentoit un dessin de cei habile homme
pour etre grave, qu'il ne le feroit point, etqu'il ne feroit
rien de beau d!apres cela. C'^toii une poliiesse liegeoise. »
Nous ne savons tropce que Fannotaleur de YAbecedario
entend par une politesse liegeoise. II lui eul ete sans doute
difficile d'expliquer ce que signiliait an juste cette expres-
sion. I>uvivier^tait,cela parait certain, d'un caractere om«
brageux et d'une extreme susceptibiiite. Y'oici comment
les choses se passereut relativement k sa querelle aveo
Bouchardon. Ptusieurs occasions s'etaient presentees oh
Duvivier avait execute des medailles d^apres les dessins de
ce c^l^bre sculpteur, en y introduisant les modifications
/
(ol )
qu'il jugeait ne(;essaires pour satisfaire k de certaioes e^i-
geoc^s de ison ^rt, dont iletait le ipeilleur jqge. M. de Mai^*
repas, minislre et secretaire d'Etat, ayaot fait de^siner le
proiil duroi par Bouciiardon^ qu'il protegeait, ce dessip
plut a la coiir, etM.de Cotte^ qui avait succede a M. de
Launay comme directeur de la Monoaie des medailles, fut
charge de le faire graver par Duvivier. La cpinmuoicatioQ
de Tordre officiel fut faite a Tartiste liegois, en presence de
Bouchardon. Duvivier ^ qui avait toujours dessine et mo-
dele la tete du roi d'apres nature, regarda comme une
offense Tobligation qui lui etait imposee. U s'emporta jii^-
qu'a dire qu'on ne pouvait rien faire de bon d'apres le
dessin de Bouchardon, Gelui-ci, profondeinent bless^,
reprit son croquis des mains de Duvivier et lui declara
qu'il ne travaillerait jamais d'apres lui. La rupture qu?
s'eii suivit fut definitive*
La vivacite de Duvivier eut pour resultat de le priveu
pendant pres de dix ans, des commandes royales. M. de
M^urepas vengeait Bouchardon , en retirant a celui qui
Tavait offense les faveurs de la cour.Ce fut seulement lors
de Tentr^e de M. d'Argenson au ministere, que Duvivier
vit lever Tespece d'interdit qui avait si longtemps pese sur
lui, II renlra en grace en gravant une tete du roi qui fut
louee par pe|ui-ci, et qui , naturellement alors , lui vaiul d^
grinds applaudissemenis. Les travanx ne lui avaient pas
manque pendant sa disgrace. C est durant celte periode de
dix aps qu'il ?ivait execute, pour les villes et pour les par-
liculiers, la plupart des raedailles et des jetons dpnt nous
avons donn^ un^ indication sommaire. II n'en etait ps
moins regrettable que le privilege de composer Fhisloire
metallique du r^pe de Louis XV lui eut ^(e retire. A ce
propos, Tabbe Gougenol s>xprime ainsi : < II n'en est pas
(52)
d*un graveur de medailles comme de tout autre artiste.
A moins qu'il ue soit principalement occupe par son sou-
verain, il rencontre rarement des occasions de se dislin-
guer» aussi est-ce la cause pour laquelle peu de personnes
s'adonnent k ce talent sterile. Lors done qu'il se forme
dans un siecle un snjet tel que celui (Duvivier) dont la
perte fait Tobjet de nos regrets, on ne peut apporter trop
d'attention pour Tencourager et le conserver. »
Nous avons dit que Duvivier ^tait d'un caraclere om-
brageux et susceptible a Texces. II en avait deja donne la
preuve avant sa rupture avec Bouchardon. L'Academie,
dont il 6tait membre, avait pris la resolution de nom-
mer un graveur en medailles k une place de conseiller de-
venue vacante. Coustou jeune, alors directeur, proposa
de mettre cette place au concours,et la compagnie pril
une decision dans ce sens. Duvivier entra dans la lice fort
de son talent, fort de sa reputation et de sa superiorite re-
connue dans un genre ou Ton s'accordait a dire qu'il
n*avait pas de rival. Les ouvrages qu'il exposa repondi*
rent a la haute idee qu'on avait de son merite, et nul ne
contesla qu*ils ne fussent superieurs a ceux de ses ri«
vaux; mais TAcad^Doie, aux termes de son reglement, ne
pouvait pas elever a un grade superieur le membre qui
n'avait pas fourni son niorceau de reception. Duvivier etait
dans ce cas; il ne put etre nomnoe. S'imaginant qu'il etait
victinoe d'un passe-droit , le trop susceptible artiste cessa,
k dater de ce moment, de se rendre aux seances de I'Aca-
d^mie. Aucune instance ne put Ty ramener.
Duvivier n'avait pas completement abandonne la gravure
en taille-douce ; il revenait, dans ses moments deloisir,
a cette occupation de sa jeunesse. L'abbe Gougenot cite de
lui une vignette des armes d'Orleans , gravee en 1745, et
(S5)
uneestampe repr^senlant le graphometre, avec une expli-
cation de son ni^canisme. Conduit par deux mains qui le
font manceuvrer, Tinstrument vient de tracer le portrait
de Tartiste lui-meme. Gelte estampe fut gravee*par Duvi-
vieren 1744.
On a vu que Mariette, dans une note dont nous avons
transcrit une partie, accuse Duvivier d'avoir mis tout en
ceuvre [)Our arreter dans sa carriere un de ses fils qui sern*
biait appele a le remplacer. Le fait en lui-meme est vrai;
mais rinterpretalion du motif qui a fait agir notre artiste
est fausse. Duvivier n'etait pas jaloux, comme on a paru
le croire, de ce fits qui monlrait d'heureuses dispositions.
S'il s'efforgait de le detourner de la carriere qu'il avait
lui-m^me parcourue, c'etait pour lui eviter d'avoir h lulter
contre les obstacles qu'il avait rencontres, et pour lui ^par*
gner des deceptions dont son esprit » portd naturellement
h voir le mauvais cdte des choses, exagerait la gravite. On
en a eu la preuve dans des notes de sa main , dont la reu-
nion formait une auto-biographie complete, et au moyen
desquelles Tabbe Gougenot a compose la notice dont il a
donn^ lecture a T Academic. Ges notes etaient ^crites par
Duvivier sur des cartes qu'il reunissait par paquets dans
un ordre methodique et chronologique. Sombre, inquiet,
soup^onneux, mecontentde tout et de tons, il n'avait pas
d'amis, pas de confident des chagrins imaginaires qui le
troublaient. Ses cartes recevaient seules le depot de ses
pensees ameres, de ses plaintes. « On en a trouve chez lui ,
dit Tabb^ Gougenot, des monceaux qu'un scribe viendrait
difficilement a bout de transcrire en trois ans. » Elles prou-
v^rent qu'il croyait avoir a se plaindre non-seulemenl de ses
ennemis ou de ceux qu'il regardait comme tels, non-seule-
ment de ses amis, mais encore de sa famille. e Jamais,
(54)
ajoHte Tauteur de i'^loge de DuTivier, p6re D*eot plus lieb
d'etre content de ses enrabs , et jamais pdre n'^at k letir
egard plus d*alarnaes. II vouloitlire dans TaYenir et pi'^voir
ce qu'ilis deviendroienlun jour. II confioit ^ ses cartes qu'it
ne leur sentoit pas ce genie ferme et vif, ceg^nie liegeois
qtfil leiir desiroil,et il disoit qu'appafemment Ife lerfoir
intluoit sur les enlsinls comme sur ies pislntes Kju'il avoit
fail venirdeson pays, maiis qui deg^n^roient dans celni^d
(eri France). *
Atri preoccupations de notre artiste sur le sort de sa fa-
mille yinrent se joindre des doiil^urs h\6Q r^elles. De son
marlage avec Louise Yignon, fille d'un marchand de viti
et petite-fille de Tarchilecte Martin, aiiteur des plans dd
cfaiteaii deSceaux, il atait ed dii-septenfants, doht treize
gardens et quatre iilles. Quatorze de ces enfants furent
success! vetiient ravis a sa tendresse; il ne lui restait pltis^
viEirs ia flh de sal vie, que detlx gar?ons et une fllle. L'alni
de ceux-15i avail suivi la m§me carriere que son pere, mal-
gr6 lei efforts faits par Duvivier pour Ten detoiirner. Le
second ^ludia la peintut'e sous la direction de Chardin. II
ne s'eleva pas au-dessus de la mediocrity. La fille de Du-
vivier ^pbusa Tardieu, graveur et membre de rAcad^mie.
Elle ne survecut que d'une annee h son pere.
Duvivier avait egalemerit perdu sa femrrie, dont la dou-
ceur etait parveniie h temp^rer I'Siprete de son caractfere.
Cest i dater de la tnort deeette compagne, qu'il tomba
dans nne noire ihisanthropie. Ses chagrins, on le voit, ne
furent pas tons imaginafres, comme se plaisaieht h le dire
ceux qui voulaient le bl^mer. II est certain aussi qu'il n'eut
pas toujours lieu de se louer des prdcedes dont Ies fonc-
tionnaires superieurs de la Monnaie des medailles, apres
M, de Launay, userent a son egard. Les reflexions sui«*
(88)
vaotesy cdnsigo^eil sur tioe de ses cartes, en fournisseiit
la preaTe : c Oq commenQa k me molester en me d^fen*
dant de mettre moo nom sur mes outrages. Ce fat
M. de »4.. (M. de Boze, dit I'abb^ Gougenot) qui leya ce
lievre. La raisou qu'il en apportoit etoit bien tirde aux
cheveux. C^toit, disoit-il, pour qu'on ne fit point d'^ui-
voque en prenant le nom du graveur comma faisant partie
de la legende. Je r^pondis que je Tavois toujours pratiquiS
et que c'etoit un usage constant parmi les graveurs. J'ob*-
servoi que si Ton en usoit autrement, ce seroit 6ter aut
artistes le principal motif de faire de leur mieux; que d^
qu'ils n^auroient plus Tenvie de se faire connaitre, la d^ca*
dence des arts s'en suivroit infaiiliblement. II vint cepen*
dant a bout de me forcer a dter mon nom que favois ^crit
dans la medaille de {'acquisition de la Lorraine, sur Tune
des marches du trdne du roi , quoiqu'il fallAt un micros*
cope pour le lire. Je Teffa^ai, mais, pour le tromper, jk
gravai mes deux lettres initiates sur le champ de la m6*
daille; je les rendis plus visibles que n'etoit mon nom en-
tier, et jefis tremper le coin. II n'y etit plus moyen de les
eflfaeer. >
DuTivier avait un besoin constant d'activite; le repos
rimportunait; il cherchait dans le travail la satisfaction
djb ses instincts d'artiste et roubli de ses chagrins. Noul
avons dit qu'il avait parfoilS des retouri d'affection pout
la gravure en taille-douce. II laissa aussi un grand nombre
de dessins remarquables par la correction ^ auxquels on
aurait seulement reproche un peu de s^cheresse dans les
contours, si Ton n'avait pas songe que la fermete du tracd
lui elait necessaire pour guider stirement son burin. L'abb^
Gougenot cite aussi de lui plusieurs t^tes model^s en cire
avec une grande d^licatesse* Cessait-il de manier le burin
(56)
et le crayon, il s*occupait de musique. II jouait fort passa-
blemeat du luth et du clavecin, et m£me il composait,
dit-on. Suivant una expression du temps, il concertait sou-
vent avec Oudry et Bouchardon, avant Tincident qui
Teloigna de ce dernier. Adroit a toutes choses, il etait son
propre facleur d'instruments. On trouva chez lui , apres sa
mort, plus de trente luths de tailles differentes, auxquels
il avait travaille pour en am^liorer la fabrication, sous^te
rapport de Faeoustique. On s'esl beaucoup occupe, de notre
temps , de corriger la secheresse du piano. Duvivier avait
poursuivi la solution de ce probleme, ainsi que nous Tap-
prend avec certitude ce passage de F^loge que nous avons
souvent cite : c II avoit invente et fait un clavecin qu'il
nommoit viole-orgue. Son but eloit de remedier k Tincon-
v^nient des sons sees et coupes de cet instrument, en pro-
longeant leur tenue, et Ton pretend qu'il y avoit reussi.
Ayant ^te oblige de le demonter, lorsqu'il vint s'etablir aux
galeries du Louvre, ses grandes occupations rempScb^*
rent de le retablir, de sorte qu'il seroit difficile de juger
actuellement de sa structure, les pieces qui le composoient
etant melees avec celles qu'il avoit faites pour essai. »
Malgr^ taut d*occupations diverses qui sembleraient
avoir du le detourner des travaux de son art, Duvivier a
laisse un oeuvre considerable. D'apres le releve que Tabbe
Gougenot donne de ses medailles , il a grave : dix-sept tetes
du roi a diiferents &ges, trois tetes de la reine, deux dessus
de medailles oil le roi et la reine sont en regard, dix tetes
de personnages illustres, quatre grands dessus et qua-
rante-deux revers de medailles, et pres de deux cents coins
de jetons.
Dans le courant de Tannee 1760, Duvivier eut une al-
taque d'apoplexie determinee, dil-on, par la douleur que
(57)
lui causa la perte du troisieme des fils qu*il avait conserves
de sa Dombreuse tamilie. II ue se remit pas completement
de celte atteinle:sa sante, jusqu'alors parfaite , devint
languissanie. Nous transcrivons, en terminant, les tou-
chants details que i*auteur de Teloge academique donne
sur ses derniers instants : « Sentant enfin les approches
Aeh mort, il fit venir ses enfans le jour m£me qu'il re^ut
les sacremens. Apres les avoir embrasses et leur avoir
tenu des discours pleins de piete el de tendresse, il leur
ordonna de se retirer pour etre seul, et il ne voulut pas
meme permetire que la personne qui le gardoit rest&t au-
pres de lui. Gependant, comme on veilloit dans la chambre
voisine, on entendit dans la nuit des cris plaintifs; on
accourut aussitdt a son lit; il venoit d'expirer. Ce fut le
30 avril 1761 , etant dans sa 74'"' annee. *
Une medaille a Tei&gie de Jean Duvivier a ete gravee
par son fils, qui herita de son logement au Louvre Qt de ses
travaux officiels, mais non d*un noerite ^al au sien.
Les deuxgraveurs en medailles dont le burin a illustrd
rhistoire numismalique des regnes de Louis XIY et de
Louis XV sont Beiges et de la m^me ville. Cest une ren-
contre singuli^re que nous ne pouvons nous emp^cber de
faire remarquer.
M. Alvin remercie la classe pour le concours qu*elle lui
a prete pendant son dijrectorat. M. G"*' Geefs, directeur
pour Tannee 1858, propose de voter des remerciments a
son honorable pred^cesseur. Gelle proposition est accueillie
par des applaudissements.
(58)
OUVRAGES PRfeSENTfe.
Ahn/ukilr^ dit Fdbservatoin royal de BruxelUi ; par M. Ad.
Qoet«l«t. XXY""* ann6e. 4858. Brnxelles; i vol. in-18.
RiBUmS deg ob9ervation$ sur,la tnitiorologU et sur le magn^
tisme terreslrey faites h FObservatoird royal de Brnxelles, ea
1856» ^t cemmiiniqn^es par le directeur Ad. Quetelet. Bruxelles,
4857; 1 broch. m-4«.
Annuaire de Vuniversiti catholique de Louvain, Ann^e 1858.
Louvain, i vol. in-i8.
Analectes pour servir a Chistoire de VuniversiU de Louvain,
n° XXI; par P.-F.-X. de Ram. Louvain, 1858; 1 broch. in-18.
Correspohdance de Guillauriie le Taciturne ; pai* Cachard.
Tome Vr. Bruxelles , ^ 857 ; \ vol. irt-8^
ifouvelles poesies d'Addr^ Van Hasselt. BrUxellei*, 4857;
4 -vol. ih-8**.
Vaderldndsch Museum voor nederduitsehe letter kunde,oudheid
en ^eschiedenii : tiitgegeven door G.-P. Serrure. IP* deel. 4*** en
2^« stuk. Gdnd, 4868; 4 vol. in-8».
Revue trimmrieU0i\'' mn^e,TomeV\ Brnxelles, 4858; 4 vol.
gr. in-46.
Annales de la SociitS entomologique beige. Tome P. Brnxelles,
4857; i vol.in-8^
Journal beige de I* architecture et de la science des construc-
tions; public sous la direction de MM. Versluys et Vanderauwera.
Vlil*^ anil^e, i'"^ &7«*liv. Brnxelles, 4857; 3 brocb. in-8^
Mesmger des Sciences historiqvies , on archives des arts et de
la bibliographie de Belgiqne. Apn^e 1857. 4'°®liv.Gand; 4 broefa^
in-8^
. Reglement de I* Association pour V encouragement des beaux-arts,
sous la direction de la Sociiti libre d' Emulation, Li^ge, 4857;
4 broch. in-8^
(59)
Journal hiitarique et liMraire. Tome XXIV*"*. Liv. 7»«. Li^ ,
4857; 1 bP6ch.in-8^
Journal ef agriculture pratique; public psir BiM. Gb. 6t Ed.
Morren. X"»« ann^e. 5™ k 8»« llv. Li^e, 4857; 3 brocb. in-8^
Archive bulges de ntddecine niilitaire, Toni^ XX; !•' 3i 4** ea-
bier. Bruxelles, 1857; 2 brocb. in-8^
Sur dei mtift dinseelei servant d I'cdiinefiiation de fhomme et
dohndtu lieu A la formation dooUthes dam des ealtiaires la-
cUstrtB, aU Mexique; par Ai.yirletd*Aoust.Pari$, 4857; 4 bfoeh.
Applitation de la ehctusi et de lapolMSe i fatinuialion dei gaz
diletires qui se produisent dans les mines de houille; par H. Lan-
dois. Paris, 4 857 ; 4 bf ocb. iD-8*.
Journal de la Soei^ti de la morale ehrilienne. Tome VII"^.
N** 5 el 6. Paris, 4857; 2 brocb. io-8».
Revue de Vart chnilien. I" anniSe. 5"** k 42~« IW. Paris, 4857;
8 brocb. in-8'*.
M^moires de la SoeUli d^ Emulation d'Ahbeville, 4852 k 4857;
Abbeville, 4857; 4 vdl.in-8^
BullHin de la Soditi des antiquaires de Picardie, Ann6j$ 4 857.
N® 4. Amiens; 4 brocb. in-8^
Liste ginirak des recompenses dkemies par leS jurys dU o^n-
cours agricole universel de Paris, en 4856. Paris, 4856; 4 brocb^
in.8^
Recueil des pieces et documents offidels concernant t exposition
universelle de 4858 j tnis en ordre et public par M; E. Psibis.
Paris, 4855; 4 vol. in-4«.
Catalogue ofjiciel de I* exposition des produits deJihdustrie^de
toutes les nations en 4855 ; public par <ji*dre de la Commissiott
imp^riale. Paris, 4855; 4 vol. in -8^
Catalogue des produits vigStaux, animaux et miniraux exposes
au concours agricole universel de 4856, Paris, 4886; 4 vol. iii-8^.
Catalogue de I* exposition permanente des produits deVAlgirie,
suivi du catalogue miihodique des produits algiriens a VeXposi*
(60)
tionunivirselle de Paris en t85i>. Paris, 4835; i vol. in-S".
Catalogue d^ la collection envoyie du Canada a I'exposition
imiverselle de Paris^ en 18So, Paris, 1855; 1 vol. 10-8^
Catalogue de$ objets exposis dans la section des J^tats-Unis
dAmirique, a tegsposition universelle de 48S5. Paris; 1855;
i broch. in-8^
Catalogue des objets exposis dans la section grecque de lexpo-
sition universelle de 18S5 , pric^d6 d*une introduction sur les
produits et sur les principaks industries dupays, Paris; 1 broch.
in-8^
Catalogue des produits exposis dans la section mexicaine de
Ves^sition universelle de 1865, Paris, 1855; 1 broch. in-8^
Catalogue des exposants de la Conf4cUration Suisse a texposi"
tian universelle de 4855. Paris, 1855; 1 broch. in-8^
Catalogue descriptif des articles exposes par les fabrieants du
royaume de Wurleniberg a t exposition des produits de Cindustrie
de toutes les nations a Paris ^ en 4855. Stuttgart, 1855; 1 vol.
in*8^. Le rn^me ouvrage en langue anglaise; 1 vol. in-8^
Rapport du comxti de I'arrondissement de Valenciennes sur
texposition universelle des produits de I'industrie de 1855, Va-
lenciennes, 1856; 1 vol. in-8".
Esquisse sur le Canada considM sous le point de vue icono-
miste; par J.-C. Tach6. Paris, 1855; 1 vol. in-12.
Traits des magnaneries; par J. Charrel. Paris, 1848; 1 vol.
in-8^
Des institutions du eridit fonder et agricole dans les divers
Etats de t Europe. Paris, 1851 ; 1 vol. in-8'*.
Rapport sur la publication de nouveaux documents relatifs
aux institutions du cridil foncier; par M. Dumas. Paris, 1851 ;
1 broch. in-8**.
De la conformation du chevaly suivant les lois de la physiologie
et de la m4canique; par M. A. Richard. Paris; 1 vol. in-8^
Guitie du ctUtivateur du sorgho a sucre; par MM. Paul Ma-
dinieretG. De La Coste. Paris, i856; 1 broch. in-12.
(61 )
Association du drainage du d^partemeni de VOise. BeauTois,
1856;! broch.in-i^.
Travaux et rapports de la commission de pisciculture. Paris,
J 850; 1 broch. in-8^
Situation iconomique et agricole des comtis de VAngleterre;
tradait de Tanglais de Caird, par M. Bancelin-Dutertre. Paris,
1852;! vol. in.8*.
Concours r4gionaux d^animaux reproducleurs. Paris, i853*
1855.; 2 vol. gr. in-8^
Concours danimaux de boucherie en iSol ^ 4853 et 1854:
Paris, J 851 ^ 1855; 3 vol. in-8«.
Stud book francais , registre des chevaux de pur sang, nis ou
importh en France, Paris, 4837 ^ 1843 ; 4 vol. in-8^
MMographie ou nouvelle notation musicale ; par Juan*Nepo-
iiiuceno Adomo. Paris, 1855; 1 cahier in-4^
Instructions pratiques sur le drainage, Paris, 1855; 1 vol.
in-12.
m
Etudes topographiques , midicales et agronomiques sur le
Bresil, par le D' Alp. Rendu. Paris, 4848; 1 vol in-8^
Considerations tMoriques et pratiques sur taction des en-
grais; par A. Bobierre. Paris , 4854; 4 broch. in-8®.
Die Landtafel des Markgrafthumes Mdhren. IX-XI Lieferung
Brunn,4857;in-4^
Archiv dcr Maihematik undPhysik; heraasgegeben von J.-A.
Grunert. XXIX»«' Theil, 4»«» Heft; XXX«" Theil, V' Helft. Greifs-
wald, 1857; 2 broch. in.8^
Neues Jahrbuch fur Pharmacie und verwandt Fdcher. Band
VII, Heft 4-5; Band VIII, Heft 1-4. Spire, 4857; 6 broch. in-8\
Wiirtiembergische naturwissenschaftlicl^e Jahreshefte, XIV°*"
Jahrgang.4*^ Heft. Stuttgart, 4858; 4 broch. in-8^
Observations mitiorologiques failes d Fobservatoire metioro-
logique de Lisbonne, pendant les mois dejuillet a d4cembre 1857,
Lisbonne, 4857; 6 broch. in-plano.
Annates de Cobservatoire physique central de Russia: publi^es
(6«)
par A»-R. Knpffer. N* i, Ann^ 1854. Corrtipaiidaiice Mltero-
logique pour i855.SaiDt-P^tersbourg, 4856; I Tol.eMn c^bier
in-4^
Notices of the meetings of the members of the royal /niltluliaft
ofGreoi Britain, PartVII. Londres, 4857; I broeh. io-8^
Thfi annak ani moga^fine of natural hutary^ iooludiiig zoo-
logy, botany and geology. Second series. Vol. 20. N^* 145 ii 131 .
Lpodres, 1857; 7 brach. in-8^
Royal Society of Edinburgh. — Transactions.\oL XXI. Pari 4.
— Proeeedings^Yol I. N~ 1 4 42 et 46-47. Vol. HI. N* 47. Edim-
bonrg, 1832 h 4857; 4 cahier iD-4<* et 15 broch.*]o-8^
Om de iakltagelser ofver Vattenhqjdens och Vindames /Sran-
dringar; af A. Erdwano. Stockholm, 4857; 4 brocb. ia-4^
fffagi'a 9rd till Belysning af den get^iska Karian ofver fyris^
ans Dalbdcken: af A* Erdmann. Stockholm, 4857; 4 bfoch.
iIl.8^
Semina horti botanid christianiensis, 1856. Christiania; aiM
feuille ia-4^.
Inversio vesicae urinariae, eU.; iagttagne af Lector Vow.
Christiania, 4857; 1 brpch. in-4^
Observations sur le$ pMnomines dirosion en Norwege, re-
cueillies par J.-C. Horbve et publi^es par B. H. Keilhau. Chris-
tiania, 4857; 4 broch. in-4^
Forhandlinger ved de skandinavische Naturforsieres. Fjierde-
syvende Mode. Christiania, 4847-^4856; 2 vol. in»8°.
Det kongelige Norske Frederiks Universitets : aarsberetning
for 1854-4855. Christiania, 4857; 2 broch. in-12.
Beskrivelse til Kartet over den norske Kyst fra. — Arendal
til Christiansand ^ — Christiansand til Lindesnaes. Christiania,
1856*4857 ; 2 c^ihier^ in-4<» et 4 cartes in-plano.
Quelques observations de morphplogie vigitale; foites au jardin
botaniq^e da Christiania, par J.-M. Norman et publi^es par H.-H.
Rasch. Christiania, 4857; 4 broch. in-8\
Statistiske TabeUer for Kongerigel Norge : udgivne efter foran-
(65)
$lalti)iiig 9f Departementet for det Mre. Aaret 1837ri840,
til. X, Xy-KVI Raekke. Christiania, 1856-18Si7; 5 cabiera iq^4%
Beretmng am Bodsfoengstets VirksomhediAafet 48SS'^S&6,
Chriatiaaia, 1856-1857; 2 broch. in-S''.
Nyt Magazin for Naturvidenskabeme. W^ Binds. i*3 Hoftaa;
X*^« Binds, i Hefte. Christiania, 1856; 4 bF4)ch. iQ-8^
Diplomatarium norvegicum, IV Samliag, 1^ Halvdel. Chri$->
tiania, i857; i vol. in-i^
Nor$ke SUfteUer, m«' Binds, 2^«' Hefte. ChriMiania, 4857;
1 vol. in.8^
Kortfattet Fremstilling af den oeldfte Nordiske Runeskrift ;
af P.-A. Munch. Ghristiania, 1848; 1 broch. in-8^
Bereining fra Agronom T, Wiel om de afham i Aaret 485b i
det offentliges Tjeneste foretagne Reiser i Smaalenenes samt Jarls-
berg og Laurvigs Amtsdistrikter, Ghristiania, 1856; 1 broch.
in-8«.
Index scholarum in universitate regia Fredericiana, Second
semestre 1856 et ann^e 1857. Ghristiania, 1856-1857; 5 broch.
in.4«.
Bidrag til Kundskdben omMiddelhavets Littoral'Fauna, Reise-
bemaerkninger fra Italien; af M. Sars. II. Ghristiania, 1857;
4 broch. in-8^
Besvarelse afden af det Akademiske Collegium d. 25^ mai
4854 fremsatte Prisopgave n** 6 ; af. Th. Kjerulf. Ghristiania ;
4 broch. in-S".
IndbydeUesskrift til den offentlige Hovedeksamen % Skiens
laerde og ReaUkole i Mi 4853-4854-4857. Skien, 1853 h
1857; 3 broch. in. 8«.
IndbydeUesskrift til den offentlige Eksamen i Trhondhjems Sa-
thedralskole i Juni og Juli 4857. Throndjem, 1857; i broch.
in-8«.
Indbydelsesskrift til den offentlige Eksamen i Kristiania Kathe-
dralskolej 4 856- f 857. Ghristiania, 1857; 1 broch. in-4^et une
broch. in-8°.
(64)
Oplegnesier under en Reise i Romsdals Ami Sommeren 18SS,
uf Gustaf Ahlstrom. Ghristiania, iBb6; 1 broch. in-8^
Optegnesser under en Landbrugsreise gjennem del sydlige
Norge i Sommeren 48S8, af Johan Lindeqvist. Christiania,
i856;lbpoch.in-8°.
Beiirdge zur lateinisehen Grammaiik, I ; von L.-M. Aabert.
Christiania, i856; broch. in-8^
Om sistermaal i Norge; — Om Dodeligheden i Norge; — Om
SoedelighedS'TiUtanden i Norge; af Eilert Sundt. Christiania,
i8o5-l857;3vol. in-8«.
BULLETIN
OS
L'ACAD^MIE ROYALE DES SCIENCES,
P^
LETTRES ET DES BEADX-ARTS DE BELGIQDEt
1888. — N*^ 2.
CLASSE DES SCIEMCES.
Seame 4u 6 fevrier 4888*
M. Melsens, directeur.
M. Ad. Qubtelet, secretaire perp^tuel.
Sont presents : MM. Sauveur, Timmermans, Wesmael,
Martens, Kickx, Stas, DeKoninck, Van Beneden, Ad. De
V»ux , Edm. de Selys-Longcharop^, le viconile Bernard Du
Bus, Gliige, Nerenburger, Schaar, UAgre, Dupr^z, Bras-
seur, Poelman, membres; Spring, Lacordaire, Lamarle,
associis; Ernest Qaetelet , d*Udekem, Montigny, corres-
M. £d, F^tis, membre di la eh^m 4^$ b^uoo-art^, g^i^te
iJas4s«ae.
2™* SERIE, TOJUE JV. 5
( 66 )
CORRESPONDANCE.
M. le Ministre de Tinterieur fait condaitre qu*un arrele
royal a nomine M. d'Omalius president de TAcad^mie
pour Tannee courante, et M. Poelraan, membre titulaire
de la classe des sciences.
— M. Schlegel remercie TAcademie pour sa nomination
r^cente d'associ^ de TAcademie.
— M« Heis^ de Munsler, transmet les r^sultats de ses
observations meteorologiques pour I'annee 1857.
— M. A. Wesmael envoie le catalogue manuscrit de ses
observations sur les plantes vasculaires qu*il a observ^es
dans les environs de Bruxelles. (Commissaires: MM. Kickx
et Martens.)
— MM. Duprez, Dewalque et Montigny offrent des ou-
vrages imprimes de leur composition. —^ Reraerciments.
RAPPORTS.
Influence de la lune sur la menstruation, par feu J.' A,
Clos, doeteur en m^decine a Soreze "(Tarn).
tiappofi t99 JSf. Spring,
€ L'opinion qui rattache a Tinfluence de la lune le retoor
p^riodique de la menstruation est Ires-ancienne. On la
rencontre dans Arislote, dans Hippocrate etdans Galien.
( 67 )
Au moyea age, elle Q*a pu que s'etendre sous rinflueuce
des id^es souvent fantasliques qui dominaient a cetle
epoque la physiologie et la medeciue. On admeUait alors
comrae fait que les jeunes femmes elaient reglees pen-^
dant la nouvelle lune, et que les femmes avancees en &ge
r^laient de preference a 1 epoque de la pleine lune :
Luna vetus vetulas , purgat nova luna puellas (1).
A la renaissance des sciences naturelles , on ren-
contre en sa faveur, parmi les astronomes : les grands
noms de Keppler et de Newton , et parmi les medecins i
Richard Mead, Sanctorius, Stahl, Testa, Morgagni et
Etlmiiller.
Ces observateurs comparerent Tinlervalle qui s^pare re-
gulierement deux ^poques catameniales avec le temps que
met la lune a parcourir son orbite, el la conformite ap-
proximative de ces deux periodes leur suffit pour placer
les premieres sous la depeudance de la seconde.
Mais Haller, en combaltant cette opinion, signala dejsi
Fabsence de parallelisme veritable enlre les deux pheno-
menes. II n'y a pas de jour, dit-il, ou les regies tie coulenl
chez un grand nombre de femmes, sans que le perigee ou
Tapogee, ni aucune phase lunaire aient aucun privilege
sousce rapport, et sans qu'il soit possible, en outre, d*eta-^
blir des categories selon rage,le temperament ou selon la
maniere de vivre. Blumenbach, dans ses Institiuions phy-
siologiques, cite meme le cas tr^s-remarquable de deux
(i) On est ^tonn^ de voir qu^un des plus c^Iebres accoucheurs du siecie
actuel, Fr^di-Benj.Osiander, fut encore partisan dc cclte opinion. (Hand-
buck der EnibindungskunH, tome 1, 1818, p. 3(58.)
(68)
s€BUf8 eompl^emenl sondes Tune ^ T^ulre par leur
eorps el vivaat ainsi da indme sang et d'uoe deMoraie
eominoBe, et qui cependant avaient leura r^les k des
^oques (Jiff^rentee (1).
Aussi, dans les ^coles physiologiquas inoderiies,elail*Ofi
d'accord pour traiter de ehimerique et d'ab^urde niAme
Topinion qui etablissait un lien mysterieux enlre la femme
et Tastre de la nuit; on la releguait parmi les traditions
n^s dans des eppques d'ignorance et renouvel^es de
temp? k antre par le mysticisme qui entrain^ certains
esprits, Cepeodant person ne, a ce que je sache, n^avait fait
4^s observations mtf^/iodt9ue«, dans le but special d*elacider
cette question : on jugeait apparemmcnt ]a peine inutile,
Le premier essai d'une statisiique de la measlruation en
general m rewonte meme pas plus haut qu ii 1840. II est
ink I^rierre de Boismont, Les observations cbiffrees prises
sur $42 femmes amenaient Tauteur k nier mepae la p^*
riode de 28 jour^, geni^ralement admise encore aujour*'
d'hui, < Ce$ releves, dit-il, nous pnt prouve qu'ep general
rien n'etait inoin^ certain que \es lois failes par quelq^es
auteurs; car npp$ avQjps v^ le^ regies venir k tputqs les
^poquesi du 9iois, embrassant des peripdes fort dilT^r^atei^,
ae mpatraot quelqu^A)is r^gulierement deux rpi$ parxpois,
ejt chez d'autres revenant pendant des annees au ipeii^^e
quant,i^me(3). i^ £t» apr^s avoir class^ et discute les (aits,
(1) lusluM Joh. Forkes, Obs, anat med. de monstro bicorporeo origi-
neoso a*. 470 f, i6oct in Comit. Comarionensi Szbny ndto et a*. 471S,
23 febr. Posonii in coenohio monialium S, Urtulae mortuo. Yoy. Blumen-
bach , Inst, physiol, p. 466.
(2) Be la Menstruation. Ouvr. couvonnc par VJcademie de Medeeine.
Palis, t84i, pref., p. x.
(69)
grierre ie Boi^moDl esi afriv^ ii cette ooiieliisioD affirma^
live : que chez un grand nombre de femrtios, ta periodB
menstmelle erobrasse ua espace de 30 jours; que ies r^les
se moDtrent aasez sou vent d'une matiiere tres-reguliire,
jour pour jour, quanU^me pour quanlieme; que le plus
ordinairement elles anticipeot de plusieurs joUfs siir
Tepoque suivanie^ et que^ dans ee cas^ il eiiste encore des
diffi^rencea lres-grande8 entre Ies iatervalles. Dans des cir<-
eonsiances plus rares, ajoute-t-il^ Ies r^les reiardent de
plusteurs jours; il est mdme des femmes chez lesquelles la
naenslriialion n*arrive que toutes Ies six semaines el qdel-
quefois plus tard (1).
Brierre de Boismodt a^ le premier aussi» recueilli des
faits ddns rinlention speciale de comparer le retour des
regies avec Ies phases de la lune(2). Us sont au nombre
de 26 sdUlemenl et relatirs k qualre femmes. On n'y peut
decouvrir aucune liaison entre Ies deux phdnom^nes pby-
siologique et aslronomique.
En lS45f parut un memoire du docteur Sehweig kCarls-
ruhe(3)^ quia fait quelque sensation. Get auleur» ayaUt
recueilli i au hasard, 500 observations sur 60 femmeS,
fui conduit h assigner h la periode catameniale une durte
moyetine de 27^59 jours, et, par cons^queiit^ k la de-
clarer conforme ^ la periode anomalistique dela lUne, qui
est de 27,56 jours.
Dans 242 observations , la menstruaUon revint 76 feis
(1) D$ la MIsnstruaHon , etc., p. 1128;
(2) Ibidem, p. 124.
(3) Untersuchungen iiber perfodische Forgaenge. Karlsruhe, 1843. —
Vntertuckungen Uber Periodfeitaet, in looser und Wunderlich Jrchiv f.
physiolog. ffeflkunde, M. IH, 1841, pp. 481 sv.
(70)
exactemenl ^ la mdme dale du mois anomalisiique, et
H6 fois dans les environs de celle date, c'esi-i-dire, 1, 3
ou 3 jours plus tot ou plus tard. Dans d'autres cas, elie
revint au bout de la moitie d*une revolution anomalis-
tique ; dans d'autres, au bout de f , de | , ou, enGn, au bout
de f . Neuf pour cent des observations ne repondaient ce-
pendant a aucune de ces coupures. Dans son argumenta-
tion, Schv^eig attache avec raison une grande valeur a ce
fait, que, dansquelquescas m£me, les tWg^a/t/e^ des p^riodes
anomalistiques se sont refletees dans le flux menslrueL
Les differenies parties de la p^riode anomalistique n*a-
vaient aucune preponderance les unes sur les autres, et,
selon Schweig, il est parraitement indifferent pour Tappa-
rition des regies que la lune $*approche ou qu'elle s*eloigne
de la terre. Seulement, il a trouv^ que le chiffre des cas
qui se presentent aux environs de Tapogee Temporte
essentiellement sur ceuxqui arrivent aux environs du pe-
rigee (271 :231)(1).
L'auteur du memoire dont nous sommes charges, MM.
Martens, Gluge et moi, de rendre compte a TAcademie,
feu M. Jean-Antoine Clos, docteur en medecine a Soreze
(Tarn), avait consacre une grande partie de sa vie a la
meteorologieetspecialement a Tobservation de Tinfluence
que la lune exerce sur les phenomenes physiques de notre
planete. Pour demontrer les rapports de cet astre avec la
menstruation, il produit deux faits observes avec soin.
Le premier embrasse, sans interruption, un espace de
27 ans, c'est-a-dire la presque totalite de la grande revo-
lution menstruelle qui a lieu pendant la vie de la femme.
(1) Loc.ciLfp, 513.
(71)
soil 295 epoques menslruelles; le second ne s'^tend que
sur une periode de cinq annces et comprend 62 Epoques
menslruelles. Le nombre total des observations est done
de 357. L*auleur ne semble avoir eu, du reste, aucune
connaissance speciale du travail du docteurSchweig.
Dans un premier article » il examine Tinfluence des
points lunaires. II parle successivement des phases, des
points de declinaison et des noeuds. A Tegard des pre-
mieres, il donne le denombremeni suivant des 295 ^le-
ments fournis par la premiere femme :
Nouvelle lune 67
Premier quartier. ... 54
Pleine luae 05
Dernier quartier .... 75
I 121.
I 170.
Ainsi, selon lui , le plus grand nombre des menstruations
coincide avec la pleine lune, et le dernier quartier Tern-
porte sur le premier.
Pour ce qui concerne \es points de dMinaison, le docteur
Clos ailirme que la somme des deux Equinoxes Temporle
de beaucoup sur celle des deux lunistices; que T^quinoxe
descendant a un nombre plus fort que T^uinoxe ascen-
dant, et que lelunistice austral Temporte sur le lunistice
boreal; ce qui revient a dire que, quand la lune est dans
les environs de Tequateur , elle a beaucoup plus d'influence
sur le flux menstruel que quand elle en est eloignee, eji
que celte influence est plus grande pendant qu'elle par-
court rhemispb^re austral.
EnGn , les mSmes chifl*res demontrent que le noeud des*
ccndant Temporte sur le noBud ascendant, c'est-k-dire que
la lune, lorsqu'elle coupe Tecliptique pour parcourir Th^-
misphere austral, tout comme elle coupe T^quateur pour
(t2)
parc6nrir le Mme hemisphere, a une plus grande in-
fluedce sur h m^norrb^e.
t)ans un deaxi^me article, Tauteur examine Tinfldetice
que la revolution deta lunt dans son orbite pourrait exercer
sur le re(our des regies. Selon loi, pour que h Idne pnidse
Stre regarded comme Id cause principaie de c6 retoar ^ it
Mi ces deux conditions :
{"" Que, che2 les femmes, il y dit tin terme tnoyeA poor
Hntervalle qiii s'dcoule ehtre les ^poqties menstruelled, el
2^ Que ce terme moyen soit en ra()pclrl avec la r^vrilu-
tion de la lune dans son orbite.
Pour ce qui regarde la premiere condition, le docteur
Clos deduit ce terme moyen de ses deux observations. II
trouve pour la premiere femme S8|123 jours, pour la
seconde 28,754 jours.
Qu^nt k la revolution lonaire, on satt qd'elle ^st tHt^le:
L*une de ces revolutions, appel^e peWoitgue; est de 97 jouH 7 benMs;
yaut^e, dppeUe anomalistique, est de . . . .27 » 13 » ;
La troisieme, appelee synodique, est de. . . . 29 » IS • .
L'auteur prelid la fnoyenne dfes trols, fit il tfodve
2S,13t5 jours. La f^inme, selon Itii, mdrcbe done parraite-
ment d'accoird avec la lune.
Dans liti trolsieiftie article, il traite d6 h eoineidettc^ des
p^riodes chez diverges femmes et de celle des divers poitits
Itinaires. II cohstate que la plud puissabte des influences
est la rencontre da perigee avec la pleine lurte.
II termine ses deductions par ttne conelusion g^rierdle
dinsi formulae :c Les rapports dela lune avec la menstrua-
i» tion, ditril, sont beaucoup plus certains et plus con-
3 Slants que ceiix du tti&me sstre avec les qoalit^s de Fat-
i bio^ph^re, que ceiix dd lit lune ate6 les osctllfltidos in
I
(73)
» baromltre^ c|ui c^ux da baromSfre avee les Tariaiions
> atmospheriques^ queceox^ enfin^de la lane avee les
» marges* »
II eoDi^ddre done la lane comme cause r^ulatriee de la
menstruation^ en verlu d'ane propriel^ acculu\ dit-il, et
d*une maniere immediate.
Le texte du memoire est suiti da journal des observa*
lions « qui comprend 59 pages in-4^
Mainlenant, apres rexposition rapide des travaux de
lirierre de fioismont et de Schweig, et apres une analyse
plas detaillee que nous avons eu Thonneur de lui faire
du mi^moire da docteur Clos, TAcacl^mie ne sera pas sur-
prise si nous lui annon^ons Tintention de combattre la
doctrine dont elle est saisieen ce moment. Pour rutilite
de la chose ^ nous lui demaodons la permission de ne pas
isoler, dans notre argumentation, les idees du docteur
Glos, mais d*y comprendre en meme temps celles du doc-
teur Schweig.
Et d*abordy remarquons que des trois observateurs qui
out applique la statistique a Texatnen de la question. Tun
nie toute influence de la lune, Tautre la rattache k la p4-
riode anomalistique, et le iroisieme a une p^riode moyeune
qu*il cree un peu iirbitrairement, selon nous.
D'apr^s les calculs du premier, la periode menstrhelle
moyedne est de 30 jours; d*apres ceux du second, elle est
de 27 jours et demi, et le troisieme arrive a 28 jours et
dertii. Nous craignons presque que^ dans le traVail dk Ton
on de Tautre observateur, dont nous reconnaissons du
reste la sincerity, la m^tbode de Procruste ait un peu sui
k la m^tbode statistique en s'y melant k son insu.
Scbweig s'appuie sur SOO observations prises sur 60
femmes; le docteur GIds sur 357 observations fuurnies par
(74)
2 femmes seulement. J'ose le demander k tout observa (cur
qui a suivi les Dombreuses applications de la statistique k
Teludedes ph^nom^nes de la vie auimale, quelle peut elre
la valeur probanlede pareils chiffres, alors que le resultat
repugne, pour ainsi dire, k la conscieDce universelle? Pour
etre a Tabri de coincidences accidentelles, n'esl-on pas
ici en droit d*exiger un nombre d'observations dix et vingt
fois plus eleve, el des observations recueillies non pas sur
deux ni sursoixanle,mais sur desmilliers de Tern notes vi van t
dans les conditions physiques et morales les plus diverses ?
Puis, que veulent dire ces fractions de la periode ano*
malistique, les^/4, ^U, ^U et ^U, dans lesquelies Schweig
divise arbilrairement le cadran lunaire pour pouvoir se
d^faire des chiffres qui rembarrassaient sans doute? Et
malgre cela, il lui en est reste un nombre assez conside-
rable pour lesquels il ne trouvait aucun emploi. Pourquoi
ne pas ajouter, des lors, quelques fractions de plus : des
tiers, des cinquiemes et des sepiiemes, par exemple ? 11 est
vrai qu'avec ce precede on accuserait tout aussi bien le
soleil que la lune, ou Ton mettrait la menstruation aussi
en rapport avec les phases de Venus ou de Mars.
Le docteur Clos, nous le reconnaissons, a dedaign^ ces
divisions arbitraires; mais, par centre, il a multiplieautant
qu'il ^tait possible, les points de repere. Nous sommes loin
de lui en taire un reproche au point de vue de la methode;
nous pensons meme que son exemple m^rite d'etre suivi
par les observateurs qui s*occuperont ult^rieurement de
la question; mais il nous semble que cette mulliplicite des
points de comparaison , pour donner de Tautorite aux chif-
fres, eiit exige par elle-meme un nombre beaucoup plus
considerable de fails.
Une autre objection est que, se)on nous, on si accord^
(75)
trop de latitude k ce qifon appelie parfois les oscillations
des chiffres et les deviations. Cesi ainsi que Schweig se
croit autorise k ramener aux points th^oriques des avances
et des retards de 1, 2 et 3 jours, ce qui donne one lati-
tude totale de 7 jours, done, precisement, rintervalle qui
s'^coule entre deux phases lunaires. Aussi, en refaisanl
quelques calculs , nous sommes-nous aper^u qu*avec cette
latitude on peut souvent a«volonte faire rentrer tel fait ob-
serve dans Tune ou dans Tautre categoric. M. Clos a em-
ploy6 de semblables corrections, el Ton jugera avec nous
que, ehez lui, en presence de la multiplicity des points de
repfere et de la brifevet^ des inlervalles, les chances d'er-
reur sont encore plus grandes.
Enfin, Fun et Tautre observateur ne tiennenl aucun
compte de la cause immediate de la menstruation, et tous
deux semblent partager Fancien prejug^ d'apres lequel
cette fonction serait une prerogative de Tesp^ce humaine.
Apres les observations plus anciennes de Blumenbach,
de Cuvier, de Meckel et d'Ehrenberg, relatives a diverses
espdcesde singes, a la laie, la vache, la biche et la genette,
la physiologic moderne a ^tabli d'une maniere irrecusable
que la menstruation est Tanalogue du phenomene du rut
ehez les aniraaux. Le rut est egalement periodique, seule-
ment les periodes naturelles sont cachees sous la gestation
et la lactation qui, k I'etat naturel> surviennent presque
sans exception.
Le rut des brebis, par exemple, revient tous les quinze
jours, lorsque Tanimal n*est pas fecond^ dans les vingt-
quatre heures qu*il dure; et, selon Kahleis (1) et Nu-
(1) Meckel, Archiv fur Phyiiolo^ie, t. VIII, p. 454,
(76)
iDabQ(l),rexail(alionsexU6lle,accompagD^ed'on flux meo*
8tru6l sanguiO) s^ declare chez la Tacbe tous les 19 ou
20 jours. Quand elle n'est pas saillie de saite^ alors T^ou-
lement el les autres phefiomeDes du rut persistent sou-
veot pendaDt plusieurs jours.
Or, comment subordonner ces periodes de 15 et de
SO jours stu temps mesur^ par la lune? Et serait-il permis
d'admettre que, pour regler une fonction de cette nature >
Tesp^ce humaine seule chercherait ses lois dans les astres?
Soyons certains d*une chose : la menstruation, comme
I'appetit sexuel et comme tout ce qui constitue lecaractere
fi^minin, a sa cause dans les ovaires, de mdme que le carac-
tere m&le derive des testicules. L'h^morragie et tout ce
qui se passe dans Tuterus ne constituent que des pbeno-
menes secondaires.
Periodiquement ^ des ovules parviennent a leur maturity
et brisent leur enveloppe pour aller au-devant da liquide
fi^condant. Get acte s'accompagne d*une exaltation de vita-
V\{6 dans tout Tappareil genital qui se congestionne et dont
la muqueuse laisse suinter du sang k travers des ouver-
tiires naturelles ou accidentelles des vaisseaux : c*est Ik la
menstruation.
Mais pourquoi la maturation et Fexpulsion des ovules
ont-elleslieu, dans Tespece bumaine^ r^gulierement toutes
Jes quatre seml^iines ?
A cela il nous est impossible de repondre aulrement
qu'en en appelant a la loi de Vespece. Ce terme periodique
est fixe eomme celui de revolution des dents, comme celui
de la renovation des tissus, comme celui de la pubcrle, de
(1) J. Van den Hoeven en W.-H.de Vriese, Tijdschrift voor naturlijke
geschiedenis J etc 1858, IV" rteel, 3 en 4 st.
(77 )
la grossesse, de la lactation et de T&ge de retour. II est
fixe, pensoDS-nous, par la loi de Tespece, dans les limites
de laquelle il y a de nombreuses diffigrences iDdividuelles,
beredi(aires de race et de famille. Les feinines different
eqtre elles dans leur periode jiienslruelle comme lesraees,
les varietes et le$ iadividq^ de nos arbres fruiiiers differ
rent, quant a Tepoque k laquelle l^urs fruits ps^rvienni^nt k
maturity.
Aiasi , dans notre conviction , le retopr periodique d^
catamenies a aa cause dans Torganisme meme et non an
dehors, ni dans la terre, ni 4aQS ratmosphere, ni dans 1^
astres. Mais celte conviction que nous croyons commute a
tous les physiologisles de Tepoque, est-eile une raison de
refuser le benefice de la publicite a des rechercbes p^i-
tientes et consciencieuses, telles que Tauteur du inemoire
dont nous nous oecupons les a presentees dans un sens
contraire? Nqus inclinons d'autant moins d9u$ce sens,
qu'il est a desirer que des observations statistiques soient
encore continu^es et multipli^es au point de ne plus laisser
des doutes. Les dates annotees par le docteur Clos et son
mode souvent ingenieux de grouper et de produire les
chiifres, pourront etre utiles a ceux qui, dans Tavenir,
eutreprendraient de pareilles rechercbes.
G*est par cette consideration que nous proposoiis rim<-
pression du m^moire dans le Bulletin de VAeademiej ea
supprimant toutefois la page i^^^ , qui, sous pr^texte de
donner Thistorique de la question , i»e borne ik quelques
extraits d'auteurs choisis au hasard et de nulle valeur. t
(78)
€ J*adopte d'autant plus volonliers les conclusions du
savant rapport de M. Spring, que, comme lui , je ne crpis
pas k rinfluence de la lune sur la menstruation chez les
femmes. Nous n*aperccvons, en efl'et, aucune liaison entre
cetle fonction physiologique el les mouvements de I'astre
en question, comrne il en existe une entre ces derniers ct
les marees qui sont surtout produiles par Tattraction que
la lune exerce sur les eaux de la mer.
L'observation a, d'ailleurs, montre qu'il y avail tant
d'anomalies dans la menstruation , quant a son retour pe-
riodiqueet a sa duree chez divers sujets, qu*on ne saurail
Tassujettir k des regies aussi fixes que celles que semble
devoir enlrainer Tinfluence directe des phenomenes astro-
nomiques, dont le retour est constant el ires-regulier. »
Miappo»*$ <#« JSf. €ituye,
4 Le retour regulier, le rbyllime, la periodicite, en un
mot, caracterisent les phenomenes vitaux des corps orga-
nises. Depuis les mouvements du coeur el de la respira-
tion jusqu'aux acces d'une fievre intermillenle qui revien-
nent a jour el a heure iixe, on constate cede periodicite.
Aussi noire Academic, sur Finvitation de M. le secretaire
perpeluel, a-t-elleouverl ses publications a reriregistre-
ment de phenomenes periodiques des regnes animal el
vegetal.
De tous les phenomenes periodiques vitaux, uu seul,
(79)
la menstruation, avail particuH^rement occupe raltcn-
tion des observateurs de Tantiquite, non pour en etu-
dier la nature, mais pour en trouver la cause; et, au Heu
de la chercber dans Torganisme meme, on la decouvrit
dans la lune.
Van Helmoni, qui connaissait la menstruation cbez les
singes, avait dejk combattu celle croyance de Tinfluence
de la lune avec une precision digne de la science moderne.
€ La lune, dit-il [Opp. Fcft., 1682, p. 682), n'accumule
>' ni n'expulse le sang, quoique le flux de la naatrice com-
» cide avec le cours de la lune. Cette coincidence est
» UD pur hasard : car si ce flux etait un efiet de la lune,
» toutes les femmes, au moins celles qui habitent la meme
» region, devraienl 6tre raenstruees le meme jour, ou
> toutes les jeunes filles en soufl'rir ensemble a la nou-
» velle lune, ce qui n*est pas. »
De notre temps, il n*existe guere de pbysiologiste qui
croie encore a des rapports entre la lune el la menstrua-
tion. Neanmoins, les observations de M. le docteurClos
me paraissent dignes de flgurer dans les BiUletins de CAca-
demie a litre de documents interessants, malgre les con*-
clusions auxquelles Tauteur est arrive, el dont notre savant
confrere, M. Spring, vient de vons demontrer I'inexacr
titude. 9
La classe, apres avoir entendu ses trois commissaires,
decide que le memoire de M. Clos, aiusi que les rapports
des commissaires, seront inseres dans le Bulletin,
(80)
Uemoire sur la classification des lignes du dT degre; par
M. Dagoreau.
f Dans uQ rapport precedent, concernant le m^oire
de M. Dagoreau sur |es lignes di) 3*°' degre > nous avion^
demand^ que Tauteur fut prie de presenter une analyse
succinete de son travail, dans )aquelle» en partant de la
division en classes et genres etablie par Euler,il exposerait
brlevenient les principes qui iui ont servi a la division en
especes, et les ferait suivre de renumeration des espece^
et varietes d'especes qu'il avait constat6es, ea indiquant les
caraci^res g^omeiriques et analytiques de cbacune d'elles.
Nous n'avions pas insiste sur la reproduction des prin-
cipes sur iesquelsil fonde la division en classes et genres,
parce que ces principes, quoique nouveaui^, conduisaieut
aux memesresiultats queceux 4'GuIer, Uauteur, en fai^ol;
sans doute allusion k cetle partie de notre rapport, fait
mmarquer qudceile identite de re&ult^ls n'e^iste plus pour
les eourbes du 4°^ degre. Ainsi, ^ Euler a trouve 44$
genres, Tauteur affirnae n'en avoir trouve que 420.
Sans avoir verifie ce resultat, ce qui exigerait un temps
considerable, nous pensons, a en juger par son travail,
que Tauteur m^rite notre eonfiance dans ee qu'il avance.
L'auteur fait encore remarquer que, dans la division
d'Euler, oti la nature des branches infinies est dietingu^e
par la nature des eourbes du S"® degre asymptotiques de
celles du 3'"'' degre, il n*y a plus de definition suffisante
lorsqu'une ligne du 3"® degre est elle-meme son asymp-
tote ou a pour asymptote une autre ligne du ni^me degre
(81 )
qu'eile. Par les coosideralions qui precedent el que nous
trouYons exactes, nous approuvons Tauteur d'avoir re-
produit egalement les principes nouveaux qui lui ont
servi pour diviser les lignes du 3°"® degre en classes et en
genres.
Avant de conclure, nous resumons le travail de Tau-
ten r comme suil :
La direction d'une droileest dite asymptotique, lorsque
Tun de ses trois points de rencontre avec une ligne du
^«e degr^ est a Tinfini. II existe toujours trois pareilles di-
rections asymptoliques , dont deux pouriant peuvent Stre
imaginaires. Gela pose, le nombreet le parallelisrae des
directions asymptotiques r^elles servent de base h la di-
vision des courbes du 5*^* degre en quatre classes.
Lorsqu'un second point de rencontre d'une droite h di-
rection asymptotique passe k Tinfini , cette droite devient
asymptote. Dans cbaque classe, les cas de rencontre et de
non-rencontre de Tasymptote ou des .asymptotes avec la
ligne du 3°"* degr^ constituent les genres.
Enfin, dans chaque genre, le nombre des tangentes-li-
mites (tangentes paralleles aux asymptotes), leur position
relative aux asymptotes, la coincidence de deux ou de plu-
sieurs de ces tangentes servent exclusivement h dislinguer
les especes. Les relations, autres que celles qui precedent ,
entre les tangentes-limites, servent a dislinguer les varie-
t^s d*une m6me esp^ce.
Le m^moire primitif de Tauteur nous parail, dans la pre-
sente redaction, assez concentre, et nous eroyons qu'il
offre assez d*int^ret scientiiique pour £tre insert dans les
publications de TAcademie.
Conformement a I'avis du second commissaire, M. Tim-
s'"*' StniE, TOME IV. 6
(82)
mermans, la classe ordonne TiDsertion , dans le recueil de
ses m^moires, du travail qui lui est pr&ent^, en y com-
prenant les planches annexees.
Recherches sur les propriit^s geomelriqms des mouvements
plans; par M. Gilbert.
« Le memoire de M. Gilbert se termine par un r^ume
dont j*extrais le passage suivant :
« Lorsque je suis parvenu (dit Tauteur) aux resultats
» qui servent de base k tout ce travail , je n'avais lu sur la
> question qui m*occupe que ce qui se trouve dans cer-
» tains traites ^i^mentaires. J'ai reconnu depuis que le
2> meme sujet avait occup^ plusieurs g^om^tres. Labire,
D parexenople, a reconnu Texistence du cercle que j*ap-
» pelle cercle d'inflexion, bieo qu'il ait commis quelques
i> erreurs k ce sujet. J*ai eu ensuite connaissance d'uo
9 memoire de M. Bresse, insure dans le Joumai de fJ^cole
)) polytechnique et oti la question des mouvements plans
» est envisagde d'une mani^re nouvelle. Ten ai profite pour
» ameliorer quelques points de mon travail. Enfln , je n'ai
» pu lire que tres-recemment le remarquable travail de
» M. Lamarle sur la mSme question et qui a pacu dans
i» les Bulletins de VAcad^mie. Tout y est ramen^ a des
]» considerations d'une extreme simplicite. »
En citanl ce passage, j*ai voulu expliquer tout d'abord
comment le travail de I'auteur' n'est en partie qu'une re-
production d'autres travaux publies ant^rieurement. Ce
( 83 )
qui diffi^re de part et d'autre , c'est le poiDt de depart : ce
soDt ensaite les denominations adoptees pour designer, a
divers points de vue, des choses ou des propositions iden-
tiques; c'est enfin le choix des applications. Peut-dtre
Tauteur n'a-t-il pas indique, d*une maniere assez precise ,
la coincidence existant, sous des formes differentes, entre
plusieurs th^oremes d^jk connus et ceux qui constituent
sa propre theorie. Je m*efforcerai de combler cette la-
cune.
Lors de la publication de ma Note additionnelle , j'attri*
buai k M. Bresse, non-seulement les regies particulieres
qu*il a pris le soin de formuler pour faciliter les applica*
tions, roaisaussi letbeoreme fondamental dontces regies
ne sont en r^alit^ que de simples corollaires. C'eiait une
m^prise : elle avait pen d'importance, vu qu*il s'agissait
uniquement pour moi d'introduire dans une tbeorie nou-
velle des resollats connus el de les etablir d priori , inde-
pendamment de toute notion empruntee aux mathemati-
ques sup^rieures. Toulefois, Toccasion m'en etant offerte,
je restituerai k M. Transon la part qui lui revient dans la
question traitee par MM. Bresse et Gilbert.
Disons d'abord en quoi consiste le probleme h resoudre.
Une figure plane, invariable de forme, se meut dans
son plan, d'un mouvement conlinu. On considere les tra-
jectoires d^crites simultan^ment par les difT^rents points
de la figure mobile, etTon se propose de determiner les
courbures de ces trajectoires pour des positions quelcon-
ques simultanees des points d^crivants.
Parmi les geomelres qui se sont occup^s de ce pro-
bleme, M. Transon est, je crois, le premier qui Tait resolu
d*une maniere g^nerale et k peu pres complete. Cest eii
1845 que le travail de M. Transon parut dans le Journal
(84)
de mathemaliques pures el appliquees. On y trouve les re-
sultats suivaDts :
A chaque posilioo de la figure mobile correspond un
cercle particolier nomme cercle de roulement,
Les trajectoires decrites ont mSme courbure que si
ce cercle etait li^ a la figure mobile et qu*il la fit mou-
voir, en Tentrainant avec lui dans son roulenient sur une
droile.
Un peu plus loin, Tauteur precise davantage. II designe
par A, B, M, des points qui decriventcertaines trajectoires
dont les deux premieres sont suppos^es connues et la
troisi^me inconnue. II repr^sente par 0 le centre inslan-
tan^ de rotation , par R le rayon de courbure de la trajec-
toire consid^ree, par N le rayon vecteur mene du centre
0 au point d^crivant. Gela fait, il dit d'une mani^re g6-
n^rale :
< A partir de A sur la normale AO et, dans la conca-
j> vM de la courbe que d^crit le point A , portez une !on-
i> gueur dgale h -^ : son extremity marquera la projee-
> lion sur AO du centre de roulement.
» On construira la projection de ce meme centre sur
» la normale OB, avec les valeurs correspondantes Na et
D Rs, etalors il sera bien facile de conslruire le centre
» de roulement lui-mSme.
» Ce centre construit, projetez-le en T, sur la normale
h passant par le point M, c'est-^-dire sur la ligne MO; le
» rayon de courbure de la courbe d^crite par M sera une
2> troisieme proportionnelle aux lignes MO et MT; c'est-a-
» dire qu'on aura pour sa valeur
MO
(8S)
2> et le centre de courbure sera place, par rapport au
» point M , du meme cote que le point T. >
Tel est le theorSme fondamenlal du a M. Transon.
Apresen avoir donne F^nonc^ qui precede, Tauteur ajoute :
<i Lorsque le mouvement sera defini autrement que par
D celui de deux points assujettis k rester sur deux courbes
» fixes, il y aura une autre determination pour ce que
i> j'ai appele le centre du cercle de roulement, roais tou-
T> jours ii suffira de construire ce centre et de le projeter
i» sur la norraale MO en T; le rayon de courbure en M
i» sera encore donne par cette meme formule. »
(i) R=MO.
MT
En se bornant a cette simple remarque, M. Transon ne
disait point assez. Pour rendre les applications faciles, il
convient de formuler les regies particulieres impliquees
par Tequation (i). Cest ce qu'a fait M. Bresse, dans un me-
moire public en 1855 {Journal de I' ^ole poly technique ,
35™® cahier). Plus tard, en 1857, J'ai rattach^ cette meme
question a ma theorie geometrique des rayons et centres
de courbure; aujourd^hui , enfin , M. Gilbert vient la traitor
a son tour.
MM. Transon , Bresse et Gilbert s'appuient tous les
trois sur des notions empruntees a Tanalyse infinit^simaie.
Seul Je procMe exclusivement par voie purement gdome-
trique. De part et d'autre, un role considerable est assigne
au point de la figure mobile designe par M. Transon sous
le nom de centre du cercle de roulement, par M. Bresse,
sous celui de 2"** centre instantane , par M. Gilbert sous
celui de p6le din flexion. Tai suivi en partie ces memes et-
(86)
rements; toulefois, c'est en dernier lieu que j*arrive h la
consideration particuliere du centre de roulement. L'objet
principal est, pour moi, la vitesse du centre instantane de
rotation. Soit o ce centre, u sa yitesse actuelle, m un point
decrivant une trajectoire quelconque, v la vitesse de ce
point; la yitesse u est decomposable en deux vitesses si-
niultanees, Tune parall^le, Tautre perpendiculaire k la
droite om. Soit w cetle derniere composante. La droite
om est normale en m k la trajectoire consider^e : on voit,
d'ailleurs , que, dans la rotation de cette normale autour du
centre de courbure de la trajectoire du point m, les yitesses
de ses points o et m sont respecliyement u' et v. II suffil
done de construire ces deux yitesses el dejoindre leurs
extr^mites par une droite, pour ayoir le centre de courbure
au point meme oil cette droite yient couper la normale. Tels
sont les termes tr^s-simples auxquels est ramen^e par moi
toute cette theorie, deyenue ainsi purement geom^trique
et enti^rement d^gag^ de tout calcul , de toute notion
transcendante.
Le theor^me fondamental ^tabli par M. Gilbert est le
suiyant :
- € Lorsqu'une figure invariable se deplace sur un plan
]» d'un mouyement continu, si Ton consid^re deux quel-
» conques de ses positions, il y a une infinite de points
D de la figure mobile dont cbacun jouit de cette propriete,
> que les normales a la trajectoire qu'il decrit, dans ces
» deux positions de la figure, sont parall^les entre elles.
)» Le lieu geometrique de ces points CvSt un cercle passant
» par les deux points de la figure mobile qui coinddent
» ayec le centre instantane dans ces deux positions. ^
Je crois ce theorSme nouveau et offrant en lui-m^me
un certain interdt; je dois ajouter, toutefois, que son im-
(87)
porlance me parait ici tout a fait secoodaire, vu qu'ayant
pour objet unique de cooduire, par voie de deduction, aux
th^or^messuivants, il n'offre, sous ce rapport, ni plus de
facility ni plus de simplicite que la marche directe suivie
par M. Transon.
Pasfions au iheor^me nMl. En voici Tenonce :
< Lorsqu^une figure se meut sur un plan, d'un mouve-
» ment continu, il y a dans chaque position de cette figure
» une infinite de ses points qui decrivent actuellement un
9 point dinflesion sur leurs trajectoires. Le lieu de ces
» points est une circonference passant par le centre in-
» stantane et qui a son centre sur la normale commune. >
Ce th^r^me resulte imm^iatement de la formule ge-
nerate etablie par M. Transon :
^~ MT'
En effet, le lieu des points T est une circonference qui
passe par le centre instantan^ et dont le centre est sur la
normale commune. Or, si Ton prend les points T pour
points decrivants, il vient
MT »= 0
et, par suite,
R = op.
Poursuivons Texamen des divers theor^mes formulas
par M. Gilbert , et , apres en avoir reproduit le texte , di-
sons, pour chacun d'eux , les observations quMIs nous out
sugg^r^.
TMoreme III. — « Tout point de la figure mobile situe
» hors du cercle d^inflexion decrit une trajectoire qui
(88)
» tourne sa concavity vers le cenlre iostantaoe de Tota-
ls tioo. Tout point situ4 dans l^intirieur du mime cerele,
B au contraire, dicrit une trajectoire qui tourne sa con-
» vexM vers le centre instantane. »
Eotre ce th^or^meet T^nonce suivant, dft k M.Transon :
< Le cenlre de courbure sera place, par rapport au point
» M, du mSme c6l^ que le poiut T. »
il n'y a qu'une simple difference de forme. Pour le recon-
naitre, il suffit de faire observer que le point M est le
point d^crivant, le point T le point du cercle d'inflexion
situe sur le rayon vecteur allant du point M au centre
instantan^ de rotation.
Thioreme VL — « La projection du pdle d'inflexion sur
» la normale k la trajectoire d'un point est le conjngue
j> harmonique du centre de courbure de cette trajectoire,
i> par rapport au centre instantane de rotation et k Tbo-
mologuedu point decrivant (*). ts>.
»
(*) Voici les conventions adoptees par M. Gilbert :
1<* Soient a,u,v,\es distances respectives de trois points A, U, V, ^ un
m^me point G, situd ayec eux en ligne
. . . droite, ces distances ^tant compt^s k
y G ^ ^ T partir du point C, positi?ement dans
le sens GA , n%ati?ement dans le sens
contraire; et soit T un point tel, que U soit le milieu de GT : la condition
n^cessaire et suffisante pour que les points A , Y soient conjugu4s harmo-
niques par rapport ^ G , T, est exprim^e par T^quation,
1 1 1
a u V
2" Soit M un point quelconque du plan, G le centre instantane de rota-
. . . tion, P un point tel que M soit le milieu de
^ GP, nous disons simplement que P est I'ho-
mologue du point Mi
(89)
Ce theoreme n'est qu'une expression parliculiere de la
formuleg^D^rale etablie par M. Transon. En effet , Ton a
d'abord
^ MO* MT ^ TO _,„ ..^ MO. TO
R == = MO = MO H
MT MT MT
et de Ik rdsulte immediatement
i MT i 1
R — MO MO. TO TO MO
Or, cette derniere formule est precis^ment celle que
M. Gilbert oblient et qu'il traduit par Tenoned du theo-
reme IV.
Les tMoremes V et VI sontdes cas particuliers du ib^o-
reme IV.
Thioreme VIL — « Lorsqu'one courbe invariable a un
» mouvement quelconque dans un plan, le centre de cour-
» bure de I'enveioppe des positions successives de cette
2> courbe est determine, pour une position quelconque,
» par le theoreme IV, en prenant pour point decrivant le
» centre de courbure de la courbe mobile au point ou
D elle toucbe son enveloppe. »
Ce theoreme m'^tait connu depuis plusieurs mois, et,
en octobre dernier, je Tavais communique ^ Fun de mes
collogues qui pouvait en tirer parti dans ses lemons sur les
machines. C'est plus tard seulement que je I'ai public. S'il
est nouveau, comme je le pense, M. Gilbert a sur moi
Tavantage d'une date certaine anterieure k ma publica-
tion, et je n'entend pas contester ses droits k la priorite.
Theoreme VllL — »< Lorsqu'un sysleme de droiles liees
(90)
» entre elles invariablemeni se d^place sur on plan d'un
> mouvement coDtiDu, les centres de coarbure de leors
» enveloppes sont, a chaqoe instant, sur un m£me cercle
» ^gal au cercle d*inflexion el sym^triquement plac^ de
D Taatre c6ie du centre instantan^. »
Ge ih^reme est une consequence curieuse du prece-
dent.
Thioreme IX. — < Connaissant les normales aux trajec-
7» toires que decrivent deux points de la figure mobile, dans
» une position donnee de cette figure, leur point de ren-
» contre est le centre instantane. Prenons sur chaque
» normale le conjugue barmonique du centre de cour-
p bure de la trajectoire par rapport au centre instantane
D et ^ Tholomogue du point decrivant, ce point sera la
i> projection du p6le d'lnflexion sur cette normale, et la
» perpendiculaire k celie-ci, men^e par ce point, passera
» au p6le d*inflexion, qui se trouvera ainsi determine par
» Fintersection de deux droites. »
Rapprochons ce tbeoreme de Tenoned suivant dA a
M. Transon et rappeie ci-dessus :
<t A partir de A sur la normale AO, et dan$ la concamti
» de la courbe que decrit le point A, portez une Ion-
» gueur^gale^ ^.' son exiremite marquera la projection
» sur AO du centre de roulement. >
< On construira la projection de ce meme centre sur la
)> normale OB, avec les valeurs correspondantes N2 et Rs,
» et alors il sera bien facile de construire le centre de
D roulement lui-meme. d
II est visible que cesdeux enonc^s ne difierent entre eux
que par la forme. Je crois d'ailleurs que la superiorite reste
acquise a Tenonce de M. Transon , 011 Ton trouve plus de
simplicite.
(91 )
Les tiieor^mes saivants portent les d^" 10, 11 , 12, 43
et 14. Us consistent en une suite de r^Ies utiles k con-
naitre et tr^s-propres ^ faciliter les applications. Ces r^les
sont de simples consequences du theor^me fondamenlal
^tabli par M.Transon. M. Bresse est le premier, je pense,
qui les ait formul^es dans lout ce qu'elles ont d'essentiel.
Plustard, je les ai reprises et j'en ai modiO^ la Torme.
C'estaussi ce que fait aujourd*bui M. Gilbert. II reproduit
les regies de M. Bresse, a un point de vue nouveau et sous
des ^nonc^s differents.
Ici se termine la premiere partie du travail de M. Gil-
bert. La deuxi^me est consacree aux applications ; elle
comprend :
l"" La determination des rayons de courbure de diverses
courbes, telles que les sections coniques, la cycloide,
r^picyclo'ide, la spirale d*Archimede;
2^" Une etude int^ressante sur certaines propriet^s g^o-
m^triques des mouvements plans ;
5"" Plusieurs propriety curieuses sur les aires des rou-
lettes.
En considerant dans son ensemble le travail de M. Gil-
bert, il y a lieud'observer que la partie tb^orique est pent-
etre un pen trop developp^, en egard au petit nombre de
propositions nouvelles qu'elle renferme. Toutefois si la
plupart des th^oremes formules par Tauteur sont dejk con-
nus, c'est sous d*autres formes et h des points de vue di£f(i-
rents. On salt qu*il est souvent utile de traitor une xn&me
question de plusieurs mani^res. La multiplicity des aper-
Qus ne conduit pas seulement ^ approfondtr davantage la
matiire traits, elle contribue aussi h rattacher plus inti-
mement entre elles les diverses parties des sciences mathe-
matiques. Sous ce double rapport, la solution nouvelle ap-
(92)
portee par M. Gilbert me parait offrir un interet veritable ,
et je n'hesite pas a en proposer rinsertioD dans les m^^
moires de TAcademie. >
Cette opinion, partagee par les deux autres commis-
saires, MM. Timmermans et Schaar, est adoptee par la
classe.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
M. Ad. Quetelet depose les observations sur la meteoro-
logie, qui ont ete faites k TObservatoire royal de Bruxelles
en 1857, ainsi qu*a Namur par M. Maas, a Stavelot par
M. Dewalque, a Ostende par M. Verhaeghe; de meme
que les resultats des observations sur les phenomenes pe-
riodiques obtenus a Lierre par M. Rodigas, k Ostende par
M. £douard Lansweer, a Venise par M. Buchinger et com-
muniques par les soins de M. Zantedeschi.
M. Quetelet rappelle a ce sujet que les phenomenes pe-
riodiques du r^gne vegetal et du rdgne animal , qui avaieot
et^ longtemps negliges, ont pris, dansces derniers temps,
une activite nouvelle. Depuis une vingtaine d*annees, ces
phenomenes etaient principalement observes en Allema-
gne, en Belgique et aux £tats-Unis; d'apres les conventions
faites au congres de Yienne, pendant le cours de Tannee
derniere , ces observations seront d^sormais identiques et
permettront d*elablir les resultats avec plus de sfiireie. Les
programmes seront les memes pour les differents pays.
(93)
Sur qmlques Crinoides pal^ozoiques nouveaux de I* Angle-
terre el de V&cosse; par M. L. De Koninck, membre de
TAcademie.
Les Crinoides sur lesquels je me permels d'appeler Tat-
tedtion de rAcad^miey apparlienneot ^ deux genres nou-
veaux que j'ai d^signes, Tun sous le nom de Hydreiono-
crinus (1), k cause de la ressemblance du sommet des
especes que j'y rapporte, avec une pomme d'arrosoir, et
Tautre sous le nom de Pisocrinus (2). Je commencerai par
Texposilion des caracl^res de ces nouveaux genres, et je les
ferai suivre de la description des especes qui y appartien-
nent. Dans ce travail , je ferai usage de la nomenclature
dont je me suis servi dans mes autres ouvrages qui ont eu
pour objet T^tude des Crinoides.
I. Genre HYDREIOI^OGRINCJS, De Kon.
Syn. — PoTEaiocBiNvs {partim)^ Phillips, 1836, Geol ofYoks.^ vol. II,
p. 204.
CupREssocBiRDS M*' Coy, 1849, Ann. ofnat. History, 2»^ ser,
vol. II, p. 244, non Goldf,
PoTBBiocRiNus , Dc KoD., 1854, Becherches sur les Crinoides,
p. 90.
Formule generique.
Pieces basales 5.
— sous-radiales 5, dont trois de meme forme, la quatrieme servant de
base k une radiale et la cinquieme soudee k deux anales.
— anales 5.
— radiales 2x5, dont une reposant directement sur une sous-radiale.
(1) De u^peloy, arrosoir.
(2) De Tto-ov, pois.
(94)
P'linxi brachiales 5 x ID, lesquclles Jonn«nl lieu i la proJuclion de 90 bras
iouJe« enlre tax et composes il'arlictel alleroanls , »u nombre He
18-30, et surmont^s d'un ccrcle compose de 15 pieces rusirormes
Miuilie* entre elles.
Volite ou ddme compote d'un grand nombre de petiles pieces penia- ou heia-
Tige i (rticlea c^lindiiques.
Ed comparant cetle Tormule avec ceWe du geore Poterio-
crinus, it sera facile de s'assurer qu'elle a beaucoup d'ana-
logie avec cette derniire. Ea effel, dans les deux genres, on
observe cinq pieces basales qui, parleur reunion, Torment
une ^[oile h cinq branches r^nli^res, ou une petile coupe
^ bords decoupes et anguleui. Ces pieces aherGent avec
cinq pieces sous-radiales de forme hexagonale , mais dont
(95)
deux des c6tes iateraux sont quelquefois si peu d^velop-
pees qu'ils paraissent n'en avoir que quatre; daus ce cas,
elles affectent la forme d*un losange. Les deux autres pieces
sont beaucoup plusgrandes : Tune, subquadraugulaire, serl
directement d*appui a la premiere piece radiaie,et Taulre,
d*une forme subpentagonale irreguli^re, supporte I'une des
pieces anales. Celles-ci , au nombre de cinq , sont dispo-
sees de fa^on h occuper I'espace limits en dessous par ta
base, et des deux c6t6s par les pieces radiates qui, dans
les deux rayons adjacents, pr^cMent la naissance des
bras.
Les premieres pieces radiales sont au nombre de deux;
ces pieces sont assez semblables entre elles dans les cinq
rayons. Chaque rayon se bifurque a son tour et cbacun
des bras auxquels il donne naissance est compost de cinq
pieces d'une longueur k peu pr^s egale. La pi^ce axillaire
est surmontee de deux bras formes cbacun de la reunion
d*environ 200 articles alternants et sondes lat^ralement
les uns aux autres.
La reunion de tons ces bras produit une sorte de tube
ou de cylindre termini par un cercle de 15 pi^es souddes
lat^ralement entre elles et d*une forme allongee, servant
de limite ext^rieure k la voiite. Celle-ci est peu ^levee et
compost d*un assez grand nombre de petites pieces penta-
ou hexagonales, dont la forme et la disposition n*ont rien
de tres-r^ulier; je n'ai pu y observer aacune trace de
trompe ou de proboscis.
La tige est de forme cylindrique et compos^e d*articles
d'un diam^tre alternativement plus grand et plus petit,
qui la font paraitre annelee.
Rapports et differences. — Si Ton n^avait sous les yeux
que la partie inferieure du sommet des Hydreionocrinus ,
(96)
il serait impossible de dislinguer ceux-ci des Poteriocrinus.
En effet, la disposition et le nombre des diverses pieces
basales, sous-radiales, radiates et anales sent exacteaient
les mSaies chez les ans et les autres; mats , taodis qae chez
les Poteriocrinus , les bras sont en general assez longs et
enli^rement libres, chez les Hydreiocrinus ils sont soudes
ensemble dans toutes leurs parties, de maniere h former un
tabe cylindrique, surmont^ d'une voute, dont il n'existe
egalemenl pas de trace chez les premiers. Genx-ci pos-
sddent, en revanche, g^n(iralement une trompe assez ton-
gue qai parait faire d^faut dans les esp^ces du nouveau
genre que je propose.
La ressemblance parfaite entre la partie inferieure des
sommets des deux genres que je viens de uommer, a ete
cause que certaines especes, dont le calice seul etait connu,
ont 6i6 placees par moi et par M. Phillips parmi les Pole-
riocrinus, quoique apparlenant en r^alite h un autre genre,
mais dont il etait impossible alors de soupQonner Texis-
tence. Telles sont les Poteriocrinus granulatus, Phil!.;
Calyx f W Coy; Phillipsianus , De Kon.; et M^ Coy anus,
DeKon. Ces especes se distinguaient neanmoins des Pole-
riocrinus y^ri tables, par la brievete et la forme evasee de
leur calice, qui est generalement conoide chez les autres.
Ces derniers paraissent avoir des tiges lisses, form^ d^ar-
tides ayant k peu pr^s le meme diam^tre, et ne poss^dant,
par consequent, pas Tapparence annel^e dont j'ai parle
plus haut. Deux des especes que je viens de citer ont ete
rang^es par M. M*^ Coy dans le genre Cupressocrinus de
Goldfuss (1). Je n*insisterai pas davantage sur Terreur in-
(1) Paleoz. foss. in the Museum of Cambridge, p. 117.
(97)
explicable, commise par ce paltontologiste, parce que j*ai
dej^ ea occasion de la relever ailleurs (i)«
II est presque superflu de faire remarquer que le geore
dont il est ici question doit elre rang^ dans la famille des
Poteriocrinid^es.
Distribution gAi^logique. — Toutes les especes de //]/-
dreionocrinus actuellement conoues, appartienueDt excln-
sivemeut au calcaire carbonifi^re k Productus giganteus. La
plupart ont ^te rencontres en Angleterre ou en l^cosse;
quelques- unes se trouvent aux £tats-*Unis. Le calcaire
de Yis^ m*en a fourni trois, mais une seule lui est sp^
ciale.
Les deux espies suivantes m*ont paru nouvelles et pro-
viennent ^alement du calcaire carbonit&re.
1. Htdrbionogbihos W00DIAIIIJS9 De Kon.
(PI. II, fig, 5 et 5a.)
Le $omm«( de cette esptee, de taille moyenne, est de
forme subcylindrique et terminee k sa partie sup^rieure
par une couronne compost de quinze pieces disposdes en
cercle et soud^s les unes aux autres, et dont le centre est
occupy par la voiite.
Le calice pris isol^ment ressemble a une petite coupe
^vasde.
La base est compost de pieces assez petites et dont la
majeure partie sert de point d'attacbe k la tige.
Les pieces sovs-radiales , k Texceplion de celle qui se
trouve du c6te anal, sont beaucoup plus largesque longues.
I (1) Reeh. aur les Crino'ides, p. 88.
2"*' SfiRIE , TOME IV.
(98)
Elles sont tres- epaisses el assez fortemenl bombees, ce
qui fail que leurs soudures sonl indiquees par des silloas
ires-pronoDC^s.
Les premieres pieces radiates sont de forme penlagouale,
d'un tiers environ plus larges que longues et, de mime qoe
les precedentes, assez epaisses et neitemeni separies les
unes des aulres par un fort siilon. Les secondes pieces
radiates sont egalement pentagonales et plus larges que
longues. La pi^ce axillaire, Irte-^paisse, est munie d'one
faible protuberance et fait saillie en dehors.
Les pieces brachiaUs qui suiveut la pi&ce axillaire n'of-
freut rien de parliculier.
La surface externe de toutes ces pieces est creusee de
peiiles dessins irr^uliers qui la rendent rugueuse el la
font ressembler k de la peau de chagrin.
Les bras sont au nombre de vingl et composes d*arlicles
cuneiformes altenants et sondes ensemble lateralement. Je
n'ai pu y apercevoir des pinnules.
Les pet i les pieces dont se compose la voUiiy sonl toutes
orn^es d*un tubercule saillant dans leur milieu. Leur sur-
face parail etre lisse. Leur nombre est variable et leur
forme est assez g^n^ralement hexagonale.
Je n*ai pu decouvrir des traces de trompe on de pro-
boscis, ni d*ouvertureanaleet buccale. II est probable que
celles-ci ^taient situ^es entre les bras qui avoisinent le
c6te anal ou irregulier du sommet, et que ces bras ^taieni
susceptibles de s*ecarter pour fournir un passage aux ali-
ments de I'animal.
La tige est assez ^paisse comparativement k celle de la
plupart des aulres especes, chez lesquelles elle est souvent
ires-mince.
Dimensions. — La longueur totale du sommet est d'en-
imm
(99)
viron 40""; diametre, 25""; longueur du calice, 12'
diam^tre de la lige, 4"".
Rapports et differences. — Celte espece, par la forme de
son calice, se rapproche des H, granulalus, Phill., et Phil-
lipsianus, De Kon. Elle s*en distingue par I'epaisseur et
la con vexi te de ses di verses pieces , ainsi par la rugosite
de sa surface, laquelle est grannleuse chez le premier et
parfaitemenx lisse chez le second.
Gisement el locality. — Cette espece a ei6 decouverte par
mon excellent ami M. Wood, dans le calcaire carbonifi^re
ferrugineux des environs de Richmond , en Yorkshire. En
la lui dediant, je ne m'acquitte que faiblement de la dette de
reconnaissance dont jelui suis redevable pour les magni-
ques ^bantillons dus a ses infatigables recherches et dont
il a bien voulu enrichir ma collection.
Explication des figurei.
PI. II.
Fig. 5. i^chantiUon complet, vu du cdt^ aoal, l^gerement restaur^ et de
grandeur naturelle. De la collection de M. Edward Wood, de
Richmond.
Fig. 5, a.Youte faiblement grossie, d^apres un ^chantillon de ma collection.
2. Hydreionocriiids scOTicus. De Kon.
(PI. II, fig, 6 eil.)
Je ne connais encore de cette espece que le calice,
Geliii-ci est assez petit, fort court et de la forme d'une sou-
coupe. Ses pieces basales sont tr^s-petites, planes et de
forme quadrilat^re. Par leur reunion, elles produisent un
pentagone regulier, au centre duquel onremarquelaface
articulaire d'une mince tige cylindrique.
Les pieces sous-radiates sont assez grandes, si on les
( 100 )
compare aux basales; elles sont ua peu plus iongues que
larges, tres-bomb^es au centre et faisant ane saillie assez
forte pour produire une depression tr^s-prononcee sur la
base qui reste compl^tement cacb^e, lorsque le calice est
pos^ sur un corps plan.
Les premieres pieces radiales sont de forme penlago-
nale et presque deux fois aussi larges que Iongues. Elles
sont un peu moins bomb^es que les pieces prec^dentes,
mais, comme chez toutes les especes du mSme genre , elles
se trouvent siiuees dans un mSme plan horizontal , landis
que, chez les Poteriocrinus, il y en a deux qui d^passent les
autres, ainsi que j'en ai dejk fait la remarqne en 1852 (1).
Les pieces anales sont petites et un peu moins bomb^es
que les autres. La surface de toutes ces pi^es est parfai-
tement lisse.
Toutes les autres parties me sont inconnues; mais Tar-
ticulation de la base avec la tige demon tre que cette der-
ni^re a du £tre fort mince.
Dimensions. — La longueur du calice n'est que de G"" ;
son diametre est de 16""; celui de la base est de o""*;
celui de la tige de 1,5"".
Rapports et diff&ences. — Cette espece ressemble beau-
coup k mon Hydreionocrinus (Poteriocrinus) M Coyanus
dont il ne sera cependant pas difficile de la distinguer, k
cause de la convexite tr^s-prononc^e des diverses pieces
de son calice, et de la faible dimension de sa tige.
Gisement et localite. — Cette espece a 6i6 decouverte
aux environs de Glasgow, dans un schiste noir subor-
donne au calcaire carbonifere h Productus giganteus et a
(1) Recherches sur les CrinoideSj p. 85.
< ' s r • • • •
( 101 )
Spirifer bisulcatm. J'en dois la coDDaissance^ M. Salter,
paleoDlologiste du Geological Survey de Londres, d^ja
coDnu par un grand nombre de recberches importantes.
Explication det figures.
PI. II.
Fig, 6. Calice, vu du cdt^ de la base, faiblement grossi, de la coFlection du
Survey.
Fig, 7. he meme, yu de profit, de ^^randeur naturelle.
Je ddcris k la suite des deux especes qui precedent, un
troisi^me Grinoide, tres-remarquable par la forme globu-
leuse de sou calice; je n'ose pas le placer definitivement
parmi les Hydreinocrinus , parce quit s*en ^loigne par ses
caracteres g^u^raux et que les parties superieures de son
sommet me sont inconnues. Je ne puis pas non plus le
classer d'une mani^re bien certaine parmi les Poterio-
crinus, parce qu*il diffi^re de la plupart de ceux-ci, par la
forme et la situation parfaitement horizontale de ses ra-
diales, qui toutes, comme cbez les veri tables Hydreiono-
crinus se trouvent dans un mSme plan.
5. HtDRBIONOGRINOS? GL0BULAEI8, De KoD.
(PI. 11 , fig, 1-4.)
Le calice de cette jolie espece est d'une taille mediocre
et d'une forme subsph^ro'idale, I^^rement allongee h sa
base. Sa surface est parfaitement lisse, et les sutures de
ses diverses pieces sont k peine perceptibles et ne sont
indiquees par aucune depression ni sillon.
Les pieces basales sont toutes exactement de memc
forme et produisent, par leur reunion, une petite ^toile a
cinq branches bien prononc^es. L'articulation de la tige
( i02 )
est situee au food d*une fossette arroodie de faible dia-
mitre el pen profonde.
Les pieces sous-radiales soot tr^s-grandes et h peo prte
aussi larges que loogues. Quatre d'entre elles oot una
forme hexagonale assez r^uli^re (voir plus loin la projec-
tioD horizoDtale); la cinqui^me possede sept c6tes dont
Tun est soude a une pitee auale.
Les premieres pieces radiales, les seules qui me soient
connues, offrenttrois formes differentes : les trois d'eutre
elles qui sont le plus distantes du cot^ anal soot identi-
ques les unes aux autres; elles sont pentagonales el uq
peu plus larges que longues. Des deux derni^res, celle qui
se trouve k la gauche des pieces anales, esl bexagonale,
bien que sa forme generale soil k peu pr^s la meme que
celle des autres pieces radiales; celle de droite, au con-
traire» diffi^re lotalement de celles-ci : elle est en quelque
sorle quadrangulaire, un peu transverse et munie,du
c6l6 gauche, d'un petit prolongement correspondant a la
seconde pi^ce anale. La figure ci-apres fera ressorlir mieux
qu'aucune descriplion ne pourrait le faire, les di£r^rences
qui existenl entre ces diverses pieces :
(105)
Les deux premieres pieces anales sont les seules qui me
soient connues. L'ane est assez grande, pentagone et un
peu plus loDgue que large; son c6t^ superieur est petit et
supporte la secoude piece egalement pentagone, mais ex-
trSmement petite. L'^paisseor de toutes ces pi^s est con-
siderable; anssi Tespace fibre occupy jadis par ranimal est
des plus restreints, et le calice, vu du cdt^ superieur, ne
pr^ente qu'une ouverture tres*etroite et ne ressemble pas
mat , surtout quant aux surfaces articulaires de ses pieces
radiales, a un sommet d'Apiocrinus. (PI. II, fig. 4 et 4 a.)
La tige a du dtre mince et cylindrique, ainsi que cela
resulte du faible diametre et de la forme de Timpression
que son dernier article a laissee sur la base du calice.
Dimensions. — Longueur du calice, 15™"*; grand dia-
metre, 12"""; diametre du bord superieur, 8"*"; de la tige,
2"" ; longueur des pieces sous-radiales , environ 6"".
Rapports et diffirenees. — Le Poteriocrinus^ nuciformis ,
M' Coy (1) , est la seule espece de Crinoide qui se rapproche
de celle-ci. Elle en differe par sa forme plus allongee et,
bien plus encore, par la soudure de deux petites pieces
anales au bord superieur de la premiere, tandis que notre
esp^e n*en a qu'une seule dans cette situation.
Gisement et locality. — Celle espfece a 6i& trouvde avec
la pr^^dente aux environs de Glasgow. Je n*en connais que
deux ^chantillons deposes au Musee du Geological Survey
de Londres, et c'est Egalement a Tobligeance de M. Salter
que j*en dois la communication.
(1) Deter, of the hrit. palao%. fo$s. in the Mu$, of Cambr., p. 117,
pi. Z^Dyfig. 4.
( 104 )
ExpUcation dei figures.
PI. II.
Pig. 1. Ecbantillon de grandeur naturelle, vu du c6t^ anal.
Fig. la. Le m^me, grossi du double, vu du ni^me cM.
Fig. % Le m^me, de grandeur natureUe, yu du c6i& oppose.
Fig. 3. Le mSme, vu du odt^ de la base.
Fig. Za. Le m^me, grossi, vu du m^me c6t^.
Fig. 4. Le mSme , de grandeur naturelle, vu en dessus.
Fig. 4a. Le m^me, grossi, vu du mtoie cdM.
II. GlBHBB PISOGRINUS, Db Kon.
Formule ginirique.
Pieces basales 5, r^unies de fa^on k former un triangle.
Piece sous-radiale unique, plac^ du cdt^ anal.
Pieces radiales connues 1+5, dont deux grandes sondes k la base et trois
petites subtriangulaires; une de ces dernieres interm^diaire entre
les deux grandes et soud^e k celles-ci, et les deux autres soud^es
en partie k la piece anale et en partie aux grandes pieces radiales.
Le calice des especes qui appartieonent k ce genre est
(le tr^s-petite taille; sa forme est globuleuse ou conoidale.
La base est composee de cinq petites pieces soud^ entre
elles, dont trois ont une forme triangulaire et dont les
deux autres sont quadrangulaires. La reunion de ces cinq
( 105 )
pi^s produit un triangle sub^uilateral (voir la projec-
tion ci-contre).
Deux des cdt^s de ce triangle supportent , chacun , une
grande piece radiah , de forme hexagonale. Ces pieces sont
sendees entre elles par Tun des cdtes dans la moitie de leur
longueur, tandis que la moiti^ de la longueur de leur c6l6
oppos^ est sendee k une piece sous-radiale unique , plac^
sur le troisieme cdt^ de la base, et occupant ainsi Tespace
interm^iaire entre les deux grandes pieces radiales, laiss^
libre par celles-ci. Gette pi^e sous-radiale occupe le c6te
anal du calice : elle est pentagonale. Une pi^e radiale de
forme triangulaire , mais beaucoup plus petite que les
deux qui sont en contact avec la base, vient se poser, en
forme de coin, entre ces dernieres ; deux autres, d'une forme
^alement triangulaire,aUernent a?ec la pi^ce sous-ra-
diale. La tige ^ du etre cylindrique et d'une dimension
assez forte, eu ^ard a la petitesse du calice, si Ton en
juge par Tempreinte qu'elle alaissee sur la base.
Rapports et differences. — J'aurais volontiers rapporte
les esp^ces que je vais decrire, au genre Triacrinus, ^tabli ,
en 1839, par le comte de Miinster, si ce paleontologiste
ne disait express^ment que la base de ce genre est com-
post de trois pieces triangulaires (1); car il est probable
(I) Cette composition de la base me fait supposer que le genre Trieho-
crinus, ct46 dernierement par le savant anatomiste de Berlin, M. J. Muller
{Monataberich der K. Jkad. von Berlin f Juni 1856, p. 354, et Phys.
JhhandL der K. Ahad. der Wi$a., 1856, n<> 6, p. 248), en faveur dequel-
ques Crinoides pal^zoiques de TEifel, est identique avec le genre Triacri-
nta. G*est ce quMl ne me sera possible de decider, que par inspection des
^hantillons d^crits par de Miinster, dont la figure en projection {Beitrdge
Z. Petrefakt., I, pi. I, /{^. 4, c) est ^videmment fautive; car si elle dtait
Pexpression de la r^alit^ , il en r^sulterait quMl existe des Grinoides k trois
rayons au lieu de cinq, ce qui n*est pas probable.
( 106)
qaeia disposition des aulres pi^s du calico est la m^me
dans ce genre et dans celai que je propose ici.
Distribution gMogique, — Je ne connais encore que
deux espies dn genre Pisocrinus. Toutes deux provien-
nent du calcaire siiurien sup^rieur des environs de Dudley
et y bnt 6{6 dteouvertes par M. John Gray, de Hagley , doni
les patientes recherches oot enrichi la faune silurieooe
anglaise d'nn si grand nombre d'animaux remarquables.
1. PllOCftlRUa PILDLA.
(PI. II, /i^. 8*11.)
Le calice de cette espece est de la grandeur d'un gros
pois, dont il affecie en memo temps la forme, sauf la tron-
cature produite par TouYerture sup^rieure. La surface est
enti^rement lisse et mSme un peu luisante.
La base est parfaitement de la forme d*un triangle Equi-
lateral et faiblement EvasEe. L*articulation de la tige se
trouve au fond d'une fossette assez profonde et large.
La piece sous-radiale , un peu plus lai^e que longue, est
limitee, dans sa partie snperieure, par un angle obtus qui
s'arrete k uue petite distance du bord superieur du calice.
li en r^ulte que les deux pieces radiales posees sur cette
pi^ce, ne sont pas d'une forme tout k fait triangulaire.
{Fig. 8).
Les cinq pieces radiales ont leur surface superieure
profond^ment creusEe pour la reception de la seconde
piice qui a dfi les surmonter, mais qui m'est rest^e in-
con nue.
L'ouTerture du calice est presque parfaitement circu-
laire ou plutdl subd^agone, k cause des petites dchan-
crures existant sur les diverses pieces; celle qui corres-
pond au c6t^ anal est un pen plus prononcee, ainsi que
( «07)
le demontre la partie de la figure 11 indiquee par la
lettre z.
Rapports et diffidences. — Gette esptee se di^iDgae de
la suivante par Tabseoce de tout ornement k sa surface et
par sa Torme beaucoup plus globuleuse.
Dimensions. — Longueur enyiron, 5*^; le diam^tre a la
meme dimeosion; dtam6tre de rarticulalion de la tige,
Gisement et localitd. — Je ne connais encore que deux
^haniillons de celte espece; Tun se trouve dans la riclie
collection de M. Gray, Tautre dans la mienne. Je dois ce
dernier a Tobligeance de M. Lewis, de Londres , que j'ai
vu avec regret abandonner Tetude de la paleontologies a
ravancement de laquelle il contribuait puissamment par
ses actives recherches.
ExpHeation de$ figures.
PI. II.
Fig, 8. ^hantillon grossi, vu du cdt^ anal. De la collection de M. Gray.
Fig. 8a. Le mSme, de grandeur naturelle, vn du m^me c6ii.
Fig. 9. Le mSme, gross!, vu du cdt^ oppose.
Fig. 10. Le m^me, gross! , vu du c6t6 de la base.
Fig. 10a. Le mSme, de grandeur naturelle, vu du m^me c6i4.
Fig. 11. Le mSme, gross!, vu du cdt^ oppose. La lettre x !ndique le col^
anal et T^hancrure destin^e k recevoir le canal allmentaire de
Panlmal.
2. PlSOGRINCS 0R1IATI}8» De Kon.
Le calice de cette espiece pr^sente la forme d'un petit
c6ne tronque. La surface de ses diverses pi^es est orn^
de petits dessins irr^uliers creuses dans le test.
La base offre Taspect d'une petite coupe a bords munis
( 108 )
de trois angles moius aigus quechez Tespece precedente;
ces bords sont aussi plus releves.
La piece sous-radiale est un peu plus lougue que large ;
son angle sup^rieurest aigu el se prolonge juqu'au hord
du calice.
Les petites pieces radiales sont d'une forme triangulaire
bieo prononcde. Leur surface articulaire, destinde h rece-
voir la seconde pi^ce radiale , est moins profond^ment
creuseeque celle de Tesp^e precedente, mais le test en
est plus ^pais. L*ouverlure du calice est pentagonale; du
c6ie anal , Tecbancrure est plus prononc^e. (Fig. ISz.)
Rapports et differences. — lis ont d^jk ^t^ indiqu^ dans
la description de Tesp^ce precedente.
Gisement et locality. — £lle a ^te d^couverte par M. John
Gray, dans le calcaire silurien de Dudley.
Explication des figures.
PI. II.
Fig. 12. Echantillon, grossi, va du c6i6 anal. De la collection de N. Gray.
Fig. 12a. Le meme, de grandeur naturelle, vu du m^me cdt^.
Fig. 13. Le meme, grossi, vu en dessus.
De Vinflmnce de la lune sur la menstruation; par feu
J. A. Clos, docleur en m^decine h Sor^ze (Tarn).
Le sujet que je traite entrait dans le plan que je m'etais
forme, lorsque je commen^ai mes observations meteoro-
logiques qui remontent a 42 ans. II me fallail d'abord
recueillir des faits : il semble qu'apres une si longue car-
-3. z
3- - ,-f 4-
(p fi
i ^
P,#
igp ^
6 Z
l5
i'\u.l-4.ilv<li'i-iunoi'r;ai>»?s.l<>l)ulAriK.drE«..Fig;i-llyili-i-ioii«rrmiis'NVno<liiini<&.<lrK»n
( 409 )
riere, je devrais en avoir ud grand nombre. Le vrai est
que je n*en ai que deux digues d'etre reproduits. Cependant,
si Baglivi a eu raison de dire que les observations ne soot
pas taut numerandae que perpendendae , on voudra bieii
considerer que Tun de ces faits embrasse sans interrupt
tion un espace de 27 ans, c'est-k-dire la presque totalite
de la grande revolution menstruelle qui a lieu pendant la
vie de la femme, que Tautre embrasse une p^riode de 5/
ann^s et que, par ce moyen, j*ai eu k ma disposition, d'un
cote, 295 epoques menstruelles consecutives, de Fautre,
62, ce qui fait le nombre total de 357 epoques, presque
toutes aussi blen d^termin^es qu'il est possible en pareille
mati^re ; et ce nombre m'a paru suffisant pour baser mes
calculs.
€es calculs se r^duisent, pour ainsi dire, ik un simple
d^nombrem^nt. Cependant fallait-il encore quelques pre-
cautions; et entSte des deux faits dont j'ai parld, on verra
celles que j'ai prises au sujet de la difference qui se trouve
entre le temps civil et le temps astronomique, afin d'ap-
procher de la verity le plus possible.
L'influence pouvant avoir lieu ou k I'instant meme d'un
point lunaire, ou avant ou apr^s, et k plus pu moins d'in-
tervalle, j*ai remarqu^ que je ne pouvais gu^re etendre le
champ d'influence; et , aprte avoir consid^r^ que les lunis-
tices et les Equinoxes sont s^pares par un intervalle d'en-
viron sept jours, j'ai born^ mes recherches k trois jours
avant et trois jours apr^s I'^ruption des menstrues (1).
(1) Pour faciliter la description et faire ressorlir d*une maniere plus mani-
feste les r^sultats que j*ai obtenus, j*ai adopts, pour repr^nter les points
lunaires, les signes usit^s dans la plnpart des calendriers.
( **o )
Nombre des Spaqves menstruelles.
Pleiae lui>d.
Equinoie
4«c«odant.
Naad
rfeaeeadaat.
Bqttin«xe
•Mcndaat.
P4ri|te.
D«nii«r
qaartler.
@
95
ED
93
85
£A
85
P
79
a
75
Lanisti«e
austral.
Rouvcila lane.
Apogee-
LunUtiee
borM.
Premier
quart tcr.
ascfendaat
LA
NLoii#
A
LB
D
Q
68
67
61
60
54
50
II fant observer que, dans ce simple releve], il y a un pre-
judice pour les phases ; car la revolution synodique ne
s^op^rant qu'en 29 jours et queiques heures, tandis que les
revolutions p^riodique et anomalistique s*operent en 27
jours et queiques heures, les phases ont moins de chance
pour se rencontrer avec les ^poques menstruelles que les
autres points lunaires (1).
Maintenant , si nous portons notre attention sur les
phases en particulier, nous voyons que la somme des syzy-
gies Temporte sur celle des quadratures; que ® Temporte
beaucoup sur •, tout commea (dernier quartier) Tem-
porte sur D; de sorte que, si, d'un cdte, on fait la somme
des nombres de la pleine lune et du dernier quartier, et, de
Tautre , la somme des nombres de la nouvelle lune et du
premier quartier, on verra entre ces deux sommes une
grande difference.
Si, sans quitter cette premiere observation, vous par-
tagez les 295 epoques menstruelles qui la composent en
(1) Voici quel serait l^arrangement des points lunaires en les ramenant
aux mSme chances :
@ EP y EA a P #
102 93 85 85 80 70 72
LA A LB D Q
68 61 40 58 50
{Mi )
deux parties ^ales, vous trouverez que, dans Tune et
l«iiutre, la somme des syzygies Temporte sur celle des
quadratures; vous trouverez daos Tune et I'autre ® > •,
a > D; vous trouverez © -•- a beaucoup plus grand que
Si vous prenez les trois quarts de toutes les ^poques ,
soit directement en allant du commencement vers la tin,
soit en retrogradani de la fin vers le commencement, vous
trouverez ce que vous avez trouve pour les moities et pour le
tout (1); mais il n*en serait pas de meme d'une petite frac-
tion. Le quart lui-meme fournirait des resultats contradic-
toires. Cependant, nous pouvoos remarquer que, quoique
la seconde observation ne se compose que de 62 epoques
menstruelles, elle donne, comme dans la premiere obser-
vation , @ > •, a > D, el, par consequent, @ -♦- a> et la
difference est encore plus prononcee.
En se bornant k la premiere observation , on aurait
les nombres suivants qui peuvent donner une idee du
rapport des phases avec la menorrh^e :
© = 67 i D = 45 ) # H- D = 121
' 162 ^ ^. } 120
• = 67 i
^ = 95)
a = 75 ) ■ fr) H- a = 170
Ceux qui connaissent les resultats qu'on a obtdnus au
sujet de Tiniluence des phases sur les m^teores, le baro-
metre, etc., conviendront qu'aucun ne peut 6tre compare
k celui-ci.
Mais je ne dois pas omettre une circonstance assez re-
marquable, el la voici : On a vu que mes recherches s'ap-
pliquaient k I'espace de temps compris enire trois jours
(1) Les relev^s num^riques sar lesqaels ces proposilions sont fondees se
trouvent k la fin de la note de la page pr^c^denle.
( H2 ) ,
avant et trois jours apres Tapparilion des r^les. J'ai exa-
mine si les Dombres indiquaient uoe influence plus graode,
lorsque le point lunaire coincidait avec cette apparitioD
dans le ro£me jour. J'ai eu un resultat tout k fait n^atif;
en un mot, je n*ai pas vu que i'astre eAt plus dMnfluence le
jour m£me que la veille ou le lendemain , que deux ou
trois jours avant, deux ou trois jours apr^s. Mais ce qu'il y
a de positif , c'est que, si Too compare , sous ce rapport , •
avec @, le jour mSme de Teruption, on voil que @ Tem-
porte. II en est de mSme la veille, le lendemain, etc. Dans
toutes les positions, la pleine lune Temporte constam-
ment. C'est ce que je puis mettre sous les yeux par le petit
tableau suivant, dont chacun pourra verifier Inexactitude
avec une tr^s*grande facilite, d'apres la forme que j'ai
adopts pour la partie astronomique de mes observations :
Le Jour mtoe
de
I'apparition des rigles.
La
veille.
Le
lendemain.
3 jours
avast.
3 jours
aprte.
3 jours
avant.
3 jours
aprds.
« 6
7
11
8
16
9
10
^ 10
10
15
12
17
13
18
Une superiority aussi constante ne s'observe que pour la
pleine lune, etie dernier quartier, qui Temportesi incon-
testablement sur le premier, corome on Fa vu plus baut,
ne supporte pas une epreuve si rigoureuse et pr^sente
quelques exceptions.
Si des phases nous passops aux aulres points el, d'abord,
aux points de d^clinaison , nous trouvons que la somme
des deux Equinoxes Temporte beaucoup sur celle des deux
lunistices; que T^quinoxe descendant a un nombre plus
fprt que Tequinoxe ascendant, de m£me que le lunistice
austral Temporte sur le lunistice boreal; d*ou il resulte
une difference notable entre le lunistice austral joint k
( 115 )
r^quiaoxe descendant, et le lunistice boreal joint h Tequi-
uoxe ascendant, nous avons :
EA = 85 i LB = 60 ) EA -i- LB = 145
= 85 i LB = 60 I
=: 93 ) ^^* LA = 68 J
ED =: 93 J "" LA = 68 ) *^^ ED -+- LA == 161
En d*autres termes, lorsque la lune est dans les environs
de Tequaleur, elle a beaucoup plus d'iniluence sur le tlux
menstruel que lorsqu'elle en est eloignee. Celle influence
est aussi plus forte pendant qu'elle parcourt Tbemisphere
austral. De sorte que le decours (si je puis me servir de
cette expression) de la revolution periodique a la supre-
matie, comme le decours de la revolution synodique(l) ; et,
en general, ces deux revolutions se ressemblent par leurs
effets, avec cette difference pourtant que les eflets de la re-
volution periodique sont moins prononc^s et moins uni-
formes; car^ en fractionnant, ainsi que je Tai fait pour les
phases, je n*ai pas aussi souvent trouveles memes r^sultats.
Pour ce qui regarde les noeuds, nous trouvons que le
noeud descendant Femporte beaucoup sur le nceud ascen-
dant : il conserve en general cette superiority. Ainsi, i'on
pent dire que la lune, lorsqu'elle coupe Tecliptique pour
parcourir Themisphere austral, tout comme elle coupe
requateur pour parcourir ce meme hemisphere, a une
plus grande influence sur la menorrhee.
(1 ) Par dScours , j'entends ici
le champ entier de la pleine lune
et du dernier quartier dans la re-
volution synodique ; le champ en-
tier de r^quinoxe descendant et
du lunistice austral dans la revo-
lution periodique. Les figures ci-
contre en donnent uqe idee.
2°* StKlE , TOME IV. 8
( iU )
La sup^riorite du perigee sur I'apog^e n*est pas k beau-
coup pr^s aussi constante que ceile des autres points dont
nous avoDS parle.
Tels sont les resultals que nous avons obtenus des fails,
en ce qui concerne riuflueuce des points lunaires sur ia
menorrh^e ou le flux notenslruel. Mais , ainsi que nous
Tavons dit, le grand et important ph^nom^ne de ia mens-
truation ne se borne pas k la m^norrh^e proprement dite,
il comprend tons les actes qui pr^parent, disposent, pro-
duisent T^vacuation. Et il est facile de juger que si on fai-
sait, pour les deux premiers temps de la p^riode men-
struelle, le m&tne calcul que nous avons fait pour la
m^norrh^e proprement dite, on trouverait des r^sultats
tout difi(£rents. Ainsi, par exemple, ^i Ton prenait pour
sujet le 14""^ jour apr^s chaque 6poque menstruelle, ce ne
serait plus la pleine lune qui Temporteraii, ni les ^ui-
noxes, ni le p^rig^, ni le noeud descendant; mais, tout au
contraire, la sup^riorile serait pour le premier quartier, les
lunisticeSy Tapogee, le noeud ascendant; et tel point de la
revolution anomalistique ou periodique qui se trouvait
place apr^s certains points de la revolution synodique, se
verrait place avant. Cbaque point lunaire a done une in-
fluence plus au moins prononcee relativement aux divers
temps de la periode menstruelle : c'est une consequence
qui est de toute rigueur.
Influence de la r^olution de la lune dans son arbite sur le
retour des regies.
La premiere chose qu'on doit se demander en abordant
cette question, c'est la distance qui separe les epoques
menstruelles Tune de Tautre. II semble que, sur un fait si
( i*s )
commun, il ne deyrait y avoir aucan doute, et que, depuis
des sidles, on deyrait Stre fixe; mais ii n'en est rien. Ce
n*est pas que les auteurs de pbysiologie pour la plupart ue
soient fixes eux-mSmes et ne donueat nettement la solu-
tion, mais Us varient presque tous. Les uns admettent pour
le retour des regies Tespace d'un mois, d'autres celui de
trois semaines, d'autres celui de 27 ou 28 jours. Cest que
la femme n'est pas toujours reglee de la meme maui^re :
les ^poques sont tantdt plus rapprocb^s, tantot plus dloi-
gD^es; et, lorsqu'ellecommeuce aetre r^lee, de m^ine qu'k
I'^ge de relour, il y a de grandes aoomalies; il y eo a aussi
apr^s les couches, sans compter celles qui soot produites
par des maladies ou des indispositions, par les erreurs de
regime, et surtout les passions de T^me, qui , comme Ton
sait, r^gissent d'une fa^on toule speciale sur I'ut^rus.
Les causes de la periodicite des regies ont ^te aussi le
sujet de diverses opinions, et Ton pent remarquer que les
auleurs modernes les plus recommandables semblent s*ac-
corder pour releguer I'influence lunaire au nombre des
plus absurdes prej ug^s.
Mais Topinion a au-dessus d'elle la puissance des faits,
lorsqu'ils sont exacts et fidelement interpr^tes. Mettant
done de cdt^ Tautorit^ des noms , j'ai aborde franchement
la question avec les faits que je poss^de et j'ai pose en
principe que, pour que la lune puisse £tre regardee comme
la cause principale du retour des regies , il faut ces deux
conditions : l"" que, dans les personnes du sexe, il y ait un
terme moyen pour Tintervalle qui s'ecoule entre les epoques
menstruelles ; 2^ que ce terme moyen soit en rapport avec
la revolution de la lune dans son orbite.
Pour savoir si les observations que je produis satisfont k
ces conditions, j'ai marqu^ sur cbacuoe d*eiles ie nombre
('116 )
de jours qui s*est ecoule depuis ie commeDcement d'une
eruption jusqu'au commeocement de I'eruption suivaote;
mais je n'ai pas cru devoir admeitre tous les nombres sans
exception. Ce qui etait evidemment trop irregulier et bors
d'une menstruation normaie a ^te supprime. Cependant,
on jugera que j'ai agi tr^s-Iargement, puisque, au lieu de
me borner aux nombres qui sont plus au moins gen^rale-
ment avoues par les auteurs, j'ai admis tous les intervalles
compris entre 17 jours et 40 jours. Par ce moyen, j'ai eu
320 intervalles de diverse dur^e, savoir 263 dans Id pre-
miere observation et 57 dans la seconde.
Yoici le relev^ pour la premiere observation :
3 intervalles de 17 jours 34 jours.
1
1
1
2
13
29
52
72
36
26
8
7
5
3
20
22
23
24
25
26
27
28
29
30
31
32
33
34
35
36
37
39
40
20
22
23
48
325
754
1404
2016
1044
780
248
224
165
102
35
36
37
39
40
263 intervalles formant 7396 jours.
La somme de ces 7396 jours , divis^e par le nombre
d*intervalles 263, donne pour resul tat 28^,122.
(H7)
Od Yoit dans ce tableau que les intervalles de 27, 28
et 29 jours sont les plus nombreux sans comparaison , et
que le nombre 28 I'emporte surtout d'une mauiere exor-
bitante.
Relev^ pour la seconde observation :
2 intervalles de 25 jours 50 jours.
1 — 26 — .... . 26 —
8 - 27 — 216 —
19 _ 28 ~ 562 —
10 — 29 — 290 —
8 - 30 - 240 —
3 — 31 - 93 -
6 — 52 - 192 —
57 intervalles formant 1 639 jours.
Quoiqu'il n'y ait ici qu'un petit nombre d'inlervalles, le
r^sultat se rapproche du precedent, car, en divisant 1639
jours par 57, on a 2&,7S4. On voit encore ici que les inter-
valles de 28 jours Temportent beaucoup sur les autres.
28 jours et une fraction est done le terme moyen,
d'apres mes observations; et je puis dire que ce nombre est
celui que j'ai rencontre toujours chez les femmes les mieux
r^gl^es , pendant le cours d*une assez longue pratique oii
j'ai donn^ une attention particuliere k cet objet. Dans les
metrorrhagies que j'ai traitees, et j'en ai eu de longues et
rebelles k traiter, j'ai observe que , lorsque I'uterusrevenait
de temps k autre k T^tat normal , c'etait aussi le nombre
28 qui s^parait le plus souvent les ^poques menstruelles.
Le moyen intervalle des ^poques menstruelles ^tant
trouve, il sembleque, pour satisfaire k la seconde condi-
tion, il faudrait que ce moyen terme repondit a la duree
de I'une des revolutions lunaires, et c'est ce qu'on ne voit
pas; car Tune de ces revolutions est de 27 jours 7 heures,
( H8 )
Tautre de 27 jours 13 heures, et la troisi^me de 29 jours
42 heures. Mais pourquoi ce terme moyen r^pondrait-il k
Tune plotot qu'h Tautre de ces revolutions, puisque, dans
le premier article, nous avons vu qu'il y a une diffe-
rence sensible entre les divers points de d^clinaison , ainsi
qu'entre les apsides? Nous avons vn que , lorsque la lune
est dans le plan de Tequaiion pu au voisinage, elle a des
nombres plus forts que lorsqu'elle en est le plus eloignee;
nous avons vu (}ue le perigee Temporte sur Tapogee; et,
pour les phases, j'ai porle, pour ainsi dire, la chose jus-
qu'a Tevidence. Lesdiverses sortes de points lunaires ayant
done plus ou moins d'influence, mais, par cela m^me, en
ayant une, il devenait naturel de faire entrer dans la com-
paraison les trois revolutions lunaires dans leur ensemble ,
c*est-k-dire de prendre le terme moyen.
Cest ainsi que j'ai ^t^ conduit k rechercher la moyenne
des trois revolutions lunaires que j'ai trouv^e de 28 jours
135 (1). Or, quand on la compare avec le moyen inter-
valle des epoques menstruelles, qui est de 28M22, on ne
pent qu'etre frappe de I'egalitii qui s'y trouve (k quelque
difference pr^s dans la fraction) , et j'avoue que je ne me
serais jamais attendu k tant d*exactitude dans une pareille
matiire. Ainsi done, le terme moyen des intervalles men-
struels repond presque exactement au terme moyen des
trois revolutions de la lune.
jours.
(1) Revolution synodique 29,5505S8
— periodique 27,321582
— anomalistique. . . 27,554560
Total 84)406730
MoTEifKE. . . . 28,135576
(H9)
Cotncidenee des piriodes menstruelles ehez diver ses femmes.
Coincidence des divers points lunaires. Autres considi-
rations.
La premiere observation a beaucoup plus d'etendue que
la secoode; mais celle-ci embrasse une partie de temps
correspondaDt k la premiere.
En comparant ces deux observations pendant le cours
simultan^ de leur duree, on voit que le plus souvent les
epoques ne se rencontrent pas. Mais aussi on voit certaines
fois les Epoques de Tune co'incider avec celle de Tautre,
et cette coincidence continue pendant plusieurs epoques
successives. Ainsi, par exemple, k partir du 3 avril 1815, les
deux femmes furent reglees en meme temps pendant huit
mois consecutifs, les regies venant le meme jour ou k peu
preSy chez Tune et chez I'autre. Ces huit mois ^coules,
chacune de ces deux femmes entra dans une menstruation
particuliere et tr^s-distincte, pour se retrouver ensemble
vers le 13 octobre 1816. Apres quelques mois de coinci-
dence, une nouvelle division s*etant operee, la coincidence
se renouvela pour la troisieme fois le 4 decembre 1819 (1).
Selon moi, on neserait pas fonde k attribuer au hasard
des coincidences ainsi renouvel^es et soutenues avec tant de
persistance pendant plusieurs mois conseculifs. J'en atteste
ici Texperience des praticiens les plus repandus, et je
demande si, comme a moi, il ne leur est pas maintes
fois arriv^ de renconlrer un plus grand nombre qu'k
Tordinaire de leurs malades, atleintes k la fois du flux
(1) Dans chacune des deux observations, j*ai note d^un signe particuHer
ces Epoques coincidentes, afin qu*on puisse les retrouver plus ais^ment.
( 420 )
menstruel? Est-ce qu'il ne se presente pas de temps k autre
des 6poques oh ies jeunes personnes se mootrent en gene-
ral moins agiles qu'a Tordinaire? On Ies voit plus p^es,
certaines meme ont le teint fletri el fane , Ies yeux cern^s de
livide, la voix chang^e, Thaleine forte; ce qui annonce
qu'elles sont ou dans le cours ou sous Tiniminence de leur
flux. Cest que Ies points lunaires ne conservent pas tou-
jours la meme influence : elle varie selon leurs diverses
combinaisons, et il parait que certaines de ces combinai-
sons ont une puissance plus parliculiere. On pent dire
que, lorsqu'un point lunaire s'est empare, pour ainsi dire,
des regies d'une femme a Taide de quelque combinaison,
il Ies tient sous son empire pendant longlemps, et que
c*est la ce qui allonge ou raccourcit, suivant Toccurrence,
Ies intervalles des epoques menstruel Ies. D'apresun releve
particulier que j'ai fait sur Ies coincidences , j*ai trouve que
celles du perigee sont bien plus eflicaces sur Ies menstrues
que celles de Tapogee ; que la plus puissante de toules est,
sanscontredit, la rencontre du perigee avec la pleine lune;
puis viennent Ies rencontres du perigee avec h nouvelle
lune et Ies equinoxes, notamment Tequinoxe descendant.
Ici Je ne donnerai pas ce travail en entier, parce que je ne
lui trouve pas assez de certitude. Pour ce genre de recher-
ches, il faudrait un nombrede faits beaucoup plus grand.
II en estdifferemment des autres resultats que j*ai sueces-
sivement fait connaitre. Ces resultats me paraissent dignes
de la plus grande attention. lis indiquent, h n'en pas dou-
ter, que Ies rapports de la lune avec la menstruation sont
beaucoup plus certains et plus constants que ceux du mime
astre avec Vetat de Vatmosphere, que ceux de la lune avec
Ies oscillations du barometre, que ceux du barometre avec
Ies variations atmospMriques^ que ceux enfin de la lune avec
Ies mare'es.
(121 )
D'apr^scela, on doil etre natureliement porte k regarder
la lunecomme la caase regulatrice de la menstruation , et
je pense que cet effet s'opere en vertu d'une propricte oc-
culte etd'une maniere immediate; car je ne vois pas que le
retour des mois soit lie k aucuns changements dans les
qualit^s de Tatmosph^re; tout au plus, ces changements
peuvent avoir quelque inflence sur la quantite et la duree
du flux, de meme que certaines autres causes, telles
qu'une nourriture plus ou moins abondante, les passions
de Tame , etc.
Cette propricte occulte de la lune pent etre comparee a
celle du soleil qu'on ne peu^ meconnaitre dans une foule
de circonstances, quoiqu'elle agisse d'une maniere tout
aussi mysterieuse. Je suis meme tr^s-porte k admettre dans
le soleil une influence directe sur la menstruation , non-
seulementpar sa revolution diurne, maisparsa revolution
annuelle; car si on multiplie par 13 le nombre de jours
28,122 qui forment le moyen intervalle des epoques men-
slruelles, on a 565^586, c'est-k-dire k lr6s-peu pres le
cours d'une annee : d'oii il resulle, d'apres mon compte,
qu'une femme tres-bien reglee doit avoir 13 revolutions
menstruelles par an.
Esperons que le temps apporlera de nouvelles lumi^res
sur un sujet d*une si haute consideration. Mais ces lumieres
ne pourront jaillir que desfaits. En attendant, j'en produis
deux qui embrassent 32 annees d'observation. Une observa-
tion ainsi soutenueavec perseverance dans un pbenom^ne
de cette nature, n'est pas chose vulgaire, el je ne pense pas
qu'il y en ait un autre exemple dans les fastes de Tart me-
dical. Les femmes repugnent k des investigations de ce
genre. Elles apportent en general peu d'attenlion k ce ph^-
nomene, avec d'autant plus de tort que des informations
1
( 122 )
precises k cet egard liveraient souvent bieo des doutes sur
leur ^tat et sur les causes de leurs maladies. Mais ^ peine
saveut-elles yous dire ce qui s'est pass^ k la derni^re
6poque. Tout au plus, j'ai coqdu quelques dames qui no-
taient Tarriv^ de leurs mois sur le calendrier de I'anade.
Au bout de quelque temps , ces notes, devenues inutiies
k leurs yeux, avaient le sort des feuilles de ia sibylle.
En finissant , je dois avertir que je proteste formelle-
ment centre toutes les conclusions contraires aui miennes
qui ne seraient pas tiroes d'un nombre de faits suffisant (i).
OBSERVATIONS.
Remarqites priaiables au sujet des deux observations qui
vont suivre.
Dans les deux observations suivantes , une difficulte se
pr^sentait souvent dans Findication des points lunaires. Le
(1) Ceci demande une explication. Si on veut verifier seulement qael est
l^intervalle le plus ordinaire du relour des regies, quelques ann^es suffiront,
5 ou 6, par exemple ; et, si le sujet de Tobservation est une femme saine, bien
constitu^ , je puis afflrmer qu^on trouvera le nombre de 28 jours pour
le plus commun, presque sans comparaison. Je puis afflrmer, de mime,
qu*en prenant le terme moycn de tous les intervalles, on trouvera aussi
le nombre 28 avec une fraction quipourra varier, mais qui ne s'eloignera
pas beaucoup de celle que j'ai indiquee el qui m'a ete foumie par la
premise observation. Mais il en est bien autrement quand il s^agit de l^in-
fluence des points lunaires. Ici il faut des faits d^une plus longue ^lendue^ et
on lesentira ais^ment, si Ton prend en consideration ces deuxcirconstances:
1 * Que rinfluence des points lunaires est modifi^ par leur combinaison qui
varie de mille manieres ; ^ qu^il est des eoincidences qui ne peurent arriyer
qu*au bout d*un tres-Ioog temps, 1^ raison de la grande revolution du peri-
gee et surtout du noeud. Aussi me suis je impost, comme on Ta vu, la plus
grande reserve sur les conclusions k tirer , k cet ^gard , des faits que j^ai
produits, me bornant k ce qui etait le plus clair, et, pour le reste, ra*en repo-
sant sur Tavenir.
( 125 )
journal de la menstruation ^tait tenu en temps civil , et
dans VAnnuaire de la connaissance des temps , les ^poques
sont marquees (excepte pour les phases) en temps astrono-
mique, cequi pent faire quelquefois une difii^rence notable.
J*ai done ramen^ ou traduit le temps astronomique en
temps civil. G'est une chose que devropt prendre en consi-
deration les physiologistes qui se donneront la peine de
verifier mon travail. On m*objectera peut-Stre que c'est un
travail presque oiseux, puisque, k ce-compte, il e6t fallu
aussi indiquer Theure precise de F^ruption menstruelle,
chose peu faisable k cause du peu d'attention que les femmes
apportent k ce ph^nom^ne, et souvent impossible, lorsque
c'est dans le courant de la nuit que Teruption a lieu. Je
sais bien qu'en general , dans les fails qui se rapportent k
Torganisation , on ne pent gu^re exiger une precision ma-
th^matique. Mais je soutiens qu'il faut s'en approcher le
plus que Ton pent , et c'est ce que j'ai Tait en ramenant les
dates k une memo esp^ce de temps. D'un autre cot^,
lorsque T^ruption des mois s'est faite dans la nuit el qu'il
n'y a pas eu de raison pour la rapporter k la premiere
moiti^ plutot qu'k la seconde, c'est k la seconde que je
I'ai affectee, parce que I'experience apprend que la chose
a lieu le plus souvent ainsi. Je I'attribue k la turgescence
sanguine qui se manifesto vers les deux heures apres mi-
nuit, par Teffet de la revolution diurne du soleil; turges-
cence bien connue des gardes-malades et de ceux qui
font un service habituel dans les pensionnats et dans les
hdpilaux.C'est alors que se d^clareQl les altaques d'aslhme,
de goutte, de cholera, etc.; c'est alors que les cryptes de
la matrice s'ouvrent souvent aussi pour I'^coulement du
sang , et la femme s'en aper^oit le matin dans le passage
de la situation horizontale k la station.
( 124 )
Premiere observcUion.
Femme native de Sor^ze. Taille moyenne. Temperament lympha-
tique. Caract^re egal, assez gai. Tres-valetudinaire dans Tenfance. £ta-
blissement des menstrues tardif et difficile. Est devenue m^re de cinq
enfants. Sujette au flux hemorroidal, ce qui ne Ta pas emp^h^e
d'6tre passablement bien reglee.
Signes employes dam le cours de ces observalion$ avee leur explication.
® Nouvelle lune.
D Premier quartier.
Q) Pleine lune.
d Dernier quartier.
EA Equinoxe ascendant.
LB Lunistice boreal.
ED Equinoxe descendant.
LA Lunistice austral.
P Perigee.
A Apogee.
Q Nceud ascendant.
^ NcBud descendant.
DATE
des
]£P0Q0BS KBIfSTRDBLLBS
et •
IRTBItTAlLIS.
POIIfTS LUIVAIRES
correspondanti.
A nnotations.
16 avril 1807
(1) D
La partie astronomique de cette
25 jours.
1 1 ? mai
28 jours.
ED
LB y
premiere epoque menstruelle a
presente une difGciilte dent je suis
force de renvoyer Teclaircissement
h la fin de cette premiere observa-
tion.
D
C'estle 10 ou lell.
(i) Cette fr* figure indiaue que, le 16 avril 1807, 1'eruption des regies eut lieu ;
que la vcille , c'est-a-dire le 45 avril , la lune etait entree dans son premier quar-
tier (D), que le 19, la lune se trouva dans I'equinoxe descendant (El)).
La V^ figure indique que I'eruption eut lieu le 11 mai; la veille, la lune avait
ete dans le lunistice ooreal (LB), et deux jours avant dans son noeud descen-
dant (PR) , trois jours apres , eile fit son premier quartier (D).
Les intervalles des epoques se trouvent marques par le nombre de jours ecoules
entre une eruption et la suivante. On a vu que j'ai du eliminer tout ce qui etait
evidemment anormal. Ainsi, les intervalles qui ne sunt pas notes n'entrent pas
en ligno de compte.
J'ai dit, au commencement de Tarticle 3, qu'il y avait des circonstances oil les
epoques etaient les memcs dans les deux observations et se suivaient pendant
plusieurs mois consecutifs. Je les ai indiquees dans Tune et dans Tautre par le
rigne ^.
( 125 )
DATE
des
^POQUBS MBNSTRUBLLBS
et
IRTSBTALU8.
8 juin 1807
29 jours.
7 juillet
30 jours.
6 aout
26 jours.
1 septembre ....
28 jours.
29 septembre ....
23 jours.
27 octobre
25 jours.
21 novembre
28 jours.
19 d^cembre
2 f^vrier 1808 .. .
22 jours.
24 f^vrier
28 jours.
23 mars
28 jours.
20 avril
26 jours.
POINTS LU2f AIRES
eorrespondants.
m LB
P IB
ED
ft
ED P
ED n
P 9
ED D
ED
ED
a
EA
A
—
D
&
•
EA
EA
J.
EA
Annotations*
Apres avoir ete uo peu malade.
Des le 22 Janvier 1808, elle etait
indisposee. Le 2 fevrier I'appari-
tion des regies eut lieu pendant la
fievre d' incubation de la rougeole,
et I'ecoulement se prolongea, mais
en petite quantite , pendant tout le
cours de cette maladie. Neanmoins,
Tapparition des regies eut lieu da
nouveau le 24.
( 126 )
■ ATB
d«8
tfOQVU MINSTBUBLLtS
«t
lITiaVALLU.
16 mai 1808
28 jours.
15 juin
28 jours.
11 juillel
30 jours.
10 aoiit
27 mai 1809
10 juillet
39 jours.
18 aoiit
33 jours.
20 septembre
30 jours.
20 octobre
Couches Iel9juill. 1810.
22 aoiit
7 octobre
30 jours.
POINTS LUNAIBBS
corre«pondanlB.
BSBBsMBatasaBaaai
Annotations,
a
EA
a
£A
£A
EA
U A"
ED
Q — =
?i P LA
LB =r
Q
LA P
EA
EA
-r] P
EA
a
b
LB
D
LA
Le 28 mai , a jplusieurs reprises ,
par I'anus , un ecoulement ae sang
en diarrhee.
Grossesse d'un gar^on. G'etait sa
troisieme. ]^couleiuentf frequents
de sang par I'anus. Le gar9on vit,
assez robuste.
Couches.
Le 9 aout, lesere colique avec
diarrhee; le 10 ae meme.
La nuit du 19 au tO oetobre.
Grossesse d'une fifle de 91 ana.
Quelques ecoulements hemorroT-
daux pendant la gestation.
Le 16 aout , elle a pris un froid.
Jours suivants fievre. — Les regies
ont peu coule; I'ecoulement n'a ete
asses abondant que le 35.
£n petite quantite.
( *27 )
DATS
des
tfrOQVBS KKMSTBITBLUIS
et
IRTsaTAUSt.
POINTS LUITAIRES
eorresiMndaiits.
Annotations*
6 novembre 1810. . .
51 jours.
7 d^cembre
32 jours.
8 Janvier 1811 ... .
35 jours.
10 Uyiiet
55 jours.
15 mars
30 jours.
14 avril
22 avril
28 jours.
20 mai
29 jours.
18 juin
29 jours.
17 juillet
28 jours.
14 aout
33 jours.
16 septembre
28 jours.
D
t5
£A
0
EA
W
LB-
V) A
Q ED
LA
a
a
y EA _P
EA _Q
•
LB
LB
LB
a
Q
ED
j^coulement asses abondant.
La Duit da 6 au 7.
La nuit du 7 au 8.
Le soir.
En petite ^uantite; elle est un
peu indisposee.
A recommence en assez grande
abondance. Se trouve mieux. Cef te
menorrhee a dure quelques jours.
Quelcjues goutles; le 21 rien; le
SS les regies ont coule , ainsi que
les jours suivants.
Le 18, les mois allaient bien;
une emotion yivie les a presque
arretes.
Au soir.
Au soir.
( 128 )
DATS
des
^POQUKS HBNSTAUBLLBS
et
IKTMTA1LB8.
14 octobrelSn . . .
28 jours.
11 novembre
28 jours.
7 d^cembrc
28 jours.
4 Janvier 1812 . . .
27 jours.
31 Janvier
28 jours.
28 f^vrier (bissextile)
27 jours.
26 mars
28 jours.
23 avril
29 jours.
22 mai
34 jours.
25 juin
26 jours.
21 juillet
29 jours.
19 aout, au soir . . .
28 jours.
POINTS LUIf AIRES
eorrespondants.
o
A
^^ED
•
QA
0.
On
ED
ya^
ED
Q
^ ED A
Q ^
A ED
© Q
A ED
Q
Q
A
ED
ED
A
© J
LA
7^ LA
LA
© t3
A nnotations.
Au matin.
Au soir.
Au soir.
A son lever.
Avant son lever.
Au matin.
Avant son lever.
Le 8 mai ecoulement hemorroi-
dal, qui se reproduit du 16 au 31
mai.
Goliques, malaise, interruption .
— Le 28 elles ont recommence.
Le 23 bemorro'ides. — Le 24 la
menorrhee a recommence.
Au commencement d'aout , be-
morro'ides.
( 129 )
DATB
des
^POQCBA ■■hsthtjsllis
et
IRTIKTALLU.
16 septembre 1813
SI jours.
17 ociobre. .
27 jours.
13 Dovembre.
27 jours.
10 d^cembre.
28 joups?
7? Janvier 1813. .
28 jours.
4 f(6vrier. .
28 jours.
4 mars . .
28 jours.
1 avril. . .
30 jours.
1 mai. . .
28 jours.
29 mai. . .
29 jours.
27 juin. . .
29 jours.
POINTS LUN AIRES
correspondants.
Annotations.
L LA
T5
O
?) EA H
D O
12-16 septembre, tubercules he-
morroidaux sans ecouleiiient.
Au so if.
Au soir.
EA
t3
D
EA
D EA
m n
EA
®
^ n
EA "--
■
p
EA9-
p
P©
EA
LB
EA
. p^
■^ W
■
LB
P
#LB
u
a*"* SI^RIE, TOME IV.
Au soir.
Au matin.
Cette date n'est pas certaine.
Vers le soir.
Apres midi
Au soir.
= Au matin .
Au soir.
9
( 130 )
DATB
det
^POQUBS VBRSTRUBLLBS
et
ihtutalles.
26 juillet 1813. .
29 jours.
24 aout
29 jours.
22 septembre . .
29 jours.
21 octobre. . . .
. 28 jours.
18 novembre. . .
26 jours.
14 decembre. . .
28 jours.
11 Janvier 1814 .
30 jours.
10 f^vrier . . . .
27 jours.
9 mars
26 jours.
4 avril
28 jours.
2 mai
29 jours.
POINTS LURAIBES
eorreapondaats.
LB
Q^
LB
Q — =
Q
#
ED
#
ED-
a_
a —
ED
0^
ED
ED
a
60
ED
/^i F*^
{^L
u
ED
@
Annotations*
N'a pasete aussi abondante qu'a
Tordinaire.
Le S et 1e 4 aout , perte de sang
par le fondement.
Le 37, chute de cheval ; les regies
vers leur fin ont cesse.
Les regies n'ont coule que deux
jours; legere indisposition.
Apres midi.
Apres midi.
A son lever.
Dans la nuit du 10 au ii.
Feu abondant.
Au matin.
Au soir.
Au matin,
( 151 )
DATS
des
iSpOQVBft ■BNST«CBLLEt
et
ISTEKVALLIS.
POINTS LUNAIRES
rorrcApondants.
Annotations,
31 mail8l4. .
28 jours.
28 juin
32 joups.
30 juillel ....
30 jours.
29 aout
28 jours.
26 septembrc .
26 jours.
2:2 octobre. . .
28 jours.
19 Dovembre. .
27 jours.
16 decembre. .
27 jours.
12 Janvier 1815
28 jours.
9 f(6vrier ...
27 jours.
8 mars ....
27 jours.
4 avril
27 jours.
ED
®
ED
A
A
I A
LilV.
LA
s
n
p A LA
EA
A LA
0
A LA
a
A « y
LA
A LA
0
A LA
Q
A a LA
Q
Au soir.
La nait dii 97 au S8 , indisposi-
tion.
Au matin.
Au matin.
Au soir.
Le 18 ou le 19.
Abondante.
l^coulement peu abondant.
Le soir.
Dnns les demiers jours d'arril ,
santo derangee.
( 132 )
DATS
des
tfPOQUBS HXN8TEUBI.LB8
et
IITIBVAI.US.
POINTS LUNAIRBS
eoirespondanta.
Annotationst
1 mail815
32 jours.
2* •
juin
29 jours.
1 juillet
28 jours.
29 juillet
26 jours.
24 aoul
27 jours.
20 septembre
28 jours.
18 octobre
28 jours.
15 novembre
28 jours.
13 d^mbre
25 jours.
7 Janvier 1816 . . .
28 jours.
4 f(6vrier (bissextile)
31 jours.
aA-= — =.
a
EA — =.
EA 0.
EA
a
EA
a
f?)
EA
K£J
EA
»
©
EA
B
Q
D EA
A
EA
A
D
Dans la nuit.
Le 31 mai au soir, ecoulcment
d'hemorro'idetf asses considerable.
En se levant.
Apres midi.
Au soir.
En se levant.
Au soir.
( 133)
■■■■■■■BBS9BBBB9BBHB
DATS
des
tfPOQUBS MBR8TRUSLLIS
et
6 mars 1816 ....
28 joups.
3 avpil
32 jours.
5 mai
25 jours.
30 mai
27 jours.
26 juin
27 jours.
23 juillet
28 jours.
20 aout
28 jours.
17 septembre
26 jours.
13 octobre
30 jours.
12 novembre
28 jours.
10 decembre
27 jours.
POINTS LUNAIBES
eorrespondants.
BEBBBBBI
Annotations,
D
»
Q
LB
Q
ET
LB
LB
D-
ED P
ED
Au soir. — Le lendemain, inter-
ruptioD des regies. — Jaunisse
ensuite.
LB
Q t
■ ■ ^^
LB
LB
9 Q
Q
m
LB
Q.
¥
LB
a
Q
LB
a
n -r
LB
VI -*
Au aoir.
Au soir.
Au soir.
Au soir.
Au matin.
( ^34 )
rngsasssseassesBoaBsaasam
DATB
des
I^POQUBS VBKSTRUELLBS
et
IRTIItTALLKS.
6 Janvier 1817 . . .
29 jours.
4 fevrier
29 jours.
5 mars
30 jours.
4 avril
27 jours.
1 mai
27 jours.
28 mai
29 jours.
26 juin
28 jours.
24 juillet
30 jours.
23 aout
27 jours.
19 septembre
29 jours.
18 octobre
27 jours.
mama
POINTS LVH AIRES
correspondanta.
i
LB
ED
P
P
@
ED
EDP
ff)
t3
P (v) ED
C3
LA
@P
ED
a
ED
PO
PH
©
(V) LA
Py 2=
Annotations.
Au soir.
Au soil'.
Les20, 21, 22 fevrier, hemor-
roTdes assez aboudantes. — Le
2 et 3 mars encore bemorroides.
En petite quantite.
Au matin. — Ecoulement suffi-
sant ; mais , les 9 et 10 avril , apres
sa cessation , flux hemorro'idal qui
a produil un affaiblissement et qui
s'est renouvele dans le courant
d'avril.
LA
LA
;^_^_
^5
LA
D
D
LA
Flux heniorroidul dans le cou-
rant de mai. — Tumeur a Tauus.
Au matin. — Pendant le cours
d'une petite maladie.
Avant le lever.
Au soir.
( 153 )
mmsBaBmaBsammamm
■ ATB
des
tfPOQUBS WBKSTROBLLBS
et
IRTEKTAILBS.
■■
POIIITS LUNAIBBS
eorreapondaoU.
A nnotations.
14 novembre 1817. . .
31 jours.
15 d^embre
27 jours.
11 Janvier 1818 . . . .
30 jours.
10 fdvrier
28 jours.
10 mars. ........
28 jours.
7 avril
28 jours.
5 mai
29 jours.
3 juin. .
28 jours.
1 juiUet
30 jours.
31 juillet. .......
30 jours.
30 aoiit
28 jours.
LA
J>
D
EA
EA Y
EA
EA
# EA
A
EA
Q ^
A
Q
A-
A LB
LB
LB A
ED
All matin.
Au matin.
( 136 )
■ ATB
des
<POQUBS MBRSTEUBLLKS
et
lITKaVALlBS.
27 septembre 1818 . .
27 jours.
24 oclobre
28 jours.
21 Dovembre
28 jours.
19 decembre
28 joups.
16 Janvier 1819 . . . .
27 jours.
12 f^vrier
29 jours.
13 mars
30 jours.
12 avril.
29 jours.
1 1 mai
28 jours.
8 juin
28 jou|*s.
6 juillet
28 jours.
POINTS LUNAXRBS
eorrespondanto.
# ED
a
ED
ED
a
ED
ED
a T3
©
ED
T5
ED
©
0
0 @ ED
LA
©
■-r>
v-y-
LA P
LA
K^J
Annotations,
Au soir.
Au soir.
Au soir.
Au soir.
Au soir.
Dans la nuit du 11 au 12<
Dans la derniere moitie d'avril,
indisposition.
(137)
■ ATB
det
irOQUBS XBn8TBiniU.B8
et
1ITBITALLK8.
3 aout 1819
27 jours.
30 aout
27 jours.
26 septembre
26 jours.
22 octobre
27 jours.
18 novembre
27 jours.
15 ddcembre
26 jours.
10 Janvier 1820 ... .
29 jours.
8 f^vrier (bissextile).
27 jours.
6 mars
27 jours.
2 avril
25 jours.
27 avril
29 jours.
POINTS LUNAIRES
eorrespondantt.
LA
@
p
LA
D
P
DLA
©
LA
©
LA
T
®
LA
0^
ED
0
LA
a
LA
a
LA
LA
ED
t5
OB
Annotations,
Au matin.
Au soir.
Aprcs niidi.
Apres midi.
Au Boir.
( 138 )
DATS
des
^rOQUBS HBNSTRUBLLBS
et
IJITEAVAIJ.E8.
POINTS LU^TAIRES
eorrespondants.
AnmteUions,
26 mai 1820
29 jours.
24 juiD . . .
28 jours.
22 jaillel . .
29 jours.
20 aout. . .
25 mai 1821.
8 aoul . . .
35 jours.
12 scptembre
35 jours.
1 5 octobre . .
30 jours.
14 novembre.
29 jours.
LA
LA
LA
D
LA
©
Q"
a
EA Y
D
LA
© Q
LB— z=-
a
LB
a ^
Le lendemain , scarlatine pruri-
gineuse. La menorrhee a fail soa
cours a I'ordinaire.
Grossessed'uD gar^on beaucoup
plus penible que les precedentes.
— ^pistaxis. — Douleur va^ue a
Th^pocondre gauche. — Heraor-
ro'ides. — Redoubleiueiits febriles
nocturnes. — Vers la fin, colique,
diarrhee sanguinolente et vermis
neuse. Sang tire par lalancette,
couenneux , pleuretique. Contrac-
tion des membres inferieurs dans
le bain.
Accouchement naturel et facile.
L'enfant vit. Le 26 juin, quel-
ques gouttes de sang , conime un
commencement de regies, mais
sans suite.
En juillel, de meme presque rien.
Dans la nuit du 11 au 12, ecou-
lement precede de coliquo et de
gargouillements de venire.
Dans la nuit du n au 14 no-
vembre. — Legere indisposition 3
ou 4joursavant.
( *39)
DATB
des
tfPOQUES ■BNSTtUII.LIS
et
ISTMVALLBS.
15 d^cembre 1821. . .
26 jours.
8 Janvier 1822. . . .
27 jours.
4 f^vrier ,.
29 jours.
5 mars .
29 jours.
3 avril
29 jours.
2 mai, apres midi. . .
51 jours.
2 juin
29 jours.
1 juillet
28 jours.
28 juillet
26 jours.
23 aout
26 jours.
18 septembre
30 jours.
Booa
POINTS LUKAIRBS
correspondaats.
W a
© •-»
ED
?3
LB
©
a
t3
ED
ED n
©
A
LA
^* ©
D
A ~
LA
»* LA
ED
AnnoteUions,
Le matin.
La Duit du 2 au 3.
Legere indisposition tes jours
precedents.
Vers le soir.
Vers le soir.
En sc levant.
Au soir.
Dans la nuit du 17 au id.
DATB
des
iPOQUES IIBN8TR1JBLLKS
et
IRTUTALLKS.
18 octobre 1822. . . .
51 jours.
18 Dovembre
27 jours.
15 d^cembre
29 jours.
13 Janvier 1823 ... .
28 jours.
10 Uvrler
28 jours.
10 mars
27 jours.
6 avril
28 jours.
4 mai
32 jours.
5?juin
27 jours.
2 juillet
27 jours.
29? juillet
29 jours.
( 140 )
POINTS LUIf AIAB8
eorrespondants.
BB
LA
A
LA
Q D
i^ LA A
Q
Q
Q
EA
Q
EA
£ Q
EA
a
Q
EA
a_
EA
LB
a
EA
EA
Annotatiom.
Dans la nuit du 17 au i8. Par
suite d'une chute faite avec I'ea-
fant , les mois n'ont pas dure.
Au matin. — Dans ce mois , coli-
que et renvois. Les regies ont peu
coule.
Au soir. — Ecoulement en petite
quantite.
Au soir. — Ecoulement un peu
plus abondant.
Le matin. — Mois tres-peu abon-
dant.
Regies suffisammenC abondan-
tes.
ques
Un ou deux jours avant, quel-
les douleurs dans le pubis.
Vers I'apres-midi.>-La veilleel
la matinee , douleur aux aines.
( 141 )
DATB
des
<POQUBS »irSTRGBLL«S
et
nntTALus.
POINTS LUNA IRES
eorrespondants.
A nnotations.
27 aoiit 1823 ....
26 jours.
22 septembre ....
32 jours.
24 octobre
27 jours.
20 novembre
32 jours.
22? d^cembre ....
29 jours.
20 Janvier 1824. . .
28 jours.
17 ffivrier (bissextile).
27 jours.
15 mars
27 jours.
11 avril
28 jours.
9 mai
27 jours.
5 juin
30 jours.
a
O
LB
EA
LB
a 0
LB O
0
n
ED
a
ED
a
O P ED
o
ED L
ED
o
D P.ED
D ED
l^coulement en petite quantite.
Deux ou trois jours avant, douleur
et malaise dans le ventre.
Dans la matinee.
Dans la matinee.
II y a incertitude sur le jour.
Vers le soir.
Dans la nuit.
Au matin.
( l/»2
)
DATB
des
|£P0QUBS nifSTBCILLIS
et
IITIRVAUIS.
POINTS LUNAlReS
eorrespondants.
Annotations.
5 juillet 1824
27 jours.
1 annf-
D
ED
Dans la nuitdu 4 au 5.
Mois abondant.
D —
LA
ED
•
1 auui. •••..>••
26 jours
27 aoul
ED
LA
P
Vaps niidi.
50 jours.
26 septembre
25 jours.
21 oclobre
•
LA
P
D
ED
Q
Celle daten'eslpas Ires-certaine.
Au soir. (L'epoque est plus pres
de la noiivelle lune que du^ernier
quarlier.)
27 jours.
17 novembre
P
ED
a
28 jours.
15 d^cenabre
a
w
ED
26 jours.
10 Janvier 1825 ....
29 jours.
8 fevrier
27 jours.
7 marft . .
ED
P
k ■ *
a
ED
Au malm.
Au solr.
Au matin.
Dans la nuit du 2 au 5.
"a
ED
o
LA
p
27 jours.
3 avri!
26 jours.
oJ
p ED
( U5 )
BBBBBSBSBSasaBBaSSSBB
DATB
dfs
ipOQUBS HlfSTaUBLLBS
et
IKTBBTAUKS.
POIIfTS LURAIRES
eorrespondants.
Annotations.
29 avril 1825 . . .
28 jours.
27 mai
26 jours.
22 juin
27 jours.
19 juillet
28 jours.
16 aout
23 jours.
10 septembre . . .
27 jours.
7 oclobre
26 jours. ^
2 novembre. . . .
30 jours.
2 decembre. . . .
29 jours.
31 decembre. . . .
27 jours.
27 Janvier 1826. .
30 jours.
D
ED
s=
"" O
D
ED
P
ED -
D P
EDP
D
EDP
1
#
ED P
a
ED
LB
n
a
a
ED
ED
a
P
EA-
o
Au soir. Mois peu abondant.
Au soir.
Lanuit du 21 au S2.
Au matin. Flux moins abon-
dants,et depuis quelques epoques,
ils lie ie sont guere le premier jour.
Vers le ioir.
Au matin.
Apres mid
Apres midi,
Apres jnidi
a
( lU )
DATE
des
<P0QUB8 IIBHST1IVKLI.K8
et
IITItTAUBS.
POINTS LUITAIRES
correspbndants.
26 fevrier 1826 ... .
26 jours.
24 mars . .
28 jours.
21 avril . .
25 jours.
16 mai . . .
34 jours.
19 juin .
25 jours.
14 juillet ■ . .
28 jours.
11 aout. . . .
29 jours.
9 septembre
27 jours.
26 septembre
50 jours.
26 octobre .
26 jours.
21 novembre.
25 jours.
P ED
D LA Q
O ED
A nnoiaiions.
£D
©••o
ED
D
QLA
PQ
D
QP
LA
D P
LA
LAD Q
a LB
a
ED
« Id
Apres uiidi.
TJne vioiente emotion a arreie
presque eniierenient le flux niens-
truel le 32.
An soir.
Mois abondant.
Vers le soir, flux p'eu abondant.
Au matin. Mois d'abord assez
abondant, puis anoraalie,dans leur
cours par suite d'une peine morale.
Mois peu abondant.
Mois peu abondant.
DATE
dcs
^POQCBS MmSTBUKLLBS
ei
ISTBRTALLBS.
10 cl^cembre 1826.
27. jours.
12 Janvier 1827. .
27 jours.
8 f(^vrier .
27 jours.
7 mars . .
27 jours.
3 avril. . .
24 jours.
27 avril . .
30 jours.
27 mai . . .
26 jours.
22 juin. . .
30 jours.
22 juillet. .
25 jours.
16 aout. . . .
26 jours.
11 septembre
27 jours.
( 145 )
POINTS LUNAines
eorrrspondanlft.
O LB
LB
^0
LB A
o
LB A D
LB A
D
y
A LB
LB* D
G
LBA ^
LB
a
n
A
e3
a LB A
2™*s6rie, tome IV.
A nnotations.
Pendant cetle epoque, I^gere
diarrhee.
An matin.
Au soir.
Au soir.
Au .^oir.
Au soir.
Au soir.
Au matin.
Vers le matin.
Ausoir.
10
( 146 )
DATS
des
tfPOQCBS MnrnmoBULBS
et
IHTBBTALUS.
8 octobrel827. . . .
25 jours.
3 novembre
31 jours.
3 d^embre
28 jours.
31 d^embre
23 jours.
23 Janvier 1828 ....
27 jours.
19 fdvrier (bissextile) .
28 jours.
18 mars
26 jours.
13 a?ril
26 jours.
9 mai
26 jours.
4 juin
26 jours.
30?juin
28 joups.
POniTS LVIIAIBES
eorrespondanU.
o y
LB
EA
o
a o
LB
LB
O A
EA
m
EA
D
o
EA
EA
Q_
EA =
y
aTTT— ="
EA
0
EA
A nnotatioru.
Au soir, peu abondants.
Au sotr?
Au lever.
Au soir.
La nuit du 12 au 13.
Au soir.
Se sont plus prolonges qu*ii Tor-
dinaire.
( 447 )
DATS
des
<P0QDB8 HKMSTMraiXBt
et
tlTUTUUS.
POINTS LUHAIRES
eorreaponcUtnU.
AnnottUions,
28 juillet 1828. . . .
28 jours.
25 aout
28 jours.
22 septembre ....
30 jours.
22 octobre
28 jours.
19 novembre
28 jours.
17 d^embre
24 jours.
10 Janvier 1829 .. .
28 jours.
7 f«6?rier
40 jours.
19 mars
54 jours.
22 avri!
37 jours.
29 mai
20 jours.
o
P
EA
O-
P
EA p5
P
o
£A 90
t3-
EA P
o
e3
EA
0
i3 EA
LB
EA
P
D 0
EA
i i
F
A
—
•O^^Q
Q
LA
EA
L t3
Ont dure quelqaes jours ; peu
abondants.
Au matin.
Au matia. Suppression, le lead e-
ain, sous I'innuence d'une forte
main
emotion.
Au soir; mediocrement abon-
dant.
Au soir.
La nuit du 16 au 17.
(H
Au soir.
Au soir; indisposition aupara-
vant.
( 148 )
• DATS
dps
iPOQVKS MENSTRUBLLBS
cl
nTlRT&LLBS
POINTS LViYAIBBS
eomspondants.
mt
Annotations,
18 juin 1829. . .
26 jours.
14 juillel
30 jours.
19 aout
27 jourftw
15 scptembre . .
26 jours.
11 oclobrc. . . .
30 jours.
10 novembre. . .
28 jours.
8 d^cembre. . .
51 joups.
8 Janvier 1830 .
27 jours.
4 f^vrier . . . .
1 avril
17 jours.
18 avril
25 jours.
O LA
LA
o
y EA P
a
, O 0 EA P
Pf3EA
0
D M
Olb
EA
o
LB
LB
o
D
o
LB
a
a EA
Le so if. ^coulenicnt peu abon-
dant mais prolonge.
En se levant.
Au matin.
Le soir.
Avant le lever. — Les moU ont
coule en petite quantite.
II ne se trouve point d'epoque
pour le mois de mars; estnse par
oubli ou par irregularite dans la
menstruation ?
Les mois ont coule abondam-
ment.
DATS
des
iPOQUKS VBNiTMOBLLIS
el
MTIUVAUIS.
13 mai 1830
28 jours.
10 juin
SO jours.
9 juillet
37 jours.
5 aout
29 jours.
3 septembre
37 ociobre
13 novembre
11 decembre
4 Janvier 1831 ....
12 avril
24 mai
( 149 )
BK
POINTS LUNAIRES
eorrcspondantt.
LA
a
LA
Annotations,
a
13
o
r^^
o
O p EA
O O
EA
a
EA
EA
•
ED
Q
ED a
EA £1
ED
o
Au matin.
A cette epoque, la nienstrualioii
est devenue lout a fait anormale.
Au soir.
Dans rapres-midi.
Dansraprcs-midi.
Le soir , ecoulem«nt abondant
^coulement mediocre.
( 150)
tsssssssaBSBiaamammm
DATB
des
irOQUKS ■imTKVBU.SS
et
MTUVULMf
vmmK
POINTS LUITAIBES
oorrefpondants.
BBM
AnnoteUions.
n juin 1831
12 aout.
4 septembre.
S8 septembre
27 octobre
20 novembre
28 d^cembre
2 avril 1832
? juillet
18 aout.
**« V
^ --
ED
B
LB
O -
"■~~^
hi
i)
p
n
r~^
\i ■-
LB
LB
a
Q
p -
O
LB
a ED
19 Janvier 1833 . . . .
EA
EA
tt
LA
y
Peu de temps apres qu'on lui
eut annonce la mort de sa fille ,
recouleroent s'est fait comme a
{'ordinaire.
Assez abondant.
Au oiatin.
Au soir, tard?
Au soir.
Au matin.
Les regies ont cu lieu dans cp
mois , mais la date est ignoree.
Au matin.
Abondamment.
( 151 )
PATB
des
tfpoQCBs mnsTmuBLUg
et
POINTS LUIf AIBES
oorrespondani*.
Annotations.
24 f^vriep 1853 ... .
EA
16 mars
D
oo LA 0^
21 avril
• «^
Faible ecoulement dans la nuit
da 20 au 31.
Dans la nuit du 12 au 13.
Dans la nuit du 15 au 14.
13 mai
A £
14 mars 1834
EA
EA A
i
Tres-abondamment, surtout les
premiers jours; duree de pres de
nuit jours.
Depuis lors , ni menorrhee , ni
hemorragie. Sante general ement
bonne.
iclairdssement de la difficulte qui s'est priisentee pour la i^* epoque.
— Dans le volume de la Connaissance des temps pour Tan XV, on voit ,
a la colonne des ph6nomenes et observations, que le perigee est le 28
germinal (correspondant au 18 avril J 807). VAnnuaire du bureau des
Longitudes, VAnnuaire meteorologique de Lamarck et autres marquent
de mdme le perigee au 18 avril. D'apres cela , la figure astronomique
de cette epoque menstruelle devrait etre ainsi :
a
16 avril 1808 —zr
ED
Mais quelque bornees que soicnt mes notions en astronomie , il me
semble qu'il y a erreur dans cette indication de la Connaissance des
temps, de meme que dans les annuaires ou clle s'est propagee. Voici
les nombrcs que j'ai copies dans la Connaissance des temps, Je n'ajoute
que la date gregoriennc correspondante.
( 152 )
1807
, AN XV.
PARALLELE HURIZONTALE ([
sous r^uat0«r.
k mldi. a ainuU.
DBSI-DIiBBTRB
borizuiitul
di'
la lune , k midi.
16
26
59 3
59 39
60 9
60 28
60 34
60 26
60 1
m. s.
59 22
59 55
60 21
60 33
60 32
60 15
59 44
ID. •■
16 8
17
27
16 18
18
28
16 26
19
29
16 32
20
31
SO
...... 1
16 35
16 31
22
i
16 24
A rinspection de ces nombres, le perigee me parait ^tre evidem-
ment le 20 avril et non le 18. II ne doit done pas figurer dans la
partie astronomique de cette !■'' epoque menstruelle.
Seconde observation.
Femme native de Strasbourg, bien constituee, mere de trois enfants
bien portants. Ses maladies ont ete d'un genre inflammatoire : la pleu-
resie, la dyssenterie et surtout le rhumatisme dont elle a eu plusieurs
atteintes. £n 1810, le rhumatisme, apres avoir ete plus rebelle qu'a
Fordinaire et avoir parcouru diverses parties du corps, se fixa a
Textremite des doigts, tant des pieds que des mains, et y produisit
une deformation slnguliere des ongles, qui ue se dissipa qu'a la longue.
Le iigne = indique lei epoques qui coincident avec celles de I'obiervation prece-
denle , mats avec lolerance Sun jour de difference.
DATB
des
l^rOQOBS KBRSTRUBLLBS
et
IRTiaTAUU.
POIRTS LURAIBES
correspondauts.
A nnotations.
10 juia 1814
34 jours.
14 juillct
28 joup».
« EA
LB "h • Q'
( 153 )
DATB
des
KPOQDBS MBNSTRUBLLIS
Ct
IRTCBVAtLES.
11 aout 1814
3 avril 1815
28 jours.
1 mai ....
31 jours.
1 juio ....
29 jours.
30 juin. . . .
28 Joui'S.
28 juillet. . .
28 jours.
25 aoul. . . .
27 jours.
21 septembre
28 jours.
19 octobre. .
29 jours.
17 novembre.
32 jours.
19 d^cembre.
28 jours.
POINTS LUNAIRKS
coi-respuuilants.
tt
LA y
QA
i\
EA
Ea
a
EA
a
EA
EA
D
O
o !^
G
Q LB
LB O Q
Annotations,
Cette interruption n'est point
causee par la grossesse ou parma-
ladie ; mais les notes se sont
egarees.
( 154 )
DATE
des
l£P0QUB8 ]UIf8TaUBU.K8
et
inTBKTAIXBS.
POINTS LUNAIBES
correspondanU.
AnnotcUioiis.
16 Janvier 1816. . .
36 jours.
21 f^vrier (bissextile)
28 jours.
20 mars
29 jours.
18 avril
32 jours.
30 mai
30 jours.
19 join. .
28 jours.
17 juillet
29 jours.
15 aout
30 jours.
14 septembre . . . .
29 jours.
13 octobre
28 jours.
10 novembre
30 jours.
PO-
LB Q
y
a
a
LA
LA
LA
e3
a
a
£A-
EA
a A
a
EA A.
EA
a
« Q
Q
LB
LB
a
LB Q
( 155)
DATB
des
ifiPOQDBS ■niSTmiTBU.BS
et
IHTBSTALLBS.
32 jours.
8 mars . .
27 jours.
4 avril . .
27 jours.
1 mai
3 septembre ....
25 jours.
28 septembre.
29 jours.
27 octobre. .
27 jours.
25 Dovembre.
28 jours.
21 d^cembre.
29 jours.
POINTS LUNAIBES
correapondantg.
Annotations,
a
10 d^cembre 1816. . .
28 jours.
7 Janvier 1817 . . . .
28 jours.
4? f^vrier P =.
ED
a ED P
ED
ED P
^3= ^
a LA
P 0 ED
ED
OP
?3
a
Q
LB
O EA
A Q
QaO
LB
LB
A Q
O
LB
II y a ici une lacune dans Fob-
servation; mais il n'y a pas eu
d' interruption dans le cours des
regies.
( ^36 )
DATU
des
iPOQUES VBNSraUBLLBS
19 Janvier 1818. .
oO jours.
18 fevrier
30 jours.
20 mars
29 jours.
18 avri!
27 jours.
1 5 mai
30 jours.
14 juin
31 jours.
15 juillet
27 jours.
11 aout
31 jours.
11 septembre . . .
27 jours.
8 oclobre
28 jours.
5 novembre. . . .
28 jours.
POINTS LUHAIKES
eorrrspoadantt.
A Q
LB g
LB
o
O ED
ED
o o
D
ED
ED
B
a
qPLA
D £3
LA p
LA
D
o
LA
LA
D
Annotations,
Le 13 juin , nausees , defail-
laaces, Diouvements spasmotli-
ques. Les regies, qui n*en appa-
rureni pas moins le 14, durcrent
assez abondamment le 15 et le 16.
Les jours suivants , un vomitif ia-
dique par I'elat de I'estomac la
fatigua , maid contribua a la reta-
blir promptement.
(157 )
DATS
des I
irOQUBS ■KHSTMIBLLBS
et
ntTIRTAUU.
POINTS LDNAIBES
eorretpondants.
5 di^mbre 1818. . .
28 jours.
51 d^cembre
32 jours.
1 Kvpier 1819 ....
29 joups.
2 mars
30 jours
1 avril
26 jours.
27 avril
32 jours.
29 mai
25 jours.
23 juin .
29 jours.
22 juillel
27 jours.
18 aout
30 jours.
17 septembre
28 jours.
LA
a EA
EA
D
EA
Q
a
Q
» LB
LB
» A
- £
LB
A
LB
A
F
LB©
T
LB
^.•^
LB
A =
m
A
•
eB ^
iinnotaftoiu.
1
( 158;
)
da|tb
des
tfPOQVU ■■HBTHUn.US
et
POINTS LVRAIBES
eorretpondtntl.
Annotations*
iinsvAun.
15 octobre 1819. . . .
A_
32 jours.
ED
5
16 novembre
ED
t5
28 jours.
%
1 A il^TAinhpp
ED
n
28 jours.
9
EI
11 Janvier 1820. . . .
28 jours.
a
LA
8 f^vrier (bissextile) .
a
L&
14 mars?
®EA
p
Q
? avril.
Apres les deux observations precMentes, il ne me reste que des
lambeaux, dont le plus notable embrasse quinze mois successifs de
la menstruation d'une petite femme nerveuse, tres-sensible, valetu-
dinaire et sujette a la leucorrhee, mais dont la sante s'est raffermie
depuis qu^elle a passe Tage de retour. Ses 15 ^poques menstruelles
ont prcsque toujours coincide avee la nouvelle lune, et les inteiralles
les plus frequents sont ceux de 28 et 50 jours ex cequo. Je n'en
parle que pour faire voir combien on s'egarerait dans une pareille
recherche en employant des fa its d'une petite 6tendue.
( *59 )
■■BBBaaaBHaasB^Basa
DATB
det
<P0QUB8 BBHSTftUBIXES
et
MTUTAUM.
16 Janvier 1812. . . .
26 jours.
11 fSvrier (bissextile) .
27 jours.
9 mars
56 jours.
14 a?ril
28 jours.
12 mai
32 jours.
13 juin
29 jours.
12 juiilet 1812
29 jours.
.10 aout
50 jours.
9 septembre
Plus prta de la noavelle lane
que da !•' qawtier.
30 jours.
9 octobre
Plus prit de la noarell* lane
que da !•' qaartier.
28 jours.
POINTS LUIIAIRES
eorrespondants.
AnnotcUions.
EA
t3
LA
> P y
a LA
S
i
/
LB
•
V
LB
LB
=
Q
"u
Q-
ED A
i
Q
A ED
A-
ED
LA
A il^*li dusoir.
Au matia.
A 6^ Vt du matin.
A 3^ */s du soir.
A 10>> du natio.
A 5^ Vs du soir.
Vers 3^ du matin.
A B^ du matin.
Vers 4^ du matin.
1
( 160 )
DATS
dfs
^POQUBS MKII8TRUEI.LBS
et
IRTEllVAUEa.
POINTS LUNAIBES
eorrespondaot*.
A tmotations.
6 novembre 1812. . .
26 Jours.
2 d^cembre
28 jours.
30 d^cembre
31 jours.
50 Janvier 1813 . . . .
30 jours.
1 mars
LA
A
ED
#
i-
1
LA
w
LA
e3
m
e3
LA
EA
A 5*^ du matin.
A 5*^ du matin.
A i^ du soir.
A 5^du matin.
A 7*» du soir.
2 intervalles de 26 jours 52 jours.
1 — 27 — 27 —
5 — 28 — 84 —
2 — 29 — 58 —
3 — 30 — 90 —
1 — 31 — 31 —
1 — 52 — 52 —
1 — 36 — 36 —
14 410
En divisant le nombre de jours, 410, par le nombre des intervalles, 14,
le quotient est 29J, 285.
(i6i )
CLASSE BES I.STTRKS.
Seanee du 4*" fivrier 4S&8.
M. M.*N.^J, Leclergq, directear.
M. Ad. Quetblet, secretaire perp^tuel.
Sont prismts : MM. le baron de Gerlache, Grandga*
goage, Roulez, Gacbard, De Decker, Sch ayes, Snellaert,
Hausy Polain, Baguet, Ch. Faider, membres; Nplel Da
Brauwere Yao Steelaod> oisoctV; Kervy n de Lellenbove,
ChalQD, cqrrespondants.
M. Ed. ¥6iiSymembre de la classe des beaun^^irts^ as^iste
k la seance.
mmi^
CORRESPONDANCE.
La Society imp^riale d*emuIation d'Abbeville fait parve-
nir le deroier volume de ses memoires.
— L*abbaye de Solesmes remercie TAcaddmie pour ren-
voi de scs dernieres publications, et annonce ie procbain
envoi des ouvrages qu'elle a fait parailre.
La classe a re(u plusieurs aulres Perils relalifs k ses pu-
blicalioo3 et UP nombre considepabla d^w^rdgep iropri-
S""* SiBIE , TOMB IT. 1 1
N
( 162 )
in^s, qui seront annonc^s dans le Bulletin bibliographique.
— 'M. le secretaire perpeluel depose VAnnuaire de VAca-
dimie pour Tannee 1858. Get opuscule ne contient qu*une
seule notice biograpliique, celle de M. Andre Dumonl, re-
digee par son savant collegue, M. d'Omalius; on y trouve
aussi les renseignemenls habituels sur TAcademie el les
rapports de M. Ed. Felis sur la situation de la Caisse ccn-
irale des artistes beiges en 185B et en 1857.
M. Ad. Quetelet fait connaitre qu*on a profite du peu
d*elendue de cette publication, pour y inserer trois tables
differentes,contenanl la mention de tousles m^moiresim-
primes par TAcademie depuis sa reorganisation, en 18i6:
ce sont les 30 volumes in-4° des memoires des membres,
les 28 volumes des memoires couronnes et des memoires
des savants etrangers, et les 6 volumes des memoires in-8*.
Une seconde table contient les noms des auteurs ct una
troisieme Tindication analytique des matieres.
Ces tables ont ele redigees par M. Edmond Marchal fils,
attach^ au secretariat de TAcademie.
CONCOURS DE 1858.
Sept questions sur differents sujets avaientele raises au
concoursde 1858; il est arrive des reponses a quatre de
ces questions, savoir:
PREUlilRE QUESTIOT).
9
Elablir la veritable origine du droit de su,ccession. Re-
( 1«3 )
chercher si ce mode de transmission decoule de la nature des
choses ou $*il riesi qu'un etabtissement crie dans un but d'uti-
liU civile. Exposer la doctrine des principaux auleurs qui
ont traitecelle question; proposer une solution motivee.
La classe a re^u deux inemoires portant les epigraphcs
suivantes :
N** 1. L*esprit philosopbique d^uoesoci^t^ se peint
dans sa loi successorale. (Troplovc )
N^ 2. Patet testamenta esse juris naturalis.
(Wolf.)
(Les commissaires nommes pour Texamen de ces me-
moires sont MM. Cb. Faider, Grandgagnage et Arendt.)
DEUXI&HE QUESTION.
Eloquence frangaise. — De Tinfluence de la civilisation
sur la po^sie.
La classe a re^u trois memoires portant les epigrapbes :
N^ 1. La litt^rature est Texpression de la soci^te.
(YlLLEMAlN.) (1)
N** 2. La litt^rature est Texpression de la soci^le.
(De BONALO.) (I)
N" 3. Mod coeur bat d^avenir et du besoin des cieux.
(Jules Lefetre.)
(Les commissaires nommes pour I'examen de ccs me-
moires sont MM. De Decker, P. Devaux et Polain.)
(1) Ces indications sont conformes au lexte.
( 164 )
Quelle a Hi ^influence liUe'raire, morale et politique des
socidle's el de$ chambres de rhelorique dan$ les dix-sept pro-
vinces des Pays-Bas et le pays de Lidg^e^
Outre la mddaille academique, le laur^at du concours
recevra de la Soci^te royale de Wyngaerd, une m^daille en
vermeil.
II est arrive, eo r^ponse a cette question » an memoire
ecrit en flamaod et compose de six cahiers; il porte i*epi-
graphe :
Zulhs eene geiehiedenU moe( aen den mderland$ch§n
dicht en historie minnaar behagen. (Kops.)
(Gommissaires : MM. Sneliaerl, le baron de Saint-Ge-
nois et David.)
Ge memoire, ainsi que le n*^ 3, servant de reponse k la
question precedente, sont depourvus de billets cachetds;
lis doivent, par consequent, elre exclus du concours, a
moins que les auteurs ne r^parent cet oubli. L*Academie
leur accorde ce mois tout entier pour satisfaire a la de-
mande du programme : «c Les auteurs ne mettront point
leur nom k leur ouvrage, mais seulement une devise, quMls
repeteront sur un billet cachetd, renfermant leur nom et
leur adresse. »
( 468)
CONCOURS EXTRAORDINAIRE
Charlemagne ett-il ni dans la province de Liigef
La classe a re(u deux memoires en r^ponse h cette de-
mande; ils portent pour devises :
N* i. EntgwH, mttweil
Da liegt der Breit
(GOETBE.)
N"* % Nihil enim est operlum, quod non revetahitur,
et oecuUum quod non eognotcetur.
, (Commissaires : MM. de Ram, Borgnei el Kervyn de
Lettenhove. )
COxMMUNICATIONS ET LECTURES.
Chitd&ic lit et les fits de Charles Marlel. — ffotei sur les
annees 741 et 743, recueilties dans un texte inidit de
Ungues de Plenty; par M. Kervyn de Lettenhove, cor-
respondant de rAcademie.
C'est aujourd^hui meme qo6 se ferme le conbours on*
vert, sous les auspices de la classe, suf la p^trie de Cbarle-
magoe. Les memoires qui lui ont el^ adress^sFenferment^ils
line solution, ou du moins portent-ils sur cciie question
quelque lumi^re? Je Tignore; maisil est une penseequi
me pr^ccupe plus vivement. Si, autour de nous, on a
voultl revendiquer et justifier les traditions de notre pays,
( 466 )
il n'est pas moins vrai qu'au sein du premier corps Iitt£-
raire de la Belgiquc, pas une voix ne 8*est fait eatendre
pour ratlacher au sol oil grandil et so deveioppa la racejdes
Pepin, son plus illuslre rameau. Cette t&che, j'esperais la
voir abordee avec plus de science et surlout apres des
eludes plus profondes que celles que j'ai pu y consacrer;
mais je me sens enlraine, malgre moi, a m*eflbrcer de
rendre Thonneur d avoir vu naitre Charlemagne a ces rives
de la Meuse, oil ses derniers descendants vinrent, pres-
ents et vaincus, demander une tombe. Cest sur ces rives
de la Meuse, aux limiies des deux races sur iesquelles s*e-
tendit son sceptre, qu*un historien fran^ais proposait, il y a
peu d*ann^es, d'eriger la glorieuse statue de Charlemagne.
Faut-il la briser avant m^me qu'elle ait ete (5lev6e? Saint
Lambert a-t-il maudil rarriere-petit-fils d'Alpaid6, et les
vallees de Landen, de Jupille, d*Herstal, d*Ambleve ne
sont-elles desormais pour lui qu'une lerre etrangere?
Tai d'autant plus k regretler rinsuflisance de mes re-
cherches, que je viens combattre les conclusions de plu-
sieurs dissertations aussi remarquables par Terudition qui
y preside que par Telegance de la forme sous laquelleelles
sont presentees. Personne de nous n*a oublie avec quelle
abondance de textes et d*arguments nos honorables con-
freres iVlM. Polain et Arendt sont arrives a declarer que
la naissance de Charlemagne, posterieure a T^poque oil
Charles Martel se fixa aux herds de la Seine et de TOise,
ant^rieure k celle ou le grand empercur les abandonna,
devait Stre attribuee a la Neustrie, mais seulement gr&ce k
la loi incertaine du hasard. Cest cette doctrine du hasard
queje repousse, quel que soit le rdle qu'on lui assigne dans
la vied'un grand homme, et lors meme qu'il nes'agit que
de son berceau. Charles Martel pas plus que Pepin le Bref^
( 167 )
nous diUon, De v^cui en Auslrasie : nous savons, toute-
fois, quo Pepin ful baptise par saint Willebrod, evSque
d'Utrecht, ce qui prouve bien qu*il naquit dans la patrie
de ses ancetres. Pourquoi Charlemagne n*aurait-ii pas
aussi vu le jour dans un des domaines hereditaires de sa
famille, ou lout etail paix e( repos, plulot qu'au milieu des
camps sans cessc porles d'un pays k i'aulre par les pas-
sions agilees de la grandeur et de la conquele?
' Je ne reprendrai pas la discussion sur le terrain oil Font
placee mes savants amis MM. Polain et Arendt; ils me per-
mettront de soulever seulement quelques objections qui »
jusqu*a ce moment , n'ont point ete presentees, et qui me
paraissent devoir ebranler leur systeme. Cest moins une
date ou une question de lieu que la marche generaledes
ev^nements que je crois devoir eludier, et, tout en tirant
des fails des consequences particulieres,en ce qui touche
la patrie de Charlemagne, j*arrive a me represenler sous
ui^ jour tout different I'une des pages les plus int^res-
santes et les moins connues de celle epoqiie de transition
et de revolution qui vit la race des Pepin succeder a celle
de Ciovis. La classe voudra bien, je I'espere, en accueil-
lant avec indulgence ces simples notes redigees Ji la hate,
r^server quelque sympathie au but que-je me propose : le
droit de placer un jour au pied de la statue de Charle-
magne ce mot suo que la Belgique est Gere de pouvoir
inscrire sur le monument de Godefroi de*Bonillon.
II y a a peine cinq ou six jours qu'un manuscrit de la
Bibliolheque de Bourgogne fixa mon attention. 11 offrait,
dans un livre intitule : In Geslis Francorum, a cote de
nombreux extraits d'anciens auteurs, quelques lignes sur
les annees 741 et 742, que je n'ai , si je ne me trompe,
jamais renconlr^es ailleurs :
( 13^ )
Mdrluo KaroliD MarttUis, mulU Hranni in FtAMtum di-
fhErgentes, potesialetn rtgiam sibi usurpare ptesumehant.
Prdpterea Frand a prato eonsilio sua seducli queridam tie-
ricum nomine Danielem regem $ibi elegerunt : quetn poster
Hildericum cognomento fioncupaverunt. In cujus tmpote
nobilUas Frantorum pro qua per totum inundum Frand
edndltabantuir dd nichilniH pervenit. Videniquoque Pippinui
Karoli Marlelli filius regnum Francorum pro defictu Hil^
dttid tkipraditii tegis dd nkhilum peft^enire , in (Uminii&a^
tione ttgni patris sui tnanus tiriHlet injmt. Dehinc Pip^
pinus el Kalomannus fUii Kdroli Martelii contra Hunaldutn
Aquitanide ducem exerdtufn fhovent, ceperuMque castrum
quod tocatur Lucas. Iii ipso itihere positi diviseruni Mi
regnum Frantorum (1).
Quelle etait Torigine de cd tetle qui repandait une ln-
miere si vlve sur Ie$ ^v^DemenU du VIIl'"*fii^cle? II ^tait
ifnt)oi'tatit de le determidei" pour saVoir quel degr^ de coa-
fiance il m^ritait. Apr6d quelques reclierches, je suis arrive
ii codstatef qa'il provenait de l^abbaye de Saibt-BenoiU
^tir-Loire, qu*on nommait autrefois TEgiise des Saints^ et
qui regut du pape Ldon VII la supremaiie sur tous les
monaslferes de France. Sainl-Benolt-sur-Loire pos^^dait la
plus vaste biblioih^que que Ton connfit : on y eomptait
jtisqu*a cinq mille etudtanis. Une part precieusedes livres
qui en formaueni la base avail ete apportee, au YIIl"''sikle,
du Mont'-Gassin; asil^ des letlres en Italie : ses d^fiiiefs
(1) MS. de la fiibliotheque de BdtirgogDe, 01 S5. Ce livrej in GeiUs FtaH^
corum, reproduit fidelement d'abeieni testes placds les uns k la suite d^s
autreSi sans qtrils se suivent ou s^accordent exactement. J^y retroave des
frajjments reproduits dussi par Sigcbert de Gemblours^ d*api'es uoe source
anjourd*liui perdue.
( <69 )
debris sont retoarnds en Italie> apr^ les guerres hW-
giouses da XYI"^ si^cle, tit reposent aujoard'hui dans ia
bibliothique du Vatican. G*est k ceKe source illustre et
feconde que puisa ^ au Xl""^ siecle, Hugues de Sainte^Marie,
plus connu sous le nom de Hugues de Fleury : aussi les
auteurs A^VHUtoire liii^aire de la France ^de ro6me que
eeux de la Biographie universelley observenUilsqull a oonnu
beaucotip de documents importants qu*il a inseres dansses
livres et que nous ne possedons plus^ non pauca alii$ in-
taeta, comme le dit un erudit dii XYJl'"'' siecle. Hugues de
Fleury s'exprime lui-milnie en ces termes, dans une^piire
adressee a rimperatrice U^ihilde : Nusquam historia seria-
tim digesta^ sed hac, illacque quibusdam in codicibus inserta
et iMerfma ttnHur. Itla non a nobis aecepimus, sed a muliii
codidibus nosiro sudore decerpsimui. Nous ajoulerons qtte
le li vre In Gesiis Francorum ful termine en 1 110 et adresse
a saint Yves, ey^que de Cbartres (i).
{i) Uoe note est n^ctesaire pour donner ft cette question d'orifioe unt
complete Evidence. Notre manusorit nousoffre (f* ISO) la lettre de Hu^rues de
Fleury i VMqae de Ghartres : E€C€ tibi, preeeUeniiuime pater et domine^
duo humilitaiis mee opuscula tran$niitto. Quels sont ces deiii opuscules?
Le premier est V Historia antiquitattSp qui ne s*arr£te pas avaol le Hvre YI et
avant Ttpoque^le GharlemsigQe) commfe ledit ineKactement M. Waitz, dans
1^ tome IX des Monumentin Germuniae hdtoricii, mais dont le Hvre YI at
termine au couronnement de Charlemagne. Imm^dlatement aprcs, vient This-
toire des Lombards de Paul Diacre , dont le texle a sans doute ete reproduit
par Hugues de Fleury qui y a mSme ins^r^ un hymoe en TboDneur de saint
fienoit ; mais ceci tt'est pas le second opuscule promis A l^eveque de Chartref .
Jl a ^t6 mai place par quelque erreur de copisle et suit Tbtstoire des Lom-^
iiards : c*est Itf liVre In GesiU Francorum qui commence par ces mots : In
exordfo opu$cuH nostri, II est a\s6 de s'en convaincre^en ouvrant TiTtf torta
antiquUatIi {^ 150), au chapitre ou Huc^es de Fleury mentionne 4 peine U
guerre de Yalentinien cootre les Francs : De qHdrt^m origine pauea nobis
(470)
Rien ne manque done pour entourer de Tautorit^ la plus
I6giiime ce lexle dn VIII"" ou du IX"*' si^cle, insert deax
cent cinquante ans plus lard enlre divers documents de la
meme epoque; mais lorsqu*on le compare h d'autres rela-
tions contemporaines, on nepeuls*emp&clierde remarquer
avectrislessecombieolarorluneeslimpiloyablevis-a-visdes
vaincujs, puisque souvent elle ne permet pas meme a Tbis-
toire de recueillir le souvenir de leur resistance et de leurs
iauliles efforts. La fin de la dVnaslie merovingienne est
enlouree de lenebres profondes, et les vingt lignes que
nous a conservees Hugues de Fleury nods en apprennent
nunc perttringere licet. Cetera tie gettis Francorum scripta sunt. En
effet, Ie$ deux premiers chapilres du livre,/n Gestis Francorum, nous ofirent
dans le meme st^'Ie, mais avec beaucoup plus de details, Thistoire de Tori-
gine des Francs et de la guerre que leui* fit Valentinien. Le livrc : In Geitii
Francorum se termine (f° 233) par deux fails qui int^ressent k ia fois et le
monastere ou Hugues de Fleury ^crit, et le pieux ^veque k qui il dcdie ses
recherches : rinhumalion de Philippe I*"*, a Sainl-Renoit-sur-Loire, et lecou-
ronnement de Louis VI sous les auspices de T^veque de Cbartres. Quelques
ann^es plus tard , lorsque dej^ la renomm^e des deux opuscules ou , pour
mieux dire, des deux compilations de Hugues de Fleury s^^tait r^pandue, il
les tcvit et les modifia. La premiere (c'est Vffistoria eeclesiastica) fut pr^-
sent^ k Adele, comtesse de Blois et de Meaux. La seconde, prenant aussi un
nouvean titre, celui de Regum Francorum modernorum actus, Tut destin^e
k une princesse non moins illustre de la meme maison, Timpcratrice Malhilde.
M alheureusement , dans cette revision , Hugues de Fleury prit pour point de
depart la mort de Charlemagne : ainsi s^explique , dans les Editions imprimis
d'apres la seconde reaction, Tabsencedu passage que nous avons emprunt^
k la premiere, compos^e pour saint Yves de Chartres. — Parmi les manuscrits
de Saint-Beaoit-sur-Loire, conserves k la Bibliotheque du Vatican, se trouvent
les oeuvres de Hugues de Fleury. H serait int^ressant de les comparer avec
notre manuscrit, quia ^t^ ecrit vers le commencement du X]]l°'*siecleet
qui appartint plus tard au monastere de Saint-Quenttn-au-Mont pres de P^
ronne. Quelque lien unissait-il Saint-Quentin-au-Mont et Saint-Quentin^u-
Pr^ dont saint Yves fut abb^?
( *7I ) .
peut-itre plus k ee ^iij^t qii'on n'en savait jusqu*a ce jour.
Noos y retroovokis, bieu qu'indiqu^ avec iine extreme bri6-
vele, le principal caractere des luttes du Vlil"** siecle : les
ambitions personnelles cachant derrierc elles Fanlago-
nisme des races ei Thoslilite des peuples. L'Austrasie avait
complelement triomphe avec Charles Martel. Quand Chil*
p^ric II fut descendu dans la lonobe, quand Thierri de
Cbelles Ty eul suivi , Charles Mar(el se crut assez puissant
pour laisser vacant le irone des princes merovingiens, alin
que Ton s'babitii^ta leur absence. Aucun des historieusdu
temps ne nous avait dil, que Chilperic II eul un Gils. La
science des fi^nedictins a supplee a leurs lacunes. Noire
texte nous apprend que, de meme que son pere, il avait
ete rel^guedans un cloilre ouon lui donnait egalement le
nom de Daniel qui semble avoir ele a celte epoque exclu-
sivemenl reserve aux clercs, el ceci est conforme a ce pas-
sage encore inexplique des Annates de Saiul-Gall, ou il est
(lit que Pepin le Bref devinl roi, deposito ac detonsorege
Hildrico qui a baptismo alio nomine vocattis est Daniel (1).
La chronique plus recenle d*Adhemar a bien enlrevu la
meme chose; mais ce a'est plus le meme nom que l*on y
rencontre : c'esl le meme surnom, la mSme epilhete ou, si
Ton veut, la meme injure: Danihel, clericus insensalus,
quern Franci voeaverunt Chilperieum,,. Childericm insen-
saius (S). Le (emps n*est pas eloigne ou , Taslre des Carlo-
vingiens s*^lipsant comme celui des descendants de Clovis,
il y aura d*aulres historiens qui , a leur lour, appellerhnt
leurs derniers successeurs, \st;np/ej;, solus, stolidus. Cesi
loujours le vcb victis.
(1) j^nnahsSangallenses majores, 753.
(2) Chron, Jdem., ap Perif , IV, p. 114.
( 1'72 )
Gependant \e conqii^raati au milieu m^me des succes
de la coiH}u6te^ sentait que )e bras qui fonde de si grandes
ehoses, fl^chit Idt ou lard sous la ioi commudedes mi-
seres humaines. Les longues guerres de Charles Mattel
avaient epuise son aclivrte et ses forces. En 7S9, apr^
reipedition de Provence^ il revenait dans la France seplen-
trioaale ad proprias sedes, qulind la flevrerobligeades'ar-
rgter h Verberie. En 740, aucune expedition n*eutlieu (i).
Sans doule» Charles Martel elait de plus en plus soaf*
fr^nt. L'anu^e suivante, des signes menaQantsse mon*
tr^rent dans le soleil el dans la lane. Les peuples y trou-
verent le presage de nouvelles guerres : Charles Martel y
lut sa mort prochaine, sans se dissimuler les discordes
qiii^illaient (6clater. En effet, la nouvelle de sa maladie a
suffipourquela Bourgognes^insurgeyetilfaut quelecomte
Childebrand, accompagnede son plus jeune fits, prenne sa
place a la X&ie des Francs pour ^touffer cette rebellion. En
vain Charles Martel, considere longtemps comme Tenoemi
de r^glise, a-t-il recours a des donations pieuses et h des
pSlerinages : il expire a Kiersy, le 21 ou le S2 oclobre
741 , lai«$ant a sa faniille un norii qui fera oublier celui
des Pepin et, aux Francs d'Austrasie, le souvenir d'un cou*
rage et d'une vigueur dont le cbrislianistne et la civilisa-
tion avaient k peine adouci le caraciere rude et barbare.
Charles Martel avait assemble avant sa mort \& chefs
des Francs, pour leur annoneer qu'il laissait ses (lis Carlo-
mah et Pepin heritiers de son pjincipat; quant a GrilTon
qu'il avail eu d'une captive ratnenee de Baviere, il lui le-
guait un domaine aux limites de la Nenstrie et de TAus-
(1) n en fut de mSme eq 71 S, Paan^ qui pr^c4(ia la mort de Pepin d^H^-
ristal. Comparez tea deux textes dani les Attnalei de Metz.
C i73 )
trasie. Griffoo Dourrissait de plus altieres esp^nces. II
court aux armes , mais il est defait et r^uit k s'e&fermer
au eb&teaa de Laon,ou i{ tombebientdt an pouiroir de ses
freresi Qoeile relation y a-t*il entre ees evenements et le
mariagd de Pepin avec BeHrade» fille da comte Heribert
deLaoo(i)?
Du reste, la situation est exactement la roeme k la mort
de Charles Martel qu^apres la mort de Pepin d*Heristal, et
plus on poursuilce rapprochement, plus il devientcom-
plet. Pepin d*fl[eristal avait gouvern^ les Francs pendant
vingt-quatre ans. De rav^nemcnt de Charles Martei k sa
mort, nous trouvonsegalement une p^riodedevingt-quatre
annees.Tous deux expireul vers le commencement deThi-
?6r. Charles Martel avait ^ lorsqu'il perdit son pere, k peu
pres le m^me age que Pepin le firef quand il perdit lesien.
Pepin le Bref naquit Tannee meme que mourut Pepin
d'Heristal ; Charlemagne aussi vil le jour la m6me annde
qu'etait mort Charles Martel.
Ce rapprochement est plus frappant encore, si on veut
r^tendre aux evenements qui suivirent la fin de Pepin
d'Heristal et celle de Charles Martel. A peine Pepin
d'Heristal a^t-il rendu le dernier soupir que la dictature
(1) Heribert de iaon ^tait de race franque, car le pape ^tienne III ecrivait
A CharleinagDe et a OarlopaaQ : /am cofijugio legitimo copulati etfis, acei"
pientes de vestra patria icilicet ex ipsa nobilissima Francorum gentfi j
pulcerrimas conjwjes, Etenim nullus ex veslris parentibus, neque avus^
neque proavus , sed neo vester genitor ex extranea natione conjugetn
accepit,
Jordan d^Osnaburg clierche dej^ k ratlacher Chariemagoe , par sa mere ,
aux empereurs d*0rient : Pippint^s na^m$ duxit in mairimonium 7V6er-
gam sororem Michaelis imperatoris Bomanorum ex qua getiuit Karolum
magnum» (MS. de la Bibl. de BourgogQe, 7518).
( n4-)
de rAustiasie s^evaaouiLi-Les |)opulaUous gallo-*romaiDes
d'Aquiiaine placent a ieur tete des chefs illastres et puis-
sants qu'£ginhard fletrit du nom de lyrans (1). Les Saxons
s'avaQcent pour seconder les Frisons, (andis que les Francs
de Neustrie se h^tenl de r^tablir sur le trone la posterite
deChilderic H,en tiranl du cioitre son filsqu'on nommait
alors le clerc Daniel et qui ful depuis le roi Chilperic.
Mais Charles Marlel domine tous les obstacles. Dun cote,
il rejelte les Saxons au deiii du Rhin; de Taulre, il pe<
netre en Neustrie et poursuit jusqu'a la Loire Chilperic
qui 9 mal defendn par les Francs de Neustrie, avait ete re-
duit a se placer sous la protection du due Eudes d^Aqui-
taine.
A la mortde Charles Martel, la domination des Francs
d*Austrasie que le surnom meme de Ieur chef nous de-
peint comme un marteau qui frappe sans relliche tout ce
qui lui resiste, n*etait point Tobjet d*une moins vivo im-
patience, ni d*une baine moins profonde. Le meme isole-
ment se fait aulour d*eHx en attendant le jour oil ils cou-
solideront Ieur irresistible ascendant par de nouvelles
victoires. Les Saxons se pressent une fois de plus sur le
Rhin, et les Francs neustriens qui ont g^mi trop long-
temps de rinterregne de la royaule merovingienne, n*ont
pas perdu le souvenir de la posterite de Childeric II, qui
avait transfere la residence royale d'Austrasie en Neustrie.
J*ai deja parledece Olsdu roi Chilperic, clerc comme lui
et designe par le meme nom de Daniel , qui languissail dans
le cioitre ou Tavait sans doute enferme Charles Martel,le
(1) Karolut tyrannotper Mam franciam dominatumsibiinndicanles
oppreuit. (Enwabdi Vita et Con?. Kaboli Massti.)
( 175 )
jour ou il pla^a Thierri de Chelles sur le trdne : on alia
Ty chercher , on le sal ua , a Fexemple de son a'ieul , du nom
royal de Childiric resl6 cher aux Francs de Neuslrie:
Franciapravo consiliasuoseducti. Plus loin vers la Loire,
les populations gallo-romainess'agitent a la voix de leufs
chefs, ducsou comles, qu'on designe toujours sous le
meme nom : multi tiranni in Franciam dimergentes, potes-
tatem regiam sibi usurpare presumebant. Si , en Bourgogne,
le gallo-romain Proladius s*esl vante d'exterminer tous
ceux qui appartenaient a la race conqu^rante, les Gallo-
Romains d*Aquitaine, moins oigueilleux ou plus habiles,
preferent imposer leur alliance aux Francs de Neustrie,
dont roisivete a adouci et enerve lesmoeurs. lis savent bien
que Child^ric III ne pourra se passer de leur protection :
Nobililas Francorum ad nichilum pervenit. La prophetic
des astrologues elait justiflee. On rencontrait partout les
guerres etrangeres ou les discordes civiles. Ou done put
nailre Charlemagne le 2 avril 742, si ce n'est dans celte
contree ou sa race trouva toujours des defenseurs de-
vours et un inviolable asile?
Des deux (ils que Charles Martel laissait de son mariage
avec Rotrude, Carloman ^tait Tain^; I'autre, Pepin, que
nous avonsvu, dans Texpedition deBourgogne, place sous
la tutelle du comte Childebrand, n'avait que vingt-six ans.
Aussi, pendant les premiers temps qui suivirent la mort
de Charles Martel, Carloman presida-t-il h la direction du
gouverncmeul: Cum Caralus, dux inclyius^ dit le moine
Othlon, vilae suae cursum exegisset, el filii ejus Caroloman-
nus el Pippinus ei ceu palri successissent in intperio, ad nu-
lum Carolomanni qui erat major nalu, omnia palerni regni
jura disponebanlur.
Les historiens rapporlent que Carloman veillaseal k ce
( na )
qill$ Griffoa f^l cQodait d^ns un cl^^^au de i'Ard0^uet
pour y Ht^ g^rd^ pri&Qnaier. 11 est ^alemeot (^rUio qi^e
Carloipfin prit la pips grande part s^nx pr^papatifi; d'wQ
autre guerre, bieD pitt9 imporiaate, qui allait cofnowsiq^r,
II y a meme des historieDs qui le Qommeot ^eul d^ips le
recit qa'il3 nous en oat lais$^.
Cepeadant, son fr^re, pli^Ji jeune 19913 plus in^truit, plu^
^age et plus habile » siv^it ^ remplir uae autre mission, qui
n'iq} p0rla.it PAS mojns^ la consolid^iion de Tautorita des
Qls de Charles Marlel, je y^nx parler d^ leuir rdc<wcilia^
tion avec TEglise spoliee et persecintee par leur p^fi (1).
lei la legende dpit cQwpleler rbistoire.
Eu/cher, ^veque d*0rleans, mort dans Texil ^ Saiat-
Trond, leSlO fevrier 742 (2), raconta, peu avant |a fin de
sa vie, a Fulrad, cbapelain de Pepin , qu'il avait eie, dans
une vision, le temoin des peines meritees par Timpiete de
Charles Martel. Fulrad nequittail pas Pepin. A ee titra, il
est de quelque int^ret de remarquer qu*il se troiivait fn
Hesbaie vers la comraencement de Fannee 742. &fais il r^nt
aller plus loin. Fulrad rapporta k Pepin ce qu'Euebef Ini
avait dit , et un synode Tut tenu k Leplioes oh, en presence
de saint Boniface et da l^gat pontifical Genrgius qui le
presida, Pepin r^para les usurpations de son pere. Au
YIII'"* siecle, les synodes, presides par les princes » se
(1) Tout ceci s^accorde fort bien avec ce que rhisioire nous apprend de
Pepin : quelquesauteursassurent que, pour expierTimpi^t^ de Charles Martel,
U se fit ensevelir aux portes de Tabbaye de Sainl-nenis.
(3) Telle est la date adopts par Dem Bouquet La cbronique de Saint-
Trond) qui fait peut-etre comcpencer Tann^e k Piiques, place ceci en 74 1« U
est ais^ de comprendre que la mort de saint Eucher, qui arriva apres ceDe de
Charles Martel , avant qu*il etit pu quitter Saint-Trond et rentrer k Origans,
4Qit Itrc attribute au moU de ttftm 749.
( n7 )
reuuissaient aii mois de mars ou au mois de mai, c'est-a-
dire a la meme epoque que les assemblees des grands , oi ,
comme il est fort probable que Pepin tint celui-ci a la
premiere epoque consacree par Tusage qui ait suivi la
vision de saint Euclier, Ton arrive necessairement, en
Gxani ce synode au mois de mars ou au mois de mai , a
le placer, dans Tun et Taulre cas, a une date bien rappro-
chee du 2 avril, jour assigne a la naissance de Cliarle-
magne (i) : si Ton consentait a admettre que ce synode
ful lenu le jour de la fete de Paques (l"^avril 742), il
aurait eu lieu la veille meme de cet evenement. Quoi qu'il
en soit, la presence de Pepin a Leplines, si elle est de-
monlree, n'esl-elle pas , dans la question qui nous occupe,
un argument presque decisif (2)? Ne rendrait-ellc pas
aussi quelque valeur a ut^ vieille tradition mentionnee
par Mabillon , d'apres laquelle saint Bonirace baptisa
Charlemagne (5)?
(1) Il peut parailre assez extraordinaire au premier abord que la date
de la naissance de Charlemagne soit consig;nee dans un calendrier du mo'-
nastere de Lorsch dont fut abb^ ce bon Eginbard qui s'enquit de tons cdtes
de ce qui s'y rapportait, sans trouver, en quelque lieu que ce fut, le moindre
eclaircissement. U cut pu chercher bien moins loin et trouverplus vite. Ceci
dit, nous reconnaitrons que la date du calendrier dc Lorsch a ete admise par
Mabillon el n^est g^uere contestee aujourd'hui.
(:2) On montre, k Lestines-auTal, les ruines du palais du roi Pepin, sans
les confondre avcc cellcs du palais de Carlomao. A quelle epoque Pepin au-
rait-il reside k Lestines, si ce n'est en 742 ? J*ai quelque respect pour les tra-
ditions, lorsque je vois qu^ellcs ont encore, apres onze siecles, Ic privilege de
faire respecter quelques pierres auxquelles est attach^ le nom d'un grand
homme.
(3) Je trouve dans Pedition des Capitulaires de Baluze (I , col. 763 et II ,
col. 1185) une ancienne glose deji^ invoqu^e dans un memoire du concours
precedent (voyez le rapport de M. Polain, p. 623), mais dont on a sans
rioute neglige de faire ressortir toute I'importance. II y est dit que ChaTie-
2"'* SilRlE, TOME IV. 12
1
( 178 )
Je sais bieo que les theologieDs rejetteot unaaimemeDt
la legende de la vision de saint Eucher. Pour les theolo-
giens, sans doule, elle est sans valear , mais, comme fail
historique, elle me parail ne pouvoir etre contestee. En
effei, elle est rapporlee par d'anciens manuscrits des
leltres de saint Boniface et des vies de saint Eucher etde
saint Rigobert; Ilincmar Ta inseree dans la vie de saint
Remy, et il est hors de doule qu il en exislait autrefois
une relation composee vers la fin du Vlll""' siecle. On n'a
pas remarque, je pense, que Tannaliste de Fulde, en re-
produisant la vision de saint Eucher, a soin d^observer
qu'au lieu de Temprunler a Hincmar, ii aime mieux suivre
une autre histoire et la relation veridiqne des anciens,
(alia hisioria, antiquorum veridica relatio) (i). Or Tau-
teur du texte qu*il cite declare qu*il a connu des personnes
magne n^^tait pas soumis k la loi salique : quia Francuf naliviiate erat et
respexit iuam nationem propter suae geniis dignitatem. II faut remarquer
d^une part , que les Austrasiens du YIII"** siecle se cro^aient seuls dignes de
porter le nom de Fraocs, comme ayant seuls couserv^ dans toute sa purele
la noblesse de leur race; d^autre part il est certain, comme le dit M. Augustin
Thierry dans sa Dixiime lettre sur Vhistoire de Prance, que la loi salique
appliquee en Keustrie elait r^pudiee et rejelee avec dedain en Austrasie
Cette glose, en rappelant que Charlemagne, par sa naissance (na£ft't7a(£), ne
relevait pas de la loi salique, nous apprend doncqu'il n'^tait pas n^ en ]\eus-
trie, mais en Austrasie. — A cette preuve si formelle , qu'oppose la Neustrie?
Un seul document ancien , le recit de la translation des reliques de saint Ger-
main; mais est-il bien serieux? Le discours de Charlemagne qui y figure ne
prouve rien, d^ailleurs, pour le lieu de sa naissance; tout au plus y verrions-
nous qu'il est n^ en 747, comme Tatleste une circonstance qui d^montrerait
que Charlemagne avait bien sept ans en 754 : Ego, puerilitcr ludens,fos8am
imilii ufri mox primum dentem de ore meo tnutavi. Geci suffit poor faire
appr^ier la Taleur de ce discours. {Jeta SS, ord* S, Ben., ate. Hi,
pars II, p. 97.)
<t) Jnn, Fuld*i ap. Pertz, III^ p. 345.
( 17» )
qui vivaient en 742 (1), et qu'il ecril lui-meme sous le
regoe de Charlemagne, doDt ii allegae iin capiiulaire (2),
le 77"* du i* livre compile avanl Tan 800 par Tabb^ An-
s^ise. Les eveques du concile de Kiersy, en 858, repro-
diiisant textueilement celte relation dans la leltre qu'ils
adressaient a Louis roi de Germanie, ajoutent ; Heme rela-
Honem el in scriplura habemus, et telle elail rauthenticile
historique de cette vision, qu'ils rappelaient k Louis de
Germanie qu'ils Tavaient entendu raconter par son pdre,
Tempereur Louis le Pieux (5).
Nous avons deja dit quel motif nous engage k placer ce
synode au printemps de i'annee 742; nous ajouterons qu'il
ne pent appartenir aux anoees 743 a 74C, parce que, vers le
commencement de Tannee 745, comme nous chercberons
a Felablir, Carloman et Pepin se partagerent le royaume
des Francs et que TAuslrasie, dont Leptines faisait partie ,
ecbut a Carloman. D'autre part, il n*est point posterieur
au depart de Carloman pour Tltalie, puisque saint Boni-
face , nous raconte Thagiographe , ne put se rendre k Tin-
vitation que Pepin lui adressa de tenir des synodes dans
son royaume (4).
Cest, d'ailleurs, en 743, que le pape Zacharie engagea
(1) Noi autem illos vidimus qui ad nosiram utqu$ aelatem durave-
runt , qui h uie rei interfuerunt,
(3) Carolus impercUor adhuc in regio nomine consUttUut.
(•3) Balu2e , Capit. II , col. 1 08 ; Bouquet , III , p. 659 ; Duchesoe, I , p. 792.
Pierre le Biblioth^caire qui viTait k la fin du IX*"*" siecle rapporte aussi la
I^geDde de saint Eucher.
(4) Cum Pippinus , feiix germani sueeessar, regale Franeorum
regnum sueciperety eoepit synodalia reeuperare instituta* Sed quod
sanotus vir, ififirmitate praeg'ravatus , synodalia conventieula per
omnia adire non poterai... (^iUUfold, ap» Ada SS. Junii, I, p. 469.)
( 180)
les Francs et les Gallo-Komains, Francos ct Gaiios, a obeir
^ saint Bonirace comme a son legal (1). Le concilc de
Leptines, preside par le legal Georgius, doit necessai-
remenl etre anlerieur; on ne trouve, il est vrai, aucun
legal pontifical nomme Georgius, en 742; mais Gcorgiiis
est probablemcnt le meme que Sergius, l^gat du papc qui
embrassa, en 745, la cause du due Odilon de Baviere
contre les ills de Charles Marlel.
La mention de la presence de Pepin, de saint Boniface
el du legal G^oVgius (2) au concile de Leplines, offre, d'ail-
leurs, tousles caracjleres de la verite el de la cerlilude; car
on lit dans la relation ins^ree par les cveques du concile de
Kiersy : Synodum ipsam habemus. Plus lard, la mention
du concile de Leplines tenu par Pepin el preside par Geor-
gius irouva place dans le celebre decret de Gratien (5).
(1) Conci/. ^^//,p. 4-i6.
(2) l\ ne faut pas confondre ce I^gat Georgius avec Georgius , l^gat de
Paul V^ qui ne monta sur le trdne pontifical qu'apres la mert de saint Bo-
niface.
(3) On lit dans une des leltresd'Hincmar(^tnAm. Op. ed. IHighe, II, p. 1 43) :
In iynodo apud Leptinas cui sub Carolomanno principe Georgius epis-
copus et Joanne$ sacellarius ac sanctus Bonifacius episcopus praeside-
runt, legilur .. II est evident qu'un copiste , ou pluldl qu^un ^diteur assez
recent aura substitue le nom de Carloman k celui de Pepin, croyant qu'il
s*agissait ici du concile de Leptines de 745 ou 744. En efiet , Hincmar n'a pu
^crire ici le nom de Carloman , puisqu'il prit part aux actes du coocile de
Kiersy. qui nomment Pepin. II est, d'ailleurs,i^remarquer que cequi est cite
par Hincmar ne se trouve pas dans les acles du synode de Leplines preside
par Carloman , et ceci prouve seulement une fois de plus que les actes du
concile de Leptines, preside par Pepin, etaient sous ses yeux. On sait aussi
que Georgius ne prdsida pas comme i^gat du pape le synode assemble a LefH
tines par Carloman; enfin, les deux synodes eurent un but bien different:
Pepin annon^a Tintention de restituer les biens enleves aux .eglises, et Car-
loman demanda k pouvoir en conservcr une partie.
(181 )
Cependanl une objeclioo s^rieuse se pr^sente : la tenue
d'uQ synode en Allemagne par Carloman sous la pr^sidence
de saint BoDiface, piecisement a la meme epoque, c*esl-k-
dire le 21 avril 742, synode oil Carloman parte de son
royaume et qui Tut suivi d'un autre que le meme Carloman
assembla a Leptines, le 1^' mars de Tannee suivante (1).
Nous croyons avec iMansi, le savant annotateur de Ba-
ronius, que ces synodes sonl d^une annee moins anciens
que ne le portent certains recueils deconciles. L*usagede
tenir les synodes le dimanche etant ^tabli, il en r^sulte
evidemment qu'ils ont ete assembles le dimanche 21 avril
743 et le dimanche V mars 744 (2). 11 faut ajouter qu'il
existe une lettre du pape Zacharie, oil il enlretient saint
Boniface du synode qu il doit tenir a la demande de Carlo-
man , in urbe regni Francorum in sua dilione seupotestate
consliiuta, c'esl-a-dire, comme Tajoute le pape, dans un
pays ou, depuis Tort longtemps, aucurl synode n'aete tenu
et oil la discipline ecclesiastique a , en quelque sorte, dis-
paru, cequi, d'apres tons les bistoriens ecclesiastiques,
s'applique h la partie de TAIIemagnc soumise k Carloman;
or celle lettre porle la date du 1" avril 743 (3).
(1) En 744, Pepin tint k Soissons un autre synode auquel saint Boniface
n'assista pas. Nous n*cn connaissons les actes que par la promulgation qu*H
en fit.
(2) Scitum concilia nonniii diebus dominicii cogi per haec tempora
consuevisse. Concilium referendum ad iequentem annum mihi plane
persuadetur. (Mansi, in Ann. Card. Baron, XII, p. 478 )
(3) Daia kal. aprilis, imperante Comtantino, anno XXI F imperii
eju$ , anno secundo, indictione XI, Concil. XFII, p. oC7. La viog(-qua-
trieme annee du regne de Constanlin, selon la base adoptee par JVI. de Waiily ,
avait commence te 51 mars 745; la secohde ann^e du pontificat, le SO no-
vembre 742. Le chiflTre de rindictioU) en 743, 4(ait XI. II faut aussi remar-
( 182 )
L'ancienne vie de saint Boniface, ecrite par Willibald,
nous a d'ailleurs conserve sur Fordre des fails, el nolam-
ment sur la succession des synodes, les donn^es les plus
precieuses. Mais les hagiographes remarquent que Tana-
lyse qu'il en donne n'esl pas complete. Willibald nVt-il
pas omis, et peul-6lre h dessein , le synode de Leptines ou
saint Boniface aurait si^g^ avec ce legal du pape, qui,
Tannee suivanle, trahil Pepin et tomba enlre ses mains
apres sa victoire?
II faut voir, du resle, dans la vie du pieux archevSque de
Mayence mdlee k tant de grands ^venements politiques,
comme Ton y distingue avec neltete le temps oil les fils de
Charles Marlel recueillirent en commun le principat pa-
lernel , de celui od its se le parlagerent.
Le chapitre IX se rapporte h Tepoque oh Tautorile de
Charles Marlel passa k ses fils : Cum Carli ducis gloriose
temporate finitum esset regnum et fHiorum ejus Carlomanni
et Pippini roboratum esset imperium. II est inlilul^ : Qua-
liter in Francia sub Carolomanno et Pippino ducibus, cele-
btalis synodis , orthodoxam religionem restauravit (1).
Au chapitre X, Carloman ne parlage plus le pouvoir
palernel avec Pepin. II a son royaume : Convenientibus in
unum episcopis ac presbyteris quos Carolomannus dux ad"
sGiscere fecit, quintum synodale factum est concilium in
quer que les ^veques nommes dans le sjnode du 21 avril 745 ne prireo-
possession de leurs sieges que plus tard, en 745, selon les Annales de Muns-
ter; en 746, selon les Annates de Fulde et de Lorsch.
(1) Jcta SS. Junii, I, p. 455; Pertz, Script., 11, p. 546. La Iroisieme viede
saint Boniface parle aussi des synodes qui se tinrent sous les auspices de Car*
loman et de Pepin. Comparez Lambert d^Aschaffenburg (teste du MS. d*£r«
furt) : 743. Synodalis conventus habetur A'arlomanni et Pippini prae^
ceplo , etc.
( 183 )
quo Bohifacitis episcopus, ipso Carolomanno consentienle ac
donante, pontificalu praesidenSy Romanae Eccksiaej sedis-
que apostolicae legatus.,. Nous reconnaissons a^ussitdt le
synode du SI avril 745 ou Carloman s*exprimait en ces
termes : Ego Carolomannus dux, episcopos qui in regno
meo sunt cumpreshyteriSy ad concilium et synodum congre*
gavi... Consiituimus super eos archiepiscopum Bonifacium
qui est missus sancti Petri.
Ainsi rien ne s*oppose a ce que Pepin ail tenu un sy*
node a Leptines, vers les fetes de P&ques 742, et je ne
puis m'emp6cher de trouver dans cetle reconciliation de
I'Eglise avec la race de Charles Marlel, proelamee sur le
bereeau d'un enfant, Teloquenl presage de la mission qu'il
devait remplir en protegeant TEglise donl la main recon-
naissante le sacrera tour a tour roi et empereur.
Mais nous ne sommes encore qu'en 742. Le synode
auquel ^ssista Pepin est achev6. Nous touchons a Tdpoque
oh les Francs ont coutume de commencer leurs grandes
expeditions. Carloman el Pepin se placent Tun et I'autre
h la tfete de leurs leudes d'Austrasie pour les associer h une
tentative qui doit decider de Tavenir de leur race, lis ont,
disent les Annales d'Egiiibard , un double but. II faut d'abord
qu'ilsrelablissent Tordredans le royaume des Francs el en-
suite qu ils fassenl rentrer dans Tob^issance les provinces
^loignees qui Tont abjuree : Ad regnmn ordinandum ac
provincias quae post mortem patris a Francorum societate
deseiverant recuperandas , animos intendunt, CommePepin
d'Heristal , apres la journee de Testry , corome Charles
Marlel Irioraphant k Vincy, ils envahissent la Neustrie,
c'est-h-dire lepays oti les Francs, plus ailach^sque parlont
ailleurs au droit heredilaire de la dynaslie merovingienne,
onlele de nouveau sednits par un mauvais dessein , celui
( 184 )
de s*affrancliir du joug de l*Austrasie. Lcs (Hs de Charles
Marlel ont peut-etre, comme leur pere, une armee moios
nombreuse, mais elleest bien supcricure par son ardeur
beliiqueuse , cum pauciori quidem agmine sed probatissimis
ad certamen viris. Sans donte, Childeric III , comnie Chil-
peric II, a eorolcdes Gallo-Iiomaios parrni les milices de
la Neuslrie, vulgari commixlaplebe. Mais qn'aUendre d'une
raullilnde confuse, deji ecrasee par lanl de defaites? Cekk^
Ibis, il n*y cut pas meme de balaille, el la resistance An si
faible que riiistoire ne Ta pas jugee digne d'etre men-
tionnee. Oii est Childeric? A-t-il, corarae son pere, cherclie
un asilechez le due d'Aquitaine? Peut-elre, mais Thistoire
n'en dit rien. Ge que nous savons, c'est que les iiis de
Charles Martel ont traverse la Loire et qu'ils ecrasent les
Gallo-Romains : Romanos proterunl, dit le continuateur
de Fredegher. Victorieux en pleine campagne, ils assiegent
iech&teau de Loches et s'en emparent. N'est-ce pas la que
Childeric s'est refugie?L'hisioireest toujours muette, mais
elle nous apprend, comme le dit Eginhard, que les fils de
Charles Marlel se parlagerenl d'un commun accord le
royaume des Francs que jusqu*aIors ils avaient gouverne
en commun (i), ou, comme nous le rapporteni plus sim*
plemenl et plus na'ivemenl d'autres annates eonlempo-
raines, qu*ils examinerent ce que chacun |)rendrail pour sa
part du royaume des Francs, in ipso ilinere inter se regnum
quid quisque haberet dividunt (2).
(1) Begnum quod communiter habuerunt divi8erunt.{y4nn.'Einhardif
ap. Pertz, 1, p. 135. JUagistratus ab avoetpatre sibiet fratri Karolomanno
reliclus, summa eum concordia divisus. (Eioh., Fita et Convers, Kor.
magni )
(i2) jinn. Lauriss. tnin. Telle est aussi la le^on des Mss. de la Bibliotheque
dt BoapffOfifne, fl,450 et 15,855. Cf. le n** 6,446. Le in<«. 15,835, qui est du
( 185 )
Un seiil hislorien d^iigure toul ceci : c*est lo coDtinoa*
(eitr dc Fredegher, qui ecrit par Tordre du comie Childe-
brand , oncle de Garloman ei de Pepin. La oil les autres
annalisles avaient ecrit regnum, il mel praedam. II ne
s'agit plus pour lui de Tautorite sur un vasie royaume,
Diais d'un peu de buLin qu'ils se reservent pour se le par-
tager» Cetle substitution de mots s^explique : dix iignes
plus faaut, on attribue a Charles Marlel le parlage du
royaumedes Francs enlrc scslils. On cherchail a repandre
de plu^en plus la vague notion d'un droit hereditaire pour
le priocipat aussi bien que pour la royaute. La fortune
avait conlirine les pretentions ambitieuses des fils de
Charles Martel : apres la tacbe des leudes austrasiens
conamence celle des llatteurs el des apologisles.
Mais le coalinuateur de Fredegher, copie en partie seu-
iement par les annalistes de Metz et de Fontenelle, ne
peut rien contre d*autres (emoignages bien plus nombreux
dont nous supprimons ici la tropiongoe enumeration (1).
IX">* siecle, appartenait k Tabbayede Sainl-Bertin, etce fut sans doute k Tepo-
que des rava^^'es des I^ormands que quelqae religieux fugitif de Blandioiuin
y tra^a ces li{;nes : Nos , Deus , exaudi quia tempus adest miserendi I O
Veus , templum rege Blandinieme !
(1) j^nn. Lauriss. min.j ap. Pertz, I, p. 115;^wn. Lauriss. Ibid.
p. 134; y^nn. Einhardi,ibid.j p. 135; Ann. Tilianljp. 219; Chron. Mois-
«tac.,p. 293; ^nn. iUetlenses, p. 337; ^nn. Fuidenses, p. 345 , etc. Je
constate runanirnit^ des temoignages r^unis dans le premier volume des
Scriptoreg de M. Perlz. Voyez aussi les j4nnale» Berh'niani ap. Duchesne,
111 , p. 150 : in ipso ilinere diviserunl regnum Francorum inter se. 11 ne
Skagit pas, comme Ta pens^ M. Polain, du partage du domainc de Griflbn
(Griflbn n^avaii jamais eu de royaume), mais du partage du principal palernel
comme s^exprime Eginhard ou du regnum Francorum j conime le disenl
express^ment les annates de Saint-Bertin, de Lorsch, de Metz, etc. Ce fait
elaitsi bien admis pour constant, que le moine Benoit place dans la bouche
<fe Pe[»io , res paroles adressees an pane ^tieni^e : post n^ortem (-grol*
( ^86 )
Le texle qui a donn^ lieu 5 cette note les conflrme en
disaol que les fils de Charles Martel ressaisirent de leurs
mains viriles Tautorit^ paternelle et se partagerent entre
eux le royaume des Francs. Nous trouvons d'ailleurs la
trace de ce partage jusque dans les chartes du monastere
de Weissemburg d<^jk invoqudes ici : elles en donnent
m^me la date, en faisant connaitre qu*il venait de s'ac-
complir au commencement de Tann^e 743 : Acta publice
in monaslerio Wizenburc , sub die V kl. febr., atmo secundo
post obitum domini nostri Carloni\ quando suceesserunt in
regno filii sui Carlofnannus el Pippinus; actum in monas-
terio Wizenburc sub die XV febr.y dnno seeundo principalu$
Cariomanno el Pippino ducibus Francorum, quando suc-
eesserunt in regnum (1).
Gependant, quelques ann^es enc6re devaient s'^couler
avant que les filsde Charles Martel crussent pouvoir usur-
per ouvertement le irAne de la dynastie m^rovingienne.
De m^me que Charles Martel , ayant defait Eudes d'Aqui-
taine, reconnut pour roi Chilperic 1(, ils voulurent, ayant
vaincu eux-niemes Hunald, HIsd'Eudes, trailer avec la
m^meclemence Childeric, fils de Chilperic. Le partage
du royaume qu'ils avaient fail entre eux eul lieu , comme
je viens de le dire, vers la fln de Tannee 742. Tous les
diplomaiistes placent pen apres cette epoque le commen-
eemeutde la derni^re royaui^ merovingienneoctroy^eou
pluldt confirmee par Carloman et Pepin (2).
(jenitoHs noslri divisimus regnum Francoruni inter nos in locum qui
dicitur Pictavis. Ap. Pertz, ITI, p. 704.
(1) Pardessus, Diplom., II, p. 472.
('2) D^apres quelques ^rudits modernes, coci se passa vers ie mois de mars
745; mais Eckhard attribue cet ^v^nement k Tautomne 749, cVst-i-dire ik
r^poqiie ro^me du partaffc de Carloman et de Pepin.
(187)
Cliild^ric III elalt-il dejk roi avant cetle ^poque? Nous
ne saurions en dooler. En effet, la chronique d'Adon et
celle d'Adh^mar rapporlent Tune et Tautre son avenement
anssitdt apr^s la mort de Charles Martel (A). D'autre part ,
tandis que les chartes eman^es de Carloman et de Pepin
placent la premiere ann^e de son regno en 743, il en est
d*autres oil le roi Ghilderic le fait remonter lui-m^me 2i
la mort de Charles Martel {2). Notre textenous eclaired'ail-
leurs parfaitemeot sur ce qui eut lieu,<]uand il attribue
au mauvais conseil des Francs Televation de Ghilderic HI,
et Ton eomprend fort bien que les fils de Charles Martel,
au lieu de porter sur lui une main sacrilege, Taienl ren-
voye dans quelque domaine ^loigne sur son char iraine par
des boeufs au pas lent, car c*est a Ghilderic III garde par
Carloman et Pepin que s'applique le celebre tableau de
la decadence des rois de la premiere race, Irac6 par Egin-
hard. Si Ton suppose, au conlraire, que, depuis la mort de
Charles Martel; tes Francs neuslriens ont imm^diatement
reeonnu ses fils et qu'ils n'ont eu qiCk vaincre de nouveau
les peuples d*outre-Loire, les fails sont sans lumiere et
les resultats sans cause. Qnoi! Charles Martel est parvenu,
a'pr^s de longnes et sanglantes luttes, k supprimer, pendant
0) Ap. Bouquet, II, pp. 575 el 671. 11 y avait m4me une opinion qui faisait
remonter jusqu^en 737, q-est-d-dire i la mort de Thierri de GhpIIes, la royaut6
<Ie Ghilderic III. Cette opinion ^taii sans doute partag;4e par un grand nombre
de Francs de Neustrie qui n'attendaienl, pour la faire triompher, que ia mort
de Charles Martel. (Chron. Fontanell., ap. Bouquet, II, p. 661.)
(2) Voyez la Diplomatique de Mabillon , Suppl , p. 38. Je eonsidere
comme ^lantde 742 le dipldme du 95 a vril, anno prt'mor6i7m*«o«frt*, Crit"
eiaco palaliOj ou il n^est fait aucune mention des malres du palais. Le teste
d'Eginhard ^tabiit assez que. des que Ghilderic III fut en leur pouvoir, lis le
rel^guf^rent dans quelque domaine obscur, k Maumaques, assure-t-on.
( *88 )
cioq aiKs, lailynasiie merovinf^ienne, el sesflls, respectes
el obeis eo Neusiric, se seraienl dccicies, apres uue annee
entiere (rune domination puissanle el glorieuse, a relever
un irone dont iisetaient si jaloux! lis Tauraient fait spon-
tanement , sans y etre por(6s par Tinfluence des evene-
ments, s'amusant a creer un roi en 743 pour se donner le
plaisir de le renverser en 752 ;{l) ! Ceci ne s'expliquerait
poinl. Nous aimous bien mienx supposer avec Adrien de
Valois, (ju'ils sacrifierenl un peu de pouvoir, afin de sou-
lever contre eu.v un peu moins de haine (2).
Notre texte nous fail aussi coinprendre comment le
principal Tut commun enlre Carloman el Pepin tanl que
dura la luite, de meme que, plus lard encore, its reuni-
rent leurs forces loules les (bis qu'ils eurenl des enne-
rais a comballre. Nous ne decouvrons rien qui s'oppose
a notro opinion , ni dans les charles connues depuis
longlemps, ni dans celles de Weissemburg |)ubliees plus
recemmenl. En effel, si Irois charles du monaslere de
Weissemburg, du 1*' decembre 711, dn 19 mars el du
13 juin 742, portent le nom seul de Carloman , c^i s'ex-
piique parlailemenl par ce que nous avons deja dit de la
direction du gouvernemenl par Carloman pendant les pre-
miers mois qui suivirent la mort de Charles Martel, el ce
qui prouve (|ue noire ex|)licalion est fondee, c'est qu'il
existe uneaulro charte du meme monaslere, du 27 mai
742, oil sont nommes Carloman et Pepin, in anno primo
(1) Tania mutatio majoribus-domus non potuit non displicere, Hu-
jus comiUi primos authores non existimamus majores-domtts , regium
eniin titulum ipsi ambiebant. (Lecointe,^nn. eccl. Francor,, V. p. 10:3 )
(9) Cujut nomine , ii non majore cum auctoritate ac potestatCj saltem
minore cum invniia regnarent. (Adr. Vales )
( i89 )
principaluum Carolomanno et Pippino. N*esl-il pas, d'ail-
leurs, fait mention du partage enlre Garloman et Pepin
dans ces memes chartes de Weissenoburg?
Un diplome royal nous offrira une preuve tout oppo-
see. Lorsque le dernier roi merovingien, Childeric III,
qui a ose se passer de maire du palais, oblient des dernieis
maires du palais une couronne snr laquelle its veilleront
seuls, oil ceci se passe-t-il? Evidemmenten Neustrie. Qui
le place sur le trone? Est-ce Pepin qu'on nous represenle
comme gouvernant seul la Neustrie depuis te mois d*oc-
tobre 741 ? Non, c'est Garloman. Childeric III le declare
dans un de ses diplomes : Hildricus, reoo Francorum , viro
inclito Karlomanno, majori-domus, qui nobis in solium
regni insiituil (1),
Et si maintenant nous appliquons specialement a la
question qui concerne le lieu de la naissance de Charle-
magne, quelques deductions basees sur les faits generaux
que nous avons exposes comme ils nous apparaissaient a
travers Tobscuriie premediteedestemoignages hisioriques,
n'en resulte-t-il pas qu'au miois d'avril 742, le principat
n'etait pas partage enlre Garloman et son jeune I'rere, et
qu*il ne pouvail pas Tetre, puisque leur aulorite n'etait
pas encore reconnue en Neustrie ? N'en faut-il pas aussi
conclure que la presence de Pepin dans nos provinces a
la meme epoque est hors de dome, puique, lors m^me que
nous rejetterions la legende de saint Eucher et le conoilc
de Leplines, nous devrions reconnailre que ce f'ul en Aus-
trasie que Pepin reunit avec son frere Tarmee qui chatia
les mauvais desseins des Francs de Neuslrie et les usur-
(1) PardessiM, Vipl. Jl, p. 587.
( 190 )
palioQS dea tyraas (rAquitaine? Aix o'eniste pas encore (1) ;
les Saxoos meoaceDt le Rhici; une soeur de Griffon souleve
laBaviere; laNeustrie s'abandoone tout eoiiere au culte
de ses vieux souvenirs qui iui montrent, sur le front de
deux generations arracbees du cloitre, Tombre de la longue
chevelure de Merovee. A TAustrasie Tbonneur de voir
s'elever de son sein celui qui, a sa uaissance, u'eiit trouve
en Baviere ou en Neustrie que la baine et le dedain.
Une annee suffira pour relever la fortune des Carlovin*
giens. Au mois d'avril 745 » rien ne manque a leurs succes
ui k leur gloire. Gloriosi germani , porte Tannotation de
cette annee dans les annates de Melz; mais, au mois d*avril
742, ils n'etaient encore que les beriliers douteux d'on
principat qui avail souleve de redoulablesinimities, et les
forels de TArdenne, qui avaient protege la jeunesse de
Charles Martel, voilaient de leurs ombres epaisses le ber-
ceau de cet enfant qui , apres avoir soumis tout TOccident
par la force des armes, devait mourir, au milieu des mer-
veilles d'une nouvelle cite imperiale, en formant le projel
de relever les mines de Jerusalem , de Rome et de Car-
thage.
(1) Les MSS. n»<. 1,639, 1,640 et 7,509 de la Bibliotheque de Bourgogne
renferment toiu les actes de la translation des restes de Charlemagne faite,
en 1165) par Fempereiir Frederic I"', e( Ton y trouve jointe une vie de
Charlemagne composee k cette epoque ^ mais je n*y ai rien d^couvert qui
rappelat les pretentions qu^Aix foode sur une phrase du moine de Saint-GaU,
i muins qu'on ne veuille, bien k tort selon moi, interpreter en ce sens le
premier verset d^une bymne :
Laetare, pia maier, Aqtunnt eceUsitt,
ka»^'
(191 )
CLASSK D£S BEAUX-ARTI^.
Seance du 4 fevrier 1858.
M. G. Geefs, direcleur.
M. Ad. QuETEtET, secretaire perpetual.
Sont presents : MM. Alvio, Braeml, De Keyzer, Fr. Felis,
Leys, Navez^Roelandt, Eugene Simonis, Suys, Van Hasselt,
Jos. Geefs, Erin Corr, Snel, Fraikin, Ed. Fetis^De Bus-
scher, Porlaels, membres; Calamatla, associi; Alp. Balal,
Demanel, correspondants.
M. Kervyo de Leltenhove, correspondant de la classe des
letlres, assiste a la seance.
CORRESPONDANCE.
MM. Duret, Rielschel, Picoi el Martinet, recemmenl
nommes associes de rAcaderaie, expriment leurs remer-
ciments.
— Un membre fail eonnailre que M. Ranch, associi de
la seclion de sculpture, est mort k Berlin, dans le cours
du mois de d^cembre dernier.
— M. le Ministre de Tint^rieur ecrit que la pension de
2,500 francs, instituce par arrete royal du 19 seplembre
1
( I9i )
1840, vienl detrc accordee, pendant quatre annees, aii
sieur Benoit, <le Harlebeke, laureat du grand concoursde
conoposition musicale de 1857, pour le meilre a meme
d'aller a Telraiiger se perfeclionner dans Tart musical.
D'apres one autre lellre de iM. le Minislre de rintcrieur,
M. Demol, laureal du grand concoursde composition mu-
sicale pour 1 855 , a ete autorise a sejourner a Paris, ou il a
passe ies deux dernieres annees. Le Gouvernement desire
coonaitre ou eel arlisle devrait etre envoyeulterieuremeut.
Par une troisi^me leitre,M. le Minislre de Tinterieur
invite la classe a examiner s'il convient de modifier la serie
dcs snjets d'examen exiges des concurrents pour le grand
prix de sculpture h Rome. Apres quelques observations,
cette demande est renvoyeo h la commission de TAcademie
precedemmcnt nommee pour eel objel el qui se compose
de MM. Partoes, Roelandl, Suys, Ad. Quelelet ct Alviu,
rapporteur, auxquels sadjoindront MM. Ualal et le colonel
Demanet.
La commission est invilee, vu Turgence, a presenter son
rapport dans la prochaine seance.
RAPPORTS.
M. Alvin fail connailre que la commission pour la fon-
dalion d*une ecole beige a Romi5 n'esl pas encore en
mesure do presenter son rapport; ce travail a pris plus
d extension qu il ne semblail en avoir d'abord, et le rap-
port definilif ne ponrra giiere etre presmle f|ne dans une
des procbaines seances.
( 193 )
— M. Ed. Felis , secretaire de la Caisse cenlrale des ar-
tistes beiges 9 lit ensuite son ra|)port annuel sur la situation
de la Caisse pendant le cours de lannee 1857. L'avoir
$*eleve actuellement a plus de 53,000 francs, dont 5,G05
ont ete per<;us dans le cours de Tannee derniere.
S. M. le Roi a conlribue a ce subside pour une somme de
1,000 francs, etS. A. R. le due de Brabant pour 500 francs,
c Cest au Roi, dit le rapport, que doivent s'adresser nos
premiers t^moignages de gratitude. Des le jour oil la Caisse
fut fondee, Sa Majeste Ta genereusement dotee d'un sub-
side qui s*est renouvele d*annee en annee et qui a contri-
bue, pour une grande part, a constituer le capital qu*eile
possede. »
Cetle Caisse, fondee et soutenue en grande partie par
les soins de TAcademie , est principalement destinee a
aider les artistes tombes dans le malheur.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Frangois Millet, notice par M. Ed. Feiis, membre de
TAcademie.
^ Francois Millet, generaleraent connu sous le nom de
Francisque , est ne en 1644, a An vers oil son pere,
habile tourneur en ivoire, originaire de Dijon, ^taitvenu
s'etablir, a ce que rapportent plusieurs biographes. 11
entra fort jeune dans Tatelicr de Laurent Franck on
Francken, un des membres de la nombreuse famille
d'artistes dont les annalistes de Tecole d*Anvers ne soni
2"* s6rie, tome IV. 13
(194)
pas encore parvenus a reconslitoer ia genealogie d'une
mariiSre pre(iisei Son maitre commen^a par Iitt faire des^
siner la iigure ; tnais, voyant qu'il avail plusde petic^hant
pour le pays^ge^ il le laissa se livrer k son genre favori.
Francois Milli^t perdit son pere avant d'avoir termini se^
Etudes et de pouvoir se suIQre h lui-tn^doie. Ol-phelin, sl^os
ressoiircesj il ^lalt menac6 de devoir renonceir h tine car-
riire qui s*annon^ait sous des auspices favorables, raaiS
qui ne lui oiTrait pas des moyeris d'etistence imoiediat^.
Laurent Franck avail heurensement con^u pour lui uue
affection paternelle. Ce digne maitre le recueillil dans sa
maison ei le traita non comme un ^leve, mais comrtie on
fils. Ayanl resolu de quitter Anvers pour aller se fixer k
Paris oil il savait que les peintres flamands etaient en fa-
vour, Franck emmena son jeune disciple, donl il esperait
voir grandir le talent et la Tortune sur ce nouveau Iheiitre.
Plusieurs biographes fran<;ais ont parle d*un voyage que
Millet aurait fail en Italic, et ce qui leur a sans doule fait
corametlre celte erreur, c'est que le style de noire artiste
offre beaucOup d'analdgie avec celui des paysages du Pous-
sin. II est certain cependant que Millet ne visita point la
terre classique des arts. Lie d'une etroite amilie avec
Abraham Genoels, ainsi que nous Tavons dit dans la bio-
graphic de cet artiste, il avail forme le projet dc raccom-
pagner dans son voyage a Rome; mais une affaire de coeur
en decida autrement. Laurent Franck avail une fille. Au-
taut par amour que par reconnaissance, Francois Millet
demanda sa main et Tobtinl. II n*etait age que de dit-bait
ans k Tepoque oii se conclut ce mariage qui encfaainait
d^sormais sa liberie et qui TempSchait de sosger k de
16intaines peregrinations.
Si Francois Millet n'etudia pas le style du Poussin ea
( 495 )
Itali^^ il travailla bedueoup d*apr^s ce maftre sans quitter
Paris. Le riche baoqui^r allemaad Jabacb^ posaesseur de
Tuoedes collections de tableaux et de dessins les plus pr^-
cieuses qu'il y ail eu en France ati XVII°''' sieclei aci^orda
au jeune peinire flamand un libre acces dans sa galerie
el I'aulorisa & y ^ladier k loisir. Francois Millet a'allacba
principalement k copier de superb^a paysages du Poussin
pour iesquels il s'^iait sentl de prime abord ud penchaift
trds*-tif, et qui lui paraiseaient resumer les plus haiites
qualiles du genre de peinture auquel il avail resolu de
consacrer son talent. Telle est Torigine de Tanalogie qil'on
remarque entre sa maniere de composer et celle du Potis-
sin , analogic frappante d'oti les critique ont dti se croire
fond^s a conclure qu il avail visits Tltalie.
De quelqoe talent que Fran(;ois Millet ait fait preuYOfOn
de peut nier qu'il n'ait pris un point de depart faux» lors*
qu'il ^tudia les oeuvres du Poussin avec Tintention de les
imiter^ et lorsqu'il consul Tetrange projet de peindre des
sites qu-il n*avait pas vus. II a fallu qu'ii ddploy^tunegrande
adresse dans ses pastiches^ pour faire supposer qu'ilsetaient
le frtiit d'une observation directe; mais il efil pris un rang
bien plus eleve parmi les paysagtsieS) si, au lieu de voir la
nature par leis yens d'autrui, il s*elaii inspire deses be&u-
tiss relies et ini^puisables. L'abus qu'il fit d'nne sorte de
faculte d'intuition fat Tobstacle devant lisquel s'arrdta
Tessor de son talent. Cette cause des imperfections de ses
ouvrages est toule simple et semble s'indiquer d'elle-mSmc.
Elle a cependant ^l^ passee sous silence ou mat definie par
les critiques, qui ont cherche a expliquer ses d^fauts par
d*autres motifs. L^vesque, par exemple, s'exprime ainsi,
dans le Dietionmire de peinture qu'il a publie en eollabo-
ratiM ^ttt Watelet : < Francisque Mile peignoit en grand
( 196 )
le paysage et chercha ^ imiter le Poussio. Ses tableaux
peuvent etre consideres comme faisant un genre mixta
d*histoire et de paysage, et c'est comme peintre d'bistoire
qu'il a et^ re^u a TAcad^mie royale de peinlure de Paris el
qa*it y est devenu professeur. II avoit une m^moire heu-
reuse, et quoiqu'il lit d'apres natare des eludes pour ses
paysages, c'eloit de memoire qu'il les colorioit et qu'il reo-
doit avec Y^rite les tons qu'il ^voit observes. II faut avouer
cependant que celte pratique dangereuse Ta fait tomber
dans r^galite de couleur. »
La courte notice que nous venons de transcrire ren-
ferme plnsieurs erreurs : nous les releverons plus loin. En
ce moment, nous insisterons sur ce point seulement, que
la veritable cause des defauts de Francois Millet fut me-
connue, m£me paries ecrivains qui ne parlent pas du pre-
tendu voyage dltalie et qui ne songent pas a le bl&mer
d'avoir reproduit des sites dont il n*avait jamais approche.
Si, comme le dit Levesque, une des autorites du XVIII'"''
siecle en fait d'art, il faisait des etudes d'apres nature pour
ses paysages, c'est tout ce qu'on pouvait exiger de lui. II les
coloriaitde memoire, ajoute le critique; mais jamais pay-
sagiste s'y est-il pris autrement; jamais a-t-il execute ses
tableaux en pleine campagne? Francois Millet n'a pas co-
lori^ ses paysages de memoire, voila le mal. La memoire
n'avait rien de commun avec sa maniere d'operer, puis-
qu'il n'avait pas m^me entrevu les conlrees auxquelles il
etait cense emprunter les motifs de ses tableaux.
D'Argenville vante egalement la memoire et la grande
facilite de notre artiste : < Sa memoire etoit si heureuse,
dit le biographe frangais^ qu'il peignoit tout ce qu il avoit
vu, soit dans la nature, soit dans les ouvrages des grands
peintres, aussi facilement que s'il les eAt eus devant les
( 197 )
yeux. Sa maDi^re, extremement facile et agr^able, ne
tarda gu^re k le faire remarquer. Ses sites soot beaux et
son feuiller est de bon gout; mais il ne paignoit rien d*apres
nature. Ses compositions partoient d'un g^nie f^condei le
seul caprice les dictoit. ^ Gette critique est plus raisonnee
que celle de L^vesque : Francois Millet a trop de penchant
a se souvenir des ouvrages des maitres. Lorsqu'il peint, il
ne suit pas d'autre guide que son caprice. Cest, du reste, un
artiste fecond dans ses inventions.
Hagedornn, le judicieux theoricien allemand, qui s*est
particuii^remenl occupe de la peinture du paysage, s'ex*
prime de la maniere suivante, sur le compte de Millet^
dans ses Reflexions sur la peinture : < Francois Millet »
surnomme Francisque, herila du goAt et de la touche des
artistes precedents ( Claude Lorrain, le Poussin et Gasp.
Dughet). Rien de plus sage que le choix de ses motifs par-
faitement \\6s. Ses fabriques sont groupees d'une maniere
tres-entendue et ses figures sont bien dessinees. La beauts
de ses compositions est completee par Tharmonie des
teintes. Cependant, les devanls de ses grands tableaux
laissentdesirer un&toucheplus moelleuse. Dans sa Lettre
a un amateur, le memo ecrivain qualifie Francois Millet
de fameux dmule du Gaspre et parle de ses paysages avec
uue haute esiime.
Le talent du peintre anversois est juge avec beaucoup
d'equile par M. Deperlhes, auteur de YHistoire de I'art du
paysage. Nous croyons devoir Iranscrire quelques lignes
du passage qui le concerne, au risque de multiplier les
citations. L'opinion favorable des critiques etrangers sur
nos artistes expatries, est un des temoignages qu'on pent
invoquer a Tappui de leur merite, parce qu'elle est, sans
contredii, degagee de toute prevention trop favorable.
€ Au premier aper^u, ainsi parte Deperthes, oa recon-
nalt dans les paysages de Francisque une imagination poe-
Hqoe^ des conceptions nobles, un style large, un dessin
correct, une ex&ntion facile. -^ Peul-itre laissent-ils k
d^sirer une imitation plus fidele de la nature, et, en cela,
ils conflrmeraient ce qu*on rapporte de t'usage oa etait
Francisque de ne se fier qu'a ses reminiscences pour re-
tracer les sites qui avaient frapp^ ses regards. En admet^
tant ce que Ton raconte de la prodigieuse facilite de sa
m^moire k laquelle il ^tait redevable de ne jamais oublier
les objels qu*il avait consideres altentivement, il n'y aurait
pas lieu de s'^tonner qu'en se rappelant parfaitement les
masses, la majeure partie des details e(it echappe k ses
souvenirs et que , par une suite inevitable, les caprices de
rimagination eussent quelquefois substitu^, dans ses ta-
bleaux, des beaut^s de convention auic beautes positives
de la nature.
> II est une autre observation k laquelle on doit encore
s'arrfiter. L'habilude que Francisque avait prise,* dans sa
jeunesse, de copier les paysages du Poussin et de se mode-
ler sur eux, pour ainsi dire exclusivement, les lui avait
rendus vraisemblablement assez familiers pourqu'au mo-
ment oil il s*occupait d*une composition , ils vinssent se
relracer a sa pensee. Des lors ces reminiscences agissant
sur son esprit, pour ainsi dire k son insu , ont dA ndces-
sairement contribuer k ^tablir entre la mani^re de son
modele et la sienne des rapports trop frappants pour que
Tune, offrant Timitation dela nature et Tautre une espece
do copie de cette imitation, le talent de Francisque, com-
paralivement k celui du Poussin , ne semble pas depourvu
de franchise et d'origiualit^. »
« II y aurait de Tinjustice, ajoute Tecrivain, en poor-
(199)
suivant &Qn apalys^ du talent da Fran(oi$ Millet, k rn4*-
conoattre qu'en general les siies qu'il a retraces' sont
poeliques ct imposants; qu'il a su les enrichir de beaux
moaumepts antiques et les animer ingenieusement par
des sujets empruntes k rhistoire et a la mylhologie; que
parfojs son coloris est tin et harmonieux; que ses com-
positions reunisseat la grandeur k la $ifnplicite;epfin, que,
dans quelques-unes , il s'est approche du Poussin de ma-
ipiere a laisser au premier coup d'oeil les esprils dans Tin-
decision et a les exposer a des meprises qu'ils ne sauraieot
^viter, a moins d'un tact siir et d'uqe experience copsom-
mee. »
Cette appreciation, dictee par Tequite, fait loyalepoent
et dans une juste mesure, la part de la critique en m$|[ne
temps que celle de Teloge. L'auteur de YHistoire de I'arf du
pay$age signale ayec raisop Tetude trop assidue que Fraa-
Qpis ilifillet avait faite des oeuyres du Poussip et son ap-
plication trop constante a les copier, comme ayant pprtj^
atleinte a sou originalite. 11 est incontestable qu'avec )es
facultes dout ii ^tait doue, il pouvait pret^ndre a up aulr^s
rdle que celui d^babil^ iniit^teur. Nous ne lui adresi^erjons
pa$ le reproche banal davoir travaille de memoire, si, au
lieu de se souvenir du style de tel ou tel maitre , il avait
retract des impressions personnelles. Pes exeipples qui
font autorite nous ont appris qu'une memoire heureuse
jointe k la justesse de Tesprit d'observation , peut tenir lieu
des itudes faites en presence des sites que reproduit le
paysagiste. Tout le monde sait que Claude Lorrajo o^a
jamais copie dans la campagne un seul des mptifs d$
^^s tableaux. II pa^saii de longues bet^res k ^ prppt^eper^
m examioant les aspects parliculiefi^ du paysiage k 4^
e^taines heures du jour ^i, renire dans sop ait^lier, ^
1
( 200 )
fixait sur la toile lesimages dont sa memoire avail garde
line empreinte parfaite. C'est egalement ainsi que pro-
cedail Rubens quand, par fanlaisie, il peignail a grands
traits dcs pages qui sembient detachees du livre de la
nature.
Les tableaux de Frangois Millet, tres-recherches de son
temps, ont beaueoup baisse de valeur venale. Cela tient-il
a ce qu*ils onl eie alteres par Taction du temps, ou bien a
i'.e que leur merite, ayant ete exag^re d'abord, fopinion
des connaisseurs les a descendus a leur veritable niveau?
Ce n'esl ui Tune ni Pautre de ces causes qui a amene leur
depreciation. Une modification capricieuse du gout en a
seuie decide. Le paysage bistorique dans lequel rarliste»
sans negliger la verile des aspects generaux de la nature,
pouvait, devait meme idealiser le site ou il pla^ait quelque
action tiree des traditions hero'iqucs ou de celles de la
Fable, ce paysage, qu'on pla^ait jadis au premier rang da
genre, est tombe dans un discredit presque general. On
n'admel plus que le paysage champetre ou rustique. C'est
ainsi qu'un genre regne presque loujours h Texclusion d'un
autre et que, lorsqu*on croit faire des conquetcs au profit
de fart, on perd generalemenl en proportion de ce que
Ton a acquis. La speculation vient, pour cela, en aide ^ la
versatilite naturelle du caractere humain, ainsi que cela
est parfaitement explique dans le passage suivant, em-
prunte a un auteur, excellent juge en cette maliere :
€ Francisque Mile est un exemple frappant des goAls et
des modes passag^res que la curiosite ou , pour mieuxdire,
que la cupidity des marchands introduit selon Tavantage
et les benefices qu'ils croient devoir trouver dans la vente
des ouvrages des maitres dont ils sont les proneurs. Ceux
qui sauront apprecier Tart, verront dans Mile les divers
( 201 )
pnncipes du sublime Poussin , le premier des paysagistes
du monde. Partout ils verrout Tart ennobli par la beaute
des monuments antiques qui decorent ses productions.
Tout concourt a relracer ies plus beaux (rails que la poesie
el rhisloire nous offrent. Plus occupe de I'effet magique
qu*il donnait a ses ouvrages» que des details de chaque
objet en particulier, il n'a vu la nature qu'en grand et son
g^nie, eleve comme le siecle oii il vivail, ne fut occupe
que de grands iravaux. Get habile maitre jouit, dans son
temps, de toule sa gloire; mais, aujourd'hui, si Ton voyait
un Mile entre un Ruisdaal et un Winants, il Taudroit Toter,
parce que ses tons sont moins fins et que la nature n'y est
pas si bien imitee. Les grands genies ont spuvent fait ia
part de Tenvie. Toujours occupes de leurs savantes compo-
sitions, ils ont ete imitateurs pen fideles des petits details
de la nature. Quoi qu'il en soit, Mile merite un rang dis-
tingue et ses ouvrages peuvent orner a bon marche Ies
plus riches cabinets , puisque les plus beaux n*excedent
guere 1200 livres. »
L'auteur, qui parle en lermes si chauds du merite de
Francis Millet, n*est pas un ecrivain qu'on puisse citer
pour l*et^gance du style, mais c'esl le connaisseur le plus
exp^rimente qu'ait eu la France. £st-il necessaire d*ajouter
qu'il s'agit de Lebrun? Peinlre et marchand de tableaux,
Lebrun n'avait pas seulement une merveilleuse surete de
coup d'oeil pour discerner les originaux des copies el pour
determiner d'une maniere precise la valeur materielle des
toilesqu'on lui soumettait, il possedait egalement Tinslinct
de Tarlisteet jugeait les oeuvres de peinture en hommede
goiit. Quand il signalait les manoeuvres int^ress^es des
roarchands comme etant la cause de& fluctuations du prix
des tableaux, il parlait en homme sur de son fait.
( 202 )
Les reactions injustes n'ooi qu'un temps. Le paysage
bistorique reprendra faveur, peat-etre au detriment du
paysage champ^tre qui, a son tour, sera sacrifi^ arbitrai*
rement, et la valeur des tableaux de Francois Millet se
relevera; mais les vrais amateurs u^altendroat pas que
leurs actions soient en hausse k la bourse de la curiosile,
s*il nous est permis d'empioyer cette expression aujcur*
d'hui consacree, pour leur rendre Testime qui leur est due.
Les biographes parlent d*un voyage que Francois Millet
fit pour alter voir ses amis en Flandre. Suivant eux,
Tarliste aurait fait, en mSme temps, des excursions en
Hollande et en Anglelerre. Partout ou il s*arreta et se fit
connailre par ses ouvrages, on voulut le retenir; mais il
avait resolu de ne point changer de residence et il reviot a
Paris, ayant des commandos pour plusieurs annees. Nous
ne savons ce qu'il y a de fonde dans cetie assertion , mais
elle semble £tre confirmee par ce fait qu'on citait, dans le
courant du si^cle dernier, des tableaux de Millet comme
se trouvant dans plusieurs collections importaoles de la
Hollande.
Francois Millet n'elatt pas seulement charge de nooi-
breux travaux par les particuliers, il fut aussi employ^ a
la decoration des residences royales. Piganiol de la Force,
en parlant, dans sa Description de Paris , de la chambre a
coucher et du petit cabinet de Louis XIV, smx Tujieries,
dit que c les paysages que Ton voitdans ces deux pieces
sont de Francisque Millet, pcinlre flamand, tres-iiabile
paysagisie. » Le meme ecrivain, lorsqu il mentionne les
objets d^art qu on remarque dans T^glise de Saiot*Nicolas
du Chardonnet, nous apprend que c ie Sacrifice d* Abraham
et ilis^e dans U desert, soot les sujets de deux tableaux qui
sont entre les croi&^s de la grande chapelle et qui out
( 205 )
^te peints par Millet Francisque. Notre artiste, en in6me
temps qu'il ^tait renomm6 comme paysagiste, passait pour
UD boD peintre d'histoire, pnisque des eglises cle Paris
lui commandaient des compositions religieuses. Les bio-
graphes raflirmaient; les faits le prouvent.
Yoici maintenant que les faits semblent donner un di^
menti aux affirmations des biographes. Geux*ci disent tons
que Francisque Millet fut nomme membre de TAcad^mie
de peinture, puis, bient6l apres, promu au grade de pro«-
fesseur. L'un d*eux ajoule m£me que ce fut comme peintre
d'hisioire qu'il obtint cet honneur. II nous serait certai-*
nement agr^able de pouvoir certifier aussi que notre
Anversois re^ut de TAcademie de peinture ces titres bo*-
norifiques; mais le faire serait nous mettre en eontradic*
tion avec la verile. La Description de VAcadimie royale des
arti de peinture et de sculpture, par Gu^rin, secretaire
perp^tuel de cette compagnie, mentioune les morceaux de
reception faits par les acad^miciens jusqu'en 1715, date
de la publication du livre, et le nom de Francois Millet n'y
est pas cite. D^une autre part, M. L. Dussieux a donn^,
dans les Archives de I'art frangais , la liste cbronologique
des membres de FAcad^mie de peinture et de sculpture,
depuis son origine (1" fevrier 1648) jusqu'au 8 aoftt 1795,
date de sa suppression, et Francois Millet n'y apparait pas
davaniage, soit comme membre de TAcademie, soit comme
professeur. 11 figure seulement, k la date de 1675, sur la
liste des agrees qui ne sont pas devenus acad6miciens. D'oii
vientdonc que les biographes et les historiens de la pein*-
ture aient ^t^ unanimes i dire que Francois Millet ful
membre et professeur de TAcademie? Cette unanimity n'est
ni une preuve, ni mdme une pr^somption de la r^alite
des choses, )orsqu*elle se rencontre cbez des auteurs qui,
( 204 )
comme ceux du XVIII'"* sitele, avaient Thabitude de se
copier Tun Tautre, sans prendre la peine de contrdler
Texaclitude des fails rapportes par leurs pr^ecesseurs,
sans daigner meme consulter les sources qu*ils avaient
sous la main. L'erreur mise en circulation par un ecrivain
mal renseigne se propageait et finissait par etre classic au
nombre des Veritas i neon testa bles. Ce qui a pu tromper les
biographes de Francois Millet, relativement k la qaalile
d academicien quMIs iui ont gratuitenaent altribuee, c'est
que le fils de ce peintre, Jean-Francois Millet, egalement
paysagiste, fut re^u membre effectit* de TAcad^mie. Tou-
tefois, la comparaison des dates aurait du les mettreen
garde contre cette meprise, car Francois Millet etait mort
en 1680 et la nomination de sou fils est de Tannee 1709.
D'Argenville qui a donne une notice de quelque eten-
due sur Francois Millet, dans son Abregede la vie des plus
fameux peintres , cile une parlicularite bizarre de la vie de
notre artiste. Nous la rapporterons a cause de sa singula-
rity et sansy atiacher, bien entendu, aucune importance.
Apr^s avoir parle des voyages du peintre anversois dans
les Pays-Bas, ainsi qu'en Angleterre, et fait mention desa
pr^tendue nomination de professeur k TAcademie, le naif
Ecrivain ajoute : < On ne pouvait etre plus laborieux que
Iui; sa generosite et sa charite etaient si grandes, que
maigre le nombre de tableaux qui Iui eiaient commandes,
il ne vivait pas a son aise. 11 s'amusait , au lieu de peindre,
h tailler des pierres pour sa petite maison de campagne k
Bagnolet, prisde Paris. » 11 serait difficile de preciser ce
qu'entend par la Tautenr de VAbr^ge de la vie des peintres,
S'il veut dite que Millet fit le metier de tailleur de pierres,
son allegation ne serait que plaisante. S*il faut conclure
de ses paroles que Thabile paysagiste eut la fantaisie de
( 205 )
quilter momentan^ment ses pinceaux pour faire de la
sculpture decorative dans sa maison de campagne, dous
dirons qu'il n'est fait mention nulle pari ailleurs d'une
particularite seinblable.
On n*a que des renseignemenls tres-vagues sur la vie
de Francois Millet. Sa morl meme est environnee de cir-
Constances assez mysterieuses. D*apr^s une opinion gene-
ralement repandue et qui a ^te adoptee par les biographes ,
Millet Tut empoisonne par des rivaux jaloux de son meritc
et de sa renommee. Uun des ecrivains qui attribu^rent a
un crime la fin premaluree de notre artiste fut Houbraken
qui lui consacra uoe notice tres-succincte dans son Groote
Schouburgh der nederlantsclie konstschilders en schilde-
ressen, Celte notice fut ecrile, d'apres ce que Tauteur nous
apprend, au moyen de quelques indications contenues
dans une lettre qu'il re^ut de Genoels. Celui-ci, qui avait
et^ rami et le compagnon d'etudes de FraoQois Millet, au-
rait pu combler les lacunes qu'on regrette de trouver dans
sa biographie; mais il se borna a transmettre ^ Houbraken
des banalites qui n'apprennent presque rien sur son la^
lent et rien sur les evenements de sa vie. II dit qu'etant
arrive a Paris en 1659, il trouva Francois Millet, jeune
hommede 17 ans, installe cbez Laurent Franck, son neveu
a lui Genoels. Houbraken fait remarquer que si Millet
avait 17 ans en 1659, il y aurait une diiference de deux
annees entre la veritable date de sa naissance et celle a
laquelle on la fixe habituellement. Le millesime 1642 de-
vrait etre substitue a celui de 1644; mais c'est en 1716
que Genoels ^crivait a Houbraken, en recueillant des sou-
venirs de cinquante-sept annees. II peut s*etrc trompe. Le
seul point sur lequel il insiste, en parlant de Millet, c'est
cette memoire dont tous les critiques font mention et qui
( 206 )
parait avoir ete veri tablemen t chez lui one faculte exlraor-
dinaire. Genoels raconte que^ travailiant ayec lui a Paris,
il obserya qu'il lai suffisait.de voir une seule fois un objet
pour pouvoir le reproduire de souvenir^ comme s'il Tavait
eu sous ies yeux, en sorie que, lorsqu'il peignait d*apres
un tableau 9 il ne prenait que rarement la peine de tourner
la t^le vers son modele, ce qui n^empechait pas la copie
d'etre parfaite.
Houbraken dit qa'au moment od Millet rendit le dernier
soupir, son corps elait noir et comme carbonise. De ce
fait, que rien ne garanlit d'ailleurs, k une supposition
d'empoisonnement , il o'y a qu'un pas. De la supposition a
Taffirmation, la distance est moindre encore : < Oo pre-
tend , c'est d'Argenville qui parie, que qnelques peintres,
jaloux de sa reputation , abreg^rent ses jours par un poison
qui le rendit fou et qu'il mourut dans cet ^tat a Paris
kge de trente-sept ans. > Descamps reproduit la mSme ver-
sion. Apr^s avoir parle de la nomination de Millet comme
prol'esseur ii TAcademie, il ajoute : < Cette distinction
mit le sceau h sa reputation et augmenta tellement le
nombre de ses cnvieux^ qu'on assure qu*il mourut ^ Paris,
en 16S0, k 36 ans, d'un poison qui Tavait rendu fou. » 11
n*est pas une biographie de Millet oii ce bruit de Tempot-
sonnement du peintre anversois ne irouve un echo. De-
perthes raccueille, a son tour^ dans VHistoire de Vart du
pnysage et fait k cesujet Ies reilexions suivantes : < On ne
se rappellera point la fin prematura d'un peintre qui fut,
peut-£tre, de m£me que le Dominiquin, unenouvelle vic-
time des fureurs de Tenvie, sans le plaindre d'avoir partag^
la triste destinee d'une foule d'ariistcs c^l^bres moissonn^,
coinme lui, au milieu de leurs plus briliants succte et a
un Ige oik Ies chefs-d*cBuvre qu'ils avaient d^jil mis an
( 207 )
jour ^iaieni les gages assures de ceux qo'ils auraieut pro-
dttits pai" la suite. »
Ea d^pit de tous ces attend rissetnents sur le destin fatal
d'une Tictiine de Yennei nous avons beaucoup de peine k
croire que la mort de Francois Millet ait ^te le r^sultat
d'un crime. C'etait un artiste de grand talent et justement
renomm(3 parihi les paysagistes de son temps; mais ce
n'^tait pas un de ces hommes de genie qui onLle privilege
de faire naitre autour d*eux d'implacables jalousies. Fran«
fois Millet mourut done tres-vraisemblablement d'une ma-
ni&re nalurelle, qiioique prematuree. Sa fin arriva en
1680; il etait ^g^ do trente-six ans et fut inhume dans le
eimeti^re de Teglise paroissiale de S^-Nicolas des Champs.
Francois Millet a ^te nomme des differentes mani^res
que voici , dans les biographies et dans les histoires de la
pdnture s Mikt.MiU, Milli, MiUe, Millie. En France on
ne le connaissait que sous le nom de Francisqut^ qui fut
^ussi donne k ses fils Jean-Francois et Henri Millets La
v^rit&ble orthographe deson nom est Millet, car c*estainsi
qu'il a sign^ sur le registre d'apr^s lequel M. Dussieux a
public, dans les Archi'oeTi de Cart frdngais, la liste des mem-
bresde TAcademie, oil il figure en quality d'agr^d.
L'ancienne collection du I'oi de France possedait onze
paysages de Francois Millet. On n'en trouve plus un seul
au Louvre. Que sont«ils devenus? On Tignore. lis auront
subi le sort de tant d*autres oeuvres remarquables des dif-
ferentes ecoles dispers^es pendant I'orage revolutionnair^-.
II existedes tableaux de Millet dans les galeries publiques
suivantes :
Galerie de Drei^de. V Paysage avec une tour ronde4 Sur
le premier plan un homme et une femme avec un enfant
que cette di^^niere tient par Ja main. 2^ Un bommt convert
1
( 208 )
d'une armure el leuaiU un pistolel de la main droite. —
Nous ne mentionnons ce tableau que parce qu'il figure au
catalogue de la galerie de Dresde; niais nous croyons fer-
mement a une fausse altribuiion. D*abord jamais Francois
Millet n'a traiie de sujet semblable. En second lieu , le re-
dacteur du catalogue dit que le tableau en question pour-
rail Sire de Gonzales Coques. Comme il n'y avail aucune
analogic entre la mani^re de Tun des peintres el celle de
Tautre, Terreur est evidente.
Mus^e de Munich. 1" Paysage italien avec Edifices anti-
ques; au premier plan un berger conduisant un troupeau
de moutons. Z" Paysage avec vue sur la mer ; pres du rivage
s*el6vent des moniagnesescarpees; on remarque sur le de-
vanl une femme cueillant des fruits pour les donner, sans
doute, k ses enrants qui sont couches k I'ombre d'un bou-
quet d'arbres. 3° Paysage avec des vigneroos faisant la
vendange.
Galerie Leuchtenberg^ , a Munich. Paysage du plus bel
aspect ou Ton voit Jesus-Christ assis pres d'une fontaine
etparlant a la Samariiaineagenouilleedevant lui.
Mus^ de Bordeaux. Paysage avec les mines d'une ville
antique; au premier plan, une femme debout et parlant k
un bomme qui est assis. Tableau provenant de la collec-
tion du marquis de Lacaze.
Musie deBruxelles. Reposde la sainte Famille en £)gyp(e.
Petite toile en ovale de fort pen d'importance et qui ne
donne qu'une faibleidiiedu m^ritedu maitre.
Les catalogues des autres galeries publiques de TEurope
ne citent pas de tableaux de Francois Millet; quant aux
oeuvres de uos artistes qui se trouvent dans les cabinets
d'amaleurs, nous avons dit dejk, dans des notices prece-
dentes, que nous nous abstenions de les indiquer.
( 209 )
Francois Millet a laisse un assez grand nombre de des*
sins qui, de son teoips, etaieni fort recherches. It s*eD
trottvait dans ia plupart ded grandes collections d'ama-
t6ur, en France. Ses pieces capitales de ce genre ^taient
dans les c^ldbres cabinets de Paignon-Dijonval et de Lo-
reng^re. Ces dessins ^taient , en g^n^ral , laves k la san**
guine ou bien fails h la plume et lav^ d'encre<
Francois Millet s'est essay^ dans la gravure k Teaa-forte.
On a de lui trois planches qui sont excessivement rares et
qn*on a vues pour la premiere fois reunies dans la riche
eollection du comte Rigal. Nous croyons devoir en repro-
duire la description d*apr^s le catalogue des eslampes de
cei amateur :
i"" Le$ deux Amants. Paysage coup6 par un chemin oh
une femme appuyee sur un vase, et un homme qui semble
lui parler, sontassis au pied d*un grand arbrequi s'^Ieve,
vers le milieu de Testampe, jusqu'au bord sup^rieur de la
plancbe. Au fond, a gauche, un temple en rotonde;an
milieu , des fabriques et , k droite, deux personnes de bout
h c6te d*un troupeau.
T Le Voyageur. Yue d'une cauApagne oti un homme, le
bftton k la main et charge d*un paquet, s*avance sur une
route au bas du milieu de Testampe* A droite, de grands
arbres; un homme et une femme sont assis k terre, au
revers d'nne colline. Du cdi^i oppose, dans r^loignement ,
deux personnes marchent en avant de belles fabriques
composes d'une pyramide , de deux tours earrees et d'une
grande arcade.
5* ViUe antique. Vue d'une ville antique; pres de la, k
gauche, au sommet d'une colline, an monument k quatre
colonnes isol^es. Dans le fond, de bautes montagnes, un
f uisseau serpente a if avers les campagnes qui pr^Ment la
2"* s6rie, tome IV. 14
( 210 )
ville , et, de ses eaux, vient baigner une partie des premiers
plans ou est un pecheur.
La premiere deces troisestampes est marquee d'ua F. et
d'unM eotrelaces avec le mot abreg^m grave Ik rebours. La
seconde est sanis marque, ainsi que la troisieme qui paratt
etre Tessai du mailre*< Ces pieces, dit M. Robert-Dumesnil,
a Tarlicle de Francois Millet, dans le Peintre-Graveur fran-
gais^ sont d'unepointe qui rappelle celle dont s'est servi
Abraham Genoels, dans les planches qu'il a gravees a
Rome. »
Un certain nombre de compositions de Francois Millet
ont ^te grav6es h I'eau-forte par un artiste qui a signe ses
planches du nom de Theodore. Qui ^tait ce Theodore? un
eleve de Millet, a ce qu'assure Florent le Gomte,sans rien
ajouter qui puisse nous le faire mieux connailre. Bartsch
dit qu'on ne sait rien de Theodore , si ce n'est qu*il a ete
un tres-habile peintre de paysages. Ce serait dej^ quelque
chose; mais le fait est que cela meme, on Tignore, attendu
qu'on ne pent accepter une telle affirmation sans preuves,
et qu'on ne connait aucun tableau qui fasse conuaitre
Theodore comme peintre. La seule chose qui soit hors de
doute, c'est que les eaux-fories signees de ce nom et re-
produisant des peintures ou des dessinsde Francois Millet,
sont graveesd'une pointe facile etspirituelle^Ici,du moins,
nous avons un temoignage authentique du m^rite de Tar-
tiste. Les pieces gravees par Theodore d'apres Francois
Millet sont au nombre de vingt-huit. Basan en portaitle
chiffre k quarante-deux ; mais son evaluation etait arbi-
traire : Barlsch, qui necite pas au hasard, mais qui decrit
de visii^ n'indique que vingt-huit eslampes, et Robert
Dumesnil publie de nouveau sa liste explicative, sans au-
cune addition. Le nom de Millet ne se trouve pas sur les
( 2H )
estampes gravees par Theodore; mais loutes portenl celui
de Fraacisque sous lequel notre arliste elait, comme sous
ravens dit, coddu en France.
En examinanl Toeuvre grave de FrauQois Millet, a defaut
deses tableaux qui sont devenus rares, parce qu'ils ont
ele sans doute baptises par les sp^culateurs de noms plus
ceiebres que le sien, on voit que le peintre anversois,
se conformant au gout de son temps, s'atlachait a donner
a ses paysages un inlerel independant de celui de Timi-
tation de la nature. II ne croit pas qu'un site pittores-
que soit depare par des personnages s*elevant au-dessus
de la condition vulgaire et concourant a une action dont
le sujet est tire des poetes ou de Thistoire. Parfois il re-
presente des episodes bibliques, comme Mo'ise sauve du
Nil, la Fuile en Egypte, Jesus-Christ el la Canamennc;
parfois aussi c'esl de la mythologie qu'il s*inspire, ainsi
que dans les Filles de Cecrops, dans Cephale et Procris.
Sou vent aussi il reste dans la sphere des aspects exclusi-
vement champetres; temoin les compositions du P^cheur,
des Deux Bergers, de l'Orage,des Chevaux au gu6, du Petit
Bateau. £tait-ce soriir de la realite erigee de nos jours en
systeme, que d*ajouter, ainsi que Francois Millet Ta fait
dans la Beveuse, Tattrait d*une pensee poetique a celui d*un
beau paysage? La poesie, Dieu merci, est dans la nature.
Bien a plaindre sont ceux qui le contesteraient.
Francois Millet laissa deux fils qui cuUiv^rent la peiu-
ture et traiterent le meme genre que lui; mais qui furent
loin de Tegaler, bien quMIs aient obtenu Tun et Tautre le
titre d'academiciens.
( 212 )
Note sur le monument d'Hugonel; par M. E. De Buss<Jh6^
membre de TAcademie.
Les j<Hirnaox ont menlionne^ ces jours derniers, la de-
couverte faite, a Gand, dans Tex-oratoife des Carmes
chausses, de Tepitaphe ou monument funeraire da cele^re
chancelier de Charles le Temeraire « messire Hugooet, qui
fut decapit^ par les Gantois avec le sire d'Humbercourt^
malgre les supplications de Marie de Bourgogae, le 5 avril
JI477. G'etait sur le marche du Yeudredi, et non deYaui le
chateau des Comtes^ eomme nous le montre, a tort, le
grandissime tableau de M. Wauters, k la bibliotheque de
Gand.
L'annonce de cette int^ressante decouverte emut tons
ceux qui attachent du prix aux vieux souvenirs de nos
annales flamandes. Malheureusement, il y avait erreur et
meprise. L'epitaphe retrouvee etait du XVII"® siecle et non
du XV""® : ce n'etait pas celle du sire Hugonet, mais tout
simplement celle de messire Philippe de Bisscop qui , de
158(> ii 1623, fut sept fois echevin de Gand, cinq fois re-
ceveur (communal du droit d*issue, six fois receveurdes
deniers des travaux publics. Le digne magistral qui dots
les hospices et les ecoles de la cite gaotoise et fut, comme
ledit inscription de son monument, utile aux indigents,
meme apres sa mort: Utilis miseris etiam mortuus, deceda
le 29 avril 1625.
Le petit monument, construit en forme de chapeliei
est en marbre noir, a colonnettes de marbre rougeatre,
et rinscripiion laline, en lettres dorees, est tailleedans
une tablette de pierre de louche. Dans la chapelle, au-
( 215 )
dep$u$ de rinscription, se voyait jadis la sUlu^lte de Phi-
lippe de B)6Scop, agenouille devant uq prie-Dieu. II ^(ait
eo riche costume de la fin du XVI°^* si&cle, avec la lunique
at le manl^au. Ea 1842, ce monument fun^raire etait eo-
core intact, aujourd'hui h statuette y manque. On ignore
ce qu*elle est devenue, en quelles mains elle est pass^e.
M. Aug. Yanhoorebeke a donne Tinscription du monu-
ment de Philippe Bisscop, dans son Recueil d'epUaphes,
manuscrit de la bibliotheque de Gand.
La m^prise avait ete amanee tout naturelleinent. L'an
des descendants de la lignee du sire Hugonet, le c*' de P***,
habitant le departement du Jura, en France, avait lu , dans
uu de ses documents de famille, que Tillustre cbancelier
de Bourgogne, son ancetre, avait 6le enlerr^, apres sa
decapitation, dans Teglise des Carmes a Gand, particula-
rite qui nous est, en effet, confirmee par le Memorie-Boek
derstad Ghent (Livre memorial de Gand) (1). M.de P*** etait
prrive en cette ville et, apres s'etre adresse k Tautorite ee^
clesiastique et k plusieurs personnes r(iputees pour leurs
connaissances en histoire locale, il s'etait rendu avec I'un^
d'elles k Tancienne eglise des Carmes chausses, qui sert
aujourd'hui de magasio. La, k une hauteur de dix h doua^
pieds, derriere un amas de balles de coton, Ton avait
aper^u la petite chapelle en marbre qui fut prise pour
le monument on Tepitaphe du cbancelier Hugonet. M. le
(1) 'Sachi&rnoens (van WitUn Donderdach) waren %y hrocht (fnym-
heer Hugonet en den graefvan ffumbercourt) up de Frydgxihma&rt up
een schavaut daer alle de neeringhen in de wapenen stonden, daer ferst
onthooft was mynheere den chanselier van Burgondien, ende was te
«aivE «HEDASGHEN, met vyftich tortsen, ende begraven t*oiiee yravwest-
-MUEns. (Memorie-Boek van Ghent, p. 301 , t. ^^)
( 214 )
€*• de P*** quitla Gand avec la satisfaction d'avoir atleint
le but de son voyage, d'avoir reussi dans ses rechercheS)
et Ton projela de transferer le monument dans Feglise des
Auguslins, oil des souvenirs historiques marquaient en
quelque sorte sa place.
Mais tout, en ce monde, jusqu'a la deconvenue, a quel-
quefois son bon cdte.
*La meprise actuelle fut utile : elle attira Tattention et
rinvestigation sur Tantique oraloire des Freres de Notre-
Dame [OnzeLieve Vrouwe'Broeders)^eiy en allanl se con-
vaincre du succ^s ou de I'erreur du comle de P***, on de-
couvrit sur les murs lateraux de Teglise des traces de
tres-anciennes peintures murales, sous une double ou
triple couche de badigeon. M. Canned, professeur-direc-
teur de TAcademie de dessin, se rait aussitdt a Foeuvre,
et, au moyen d'un couteau de paietie, il detacha le badi-
geon sur une surface d'environ trois metres. L'epaisse
couche de badigeon ceda assez facilement, et,en tombant, *
mit k nu d'abord la t6te, belle et caracterisee, ensuite le
haut du corps, jusqu'a la ceinture, d'un saint moine, ou
plutdt d*un abbe, puisquil tient une crosse et qu'il a la
tete entouree d'un nimbe d'or. Apres, vint un ange avec
de grandes aiies et une ample banderole sur laquelle soot
des caracteres gothiques, offrant en langue latine, pour
aulant qu'on puisse en juger jusqu'ici, une inscription
mystique. La peinture murale est en detrempe; elle daiedu
XV"*® si6cle, et cerlaines couleurs, le rouge, par exemple,
ont encore de I eclat, de la fraicheur meme. Les figures
sont de grandeur naturelle.
L'abbe est en robe noire, et il a la t^te ras^e. II porte
dans la main gauche un livre d'beures, manuscrit relie
en velours cramoisi. Ce personnage se detache sur une
( 218 )
tenture d*^toffe rouge&tre, damassde, a petits ornements
gothiques, dans lesquels est repete un M majuscule du
Xjyme.jyme giecle. L'angB, place de face, au milieu d'un
berceau de verdure, a une pbysionomie semi-feminine; ses
cheveux ch&tains sont boucles tout autour de la tete. Sur
sa poilrine, se voit une agrafe ornee de pierreries, quire-
tient sur les ^paules un manteau brode et galonne d*or.
A Textremite de la composition, a droite, s'aper^oit, dans
Teloignement, une vilie : on en distingue des b&timents et
une tour de tres-petite dimension. Au-dessus de Tenca-
drement du tableau mural , dans un fond peinture au ver-
milion , est une tablette a inscription. II y a encore des
fragments de lettres gothiques, mais la couleur noire
tombe en poussiere des qu'on y touche.
11 est probable que tons les murs lateraux de Toratoire
sont converts de semblables peintures sous le badigeon;
mais elles doivent etre fortement endommagees par les
enlailles faites lors du placement des confessionnaux, qui,
plus tard, furent poses conlre ces murailles. Le fond de
Toratoire laisse apercevoir des peintures archilecturales.
La commission des monuments de Gand a deljSgue plu-
sieurs de ses membres pour surveiller les travaux k effec-
tuer, afin d'y decouvrir le plus qu'il sera possible de ces
peintures murales. Comme il ne pent etre question ni de
restauration ni de conservation, Ton prendra des copies
exactes des parties qui le meriteront, et Ton iacbera d'en
rechercher Torigine, apres en avoir constate Texistence
et la valeur artistique et archeologique.
( 316 )
OUVRAGES PRfiSENTfiS,
Cotnple rendu des travaux du comeil de salubrite publigue
de la province de Liige, pendant Cannie 1857; par M. A. Spring.
Li^ge, 1858; 1 broch. in-8».
Revue des min^raux arlificieh pyroginh^ et particulUrenient
des produits dusine cristallisis , par Ad. Gurll; tradult par
G. Dewalque. Li^ge, 1858; i broch. ih-8^
Roland deLattre;stk Tie, ses ouvrages; par Adolphe Mathieu.
Gand, i850; i broch. in-8».
Biographie de Thierry Martens , d*Alost, premier imprimeur
de la Belgique; par M. Vau Iseghem. Malines-Alost, 1862; i vol.
in-8*.
Annates de la Soci6t6 royale des beaux^rts et de littirature
de Gand. 1857-1888; a'"^ livr. Gand, 1858; 1 broch. in-8^
Revue de C administration et du droit administratifde la Bel-
gique. Tome IV, 8™« k 12«»« livr. Li^ge. 1857; 1 cahieriD-4^
VAbeilk; publico par Th. Braun. III"*« ann6e. 9""iH2"»*livr.
Bruxelles, 1857; 4 broch. in-S''.
Essai de tabletles Mgeoises; par Alb. d*Otreppe de Bouvelte.
22»« livr. Li^ge, 1858; 1 broch. in-8^
Portefeuille de John Cockerill. Livraisons 27 k 34. Paris-
Li ^ge, 1857; in-4».
Bulletin de VAcad^ie royale de midecine de Belgique. 2**
s^rie. Tome !•'. N«» 1 k 3. Bruxelles. 1857; 3 broch. iii-8».
Archives beiges de mddecine militaire. Tome XX"'. 8** el 6*'
cahiers. Bruxelles, 1857; 1 broch. in-8°.
Annates de la Socieli midico-chirurgicale de Bruges. XVIIl"**
ann^e. 8"« k la*"* livr. Bruges, 1857; 4 broch. in-8*.
Sociiti de I'histoire de France d Paris :
Mimoiren de Mathieu Moli; publics sous les auspices de M. le
(IA7 )
comteMoU, par M. Aiw^ ChampoUion-Figeaa. Tom^s I k IV.
ParU, J958-i887;4vol ia.8^
Histoire des regnes de Charles VII et de Louis XI, par TfaoiD99
Basin; public par N. J. Quicb^ral. Tomes I k III. Pari^» {865-
i856; 3 vol. in-8«.
Bibliographie des Mazarinades; publico par M* C* Nor«au.
Tome Il"»«. Paris, 1850; i vol. in-8^
ChroniqtMS d^Anjoa; recueillies et publi^es par MM[» Paul
Marchegay et Andr^ Salmon. Tome P'. Paris, i856; \ vol. ia-8^
Journal historique el anecdotique du rigne de JLouis XV, par
E.-.J.-F. Barbi^r; public par M. Del* YiHegille. Tpwe IV**, Paris,
i856; i vol. in-8«.
Journal dun bourgeon de Paris sous k rigne de Fran-
cois 1^; publiiS par Ludovic Lalanne. Paris, 1854; i vol. io*$^
Xa Chronique d'Enguerran de Monstrekl; publi^e par }^, L.
Douet-d'Arcq. Tome P^ Paris, 1857; 1 vol. ip-8«.
Les livres des miroQles et uulres opuscules d$ Georges^florent
Grigoire, Mqw de Tours; revus, eoUationn^s et traduits par
M. H,-U Bordier. Tome P'. Paris, 1857; \ vol. in-8^
OrdeHci'VUalis angligenae^ ccenobii utieensis monachi, his-
toriae epcle^iasticae libri tredecim; emendavit A. JLe Prevost*
Tpme V. Paris, 1865; 1 vol. ia-8^
Anntmire hislgrique, pubM par la SociiU de thistoirs de
France, pour les ann^es 1855 a 48S8. Paris, 4 vol. in-lS*
Spicilegium Solesmense; public! curante domno J.-B. Pitra.
Tomes IJl et UI. Paris, 1852-1855; 3 vol. in-4^
ffislfrire de I'iglise du Mans: par le R. P. dom Paul Piolin.
Tome UP"*. Paris, 1856; 1 vol, iu-8^
fielimilalion du flamand et du frangais dans le nord de la
France; par E. de Coussemaker, avec une carte colori^ par
M. Bocava. Dunkerque, 1857; 1 brocb. in-8^
Office du sdpulcrc selon t usage de tabbaye JOrigny-Saint^y
Benoite; rapport par M. d^ Coussemaker. Paris, 1868; 1 broch.
in-8».
( 2f8 )
Dissertation sur quelques mannaies dpiseopales de Strasbourg
et de Constance; par Adrien de Longp^rier. Paris, i856; i br.
ln-8^
Note ^ur la thiorie des phinomems capHlaires ; par M. Ph.
Gilbert. Paris, 1858; \ broch. in-4^
Tmiheau de monseigneur Cart, drigd d Ninies, sur ks plans de
M, H. Revoil; par M. I'abb^ J. Corblel. Paris, i858; i br. in-8«.
Bulletin de la SociH^ linndenne de Normandie, V^ vol. Caen,
1856;! vol. in.8«.
Annuaire des cinq dipartements de Vancienne Normandie ^ pu-
blic par rassociatloil normande. SS'^^'ann^e. Caen-Paris, i857;
1 vol. in-8«.
Recueil des publications de la Sociil6 havraise d^itudes diverses
de la 2Sr el 25"" annie, Havre, 1857; 1 vol. in-4».
Compte rendu des travaux de la Sociiti de medecine de Nancy,
pendant Fannie 1855-1856. Nancy, 1857; 1 vol. in-8^
Academic des sciences et lettres de Montpellier. — Mimoires
de la section des science*. Tomes I h. If. — Mimoires de la sec-
tion de midecine. Tome II. Montpellier, 1851-1857; 4 vol. in-4®.
Rapport sur un projet (T association de Unslitut el des Acade-
mies de province , prisenti a VAcadimie de Lyon, par M. Bouil-
tier; par M. Victor de Bonald. Montpellier, 1858; 1 brocfa. in•4^
Tableaux statistiques des chemins de fer de I'AUemagne ex-
ploitis pendant I'annie 1856. F* partie : Chemins de fer de la
Prusse; dress^ par M. Hauchecorne. Cologne, 1858; 1 cahier
in-4».
Grundsdtze der Yolkswirthschaftspolitik; von D' Karl H. Ran.
IP® Abth. Leipzig und Heidelberg, 1858; 1 vol in-8^
Miltheilungen der kaiserlich-koniglichcn ge^graphischen Ge-
sellschaft. 1 Jahrgang. 2 Heft. Yienne, 1857; 1 cahier in-8^
Bulletin de la Society vaudoise des sciences naturelles, BuUe-
tins n<» 54 ^ 41. Lausanne, 1854 ^ 1857; 8 broch. in-8^
Bulletin de la Sociiti des sciences naturelles de Neuch&teL
Tome IV. 2"« cahier. Neuch4tel, 1857; 1 broch. in-8».
( .2i9 )
Memorie della Accademia delle seienze delV htituio di Bo-
logna. Tome VII. Bologne, 1856; i vol. in-4^
Rendiconio delle sessioni ddC Accademia delle $cienze delV
Istituto di Bologna, i855 h i857. Bologne, 2 broeh. in-8^
A Ui dell* Accademia pontificia de Nuovi Lincei; compilati dal
segretario. Anno X, sessione 7*; anno XI; sessione I*. Rome,
1857; 2 cahiers in -4*.
A(H delV imp, reg. Istituto Vefielo di seienze, lettere ed arti,
Tomo III", serie 3% dispensa rS*. Venise, 1857-1858; 2 broch.
in-8«.
Eedhill catalogue of circumpolar stars. 1850, 0; by R.-C. Car-
rington. Londres, 1857; 1 vol. in-4^
'The quaierly journal of the chemical Society. N" XL. Londres ,
1858; i broch. ln-8^
Notice sur la race des moulons de Cheviot. £dimbourg, 1856;
1 broch. in-8*».
New-York meteorology. 1826-1850. Albany, 1865; 1 vol.
in-40.
Transactions of the american institute of the city of New-
York for the yearcs 185J, 1852 et 1853. Albany, 1852 k 1854;
3 vol. in -8*.
2'ransaetions of the N. Y, state agricultural Society. Vol. XH.
Albany, 1853; 1 vol. in 8«.
Address delivered before the Netu-York state agricultural
Society at its annual meeting at Albany, ftb. 15, 1856; by Samuel
Cheever. Albany, 1856; 1 broch. in-8*.
Communication from the governor, transmitting the report of
A. Vattemare on the universal exhibition at Paris. Albany,
1856; 1 broch. in-8^
Annual report of the executive committee of the state normal
school of the state of New-York, for 1853, 1854 et 1856. Albany,
1853-1856; 3 broch. in-80.
Treatise on practical husbandry, by Winslow C Watson.
Albanv, 1855; 1 broch. in-8^
( 220 )
fiepQri of B.'P. Johmon, a^t of the $late of New-York,
appointed to attend the Great exhibition of the industry of aU
nations, held in London, 1851. Albany, 1852; 1 vol. in-8^
Annual report of the trustees of the state Ubrary of the slate
of New-York. 1855. Albany. 1 broch. io-8^
Second annual report of the superintendant of public instruc-
tion of the state of New-York. 1855. Albany, 1856; 1 vol. in-8^
First annual report of the secretary of the board of agricul-
ture. Boston, 4854; 1 vol. in-8''.
Report of the committee on public instruction on the present
organization of the grammar and primari school committees.
Boston, 1852; 1 broch. in-8^
Registration of births, marriages and deaths, in Massa-
chusetts, for 1852. Boston, 1853; 1 broch. in-8^
Revised abstract of the returns from banks, and from Insti-
tutions for savings in Massachusetts, for 4851 et 48S3, Boston,
1852*1854; 2 broch. in-8^
Lectures on school-Keeping ; by Samuel R. Hall; fourth edi-
tion. Boston, 1852; 1 broch. petit io•8^
Pauper abstract, for 1850-1851; Boston, 1850-1851; 2 br.
in-8».
Sixteenth-seventeenth annual reports of the board of educa-
tion. Boston, 1853-1854; 2 vol. in-8^
Abstract of returns of the keepers of jails, and overseers of the
houses of correction , for 4851 et 1855. Boston, 1851; 2 br.in-8^
An examination of the review of the reports of the annual
visiting committee^ of the public schools of the city of Boston for
1845, by scholiast. Cambridge, 1846; 1 broch. in-8^
Reports on the free school system to the general assembly of
South Carolina , at the regular session of 1839, Columbia ,
1840; 1 broch. io-8°.
Reports communicated to the legislature of Connecticut. May
sessioiv 1851.^ l^y session, 1855. Hartford, 1851-1855; 5 vol.
in-8°.
( 221 )
Transactions of the Conn, state agricultural Society, for the
yeari854. Hartford, i855; i vol. in-8°.
Colonial records of Connecticut , 1665-1677; by J. Hammond
Trumbull. Hartford, 1852; i vol. in-8^
Etat et avenir du Canada en 1854. Quebec, 1855; 1 vol.
in-8«.
Regulations for the superintendance , government , and instruc-
tion of the public schools, in the city of Salem y adopted, i847.
Salem , 1847; 1 broch. in-^°.
Annual report of the school committee of the city of Salem
1851, Salem; 1 broch. in-8^
United states Japan expedition; by com. M.-C. Perry. Vol. III.
Washington, 1855; 1 vol. in-4°.
Statistical view of the united slates , being a compendium of
the seventh census; by J.-D.-B. De Bow. Washington, 1854;
1 vol. in-8°.
Returns relating to the poor in Massachusetts for the year
1853; prepared by E.-M. Wright. Boston, 1853; 1 broch. in-8<».
ERRATUM.
Page 16 , Hgne 19, au lieu de mitnes, lUez m4me.
1
BULLETIN
DE
L'ACADfiMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LITTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE
1858. — N° 3.
CLASSE DES SCIENCES.
Seance du 6 mars 4858,
M. d'Omalius, president de FAcad^mie.
M. Ad. Quetelet, secretaire perp^tuel.
Sont presents : MM. Sauveur, Timmermans, Wesmaei ,
Martens, Kickx, Stas, De Koninck, Van Beneden, Ad. De
Vaux, Edm. deSelys-Longchamps, le vicomte B. Du Bus,
Ghige, Melsens , Schayes , Liagre, Duprez , Brasseur, PoeU
man, membres; Schwann, Spring, Lacordaire, Lamarle,
assocUs; Dewalque, d'Udekem , Gloesener, Montigny, car-
respondants.
2"* S^RIE, TOME IV. 15
( 224 )
CORRESPONDANCE.
M. le Minislre de rinlerieur fait parvenir les livraisons
27 a 34 de Touvrage intitule : Portefeuille de John Cockerili
— M. d*Omalius, vice-president du Senat, ecrit pour
remercier de TeoToi de ^ exeipplaires de VAfmuaire de
CAcad4m%e royale pour 1858.
— M. Thorn. Swann , president du Gomite local de Bal-
timore, fait connaitre que, le 28 avrii prochain , aura lieu,
dans cette residence, le congres americain, qui se r^unira
pendant huit jours. II fait connaitre en meme temps que
les membres de TAcademie y seront re^us avec plaisir.
Une invitation pareille est adress^ par le congres des
delegues des societes savantes de France, qui se reunira a
Paris du 6 au 16 avril prochain.
De son c6te, la commission speciale de I'exposition de
1858 annonce que la sixieme exposition quinquennale
agricole, industrielle et artistique d'Angers s*ouvrira le
l^'juin et durera jusqu'au mercredi 50 du m6me mois.
— La Societe imperiale des naturalistes de Moscou,
TAcad^mie palermitaine des sciences et des lettres, la So-
ciety des sciences des Indes n^erlandaises de Batavia , etc.,
remercient TAcademie pour Tenvoi de ses publications.
— M. A. Bellynck fait parvenir, en manuseril, les ob-
servations des ph^nomenes des plantes observes par lui,
a Namur, pendant Tann^ 1857; M. £milien de Wael fait
C 225 )
parvenir egalemeot les resultats de ses dernieres obser-
vations meteorologiques.
— M. Alfred Wesmael e<y*it qu'il desire revoir le manu-
scrit de son Catalogue des plantes vasculaires, pour le com-
pleter par de nouvelles observations.
— M. Jules d'Udekem pr^^enle une Nouvelle classifi"
cation des AnnSlides setigeres abranches. (Commissaires :
MM. Van Beneden et Poelman.)
U ■ I'
PROGRAMME DE 1859.
La classe admet, des ^ present, pour le concours de
1859, les quatre questions suivantes :
PREMIl^RE QUESTION.
Ramener la theorie de la torsion des corps 4lastiques d des
termes aussi simples et aussi eUmentaires qu*on Va fait pour
la theorie de la flexion,
DEUXIEME QUESTION.
Determiner, par des recherehes a la fois anatamiques et
(^himiques, la cause des changements de couleur que subit la
chair des Bolets en general et de plusieur^ Russules, quand
on la brise ou qu'on la comprime,
TR01Sli:ME QUESTION.
£tablir, par des observations detaillees, le mode de d^ve-
( 2-26 )
loppementy soil du Pelromyzon marinus, soil du Petromy-
zoD fluviatilis, ou de TAmphioxus lanceolatus.
QUATRlilME QUESTION.
Faire un expose historique de la th^orie du tonus muscu-
laire, et rechercher, pour les ph^nomines explique's autre-
fois a f aide -de ceite thiorie, une interpretation conforme
atio: faits ^taUispar la physiologie expdrimentale.
Le prix, pour cbacune de ces questions, sera une me-
daille d'or de la valeur de six cents francs. Les memoires
devront etre Merits lisiblement en latin, en fran^ais ou en
flamand, et seront adress^s, francs de port, avant le 1""
juin 1859, k M. Ad. Quetelet, secretaire perp^tuel.
L'Academie exige la plus grande exactitude dans les ci-
tations; k cet effet, les auteurs auront soin d'indiquer les
editions et les pages des livres qu'ils citeront. On n*ad-
metlra que des planches manuscrites.
Les auteurs ne mettront point leur nom k leur ouvrage,
mais seulement une devise, qu'ils rep^teront sur un billet
cachet^, renfermant leur nom et leur adresse. Les ou-
vrages remis apr^s le terme present ou ceux dont les au-
teurs se feront connattre , de quelque mani^re que ce soit ,
seront exclus du concours.
L'Academie croit devoir rappeler aux concurrents que,
d^s que les memoires ont ^t^ soumis k son jugement , ils
sont d^pos^ dans ses archives, comme ^tant devenus sa
propriety. Toutefois, les int^resses peuvent en faire tirer
des copies k leurs frais, en s'adressant, k cet effet, au se-
cretaire perp^tuel.
( 227 )
RAPPORTS,
M. le secretaire perpetuel fait connaitre qae la commis-
sion administrative de FAcademie vient d*approuver la
comptabilite de 1857, qui lui a 4te presentee par M. le
tr^sorier. Ces comptes seront successivement soumis aux
commissions speciales des finances des trois classes, pour
qu'elles les examinent en ce qui les concerne.
La commission administrative a ^galement r^gle ce qui
est reiatif aux dons faits par M. le baron de Stassart, pour
les deux prix perp^tuels qu'il a fondes.
Sur un memoire de M. ledocleur Henry, intitule: Co^sivit-
RATIONS SUR QUELQUES GLASSES DE COMPOSES ORGANIQUES
ET SUR LES RADICAUX ORGANIQUES EN G^N^RAL.
€ M. le docteur Henry cherche a etablir, dans son tra-
vail, le mode de generation de quelques classes de corps
organiques el de montrer ensuite le lien qui rattache ces
corps entre eux. Un chimiste ne saurait rendre de plus
grand service k la science qu'en etablissant ces faits avec
certitude, fut-ce mSme pour une seule classe de corps or-
ganiques. Mais M. Henry est-il bien parvenu k atteindre le
but ^leve qu'il s'est propose? A mon sens,evidemment non.
Pour ne choisir qu*un seul exempledans son memoire, il
essaye de prouver, en concluant de quelques reactions
( 228 )
chimiqiies isolees a une loi generale, la filiation qui existe
entre les acides polyoxyg^nes monobasiques et les radi-
caux organiques d'ou il les fait d^river. Aiosi, la produc-
tion bien connue de Tacide formique aux d^pens de I'acide
cyanhydrique et des elements de Teau , la formation des
acides ac^tique, propionique et benzoique k Taide du cya-
nure de m^lhyle, du propionitrile et du benzonitrile et
des Elements de Teau, le conduisent k admettre que tous
les corps, que certains chimistes repr^sentent par des
cyanures negatifs k radicaux organiques, pourront ^prou-
Yer une transformation analogue, sinon identique. Dans
ce cas, Tacide formique produit, au lieu de devenir libra,
restera, selon lui, copule avec le radical organique; celui-ci
y sera emboite, s'il est permis de m*exprimer ainsi,en em-
pruntant la pensee de Fauteur, et formera de cette ma-
niere, sdiccessivement des acides k 5, k 7 et a Q'^equivalents
d'oxyg^ne. Le cyanure d'acetyle C^H'O*, C*Az, qui est en-
core k decouvrir, fournira un acide k 5 Equivalents d'oxy*
gene, qui, d'aprSs M.Henry, sera repr^sentE par la formule
HO, C*(C*H'0*)0' : ce sera I'acide formo-acetylique, de
m£me que le cyanure d'ethyle (propionitrile) C*H*, OAz,
donne Tacide formo-ethylique on propionique. Mais rien
ne dit que les corps que M. Henry repr^sente, avec la plu-
part des chimistes, par des cyanures k radicaux organiques
le soient reellement; ainsi le compose C^H'AjsO^ que
M. Henry regarde comme le cyanure d'acetyle et qn'il for-
mule par C*ii^O\C^Az, pourrait tout aussi bien Etre de
Tacide acetique anbydre dans lequel une molecule d'oxy-
gene est remplacee par une molecule de cyanogene. Quoi
qall en soit, dans son memoire, I'auteur ne cite aucune ex-
pErience qui demontre la formation des acides organiques
k 5, k 7 et k 9 equivalents d'oxygene, tors de la d^composi-
( 229 )
tioD, eo pr^ence des el^meDis de Teau, des corps qu^il de-
signe sous le nom de cyanures n^atifs a radicaux orga-
niques; il ne laisse pas meme entrevoir qii'il ait tente d*en
produire un seul.
En admettant qu*un jour un chimiste realise une ou plu-
sieurs reactions de ce genre, la seuie conclusion qu'on
puisse en deduire, c'est qu'a Faide des cyanures negatifs a
radicaux organiques^ ou plutot qu*a Taide d'une. molecule
complexe, renfermant du carbone et de Tazote sous la
forme de cyanog^ne, on peut produire des acides orga-
niques polyoxygenes monobasiques : ce sera un moyen de
formation de ces corps. Mais, lors meme que Ton aura ob-
tenu ainsi une serie considerable de ces acides, Tetatde
DOS connaissances sur la constitution de ces corps ne sera
gu^re plus avance. En se pla^ant au point de vue de Texis-
tence de ces acides, on ne sera surtout pas autorise h dire
avec Tauteur du memoire que les cyanures acides sont les
points d'attache qui servent a relier les differentes classes
d'oxygSnation d'acides monobasiques. En effet , on con^oit
ais^ment Texistence des acides polyoxygenes monobasi*
ques ou polybasiques, abstraction faite du cyanogene, et,
a plus forte raison, des cyanures negatifs k radicaux or-
ganiques.
Je n'ignore pas que Tidee qui consiste a regarder les
acides acetique, propionique et benzo'ique comme etant
les acides metbylo-formique , ethylo-formique , pb^nylo-
formique, est partagee par beaucoup de chimistes. En pre-
nant cette idee comme Texpression de la verite des faits ,
rhypothese de M. Henry sur la constitution des acides
polyoxygenes monobasiques en est la conclusion logique.
Mais le nom impose h ces acides par ces chimistes repose
sur certain mode de leur production et sur la croyance ou
( 230 )
mSme la pretention qu'ont ces chimisles de remonter da
mode de generation des corps h leur constitution, en
d'autres termes, que les reactions chimiques peuvent nous
devoiler la structure in time des corps.
L'^tude des matieres minerales et organiques d^montre
incontestablement qu*il existe un arrangement determine,
constant pour chaque mati^re, entre les molecules qui les
composent. Le hasard ne regie pas plus Tarrangement des
molecules qu'il ne determine leur forme et qu'il ne fiie la
valeur de leur masse lors des combinaisons. Mais pr^tendre
que des conditions sp^ciales de formation des matieres
organiques, que des reactions chimiques meme les plus
caracteristiques, on puisse remonter a la connaissance de
la structure intime des corps et, partant, h la configuration
de leurs formules, c'est conclure bien au dela des faits.
Pour qu'une pareille conclusion fiit logique, il faudrait que
les differents modes de generation d*une dasse de<;orps ne
fussentsusceptibles que d'une seule interpretation , et, tout
le monde le salt, cette circonstance ne se presente jamais
pour une classe quelconque de corps. Les conditions de
formation des matieres minerales ternaires et des com-
poses organiques nous permettent lout au plus d'^tablir des
analogies entre les corps; les reactions chimiques peuvent
nous donner la preuve soit de Tidentite, soit de la diffe-
rence de constitution ; mais les unes et les autres sont
impuissantes pour nous faire connaitre la veritable consti-
tution des corps et, partant, la configuration des formules
par lesquelles il convient de les representer.
L'exemple suivant va montrer le raisonnement que font
la plupart des cbimisteset le vice qu*il renferme : II existe
deux matieres de composition chimique identique, ayant
le meme poids specifique, le m^me point d^^bullition, la
( 25i )
meme density a Tetat de vapeur et reDfermaDt i'une et
Tautre C^HW. Soumises a Taclion du chlore, elles pro-
duiseDt chacune le compose C^H^Cro^ se decomposant
de la meme maoiere par les alcalis dissous, avec produc-
tion de chlorure, d'ac^tate et de formiate alcalins. Les
composes CWCTO*, exposes de nouveau k Taction du
chlore, fournissenl, pour produit final, les corps CWO^
qui se transforment tous les deux sous Tinfluence des al-
calis et de I'eau, eo chlorure, carbonate et acetate alcalins.
J*ajouterai que les corps C®H^O^ en prfeence des alcalis
hydrates solides, degagent, sous I'influence de la chaleur,
de rhydrog^ne en quantite egale, en laissant pour residu
un melange de formiate et d'acetale alcalins en quantite
egale. De^faits etablis, le chimiste qui aura etudie ces ma-
tieres conclura necessairemeot k leur identite : il y verra
une molecule formique et une molecule acetique. Mais
quelle sera la configuration de la formule par laquelle il
designera le compose lui-meme et ses d^riv^s chlores? Je
ne crains pas de Taffirmer, son choix sera impossible; si ,
plus lard,il vient a decouvrir que Tun des corps C^H^* se
dedouble par les alcalis dissous avec production d'alcool
methylique et d'acetate alcalin , que I'autre corps fouruit ,
dans la mSme circonstance, de I'alcool vioique et du for-
miate alcalin, il dira : J'ai conclu trop tot : j'ai a faire a
deux mati^res, renfermant chacune la molecule formique
et la molecule acetique sous une forme disHncte, S'il a la
pretention de conclure des reactions chimiques a la consti-
tution, il ajoutera, d*un cdte : J'ai le formiate d'ethyle et, de
I'autre, j'ai I'acetate de methyle. Admettant ensuite ce qui
est en question, il ecrira I'un des composes sous la forme
C^H*0, C^HO^ et I'autre sous la forme de C^H'O, C*HW,
c'est-a-dire qu'il afTirmera, par sa formule, dans I'un, i'exis-
( 232 )
tence de Tacide formique et, dans i'aulre, la presence de
Tacide ac^tique toul forin^. U assimilera done ces com-
poses aox sels. Mais rien n'autorise qu'on affirme, dans les
sets, soil la presence, soil Tabsence des acides, tels que
nous les connaissons h T^tat de liberie.
Cette observation generate m'am^ne h exprimer mon
opinion sur la quatri^me partie du m^moire de M. Henry,
intitule : Theorie de femboUement des radicaux orga-
niques. II r^ume sa mani^re de voir sur la conflgura-
lion des radicaux organiques dans la proposition suivante :
Les radicaux organiques binaires ou ternaires dMvent du
nuSthyle posiiif ou n^gatif (formyle) par un emboUement
plus ou moins complexe avec lui-mime, emboitement qui
a lieu par le carbone et I' hydrogens simuUawlment ou par
Vhydrogene seuL Repr^sentant le m^thyle C^H^ par G^HH^
rahyle C^H» devienl pour lui C»(C*HH*)H*, c'est-Ji-dire du
metbyle-m^tbyle ou requivaieoi de methyle dans lequel
une mol^ule d'hydrogene est remplac^ par le methyle
lui-m£me; le propyle C^H'' devient pour lui du bimethyle-
m^lhyle C*[C*(C*H*H*)H«]H«.
En poursuivant cet ordre d'id^es, M. Henry finit par
conclure que toute matiere organique binaire ou ternaire
n'est que du mithyle seul, ou assod^d de I'eau ou condense.
Celui qui, dans Telat actuel de nos connaissances, se refu-
serait d'admettre la possibilite du remplacement, dansun
groupement quelconque, d'une molecule simple ou com-
plexe, par une autre mol^ule egalement simple ou com-
plexe, m^connaitrait la signification des fails les plus evi-
denls de la science, si lant est qu'il n'en ignore les plus
belles decouvertes. Mais conclure de la possibilite de ce
remplacement k la position des molecules dans un com-
pose, et surtout d la formation des radicate organiques par
( 235 )
emboitement sur eux-tnimesy c'est emettre uoe hypothese
qui oe repose sur aucun iail; de plus, c*est proclamer, en
ce qfui conceroe la generation des corps complexes une
th^orie incompatible avec Tidee fondamentale de Texis-
tence des atomes. Cette idee fondamentale, base de tout
Fedifice chimique, ne presuppose-t*elle pas la formation
des corps par juxtaposition des molecules simples ou
complexes ? La generation des radicaux complexes , par
embollement de radicaux simples sur eux-m^mes, serait, si
je comprends bien Tauteur, leur formation par p^fnetraa'on
au lieu de la juxtaposition. D*ailleurs, ne con^oit-on tout
aussi bien Fexistence des radicaux simples et m^roe com-
plexes, formes d*une seule piece, sans Tintervention dln-
termediaires aucuns, que Texistence des nombres premiers,
quelle qu'en soit la valeur? Pourquoi dire que C^H^ par
exemple, ne constitu^ pas une molecule unique, formee du
coop? Quel avantage y a-t-il au point de Yue de la science
a rep resent er ce m£me groupement par
C^ [C* jC' (C^HH') HM H^
M^lbyle.
bim^ihyle
rfthyle.
H'
triin^lhyle
propyle
t^tram^thyle
bulhyle.
Lorsque les meilleurs esprits doutent, reconnaissent
mdme que, dans Tetat actuel de nos connaissances, il
n'existe aucun moyen certain de decider de la configura-
tion des formules des mati^res min^rales les plus simples,
comme les acides sulfurique, anhydre et ordinaire, les
( 234 )
acides pbosphorique anhydre, moDO-bi-et trihydrate, les
sesquioxydes, etc., etc., lorsqu*on ne sail decider entre le
dualisme et Vunitarisme de ces composes, peut-OD serieuse-
ment croire que Thypothese de remboilemeDt des radi-
caux simples represente la r^alite de la structure et le
mode de generation des radicaux complexes?
Les observations critiques que je viens de presenter sur
le travail de M. Henry sont applicables, je le sais, a toutes
les theories que Ton a imagin^es dans ces derniers temps
sur la conformation des matieres organiqueset la configu-
ration de leurs formules. Pour tout homme qui a mure-
ment r^echi a la signification des faits acquis, T^vidence
de i'impossibilite de p^netrer Tarrangement des molecules
des corps composes est positivement etablie. II est acquis,
par consequent, que nous manquons de tout moyen de de-
terminer la formule rationnelle de ces corps. D*apres cela,
ne convient-il pas dintroduire, dans la science, le moins
possible d'hypoth^ses nouvelles et de s'en tenir strictement
a celles absolument indispensables pour la liaison entre
eux des faits connus et la d^couverte de faits nouveaux?
Je ne veux pas finir ces remarques sans rendre hom-
mage au talent reel et aux connaissances positives dont
M. Henry a fait preuve dans son travail. Je reconnais
volontiers que la plupart de ses hypotheses sont inge-
nieuses et quelquefois neuves. S'il est vrai qu*il ne saurait
me montrer k sufiisance qu*elles sont Texpression de la
verite, ii mon tour, je ne saurais prouver qu*elles sont
fautives. Le seul objet que j*aie eu en vue en presentant
mes observations, c'est dele premunir centre ses illusions,
centre sa foi un pen trop fervente, bien excusable d'ailleurs
lorsqu'on fait ses premiers pas dans la science. En termi-
nant, je crois lui etre utile en signalant le danger qu'il y a
( 235 )
de debuter dans la science par un travail de pure specula-
tion. L'attrait qu'offre ce genre de travaux n'eloigneque
trop des recherches positives, lesquelles, si elles presen-
tenl souvent de grandes difficultes, offrent au moins la
compensation de tester debout, quelles que soient les opi-
nions qu'am^ne le progr^s scientifique.
Si TAcademie est d'avis qu'elle peut ordonner, comme le
proposent nos savants confreres MM. Martens et De Ko-
ninck, Timpression d'un travail renfermant des id^es spe-
culatives, sans experience aucune a Tappui, danscecas, je
me rallierai volontiers h cet avis, mais, dans ce cas aussi , je
pense qu'il convient qu'il soil imprimedans le recueil in-S""
des Memoires des savants Strangers, vu que, par son eten-
due, ce travail depasse de beaucoup la limite fixee par le
r^lement pour Tinsertion dans les Bulletins des stances. >
« Le memoire de M. Henry renferme plusieurs idees
ing^nieuses et plus ou moins neuves au sujet de Fanalogie
de composition de plusieurs substances organiques. L*au-
teur cherche a etablir la filiation de ces substances ou a
montrer comment elles pourraient naitre les unes des
autres. Malheureusement, ses vues ne sont pas appuyees
d'exp^riences assez concluantes pour pouvoir Stre consi-
derees comme Texpression veritable des fails: elles ne sont
la plupart, que purement hypothetiques. Mais une hypo-
th^se conduit souvent ^ une belle d^couverle : sous ce rap-
port, les vues de Fauteur offrent un cot^ utile. Seulement
nous voudrions qu'il se pressat un peu moins de tirer de
certains faits isoles des deductions generates; nous desire-
( 236 )
rioDS aussi qu'il mit un peu plus de clarte et de methode
daos rexposiiioQ de ses idees. Sous ces reserves et tout eo
laissant k Tauleur la respousabilite enti^re de ses asser-
lioDS, nous croyons que le raemoire pourrait etre avanta-
geusemeni publiedaos les recueils de I'Academie. »
tiappot^i lie M, J»e MLonitM!h.
« J*ai lu avec grande ailentioa le travail de M. Henry.
J'ai ^te frappe, avec mes savants confreres , MM. Stas et
Martens, des connaissances etendues dont Tauteur y fait
preuve. Pour arriver aux deductions qu'il a consignees
dans son memoire, il a eu non-seulementa compniser les
nombreuses recherches auxquelles sesont livr^s, dans ces
derniers temps, des chimistesforl distingn^^maisil a fallu,
en outre, se les approprier en quelque sorte pour lebut
qu*il se proposait d'atteindre. Car ce n'est qu'en s*iniliant
completement h ces travaux qu'il a pu s*en servir pour de-
duire et exposer les idees theoriques qui font Tobjet de sa
communication k TAcademie.
Ainsi que Font fait remarquer MM. Stas et Martens, ces
idees sont souvent ing^nieuses et quelquefois entierement
neuves.
Je n*en conclus pas n^anmoins qu'elles soient toujours
r^elles et acceptables^ d'autant plus qu*en general elles ne
sont pas appuyees d'experiences directes et concluantes.
Je fais surtout mes reserves ponK ce qui concerne la
th^ie de remboUemenl , que Tauteur developpe dans la
derniere partie de son travail. Gelle-ci, pas plus que celle
qui, sous le meme nom, a et^ appliquee, pendant quelque
temps, k Facte de la generation chez les animaux, ne me
( 237 )
paraildeslioee a survivre looglemps a 8a naissaoce. Neau-
oioiDSy coinmeles theories emises par M. Henry pourront
donoer lieu k uDe s^rie de recherehes chimiques qui au-
ront pour but, soil d'etablir d^finitivement uue partie ou
la totality de ces theories, soit de les faire rejeter, je suis
d'avis que sod m^moire pourra figurer utilemeat dans Tun
des recueils de FAcademie, parce que, quel que soil le re-
sultat obteuu, il servira, en tout cas, a ravancement de la
science el k Tacquisition de fails nouveaux. »
D*apres les conclusions de ces rapports, la classe decide
que le m^moire de M. Henry sera imprimd dans le re-
cueil in-8° des M4moires,
— M, De Vaux, nomme commissaire pour Texamen
d'une note de M. Gerard de Li^e, sur une roue Electro-
motrice, fait connattre que ce travail a d^jk ^t^ soumis a
I'Academie imp^riale des sciences de Paris, et que, par
suite des r^glements, il croit ne pas devoir faire le rapport
qui lui 4tait demande.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Eclipse de lune du 2f7 fevrier 1858 , ei occullations d'etoites
par la lune, observes en 1857.
L'^clipse partielle de lune qui a eu lieu dans la soiree
du 27 f(6vrier, a el^ observee par M. Ad. Quetelet et son
( 238 )
fiis, du haul desdeux tourelles de i'Observatoire. Quoique
le temps fut beau , les observalioos des taches occult^s
ont ^l^ peu Dombreuses; ces sortes de ph^nomenes, a
cause des p^nombres, soot toujours extremement dou-
teux, surlout pour rinslant du commencement de Teclipse.
On ne donne ici que les princi pales taches, et la moyenne
des observations.
Gommenc* de T^clipse
Ticho . . 1" bord. .
2d __
Heinsius 1" bord. .
_ «d
—^ • * ^ ^^ •
Fracastor 1" bord. .
Fin de Teclipse. . .
11
EnlTie. Sortie.
91. 28« 0»(1)
9 43 3 U^
9 45 46
9 55 36
9 58 14
10 21 54
10 27 29
0'°13«
2 57
10 44 29
10 47 9
10 58 9
11 5 29
11 34 54
A. et Era. Quetelet.
A. et Era. —
A. et Era. —
A. et Era. — (2)
A. el Era. —
Era. —
Era. —
A. et Era. —
Occultations obseruees en i857, par M, Ernest Quetelet,
Immersion.
Emersion.
16 f^vpier ....
A Scorpii. .
13'*
19"
16-
6
14h
56"
15*
4
3 Scorpii. .
13
51
47
0
15
0
17
4
28 Kvriep. . . .
27 Arietis . .
7
59
2
0
8
4
2
4
2 avril
A Cancri . .
11
21
9
8
6 mai .....
(X Virginis .
• • • 1
• •
• • •
•
10
52
0
0
30 septembre . .
50 Aquarii. .
21
45
11
0
6 octobre . . .
27 Tauri. . .
• • •
• • •
• •
> •
21
39
59
7
28 Tauri. . .
21
11
22
1
21
34
n
6
13 octobre . . .
Mars I . .
6
37
32
9
,
Mars II. .
6
37
49
4
7
35
25
4
27 novembre . .
£ Piscium .
2
34
58
4
2
58
15
2
29 — . .
47 Arietis . .
3
29
26
2
4
37
27
4
30 — . .
•
27 Tauri. . .
21
55
7
2
22
28
40
8
(1) M. Mailly a observe le commencement de T eclipse a 9^ S8°* 30*; il estime
cette observation faite un peu tard.
(2) L' entree dans I'ombre a ete marquee par les deux observateurs ; la sortie
par M. Ernest Quetelet seulement.
C 259 )
NOTES.
A et 3 Scorpii. Immersion un peu douleuse, 2t cause de fortes ondulaliont
du bord de la lune. Emersion bonne.
27 Arietis. Immersion bonne. Emersion assez bonne.
A Cancri, Immersion bonne. Des vapeurs empechent de voir T^mer-
sion.
d^ Firginis. Des nuages empechent de voir Timmersion. Emersion
bonne.
50 Jquarii, Immersion bonne. Des vapeurs empechent de voir T^mer-
sion.
27 et 28 Tauri, Des nuages empechent de voir Timmersion de 27 Tauri.
Les 3 autres observations bonnes.
Mars. L^enlr^e de Mars est bien observee; mais au moment du
lever du soleil, il s'est form^ un brouillard ^pais qui a
emp^ch^ de distinguer la V* apparition. La sortie com-
plete, aussi, pr^sente queique doute.
£ Piscium. Observation un peu douteuse, Etoiie tres-faible k la sortie.
47 Jrietis. Etoiie faible. Entree bonne; sortie observee sans doute 2
k 3 secondes trop tard.
27 Tauri. Bonne observation.
Les beures sont donn^es en temps sid^ral de Bruxelles.
Note sur un theoreme relatif a la theorie des roulettes ; par
M. Lamarle, associe de rAcad^mie.
Je vieos de lire, dans le journal VInsiiiut (d° da 24 fe-
vrier 1858), la note saivante, conimuniquee ^ la Sociele
philomatique de Paris, au nom de M. Mannheim :
Geomitrie. Sur la theorie des roulettes. TMoreme. « Lors-
qu'une courbe plane ACS roule sur une droite fixe EF, la
roulette decrite par un point M, li4 a la courbe roulante^ a
m4me longueur que la courbe GPH, lieu des projections du
point M sur les tangentes a ACB, »
2"*' S4lllE, TOME IV. 16
( 240 )
CoroUaires. — I. Le timagon de Pascal, lieu des projec-
tions d*un point d'une cireonference sur les tangentes a
ceite courbe, a pour longueur le quadruple du diametre.
II. La chainetie engeodr^e par le foyer d'une par abole
qui roule sur une droite est recUfiable.
III. La spirale logariihnnique est rcclifiable, car lors-
qu'elle roule sur une droiie, son p6le decrit une ligne
droite.
IV. Lorsque la developpante d*un cercle 0 roule sur une
droite, le centre 0 d^cril une parabole. Par consequenl,
le lieu des projections du point 0 sur les tangentes k la
developpante est rectifiable.
Y. La courbe elastique engendree par le centre d'une
hyperbole equilatere qui roule sur une droite est recti-
fiable, car la lemniscate est rectiGable.
VI. La courbe deciite par le foyer d*une ellipse qui
roule sur une droite a meme longueur que la cireonference
decrite sur le grand axe comme diametre, etc., etc.
Le theoreme dont je viens de reproduire Tenoncem'a
paru tres-curieux. Le corollaire reiatif a la reciiflcalion de
la chainette a dVilleurs eveille mon attention. II m'a sag-
ger^ la pens^e que le precede dont j'ai fait usage pour rec-
tifier la chainetie, dans ma Theorie geomeirique des rayons
€l centres de courbure {*) , pouvait s'etendre^a la demon-
stration du theorenie de M. Mannheim. Le resultat n'a pas
trompe mon aitente, et, sans connaitre la voie suivie par
Tauteurdans ses deductions, je suis parvenu tres-simple-
ment au but que je n>e proposais.
L'objet de celle note est la demonstration tout el^
mentaire du theoreme euonce ci-dessus el sa generalisa-
■ ■'■■■■■ ■ I li ,... , ■ , .... ■ , . II I . Ill, — ■ - — "
O Voir Bulletins de VMadimie, 2~ i^rie, I. II , n- ft.
( 241 )
tioD. Je doune, en outre, la rectification de la cycloide.
Soit ACB an arc plan tangent en A k la droite EF, M
un point lie h cet arc et pris dans son plan , GPH le lieu
des projections du point M sur les (angentes menees de A
enBa I'arcACB:
Imaginons que Tare ACB se developpe en roolant sur
la droite EP et qu'il entraine avec lui le point M. Pendant
que cet arc roule de A en B, le point M decrit un arc de
roulette MON.
Les arcs iMON, GPH , sont ^videmment lies entre eux ,
et ils se correspondent, en vertu de leur <iommune d^pen-
dance avec Tare ACB. On a d*aill6urs pour deux portions
quelconques homologues ou conjuguees entre eltes :
MON = GPH ,
et c'est dans cette ^galit^ que consiste le th^Oreme h 66-
montrer.
Dans la g^n^ration par le point M de Tare MON,Ha tan-
gente EF demeurant fixe, et Tare ABC roulant sur cette
droite, l6 plan MAGB tourne avec une certaine vitesse an-
gulaire w, prise pour unit4.
Dans la generation par le point Gde Tare GPH, le plan
MACB demeurant iixe et la tangente EF s*enrouIant sur
Tare ACB, il est visible que la tangente pent dtre consi-
( 242 )
dirie comme tournant avec cette meme vitesseo), changee
de sens et non de grandeur.
Cela pos^y s'agit-il d*abord de Tare MON? on reconnait
imm^diatement que, dans la rotation autour du centre
instantane A, la vitesse du point M est representee en
grandeur par AM. S'agil-il ensuile de Fare GPH? Tangle
en G du triangle MGA, etant assujclti k rester droit, les
droites MG, AG tournent toutes deux avec la vitesse o),
Tune autour du point M, Tautre autour du point A. II s'en-
suit que la vitesse du point G , situe a Tintersection de ces
droites, resulte de deux composantes, perpendiculaires
entre elles et ^ales en grandeur, Tune a MG , Fautre a AG.
La consequence est evidente; elle consiste en ce que la
vitesse du point G est representee en grandeur par I'hypo-
thenuse AM. On voit done que les points M el G, decri-
vant Tun Tare MOP, Tautre Tare GPH , sont animes de vi-
tesses ^ales, et comme cette egalite subsiste dans toutes
les positions qui se correspondent sur les arcs decrits de
part et d^aulre, il en resulie que ces arcs sont necessaire-
ment egaux. C. Q. F, D.
Le theoreme que je viens de demontrer comporte une
certaine extension.
Supposons que les droites partanl de M coupent les tan-
gen tes a ACB, non plus sous un angle droit, mais sous
un angle quelconque, constant et egal a 6. On a Tenonce
suivant plus general que celui de M. Mannheim :
Lorsqu*une courbe plane ACB roule sur une droite fixeEF,
il existe un rapport constant entre la longueur de la rou-
lette MON, decrite par un point M lie a la courbe roulante ,
et la longueur correspondante de la courbe GPH^ lieu des
points ou les tangenles a ACB sont coupees, sous I'angle 6,
par des droites partant de M. Ce rapport est exprimd par
( 245 )
VegalUe
MON
GPH
= sin C,
Toiites choses restant les memesque tout k Theure, sauf
que, au lieu d'etre droit , Tangle en G du triangle MGA est
egal a S, la vitesse qui anime le point M dans la descrip-
tion de la roulette MON ne cesse pas d'etre representee en
grandeur par AM. La seule difference consiste en ce qu'on
ne connait point tout d'abord les deux composantes de la
vitesse qui anime le point G dans la description de la
courbe GPH :
on sait seulement que cette vitesse
resulte, soit de deux composan-^
tes, Tune egale et perpendiculaire
a MG, Tautre inconnue et dirigee
suivant GM; soit de deux compo-
santes, Tune egale et perpendicu-
laire a AG, Tautre inconnue et
dirigee suivant GA. Si Ton eleve en A, sur AG, la perpen-
diculaire AR, et en M, sur MG, la perpendiculaire MR
(R etant le point d'intersection de ces deux droites), il
resulte des conditions pr^cedentes f) que la vitesse dti
(*) Lorsqu^un point est assujetti a rester en m^me temps sur deux droites
mobiles, et qu'on connait, pour chaque droite, consid^r^e isolement, la
vitesse du point normale k la direction de cette droite, voici comment on
determine la vitesse absoiue de ce point :
On mene par le point deux portions de droite repr^senlant en grandeur
et en direction les vitesses normales suppos^es connues; on ^leve sur chaque
portion de droite et a son extremity une perpendiculaire. La droite qui joint
le point donne au point de concours de ces perpend iculaires , repr^$ente en
grandeur el en direction la vitesse cherchee.
( 244 )
point G est representee en grandeur par la diagonale GR
du quadrilatere MRAG. D'un autre col^, puisque les an-
gles en A et M sont droits et que Tangle en G est deter-
mine, il s*ensuit que la droite GR est le diametre du
cercle construit sur AM, comme segment capable de Tan-
gle ^. Concluons que la longueur GR depend exclusive-
ment de Tangle S et de la longueur AM. Partant de la,
on trouve tres-aisement
GR sin C = AM.
On voil ainsi qu il existe un rapport constant enire ta
Vitesse du point M dans la description de Tare MON, et
celle du point G dans la description de Tare GPH. II est
demontre en m£me temps que ce rapport est egal a sin S*
Le meme rapport subsiste necessairement entre les por-
tions d'arc qui se correspondent. On a done, comme con-
s^queace immediate ,
g^ = sin C, C. Q. F. D.
Ce (heoreme conduit plus directement que celui de
M. Mannheim au coroUaire III relaiif a la rectification de
la spirale logarilhmique.
Supposons que )a courbe ACB
soit un cercle au rayon AI »= R;
supposons, en outre, que, au lieu
de rouler sur la tangenle EF, ce
cercle roule sur un autre cercle au
rayon Ar«^R'. Rien n'etant change
d*ailleurs, on voit aisement que la
Vitesse angulaire de la droite AM n'est plus egale a ceile
C«43 )
desdroices MG, AG, et qa*entre eelle-ei et la premiere,
il y a le m£me rapport q»'entre R' et R -^ R'. De 1^ ri*
suite, comme tout k Tbeure,
MON R^R' ,
GPH R'
ou invers^ment
GPH R'
(0
MON (UH.R')slnC
Cela pose, si, toutes choses ^gales d'ailleurs, on prend
pour courbe fixe le cercle au rayon R el pour courbe
roulante le cercle au rayon R', les arcs MON, GPH etant
remplaces par d*autres arcs MO'N', GP'H', respectivemenl
determines comme les premiers, Ton a, en vertu de Tdqua-
lion (i)
GPH' R
(2)
MO'N' (RH-R')siaC
L'addition membre h membre des egalites (1) et (2)
donne
GPH GPH' i
MON MON' sin C*
et comme cetle relation subsiste ind^pendamment des
rayons R,R', il s'ensuit qu'elle s^applique au cas g^n^ral
de deux courbes quelconques et qu*en cons^uence, elle
fournit ce nouvel enonc^ :
Lorsque deux arcs plans ACB, AC'B\ tangents en A et
4§aux en long\Mur, touknt suceessivement Ttin sur tautre,
ehacmi d'eux restant fixe pendant que l^autre s'y applique
( 246 )
tout enlier, il existe une relation constante entre les lon-
gueurs des roulettes MON, MO'N' d^rites par un m4me
point M liia la courbe roulante et les longueurs correspon-
dantes des courbes GPH, GP'H', lieux des points ou les
tangentes aux arcs ACB, AGB' sont couples sous I'angle S
par des droites partant de M. Cette relation est la suivante :
... GPH GP'H' i
(OJ« • • • •
MON MO'N' sin C
Si Tangle 6 est droit, comme dans le cas du theoreme
de M. Mannheim, on a plus simplemenl :
in GPH GP'H'
MON MO'N'
J'ai suppose les arcs ACB, AG'B' exterieurs Tun k Tautre.
S'iis etaient interieurs Tun k Tautre/on aurait en general
GPH GP'H' 1 ,. GP'H' GPH 1
(5). = ou men = ,
^ ' MON MO'N' sin C MO'N' MON sin C
et, dans le cas particulier oii Tangle S est droit,
GPH GP'H' ,. GP'H' GPH
(6). = 1 ou bien = i ,
^ ' MON MO'N' MO'N' MON
selon que, pour d^egales longueurs considerees de part
et d*autre, la courbure de Tare ACB serait constamment
plus forte ou constanimenl moins forte que celle de Tare
ACB'.
«
Les iheoremes exprinoes par les egalites(3), (4), (5), (6),
component cvidemment de nombreux corollaires. Le
( 247 )
manque de lemps m'ablige h laisser au lecleur le soin de
ies deduire.
—k
RECTIFICATION DE LA CYCLOIDE.
Soil amfle cercle roulant, cson centre, m le point qui
d^crit la cycloide, Ik la droile
sur laquelle roule le cercle
amf, a le point de contact de
ce cercle avec la droite Ik. Le
point aetant le centre instan-
tane de rotation qui corres-
pond a la position actuelle du
point m, il est visible que la
Vitesse v de ce point est dirigee tout entiere suivant mf.
Prenons mf four grandeur de la vilesse actuelle v. Si par
le point f nous menons la droite fb tangente en f au cercle
amf, mb, fb seront Ies composantes de la vitesse v. Tune
parallele, Tautre perpendiculaire au diametre af. Cela
pose, tandis que le point m decrit la cycloide, si Ton
considere le cercle amf comme fixe et qu'on projette le
point decrivant sur ce cercle par une droite parallels a /A:,
on voit immediatement que la projection du point decri-
vant a une vitesse actuelle v' representee en grandeur et
en direction par la droite me, tangente en m au cercle
amf II suit de la qu*en designant paru' la composanle de
la vitesse u' dirigee suivant mf, on a generalement
u' = mrf,
d etant le pied de la perpendiculaire abaissee du point e
sur mf. Or, puisque Ies droites fe, me sonl toutesdeux
tangentes , Tune en f, Taulre en m, au cercle amf, le point
( 248 )
d e9l ^videmment le milieu de mf. On a dooc
Concluons que la longueur de Tare cycloidal, compris
entre deux positions quelconques du point decri?ant, est
^ale au double d|i changement de longueur que la droite
mfsuhii dans le passage d'uue de ces positions k I'autre.
On a ainsi pour la longueur lotale de la cyclo'ide le qua-
druple du diametre af.
S'il s'agissait d*une epicycloi'de , au lieu de doubler le
changenient de longueur subi par la droite m^ il faudrait
multiplier ce m&tne changement de longueur par le fac-
teur 2 (1 -♦- ^,), R elant le rayon du cercle roulant, R'
celui du cercle Oxe.
( 24» )
CLASSE D£S LETTRES.
Seance du I*' mars 1858,
M. M.*M.-J. Leclercq, directeur.
M. Ad, Quetelet, secretaire perpetual.
Sont presents : MM. Grandgagnage, de Ram, Roulez,
Gachard, le baron J. de Saint-Genois, Paul Devaux, P. De
Decker , Schayes , Snellaert, Carton, Bormans, Polain,
Baguet, Arendt, membres; Nolel de Brauwere Van Stee-
land, associe; Mathieu, Kervyn de Leilenhove, Chalon ,
Thonissen, Th. Juste, correspondants.
M. d'Oinalius d'Halloy, president de l*Acad4mie et membre
de la classe des sciences; MM. Alvin et Ed. Felis, membres,
et Jehotte, correspondant de la classe des beaux-arts, assis-
tent k la seance.
CORRESPONDANCE.
UAcad^naie apprend avec douleur, par une lettre de
M"* Delfosse, la perle que le pays vienl de faire par la
mort de son epoux, M. Auguste Delfosse, ministre d*Etat
et ancien president de la Cbambre des Repr^sentants.
— La Soci^t^ des antiquaires de la Morinie k S'-Omcr,
( 250 )
annODce renvoi da dernier volume de son Bulletin histo-
rique; et la Sociele libre d^emulation de Liege remercie
TAcademie pour Teuvoi de son dernier Annuaire.
— L'auteur du travail envoye au concours sur la ques-
tion de litlerature flamande fait parvenir le billet cacbele
qui mauquait a son m^moire.
— M. Hauchecorne » de Cologne , ^crit a TAcademie en
lui presentant un exemplaire de ses tableaux statistiques
des chemins de fer de TAIIeniagne pour Tannee 1S56.
— M. le general Renard transmet une cinquieme lettre
manuscrite sur l'identit4 de race des Gaulois et des Ger-
mains. (Coramissaires : MM. Schayes, Roulez et le baron
deGerlache.)
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Relation de la premiere croisade de saint Louis, par Gui-
bert de Tournay, Notice par M. Kervyn de Lettenhove ,
correspondant de TAcademie.
J*ai eu, il y a quelques annees, Thonneur de commuDi-
quer h la classe une notice snr le manuscrit unique du.
traits : De erudilione regum. Qu il me soit permis d*ajouter
aujourd'hui que je crois avoir retrouv^ un autre ouvrage
bien plus important de Guibert de Tournay, je veux parler
de la relation de la croisade d'Egypte dont on conservait
autrefois une copie a Fabliaye de S'-Marlin.
(261 )
Le maDuscrit n^" 9493 de la Bibliolh^que de Bourgogoe
renferme une coolinuatioD in^dite de Bernard le Tr^sorier
qui s'etend de 12S9 h 1266(1). Mais lorsqu'on Texamine
attentivemeDt, on reeonnait qu*elle est presque entiere-
ment consacree aux expeditions chreliennes d*Orienl sous
le r^gne de saint Louis. Les digressions memes auxquelles
Fauteur se livre ne sont point elrangeres au but qu'il se
propose. Nous mentioonerons les chapitres consacres au
Khalife de Bagdad, aux Tarlares et au Yieux de la Mon-
tague, et surtout une precieuse description de Jerusalem
au XIir» si^cle.
L*auteur ne se nomme pas : il a soin toutefois de rap-
peler que Frederic II, apres avoir protege pendant quelqne
temps les freres mineurs, les cbassa de son empire, et que
saint Louis en emmena avec lui non-seulement dans Tile
de Cbypre, maisaussi a Damietle. Ceci legitime peut-etre
notre hypotbese que le recit que nous avons sous les yeux
appartient a un frere mineur. Nous trouverons d'autres
arguments dans la comparaison de plusieurs texles de ce
manuscrit avec certains passages du traits De eruditione
regum.
L'auteur de notre relation, apres avoir rapport^ que le
roi de France refusa de Tuir, et aima mieux s*exposer avec
tons les siens k la captivite et k la mort, peint ainsi sa se-
renity d'Sinie au milieu des privations, des souffrances et
des perils :
Li rois les amonestoit de bien faire. Bien distrent aucuns
qui en Tost de la crestiant^ furent que onques ne virent le roi
(1) Elle se trouve aussi dans le n<* 9045; mais ce MS., moins ancien, est
assez incorrect.
( 852 )
frire, fid mauvais semblant, n6 coart, na esbahi, et bien sam-
blott k la chi^ra qu*il ne ust Hole doutance, na asraai.
Guibert de Toumay dit dans le traits De erudilioni re-
gum :
Rex fugae praesidio consulere noluit, sed flere cum flentibas
maliiit et cum popnio in carcerem vel mortem ire. Quid esset id
homine claruit dum fidei scutum opposuit ut animaretad fidem
exerciltmi. Non expaluit facies, sed intrepiduset solitolonge ae-
curior, nicbil de statu regiae dignitatis amisit.
Dans le meme traite, il mentioDne les Psylles d*Egyple,
qui, en pronon^ant cerlaines paroles, sucent avec la
langue le venin le plus violent. Notre manuscrit s'occupe
aussi des Psylles et « des charnoes que il savoient dire, »
car <c c'estoil merveille a veolr comment li Psille se com-
» batoient au venin. »
Comment d*allleurs pourrait-on ne pas reconiiaitre
dans ceite relation inedile, la plus complete qui soil par-
venue jusqu*k nous sur la septieme croisade, le travail
hislorique de Guibert de Tournay, signale par d^anciens
auteurs et vivement regrette par les erudits modernes?
Une miniature presque effacee oti Ton aper^oit sainl
Louis malade a Pontoise, recevant la croix des mains de
r^v^que de Paris, nous annonce le commencement du
recit de la croisade (1). Immedialement apres le premier
(1) La narration de Texp^dition de Thibaud de Chamf^a^ne en terre
sainte, k peine ant^rieure de quelques annees, remplit les pages prec^entes
de notre manuscrit, et nous ne croyons pas nous tromper en disant que
Pauteur Ta ecrite d^apres le t^moignage de plusieurs chevaliers qui accom-
pagnerent saint Louis en Egypte. II cite lui-mlme Philippe de Nanteuil et
Matthieu de Marly.
( 235 )
chapitre vieftt une leltre adressee ^ Nicolas H6rode et k
Jean SafraEin,qui elaient, si je nenie trompe, tons les dea:t
ir^soriers du roi de France. L'aulcnr de cetle leltre, qui
est evidemment le m^me que Tauleur du livre, rapporte
qu'il se irouvait pr^s du roi el de la reine sur le navire la
Monjoie^ qui mil a la voile du porl d'Aigues-Mortes lejour
de la fele de saint Angustin (28 aout 124nS) et qui aborda
a Chyprele 17 seplembre(l).Quelques mois sepasserent:
on chercha 5 les meltre ^ profit en nouant des negocialions
avec les Tarlares, et noire auleurcile, concime y ayanl pris
une pari aclive, Andre de Lonjunieau, Jean Godelichet
Herbert leSonimelier el Gilbert de Sens. Quand toute Tar-
mee des croisesse trouva reunie, elle complail 5,500 che-
valiers el 5,000 arbalelriers. Mais Texpedilion, des qu^elle
s'eloigna du rivage, ful vivement conlrariee par les lem-
p6les. Bien que Ton ne complit que irois journees de Li-
me^on a Damielle, elle resta plus de trois semaines en
mer. La leltre qui nous a conserve sur tons ces fails de
nonabreux delails, Tut ecrite a Damielle aussilot apres le
debarquemenl des croises.
Une seconde lellre, dalee ^galement de Damielle,
s*^lend davanlage sur la brillante conquele de cette ville.
Nous en cilerons tout ce qui se rapporle au combat livre
sur le rivage :
Vendredi apr^s la Ternit^, enter lierce, venismes devant Da-
miete h grant partie de nostre estoire, ines elle n'estoit pas
toute dallez et bien avoit HI Hues tresqu ^ terre. Li rois fist Tes-*
(1) Tout donne lieu depeoser, arons-nous d^ja observe ailleurs, que Gui-
bert de Tourna^ fut altacb^ comme chapelain ou comme lecteur au roi d«
Franco.
( 2S4 )
toire a ancrer et manda tantost tous ses barons qui I^ esloieot. 11
s'asembl^rent luit dedens la Monjoie, la nef le roi, et &*acord^
rent que landemain bien matin iroient prendre terre a force,
maugr^ leur anemis» se il leur osoient deffendre. Gomandd fu
que on appareillast loutes les galies et tous les menus vessiaus,
et que, landemain bien matin, i entrassent tuit cil qui entrer i
porroient. Bien fu dit que chascun se confessast et feist son tes-
tament, et atornast bien son afaire come pour morir, se il plai-
soit h Noslre-Seingneur.
Quant ce vint landemain, li rois oi le service Jh^su -Crist et
tele messe comme Ton fait en mer, et s*arma et coraanda que tuit
sarmassent et entrassent hs petis vaisseaus pour aler prendre
terre. Li rois cntra en unecoiche de Normandie et nous et nostre
compaingnie aveques lui et li l6gas ansint qui tenoit la vraie
crois et enseignoit la gent arm6e, qui estoient ^s menus vaissiaux
pour aler prendre terre. Li rois fist entrer en la barge de can-
tier monseignor Jehan de Biaumont, Mahi de Marli, Joffroi de
Sargines, et fist mettre le confanon monseignor S' Denis awec
eus. Gc le barge ala toute devant, et tuit li autre vaissel apr^s et
suivirent le confanon. La cocbe oil li rois estoit et li l^gas awec
lui, qui tenoit la vraie crois, et nos, estions derrier.
Quant nous aproicbasmes de la rive 5 une arbalest^e, mout
grant plante de Turs qui 1^ estoient sor la rive k pi^ et ^ cbeval
traistrent a nos mout espessement et nos h eus, et quant nos
aproicbasmes de terre, bien II mil Turs qui 1^ estoient, se fi^ri-
rent en la mer bien avant contre nos gens, et asse^ de ceus k pie.
Quant nostre gent, qui arm^ estoient h pi6 bs vaissiaus et meis-
mement li chevalier virent ce (et meismement mout d'autres),
n'entandirent pas h suirele confanon monseingnor saint Denise,
ains saillirent en li aue tuit arm^, li un jusques aus esselles et
li autres jusques aux mamelles, les uns plus et les autres moins,
selonc ce que la mer estoit plus parfonde en un leu qu*en autre.
Assezi ot de nos gens qui traistrent leur chevaux par grant p^ril
et par grant proesce hors des vaissiaux oil il estoient.
( "^55 )
Adonts'efforc^rent nostre arbalestier et traistrent si diirement
et si espessement que ce estoit merveilles h veoir. Lors vinrent
li nostre k terre et la gaagni^rent. Quant li Tur virent ce, si se
rali^rent ensemble et parl^rent en leur langage, et veinrent sur
nos gens si fi^rement qu it sembloit qu'il les deussent tous oc-
cirre et d^conper; mes nos gens ne se murent de sus le rivage,
ains se combatoient si tierement quil sembloit qu*il n eussent
onques soffert perils, ne travaus, ne angoisse en la mer,par la
vertu de Jh^su-Crist et par la vraie crois que li l^gas tenoit en
haut contre les mescr^ans.
Quant li rois vit lesautres saillir et descendre en la mer, il vest
saillir en la mer, m^s Ten ne li vost soffrir, et toutes voies des-
cendi-il outre lor gr^ et entra en la mer jusqu^ la ceinture, et
nous tuit awee lui, et puis que li rois fu descendus en la mer,
dura la bataille grs^nt pi^ce. Quant la bataille ot dur^ et par mer
et par terre, d^s le malin jusqu'a midi, li Ture se traistrent ar-
ri^re et entr^rent dedans la cit6 de Daniiete. Li rois demora sus
la rive 1^ tout Tost de la crestiant^.
II ot en celle bataille ou pou ou nul mors des erestians : des
Turs i ot bien ocis jusqu*i^ y^ et mout de leur chevaus. II i ot
ocislH amiraus. Li rois, qui ot est^chevetaineen la bataille oik li
quens de Bar et oil de Montfort et li autre crestien avoient est^
desconfit devant Gadres, i fu occisen celle bataille. Ce estoit, di-
soit Tan , li plus grans sires de toule la terre d*£)gypte, apr^s le
soudant, bons chevaliers, hardis et saiges de guerre.
Landemain, c'est h savoir le diemanche apr^s les huiti^mes de
Pantecoste(1),au matin, vint uns Sarrasins au roi,qui li dist que
tuit li Sarrasin s*enestoient al^ de lacitd de Damiele, et que Ten
le pandist se ce n*estoit voirs. Li rois le fist bien garder et i en<
Yoia gens pour savoir la certainnet^. Avant qull fust none, cer*
taines nouvelles vindrent au roi que grant plants de nos gens
(1) 6juin1349.
a^'sAWE, TOMt IV. 17
i
( 5l$a )
estoient Ik Men$ la cit^ d« Damiete et la hauiere 1^ rol $II4 une
hame lor.
Dans cette memo leitrei se lUaient ce$ lignes ;
Nous cuidons adonques que nous ne mouvrons de la cit^
jusques h la Tous-Sains pour la croissance du flum de Paradis
qui h cort que on appelle le Nil, quar Ten ne puet alcr en
Alexandre, ne en Babylone, ne au Cahaire quant il $'est es-
pandus par la terre d'Egypte, ne il ne descroist, ce dist Tan,
devant adonques...
Et plus loin :
Faites savoir ees Ieltre$ k tous nos amis. Ce9 lettres forent
failes dedens la cit^ de Daniiete» la vegille de la nativity moR*
seingnor saint Jehan-Baptiste.
D'autres lettres furent-elles eerites aa camp de la Mas-
soure? Nous rignoroDS, et nous compreoons aisement
qii'elles ne sclent point parvenues jusqu'k nous. Aussi ne
rencontrons-nous plus dans noire texte qii^une relation
r^uli^re ecrite sans doute plus tard, apr^ la tin de la
captivity d'figypte.
Dans ceite relation, Tauteur remonte jusqu^au s^jour
.du roi de Prance k Damielte. II se plait a enumerer toules
les foadalions pieuses, toules les aunoooes que saint Louis
multipliait en meme temps que Ton reparait adivement
les rortlGcaiions de la ville. Tous les seigneurs, porle aotre
relation » avaient lew hostel gratit et M a Damiette, et
le roi» craignant que la discipline miUlaire na fdl Irop
promplement oubliee, en donna le premier Texemple en
laissant la reine a Damielte pour aller s'elablir avec tous
les barons dans Tile de Maalot , sur Tautre riv^ dii Nil ;
r
( 257 )
mm &es cqnseils ne furent pas longtemps ^cout^s (1). A
peine les Bedouins, a qui le soudan avail promis di\ be-
sants d'or par Ifite de Chretien, se monirerenl-ils devant
le camp que Ton eut a deplorer Timprudenle tenlalive da
sire d'Antrereche, aussi rapporlee par Joinville. Une cha-
leur e^tremey qui muliipliail les mouches el les insectes
de tout genre, accablait les croises, et, vers les derniers
jours d'octobre, les vents furieux souleverenl les fiol$ de
la Boer.
On cfQt , enQn , toucher au terine de ces epreuves.
L^arrtvee do comte de Poitiers, qui avail heureusement
^happe k la tenopdte, fut saluee avec joie; les inonda*
tions du Nil , qui s*etaient opposees jusque-I^ h la marche
des croisds, avaient completement cesse, et toule rarm^e
chrelienne se porta en avanl, Ie20 novembre, pour se di-
nger vers la Massoure. On mil trenle et un jours h faire
dix-huil lieues. Un autre mois se passa en vains prepara-
tifs po^r franchir le canal du Tanis, el Ton sail quel af-
freux desaslre attendait les croises sur Fautre rive.
(1) Notre auteur est fort severe k i'^gard des ddsordres des chevaliers.
Toiei comment i! Dons peint la eoupabie mollesse de eeux qui partagf^rent
les re?ers du comte de Jaffa :
Li riche homme firent metre les napes et s'asistrent an menfter, quar il
aTOfeni aiaes foit porter pain et tio , geiiaes et ebapons. Li un menjoienl et It
autre dormoieBt; li autres aliroient keur cheveux, lant avoit d'orgueil et de
bobant en eux. Bien s'aper(urent que Nostres-Sires ne yuelt mie que on le serve
en tel maniere.
II serait int^ressant de comparer aux Editions publiees an XYI""" siecle,
les MSS. bieo plus complets des sermons de Guibert de Tournay, conserves a
Arras I k Poitiers, k Troj'es et k Bruxelles (n** 4284 et S2S0). tk aussi se fen-
eootrent de nobles et pieux enseignements adress^s k la ehevalerie : rofet
naUmtamA \»M%. H^iO, (^ 52. Un atitfe cnriwii cosiaiciiee ptr €• UfxH ;
Bmkt terra tujtu rex nohilh eU*
( 258 )
Nous reproduirons le recit de la balaille de la Massoure :
Quant li nostre veirent que il faisoient'ainssint leur volenti^
des Sarrasins et que tuit s^enfuioient devant enls, il les comen-
ci^rent a chacier trop follement et sans conseil et sans nul
apanssement. Quant fr^res Giles ii grans comandierres du
Temple, preuls et hardis et saiges de guerre et clerv^ans, vit ce,
il dist au conte d'Artois qu*il feist sa gent arrester et ralier en-
semble, et que Tan atandist le roi et les autres batailles qui an-
cor n'avoient mie pass6 le flum. Bien disoit encor fr^res Gilles
que Ii quens d'Artois et oil qui estoient awec lui avoient fait uu
des grans hardemens et une des plus grans chevaleries qui fust
faite, grant tens avoit en la terre d'outremer, et looit encores
qneTensetraissistdelez les angins des Sarrasins, qui estoient dre-
ci^s delez la chauci^e, quar se il chagoient ainsint esparpilli^,
Ii Sarrasins se ralieroient ensemble et l^gi^rement les desconfi-
roient, quar il n*esloient q'un pou de gent au regart de la grant
plants des Sarrasins qui Ik estoient assemble. Uns chevaliers
que nous ne savons mie nommer, qui estoit awec le conte d'Ar-
tois , respondi en tele mani^re : « Ad^s i aura du poill du lou :
» se li Templier el li Ospilalier et li autre de cest pais vossissent ,
» la terre fust ore toute conquise. » Gil meesmes qui 16 estoient
parloient au conte d'Artois en tel mani^re : « Sire, }h ne veez-
» vons que li Tur sont desconGt et qu'il s*enfuient? Ne sera-ce
ji mie grant mauvaisti^ et grant coardise se nous ne cha^^ns
» nos anemis? » Li quens d*Artois, qui estoit chevetaine de
Tavangarde, s'acordoit bien au chacier et dist k (vhre Gille que
s*il avoit paour, qu*il demorast. Fr^res Gilles li respondi en tel
mani^re : « Sire, ne je, ne mi fr^re, n*avons paour; nous ne
» demorrons pas, ains irons awec vous; m^s saichiez, nous re-
}} doutons que nos, ne vous n*en retournons ji!i. » -
Endementres qu*il parloient ainsint, X chevaliers vindrent U,
tout acorant au conte d'Artois, qui li distrent de par le roi qu'il
ne se meust et qu il atendist tant que li rois fust venus. II res*
pondi que It Sarrasins estoient desconfit et qu*il ne demorroit
( 259 )
mie, ains les chaceroit. Tantost coururent empr^ les Sarrasins
et les chaci^rent parmi les herbages, tiiit esparpilli^ et sans
route tenir, tant qa*il vinrent h une vilete que Ton claime Lau-
massorre. Tantost se fi^rirent dedans li uns apr^s les autres tout
occiant ceus qu*il pooient aconsuivre. Li Sarrasins pooient k
painnes croire que li nostres cha^assent si folement, nequH se
fussent embatu si p^rilleusement, ne espandus par les rues de ce
chastel. Bien virent qu*il en feroient auquesleur volent^s. II iirent
sonner cors et buisines et tabours. Isnelement se rali^rent et
avironn^rent nos gens de toutes pars, crueusement leur couru-
rent sus, qnar il avoient les cuers mout angoisseux de la grant
ocision qu*il avoient veue de leur gent , et s*en trouv^rent nos
gens h grand meschief, quar il n*estoient mie ensemble. II et leurs
chevaus estoient si las qu il d^failloient tuit, tant avoient corn
et racoru par les herberges des Turs qu*il ne se povoient aidier.
Li Sarrazin les trouv^rent espandus par tropiaus, I^gi^rement en
flrent leur vollent^s, tous les detrenchi^rent et d^coup^rent et
pristrent et li6rent et train^rent emprison. Aucun en i ot qui se
mistrent au fouir vers le flum, qui cuidoient eschiver la mort;
m^s li Sarrazin les suivoient de pr^, ociant et abatant de baches
danoises, de maces, de glaives, d'esp^es que quant il vinrent au
flum, qui estoit grant et roides et parfons, il se fi^rirent tuit aus et
furent tuit noi^. En celle bataille furent mort ou pris, Ten ne
scet mie bien lequel , Robers quens d'Artois, fr^re le roi Looys
de Prance, Raoul li sires de Couci, Rogiers sires de Roissi, Je-
bans sires de Cherisi, Erars sires de Breine en Champaigne, Guil-
laume Longue-Esp^e quens de Salibieres en Engleterre , et tuit
li Templier perdu. N'en demora que IIII ou que V. Mout grant
plants de nos barons, chevaliers, arbalestiers, serjans k cheval
des plus preuls et des plus elleux de tout nostre ost i furent tuit
perdu , n*onques puis n*en sot-on certainnet^.
Quant li rois ot pass6 le flum et les autres batailles qui estoient
awec lui, vinrent tuit ordren^ement et tuit rangi^ celle part la
oili li Sarrazin estoient, m^s li Sarrazin qui les nostres orent si
( 860 )
bidemtat desconfis, (breni moat^ nn si fraai orfoill ^'il k%
prisi^rcnt mtont le roi , ne tout ie ramenant d6 &o«tr6 ott. TaA«-
tost conm il aper^nreDl le roi , par grant orgoill et par grant
bobont 86 f^rirent hardieroent encontr'eux. Quant li rois yit ce,
bien se pensa que c!l qui devant estoient al^, aToient mise la
crestiant^ en mauvais point. II comanda h tous ceus qui awee lui
estoient que il se tenissent tuit ensemble et tuit serr^, motit leur
amonestoit et disoit que il ne devoient point douter eelle grant
plants de mescr^ans qui encontr eus venoient, qaar Nostres-Sires
Jh^u-€ris, pour qui il estoient 1^ Yenu8» estoit plus fors et plus
poissans que tous li mondes. Quant li cheyaliers Sarrazin aproi-
cb^rent de notre gent, la noise y fu si grans de cors, de buisines,
de labours et de cris de gens que estoit grant hideur h oir. 11
acointrent les nos tout antor et traistrent si grand plants de
saieles et quarriaus que pluie, ne gresill ne feist mie plus grant
oecurt^, si que mout i ot de navr^s de nos gens et de leur che-
vaux. Quant les premieres routes des Turs orent ifvidi^ leur car-
quoiset tot trait, il se traistrent arri^res, m^s les segondes routes
vindrent apr^s tantost, oil il avoit encor plus de Turs. Gil trais-
trent encor plus espessement qu'en avoient fait li autre.
Li rois, ne nostre gent n*avoient nul arbalestier 1^ androit.Gil
qui avoient le flum pass^ awee le roi estoient tuit occis en FaTan-
garde, quar li Sarrazin occioient sans espargnier tous les arba^
lestiers qu il prenoient. Quant li rois et nostre gent virent qu*il
perdoient ainsint leur chevaux et eus-meismes, il f^rirent des
esp^rons tuit ensemble encontre les Turs pour eschiver les saietes,
assez en abatirent aus glaives et aus esp^s, m^s la plants des
Tors estoit si grant que pou ou noiant i paroit, quar quant il i
avoit aucun Tur ocis ou abatu, tantost revenoient autres en lenr
leux, tuit fr^s et tuit novel. Li Tur virent que nostre gent et leur
chevaus estoient mout bl^ci^ et k grant meschief , si pandireni
isnelemeut leur ars h seneslre, desous leur roeiles, et leur coru-
rent sus moult cruelment aus maces et aus espies, si durement
tenoient nos gens h estroit que ce estoit merveilles k veoir Assex
(161)
J 01 d«ft M% qui i\ir«n( «n t<llle batnille , qui i^piiit dlMr^tii t\
aferm^retil efertainuiimeiit qu« ge li rois ti6 ge fu6t maitttenui fei
hardiemeni, x\ni\ ^ussent estift tuil mort ou pris. Onqu«s li rois
efi celle bataiile tte trestornd 6oti vis, ne n^eschivft soti tot^ At^
Turs. II confortoit et amonestoit ^a gent de bien fair«,fii qull
en estoient tuit rafreschi. Mout se deffandoient yiguereiisement
si au desous come II estoient et souffroient celle grant plants
de Sarrazids qui descharioieni sot* eus, les unes routes apr^s les
autres.
Ainsintdura celle bataillejusques autour nonne. Li chevalier
et les autres gens qui estoient en nosherberges, qui bien savoient
ces choses, ne les pooient secorre pour le flum qui estoit antra
deus. Tuit et petit et grant braioient et crioient h haute vois et
batoient leur pis et lor testes et d^rompoient leur cheveuls et tor-
toient leur poins, et disoient : c Las! las I las I Li rois et si fr6re
a et toute leur conipaingnie sont tuit perdu. » Adont coururent la
gent h pi^et li menus peuples hardiement et tr^s-haslievement
as merricns, aus angins et aus autres estrumens de Fpst^et com-
hienci^rent h essaier s'il porroient taite aucune void pardesOUl
eel pas, par oti il peussent passer outre pour aidier au roi. Ptt
grant painne et par grant travaill, firenl une voie de merrien
aasez p6rilletise par deseur le pas, qtiar li aue estoit par desiltti^
roide et parfonde pour la chauci^ qui U androit estoit fete^ »i
que nus n i ch^ist qui naaintenant ne fust perdus. Tantost pasad*
rent assez p^rtlleusement au plus isnellement qu*il porent, poor
aidier au roi. Mi^s quant li Sarrasin les virent venir et passer le
flum, il se traistrent arrier et se d^partirent de 1^ androit et s^en
al^rent h leur herberges.
En celle bataille perdirent li chevalier (Sarrasins?) assez de
leur gent qui i furent occis. t)es nostres ni ot-il gu^res de mors,
m^s assez en i ot de navr^s et assez perdirent de leur chevaus qui
furent occis et navr^s en dtverses mani^res. Li nostres, quant il
orent gaaingnid et retenu le chaoip par Taide de Dieu, «*en re-
tom^fefit dever^ le pas. Lfk firenl tendre lor paveillons et leur
( 262 .)
tentes, ei se logi^rent delez les angins aus Sarrazins, dont il
trouv^renl XIUI. A^sez trouv^rent nostre gent iluec androit mer-
rien, tantes, paveillons et autre harnois que li Sarrazin avoient
laissi^, quant il feurent seurpris de Tayangarde. Gele nuit, de-
mora li rois 1^ androit h mout poi de gent.
Le lendemain de la bataille fut le jour des Cendres.
D*un cole, tout retra^ait chez les Chretiens le deuil et la
penitence; de Tautre, de bruyanles fanfares annon^aient
Torgueil du triomphe chez les Sarrasins.
Un nouveau soudan venait d'etre proclam^; il refasa avee
m^pris la lr6vequ*on vint jui demander.Un profond decoQ-
ragement s^empara des croises decimes par lepideniie : il
semblait qu'il leur fut impossible d^echapper a Tarmee des
inQtleies qu'on evaiuail en ce moment a 300,000 hommes.
Les barons conseillaient au roi, lanldt de prendre le meil-
leur cheval qui leur restat et de chercher a gagner Da-
mielteen le pressant de Teperon, tanlot de se cacher dans
une barque et de s*eioigner pendant la nuit. Le roi rejela
ces timides avis, en declarant qu'il etait venu avec les
croises pour vivre ou pour mourir avec eux, et il fut resoiu
que les debris de Tarmee chrelienne repasseraient le Tanis.
En meme temps, Ton Taisait monter dans les barques les
clercs el les malades. Lk se refugia aussi, si nous compre-
nons bien le texte que nous avons sous les yeux , Tauteur
decette relation (1).
Cependant les chreiiens s'avauQaienl avec courage et
ceux qui marchaient les derniers avaienl leurs targes el
(1) L^^veque de Soissons n^avait pas voulu quitter le roi; il parlagea tous
ses perils, mais ne reparut plus. L'eveque de Langres, qui s'dtait embarqu^
sur le Nil) p^rit ^galement sous les traits des Sarrasins.
( 265 )
leurs ecas h^riss^s de tant de fldches qu*on eti pa les com-
parer, aussi biea qae Tarmure de Richard Ccfiur de Lion, k
uDe pelote couverted*aiguilles. Deja Ton avail franchi les
deux tiers de la distance qu^on avait a parcourir pour etre
sauve; Ton n'etait plus qu*a cinq lieues de Damiette quand
les Sarrasins, tentant ud dernier effort , virent tomber en
leur pouvoir le roi de France avec ses deux freres et les
comtes de Flandre , de Brelagne et de Soissons. c Assez i
» ot des crestians, ajoute notre auteur, qui s*anfoirent
» vers nostre navie pour ce qu*il cuidi^rent eschaper, m^s
» la navie s'en estoit ja alee. Quant il vindrent la, il se
» ferirent au tlum et furent noie tuil. »
Un navire echappa presque seul h la poursuite des Sar-
rasins : c'est celui qui portail le legat du pape, Eudes de
ChSiteauroux, et le patriarchede Jerusalem, et sansdoute
aussi un grand nombre d'autres clercs.
On sait assez quelle fut la ran^on du roi de France et
avec quelle magnanimite il ne voulut jamais stipuler les
conditions de sa delivrance sans assurer egalement celle
de ses compagnons d'infortune. Mais ce traite ne fut pas
execute, el plus de 12,000 Chretiens rest^rent dans les
prisons d'£gypte.
Quand saint Louis fut arrive dans la citd d'Acre, on le
pressa de nouveau de profiter du passage du mois d'aout
pour regagner la France; mais il repondit avec la meme
generosite que rien ne pourrait Tengager a abandonner
les Chretiens de Palestine, qui avaient epuise toutcs leurs
forces en le secondant dans sa funeste expedition a la
Massoure. Quatre annees devaient s'^couler avant qu*il
rentr&t a Paris, le 7 septembre 1254, au milieu des larmes
de joie de son peuple, qui n'e§perait plus le revoir.
Cette rapide pn^lyse resume bien incompletement la
( te4 )
relation dont sou^ qous dCcupoos ailjonrd'bui : l«s aili'
tiong qnt noiis lai avons empruDt^ la feront mieui
connaitre. Nous nous borberoits ^ ajouter qu'cile offre le
meilleur cotnmeniaii^e dii r^cit brillant, mais conrus^ da
sire de Joinvill^, et que nous y retrouvons vraisemblable-
ment la pri&cipale source suivi^ par Guillaume de Nangii.
II sulfite croyoDS-nous, de la signaler pour qu'elle fixe
ralteniion de tous les amis de Thisloire et des lellres^
— M. Gachard donoe leeture d'ua second rragmeut de
la biograpbie inedite de dou Carlos. Ce fragmeot renferme
les details qui out motive rarreslation du jeune prinee
espagnol et les relations qui existaient entre lui et sod
oncle don Juan. Uauteur s'esi borne a donner lecture de
GO r^cit qui a et^ ^cout^ avec inl^rlt; il a Tait conQatire
qu'il se propose de le publier prochainement daas Toa-
▼rage spfeial dont il s'oeeupe eo ce moment.
(MS )
GLASSE DES BBAVX«ARTS.
Seance du 4 mars 1858.
M. G. Geefs, directeur.
M. Ad. QuETELET, secretaire perp^tuel.
Sont prisents : MM. Alvin , Braemt, De Keyzer, F. F^lis,
Navez, Roelandt, Suys, J. Geefs, Erin Corr, Snel, Par-
loes. Baron, Ed. Fiitis, De fiasscher, membres; Alph. Balat,
DeoiaDet, correspondants.
CORRESPONDANCE.
Uoe lettre de M. le Ministre de Tint^rieur fait connaltre
qu*une somme de 500 francs a ^te accord^e par S. M. le
6oi k la Calsse cenlrale des artistes beiges que la classe
a prise sons sa direction.
— Une seconde lettre du m6me Ministre annonce qu*une
somme de fr. 1 J49 30 e% provenani des retenues op^r^eft
au profit de la Caisse centrales sur le prix des oeuvres d'art
vendues par son interm^diaire, lors de la derniftre exposi-
tion triennale des beaux-arts k Bruxelles, a ^t^ remise av
tr^sorier de Tassociation.
( 266 )
— M. le Ministre de rinl^rieur fait connaitre aussi que
M. Demol , laureat du grand concours de composition mu*
sicale de 1855 , a ii6 autoris^ k prolonger son sejour a
Paris, pendant Tannee 1858.
— M. Ernest Rietschel ecrit de Dresde poor remercier
TAcad^mie de renvoi de son dipldme d'associe.
RAPPORTS.
M. Alvin donne lecture da rapport suivant, Tait an nom
de la commission speciale composee de MM. Roelandt,
Suys, Partoes, Ad. Quetelet, Balat, Demanet et Alvin,
rapporteur :
c Messieurs,
Dans la seance du 4 Tevrier dernier, TAcademie a re(u
communication d'une depeche du Departement de Tint^-
rieur, exprimant le desir de connaitre le plus tdt possible,
vu Turgence, Tavis de la classe des beaux-arts sur la ques-
tion de savoir s'il convient d'admetlre, pour le grand con-
cours d'architecture qui doit avoir lieu cette annee, une
nouvelle derogation k rarrSl^ministeriel dul9avril 1852,
relatif au program-me de Texamen exigd des concurrents.
On sail que, sur la demande du conseil d'administra-
tion de I'Acad^mie d'Anvers, sept des douze matieres qui
constituent le programme en avaient ete exceptionnei-
lement effacees , pour le meme concours de Tannee 1853.
( 267 )
On se fondait, pour justifier cette derogation, sur cette
circonstance que lesdites raati^res d'examen n'avaient et^
Tobjet d^aucun enseignement h TAcademie d'Anvers avant
la publication de TarrSt^ du 19 avril 1852, et que depuis
Tadministration ne s'^tait pas trouvee en mesure de les y
faire enseigner.
Aujourd'bui, six ans apres la publication ofiicielle du
programme, le conseil d'administraiion de TAcad^mie
royale d'Anvers expose que toules les circonstances mili'
tent en faveur d*une nouvelle derogation au programme
primitif de Vexamen pour le concours qui doit avoir lieu en
1858.
Cette opinion paratt devoir se traduire en ces termes,
que TAcademie royale d*Anvers n'a apporte aucune modi-
fication, aucun accroissement k son ga^eignement en vue
de satisfaire au voeu du programme de 1852.
Le Ministre vous demande si c'est une raison suiBsante
pour supprimer de fait ce programme.
Avant de vous prononcer sur cette question qui inte-
resse k un haut degr^ Tavenir de Tart en Belgique, vous
avez desire connaitre Tavis de la commission qui, en 1851
et 1852, vous avait propose, sur la demande du Gouver-
nement, le programme qui est mis aujourd'bui de nouveau
en discussion , et vous avez complete cette commission en
lui adjoignant M. le colonel Demanet et M. A. Balat. Yu
Turgence, et afin de pouvoir vous presenter des conclu-
sions dans la seance de ce jour, la commission s^'est r^unie
le jeudi 25 fi^vrier.
Apr^s avoir repouss^ Tidee d'une nouvelle derogation
k Tarrete du 19 avril 1852, derogation que rien ne justifie
lorsque les concurrents ont en un delai de six ans pour se
preparer a satisfaire anx exigences du programme, la com-
•*.
( 269)
oiis^ioo a reconou qu'il etait n^uiDoiQ^ n^cessaire d'ex*
pliquer UQ programme dont les eleves, et p^ut-etre meme
radroiaisUation des ecoles, s*e:&agereol singuliereoieot la
portee*
Aiasi que M. le colonel Demanet et M. Balai Tavaieot
dejh fait remarquer dans la seance de la classe, on ^
fait un moQSire d^une nomenclature scientifiqne doQt les
eleves de TAcademie d'Anvers, comme ceux des autreseU*
biissements du meme genre , peuvent bien ignorer la si-
gnification, tout en possedant lea coonaissa&ces que ces
denominations repr^sentent. La plupart de ces eleres font
des malhemaliques , de la geomdlrie descriptive, sans s*ea
douter.
Que veut le programme de 1852? Que le jury s'assure
de la possession dcices counaissances chez le concurrent,
quels que soient les moyens qu'il aura employes on la voie
qu^il aura suivie pour les acquerir.
Ce qu'il faut faire, d'une part, pour rassurer lea Aleves,
d'auire part» pour ^viter que le jury n'aille pas au delii
des vu€S des auteurs du programme de 1852, c^est d*ex-
pliquer suffisamment ce programme; de lui oier ce qu'il
a de trop vague; de specifier de point en point Tobjet
precis de yexameo.
Ainsi qu'il nous Tavait promis» M. le colonel Demanet
a bien voulu se charger de rediger ce programme d^iaille.
Nous avons vu tout k Theure que, sur doaze n^Ueres
dont se compose )e programme, le conseil d*administrali,OB
de TAcademie d'Anvers demande qu'oa en reporle sept i
Te^amea special exige uniquement de celui des concur-
(Qikta qui a remporte le prix. Ces mati^res SQut :
1"^ La trigonometrie rectiligfte;
2*" L'usage d^ tables de logarilhmes;
( 869 )
S** L'algQbre 4l^m6»taire jusque» el ; compris lebiadkme
4** ia geonft^lrie descriptive;
5° La mecanique elementaire et les principesgeaeraux
deladynamique;
& La physique elementaire;
7** Le3 priocipe^ de la Ungue fraDQaise.
Le n""? ne figure poiat dans le programme detaille;pour
cette maliere» les details aggraveraient la position des
concurrents au lieu de rameiiorer. On sail que Texamen
sur la langue fran^aise est essemiellement pratique » et
que le jury se borne a s*assurer que le concurrent est en
6lat d'exprimer ses idees dans cetle laogue.
Les six malieres scientiflques qui font Tobjet du pro-
gramme detaiile par M. le colonel Demanet, et que voire
Commission vous propose d'adopter, pourraient faire Tobjet
d'un cours qui n'exigerait pas plus d*un prafesseur; et la
Commission insiste pour que le Gouvernement use de lous
les moyens qui sont en son pouvoir, afin qu'un eours sem-
blable soit eree a TAcademie d'Anvers, ainsi qu^aupres
des autres grands elablissements du meme genre qui exis-
tent dans le pays.
Mais elle ne pense pas que, dans aucun cas, Teusei-
goement qui se donne aux atbenees et aux colleges puisse
remplacer ceite chaire toute speciale. Les eleves qui fre-
quentent les cours d'arcbi lecture des academies mauquent,
tous^ ou a pen pres , d'etudes Ultdraires et scieatitiques
anterieures; il leur faut un genre d'enseignement tout
paLrticuliert essentiellemeni pratique, evitant les demon-
alraiions compliquees et les longues diseussiQns» doanant
eqiin les resuUats de la science , degi^es des abstractions
et rendiis en quelque sorte palpables.
( 270 )
Le programme delaille que je joins comme annexe a
ce rapport est done destine, l"" a servir de base a un ensei-
gnement a organiser; 2"^ k servir de guide au jury pendant
Texamen.
Vu Turgence, et aGn de pouvoir saiisraire immediate-
ment h la demande de M. le Ministre de Tinterienr, la
commission s*est bornee a raecomplissement strict de
la mission que vous lui avez confiee; elle ne se dissimule
point, cependant, que ce qui est vrai pour les matieres du
programme qui font Tobjet de la reclamation de TAca-
demie d'Anvers, ne puisse Fetre egalement pour plusieurs
des autres articles, tels que l*arithmelique, la geomelrie pra*
tique, les notions gineraks d*hisioire. Que ce qui est vrai
pour le programme n*" 1, celui auquel sont soumis tous
les concurrents, le soil aussi pour le programme n*" S,
celui qui n'est applique qu'au laureat seulement. II serait
utile de rediger un programme deces matieres, tant pour
guider le jury pendant les examens que pour determiner,
avec plus de precision, la porleede I'enseignement coraple-
mentaire qu'il convient d*organiser aupres des academies.
Mais ce complement de travail aurait entraine peut-etre
tropde longueurs, et il est necessaire que la resolution
du Gouvernement soit prochainement connue.
En resum^, votre commission vous propose de repondre
a la depeche minislerielle du 26 Janvier :
i<> Que la classe des beaux-arts est d'avis qu il n*y a point
de motif suffisant pourjustifier une nouvelle derogation a
I'arret^ du 19 avril 1831;
2° Que, pour faciliter Texecution du programme renda
obligatoire par ledit arrete, il convient de Texpliquer
au moyen de la publication du programme detains ci-
annexe ;
(271 )
S** Que le Gouvernement est invite a user des moyens
dont il dispose pour ameuer Torganisation d*un enseigne-
meot special, r^poadant au programme du 19avril 1852,
dans les Academies du royaume;
Et enfin, 4"" que la classe des beaux-arts pense que le
jury doit etre invit<i h user encore cette annee d'une grande
indulgence.
Telles sont les conclusions que j'ai 6x6 charge de pre-
senter k la classe des beaux-arts, au nom de ia commis-
sion. >
PROGRAMME DES GONNAISSANGES EXIGl^BS POUR L*ADMISSION AU
GRAI«D GONGOURS d'aRGHITEGTURE.
1. Arilhmetique.
2. Geomitrie ^ementaire.
3. Trigonomitrie recliligne.
Division de la circonfi^rence du cercle.
Definition des lignes trigonom^triques : sinus , tosinus ,
tangentesy cotangentes , s^cantes , cosicanles , eic.
Usage des formules et des tables irigonometriques pour
la resolution des triangles. On donnera les formules au
candidat, et il devra en faire Tapplication aux divers cas
qui lui seront proposes.
4. Usage des tables de logarithmes.
Aucune demonstration n*est exig^e. On demande seule-
ment au candidat de savoir, au moyen de ces tables , faire
d^ multiplications, divisions , elevations aux puissances
et extractions de racines de nombres entiers ou fraction-
naires.
5. Algebre demenlaire.
Explication des signes algebriques.
2"' S^RIE, TOME IV. 18
( 272 )
Definitions, coefficients, exposants, puissances et raci-
nes d*une qaantite mondme, bindme, polyndme.
Les quatre r^les.
Expression des produits de la somme de deux quan-
tites par leur difference. Du carr^ et du cube d'un bi-
ndme.
Ce que c'est qu*une Equation , un de ses menabres, uq
terme.
R^olution des Equations du premier degr6 a une ou
plusieurs inconnues.
Resolution d'une equation du deuxi^me degr^ a une
inconnue.
Aucune demonstration n*est exigee.
6. G4om6irie descriptive.
Objet de la geometric descriptive.
Moyens de representer graphiquement les points et les
lignes.
Moyens de trouver les traces d'uoe droite. Problemes
sur les droites et les plans.
Generations des surfaces conique, cylindrique et de
revolution. Representation d'une surface.
Definition du plan tangent. Regie generale pour con-
struire le plan tangent d'une surface ainsi que sa normale.
Determination du contour apparent d'une surface.
Problemes sur les plans tangents aux cones, aux cy-
lindres et k la surface de revolution.
Intersections de surfaces. Moyens generaux de trouver
rintersection de deux surfaces. Methode pour construire
la tangente k rintersection.
Problemes sur les sections du cylindre et du c6ne par
un plan. Intersection de deux surfaces cylindriques a
bases circulaires.
( 275 )
Applications a la perspective, aux ombres, a la coupe
des pierres et h la charpeDte.
AucuDO d^monstratioD n'est exigee; on ne demande
que des proced^, et leurs applications aux divers cas qui
se presentent le plus frequemment dans les conceptions
arcbitecturales.
7. Mdcanique el^mentaire,
Represemation, composition et decomposition des forces.
Definition du centre de gravite.
Rdgle pratique pour determiner la position du centre
de gravite dans Tinterieur d'un corps solide. Position du
centre de gravite d'une droite, d*un arc de cercle, d-un
triangle, d'un paralleiogramme, d*un trapeze, d'un segment
de cercle, d'un prisme h bases reguli^res, d*une pyramide
triangulaire, d'un cylindre, d'un cone, d'un cone tronque,
d'une sphere, d'un segment spherique et de leurs surfaces.
Description du plan incline, du coin, de la vis, du le-
vier, du treuil, du cabeslan, du eric, de la poulie et des
moufles.
Gonnaitre le rapport de la puissance k la resistance
dans chacune de ces machines.
8. Physique elementaire.
Corps ponderables. Definition, indiquer les trois etats
des corps et leurs propriet^s gen^rales.
Pesanteur. Donner la definition du poids specifique d*un
corps. Calculer, au moyen du poids specifique, le poids
de divers solides dont les dimensions sont donnees.
Description et usage du barometre a mercure.
Qu'entend-on par calorique, chaleur, lemperalure?
Description et usage du thermometre a mercure ou a
alcool. — Gonnaitre les lois de la reflexion du calorique.
— Qu*entend-on par dilatation , contraction? — Gonnaitre
( 274 )
les dilatations sp^ifiques du fer, de la fonte, da cuivre,
du plomb et du zinc, et savoir calculer les allongements
ou raccoureissements que subiront des pieces de longueur
donnde en passant d'une temperature a une autre*
Indiquer les principales sources de la lumi^re; donner
les lois de la reflexion de la lumi^re et leur application
aux miroirsy plans et courbes.
Indiquer la decomposition et la recomposition de la lu-
mi^re par le prisme.
9. Architecture civile.
10. Principes de la langue frahgaise.
1 1 . Notions ginirales de l^histoire andenne.
Histoire moderne dans ses rapports avec les provinces
beiges.
Apr^s differentes observations , le rapport precedent est
approuve, et M. le secretaire perp^tuel en donnera com-
munication h M. le Ministre de Tinterieur.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
La classe s'est occupee ensuite de la deterioration que
subissent les tableaux de Van Eyck places dans reglise
de S'-Bavon, k Gand; plusieurs membres demandent si
des mesures ont ete prises pour conserver ces precieux
monuments artistiques. M. De Busscher promet de donner
les renseignements demandes dans une des prochaioes
seances.
( 27S )
OUVRAGES PRfiSENTES.
Rymbybel van Jacob Van Maerlant; voor de eerste mael uit-
gegeven door J. David, h'^deel. Bruxelles, 1858; 1 toI. in-4^
Rapport annuel des commissions cuiminislratives des caisses
de pNvoyance en faveur des ouvriers mineurs, itablies a L\4ge ,
Morn, Charleroi, Houdeng et a Namur^ sur les operations de
Pexercice 1 856. 1 857 ; i broch. \n-A^ et 3 in-8^
Porte feuille de John Cockerill, Livr. 35 h 38. Paris-Li^e,
1858; 1 cahier in-4° oblong.
Revue de la numismatique beige, 5™<^ s^rie. Tome 111. V^ Hvr.
Bruxelles, 1858; 1 broch. in-S^.
Soci4U arcMologique de Namur, — Annates, tome V, 2"« livr.
— Rapport sur la situation de la SodMen 1857, Namur, 1858;
2 broch. in-8^ .
Revue de instruction publique en Belgique. &^ ann^e. Nou-
velle s^rie. Tome I, Janvier h mars. Bruges, 1858; 3 broch. in-8°.
De vlaemsche School, tydschrift voor kunsten, ietteren en
welenschappen , !**% IP el III^'' Jaergang. Anvers, 1855-1857;
3 vol. in-4*».
Journal d'horticulture pratique, public sous la direction dc
M. Galeotti. ^^^^ann^e, Janv. Ikmars. Bruxelles, 1858; 3 br. in-8'^.
L Illustration horticole, r^dig^ par M. Lemaire et publi^e par
M. Amb. Verschaffell. IV™«vol., ll"«et 12«Mivr.; V™«vol , 1" a
3»« livr. Gand, 1857-1858; 4 broch. in-8«>.
Revue populaire des . sciences , r^dig^e par M. Husson. V^ an-
n^e, n~ 1 6 3. Bruxelles, 1858; 3 broch. in-8«.
Journal de midecine, de chirurgie et de pharmacologic. 16"*
ann^e, 26"® vol., cahiers de Janvier a mars. Bruxelles, 1857;
3 broch. in-8«.
Annates de midecine viUrinaire. 7"* ann6e, \^^^ 3"* cahiers.
Bruxelles, 1858; 3 broch. in-8'.
( 276 )
Annates doculisUqm. SS*"* vol., 5"* el 6™® livr.; SO"** vol., 4"
a 3"« livr. Bruxelles, 1857-1858; 3 broch. in-8^
La Presse m^dicale beige. iO"**' ann^e, n^ 1 ^ i3. Bruxelles,
4857;43feuillesin-4^
La SanU, 2"« s^rie, 10»« ann6e, n~ 13 2i 18. Bruxelles, 4857-
1858; 6 doubles feuilles iQ-8^
Annates mddicales de la Flandre oceidentale.>^^^ aiin^e, 15""'
k i8"» livr. Roulers, 1857; 6 broch. in•8^
La vMU sur les pensionnals communaux, par M. Tabbe
Kleyr. Luxembourg, 1857; 1 brocfa. in-4^
Notice sur M. Emile Tandely professeur de philosophic d /'uni-
versitideLiige, par le m^me. Luxembourg, 1857; 1 broch. io4^
Historisch genootschap gevestigd te Utrecht, — Berigten, W^^
deel, !•»« stuk. — Kronijk, XIF* Jaarg. — Register op de
kronijk, 1846-1854, IP gedeelte, letter N.-Z. Utrecht, 1857;
3 vol in-8^
Comptes rendus hebdomadaires de I' Academic des sciences:
par MM. les secretaires perp^tuels. Tome XLVI, n°* 1 ^ 15.
Paris, 1858; 13 cahiers in-4o.
Revtie et magasin de zoologie pure et appliquee; par M. F.-£.
Gu^rio-Meneville. 2""' s^rie, tome X, n'^ 1 ^ 3. Paris, 1858;
3 broch. in-8^
Revue de ^instruction publique en France, 17"« ann^e, n'*37
h 52. Paris, 1857; 17 doubles feuilles in-4^
Revue de Vart chr^tien. 2"* aun^e, n°** i i 3. Paris, 1858;
broch. in-8°.
Journal de la Soci^ti de la morale chrdtienne. Tome VIII , n'' I .
Paris. 4858; 1 broch. in-8^
Bulletin de laSociitigdologiquede France. 2*"® s^rie, tome XIV,
feuilles 24 k 38. Paris , 1856 ^ 1857 ; 2 broch. in-8o.
Fragments ethnologiques ; par M. J.-A.-N. Perier. Paris, 1857:
I vol. io-8«.
Du pronoslic de I'ipilepsie et du traitement de cetie maladie
par le valerianate ^atropine; fragment d'un m^moire du docteur
Mich^a. Paris, 1858; 1 broch. in-8".
( 277 )
itufie analyiique sur les invetUions et la fabrication du travail
manufacturier du caoutchouc de M. Gagin; par M. Martin Cha-
telain. Paris, 1855; i broch. in-8^
Bistorique des produits chimigues de lusine du Conquet (Fi-
nistire); par M. Tissieratn^. Paris, 1855;. 1 broch. in-4*».
Rapport 8ur une Sducation comparative des diverses rac^s de
vers d soie, faitc dans la magnanerie expirimentalede Lunel (Hi-
rault); par^mile Nourrigat. Montpellier, i854; i broch. in-8°.
Contributions de Vagenee centrale des ichanges internationaux
au coneours agrieole universel de 4856 (itats-Vnis, Sardaigne,
Toscane et Mexique). Paris, 1856; i broch. in-4°*
Notice sur Vhypshydre-irrigateur, nuichine hydraulique a
ilever Veau; par MM. Andral et Gourbebaisse. Paris, i855;
\ broch. in-8°.
Notice sur le blanchissage du linge en giniralj et sur les
buanderies iconomiques et buanderies-baignoires de la maison
S. Charles et O^ de Paris. Argenteuil, i855; i broch. iIl-8^
Rapports du comit^ dipariemental du Haut-Rhin pour I' expo-
sition universelle de 1855. Mulhouse; i broch. in-4^
Notice sur la geologic des bases de la montagne du Mole en
Savoie; par Alph. Favre. Geneve, 1857; \ broch. in-8^
Observations relatives aux lettres sur la constitution g^olo-
gique de quelques parties de la Savoie; par le mdme. Geneve ,
1857; i broch. in-8°.
Zeilschrift fiir allgemeine Erdkunde, Neue Folge, !!*«' Band ,
6»^» Heft; IIP' Band , 2*«»-6»»*« Heft. Berlin, 4857; 5 broch. in-8^
VerhancUungen der physicalisch-medidnischen Gesellschaft in
Wurtzburg. VHP' Band , 3 Heft. Wurlzbourg, i858; 4 cahier
in-8«.
Neues jahrbuch fiir Pharmade und verwandte Packer, Band
VHI, Heft 56, Band IX, Heft. 1-2. Spire, 4857-1858; 4 broch.
in.8^
Heidelberger Jahrbiicher der Liter atur , unter Mitwirkuny
der vier Facultdten, L^«« Jahrgang, XII Heft. VI Jahrgang. P*"
Heft. Heidelberg, 1857-4858; 2 broch. in-8".
( 278 )
Almanaque nautico para i859, calculado de 6rden de S. M.
en el observatorio de marina de la ciudad de San Fernando.
Cadix,J857; i vol. in-8°.
Publications de runiversiU impMale de Kasan, Annee 1856,
n~ 3 et 4; i857, n~ I h 4. Kasan; 4 broch. in-8« et 4 in-4«.
Royal Society of London : — Philosophical transactions.
Vol. U7, parts 4 et 2, 2 cahiers in-4«. — Proceedings. N^'ST
^ 29 ; 3 broch. in-12. — Sir Humphry Davys discourses , 4820-
4826. 1827; 1 cahier in-4^ — Report on the adjudication of
the Copley , Rum ford, and royal medals. Londres, 4834; 4 ca-
hier in-4'.
The quarterly journal ofilie geological Society. N*^ 52 et 55.
Londres, 1857-1858; 2 broch. in-8».
Address delivered at the anniversary meeting of the geological
Society of London, on the 20 th. of february 1857; by colonel
Porllock. Londres, 4857; 1 hoch. in-8^
Memoirs of the literary and philosophical Society of Man-
chester. Second series, vol. XIY. Londres, 4857; 4 vol. in~8°.
Meteorological observations and essays; by John Dal ton. Se-
conde Edition. Manchester, 4834; 1 vol. in-8^
A new system ofchemicai philosophy; by John Dallon. Man-
chester-Londres; 3 vol. in-8°.
Catalogue d^une collection de charbons de terre du royaum
uni de la Grande-Bretagne , exposie a rexposition universelle de
Paris en /^^^. Londres; 4 broch in-8^
Address of his exc. J. A. Wright ^ governor of the stale of In-
diana, pronounced at the New-York agricultural state Fair at
Elmira. Albany, 4855; 1 broch. in-8°.
Reports on the experimental school for teaching and training
idiotic children. Boston, 1852-4854; 13 broch. in-8^
The american journal of science and arts. Second series,
vol. XXV, n' 73. New- Haven, 1858; 1 broch. in-8^
BULLETIN
DE
L'ACADl^MIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LBTTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BEL6IQDE
1858. — N" 4.
CLASSE DES SCIEIVCES.
Stance du 5 avril 1858,
M. d'Omalius , president de I'Acad^mie.
M. Ad, Quetelet, secretaire perpetuel.
Sont presents : MM. Wesmael, Martens, CaDlraine,
Kickx, Stas, Van Beneden, De Koninck, Ad. De Yaux,
deSelys-Longchamps, le vieomte B. Du Bus, Gluge, Ne-
renburger, Melsens, Schaar^ Liagre, Duprez, Poelman,
Brasseur, m^m6re«; Spring, Lacordai re, Lamarle, assoMs;
Jules d'Udekem , correspondant.
2""* StRlEy TOME IV. 19
( 280 )
CORRESPONDANCE.
M. le MiDistre de rint^rieur fait parvenir :
l"" Un cxemplaire de la carte geologique de i*Earope,
par feu M. Dumont;
^ Les livraisons 35 k 38 de Touvrage intitule : Parte-
feuille de John Cockerill;
y Les dernieres publications de TUniversite imp^riale
de Kazan.
— M. le secretaire perp^tuel annonce la mort de H. H.
Galeotti, correspondant de la classe» deced6 k Bruxelles,
le 13 mars dernier, ainsi que celle de H. Mareska, egale-
ment correspondant de la classe, d^ced^ k Gand , le 31 du
mdme mois.
II depose en meme temps une notice n^rologique en
langue hoUandaise sur M. J.-L.-G. baron de Geer de Jut-
phaas, associ^ de I'Acad^mie, mort^ Utrecht, le 3 no-
vembre dernier.
— La Soci^te royale de Londres, TObservatoire de
Cambridge, I'lnstitut des sciences, des lettres et des arts
de Yenise remercient TAcademie pour Tenvoi de ses pu-
blications.
— Le Congres scientifique de France aura lieu a
Auxerre , le 2 septembre prochain.
•
— M. DeKoninck presente une notice de sa compositioD,
iraduite en anglais, sur un nouveau genre de Crinoides.
( 281 )
— La classe refoit les deux ouvrages maQuscrits sui-
vanls :
1® Nouvelles rechercbes sur les fossiles secondaires du
Luxembourg, par M. Ghapuis. (Commissaires : MM. De
Koninck, Nyst et d'Omalius.)
2^ Sur le caleudrier arabe avant Tislaiuisme el sur la
naissance et Tage du propb^le Mohammed, par Mahmoud
effendi, astronome egyptien. (Commissaires : MM. Liagre
et Ad. Quetelet.)
— M. de Selys-Longchamps communique les resultats
de ses observations et de celles de M. Gbaye, sur Tetat de
la vegetation , k Waremme, le 21 mars dernier.
M. Dewalque transmet ses observations meteorologiques
et botaniques faites en 1857 ; M. Duprez depose egalement
ses observations meteorologiques pour la meme annee.
— II est fait bommage d'une notice sur les observations
magnetiques du Helder, pendant le mois de d^cembre 1857,
oil Ton a constat^ les perturbations magn^iques signalees
k rObservaloire de Bruxelles, le 17 du meme mois.
— M. Lartigue, capitaine de vaisseau, transmet, avec
ses observations, Touvrage qu*il vient de publier sous le
litre d*Essai sur les ouragans et les temp^les, et descrip-
tions nautiques pour en souffrir le moins de dommages
possible.
— Le secretaire perpi^tuel depose les derni^res publica*
tioDS de TAcademie royale : l"" le tome V(I des Mimcires
couronnis et autres memoires publics par I'Acad^ie en
1858, in-S"*; 2^ le Compte rendu el le Heglement organique
de la Caisse centrale des artistes beiges pour 1857 , in-12;
1
( 282 )
3^ les Tables des memoires des membreSf des mimoires con-
ronnSs et des savants etrangers, 1858, in-12.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
ilclipse de soleil du4S mars 4858; notice par Ad. Quetelel,
directeur de TObservaloire royal.
Des mesures avaient ^t^ prises pour obtenir une deter-
mination exacte de ce ph^noua^ne, non-seulement en ce
qui regarde la partie astronomique , mais encore la partie
physique qui le concerne; malheureusement I'^tat de Tat-
mosph^re n'a pas r^pondu k notre attente. Le ciel a ^t^
presque eonstamment convert; on n*a pu observer que la
reapparition de quelques-unes des taches solaires, dont
on avait ^te empSche de determiner exaetement la dispo-
sition par Teffet des nuages qui couvraient le ciel depuis
plusieurs jours.
M. Bouvy et mon fils se trouvaient dans les tourelles
du b&timent; je m'etais plac^ pr^s de la terrasse. Le
ph^nomene, d'apres le calcul, commen^ait vers midi, et
ce n'est que vers deux heures que Ton parvint k voir un
instant le soleil. Dans ce moment, les differentes taches
cessaient d'etre occultees; Tinstant de leur reapparition a
ete successivement annot^; mais le ciel se couvrit aussit6t
apres. Je me bornerai done k donner ici la partie physique
des observations.
i . Marche des pendules. Dans une lettre de M. le pro-
fesseur Zantedeschi, ecrite k la fin de fevrier, cet habile
( 285 )
physiciea m'avait fait la demande d'examiner < si les chro-
nometres^ peodule de compensation resteraient, pendant
les phases de I'^lipse, en retard par rapport k un chro-
nom^tre k balancier de compensation le plus parfaii pos-
sible. :» D*apres ses desirs, deux ou plusieurs horloges a
pendule de compensation devaient Stre enregistrees astro-
nomiquement avec deux ou plusieurs chronom^tres k ba-
lancier. 11 fallait , de plus » s'assurer, les jours precedents,
par des observations, s*ils marchaient en accord parfait
entre eux, du moins pendant trois k quatre heures, sans
variation sensible.
Durant I'eclipse, cet accord se maintiendra-t-il? deman-
dait M. Zantedeschi; il croyait que non. Cest pour re-
pondre h sa demande que mon flls a ^t^ charge de faire
la comparaison des chronometres avec les pendules. A
cet effet , deux de ces derniers instruments ont et^ em-
ployees; Tun, de Molyneux, oscillait parallelement au m^-
ridien, et Tautre, deRouma, perpendiculairement k ce
mSme plan.
M. Em. Quetelet a compart a ces deux pendules, qui
marchent au temps moyen, trois chronometres : l"" le
n"" 979 de Molyneux; 2"" le n"^ 2071 du meme artiste; S"" le
n"" 874 de Von Dieck ; de fa^n que chaque observation
comptait six comparaisons.
L^^clipsecommenQait, pour Bruxelles . . . k 0^ ^
Le milieu avait lieu i 1 21
La fin a 2 39
Gela pose, voici les r^sultats qui ont etd observes : ils
semblent favorables aux id^es du physicien italien , mais
i'anomalie qui s'est dedar^e dans le pendule perpendicu-
laire au m^ridien, pent aussi etre regard^e comme un ecart
( 284
fortuit. L'observation faite dans d'autres locality prouvera
si cette variation avail r6ellemeat une cause astro nomique.
Comparaisons des pendules avec les ciirononietres.
Ar4llCB BSLATITB PAB HBUmB
•ur la moyeane dea trois ehronomilret
lfe#0«MM
dM —m9
*MllM>»».
p6at la {Mnddto
ItOUVA.
■OtrHBlTX.
Mars U,
de 12^30™
•
a
3»»29m
+ 0> 134
•
-h 0M64
13,
de 9 47
«
a
1 3
-4- 0 161
rh 0 143
13,
de 1 3
a
3 32
4- 0 093
-4- 0 114
U,
de 9 30
k
0 41
H- 0 171
-4- 0 149
«♦,
de 0 4t
k
l»26
-H 0 175
-H 0 122
«5,
de 9 19
a
11 81
— 0 067
+ 0 160
15,
de 11 3t
a
12 57
— 1 052
+ 0 130
15,
de 12 57
a
2 21
+ 0 092
4- 0 121
15,
de 2 21
a
5 3
+ 0 124
-h 0 164
48,
de 10 15
a
3 17
H- 0 075
-t- 0 095
2, PhotomStrie , polarisation. — Pendant la darte dc
r^clipse^ j'ai cherch^ a mesurer la qaantit^ de iumi^re
r^fl^ehie par un disque blanc, piae^ k distance dansia
direction da m(6ridieii, aa moyeti d'un pfaotomitre que j*ai
d^crit dans la BibliotMque universelle de GinevBy et qui se
compose de deux verres noirs, taill^s en forme de prismes
triangulaires glissant I'un sur Tautre, et produisant ainsi
une lame k faces paralleles plus ou moins epaisse. Get
instrument a ^t^ construit, il y a une vinglained*annees,
par Fbabile opticien Gauchoix, de Paris. Une echelle
indique Tepaisseur de la lame, entre les limites oil on
t'emploie. Les experiences avec eel instrument ont A^peu
nombreuses , car la clart^ du ciel , h cause de Tepaisseur
plus ou nr^oins grande des nuages^ ^lait difficile & appr^ier
(285 )
exactemeDt. Les quatre priocipales^preoves qui oDt ^te
faites onl pr^sent^ les resultats suivaniS) en portant les re-
gards, k travers la plaque, sur une surface blanche plac^e
vers le midi.
Les diyisions de F^chelle sont arbitraires; deCf a 120°,
la lame, compost de deux prismes triangulaires superpo-
ses, prend k peu pres le double de son epajsseur.
Photomitre.
i^ 11^59" 42,0
i 12 28 35,5
a 1 16 28,0
4 1 53 ... 26,0
La lassitude de ma vue, apr^ robservation des taches
solaires, m'a emp^h^ ensuite de continuer les experiences
commene^es.
Vers midi et demi , j*ai voulu reconnaitre ^galement si
Tastre, qui parut pendant quelques instants, n'offrait point
de traces de polarisation : j'etais pourvu d'un excellent
prisme de Nicholson ; mais ces recherches et d'autres ne
pr^senterent aucun r^sultat sensible.
La clarte, pendant la phase la plus forte de T^lipse, ^ait
loin d'avoir diminu^ autant qu'on pouvait s'y atlendre.
Les autres observations etaient les suivantes :
3. Instruments de m^tAyrologie et de physique du globe,
observe au haut de la tourdle orientale de TObservatoire,
par M. Bouvy. L'attention se fixait plus sp6cialement sur
r^tat eiectrique de Fair.
4* Les instruments ordinaires de mii^arologie : le baro-
metre, le thermom^tre, le psycbrometre, le galvano-
metre, etc., Etaient observes par M. Edmoud Marobal,
aitacbe au secretariat de TAcad^mie.
5. Les observations des thermometres colores exposes au
( 286 )
sokil et de I*etat du ciel ^taient faites sur la terrasse» par
M. Hooreman, aide-m^anicien.
6. Uactinometre d'Herschel faisail principalement Fobjet
des observations de M. G. Raja Gabaglia , offieier de la
marine br^silienne, qui en mdme temps alternait avec
M. Hooreman dans Tobservation des ihermometres co-
lor^s et de Tetat du ciel.
7. Les observations aux instruments magnitiqiies se fai-
saient de cinq en cinq minutes par M. le docteur Mathias
de Carvalho de Vasconcellos , professeur k Tuniversite de
Go'imbre, qui se trouvait aiorsaccidentellement k Bruxelles,
et qui prenait, ainsi que H. G. Raja Gabaglia, part aux
travaux de Tetablissement. Des observations cons^cutives
avaient 6x6 faites, les jours ant^rieurs, par lem^me savant,
pour reconnaitre autant que possible la marche normale
des instruments,
L'Acad^mie a re^u , d*une autre part :
1"" Des observations faites k Gand , sur I'abaissement de
temperature, pendant Teclipse solaire , par M. F. Duprez,
membre de FAcad^mie;
2° Des observations de temperature faites«a An vers,
pendant le meme ph^nom^ne, par M. Montigny, corres-
pendant de FAcad^mie;
5"" Des observations mettorologiques faites k Fecole
d'agriculture de Thouroul, par M. G. de Troz, attache k
cet ^tablissement.
II r^sulte de ces di verses observations que, quant k la
temperature , le thermom^tre , qui , dans les quatre prin-
cipales localites, marquait, vers Fheure de midi , de 6 k 7
degres centigrades, ne s'est guere abaiss^ de plus de 2 a3
degr^s pendant le phenom^ne ; la clarte egalement a di-
minue bien moins qu'on ne s*y attendait.
( 287 )
M. Bouvy, qui observait reclipse du haut de la tourcUe orientalc ,
y a recueilll les observations suivantes d'eleetricite statique * et de
temperature au soleil :
-
iitGntmint
Dl PBLTBa.
—
M
15 MASS
*"
— ^
1858.
IfOMBRBS
observe.
«>
a
a
1
Si
si
2
'S
i
■tat dv del.
ll
+ +
9I13S10
42 44
-4-43
194
0
Qq. ^elairciest atrat. diffuii horis. bmmeox.
304
10 10
41 39
40
168
6
Id. id. id.
♦,o
10 55
39 38
39
160
0
Id. id. id.
4,8
11 0
17 17
17
30
0
CouTert, strat. dilTas, horiion bruineux.
4,9
11 15
18 18
18
84
0
Id. id. id.
4,4
11 SO
20 19
20
42
0
Id. id. id.
4,9
11 45
27 26
27
76
0
Coarert , strat. dlttuM , le soleil perea faibl-'.
6,0
11 58
27 27
27
76
0
Id. id.
5,2
12 10
27 28
28
82
0
Id. id.
5,5
12 20
38 39
39
160
0
Eelaireiest stratus diflTas , soleil. 0
7,5
12 30
54 61
53
333
1
Id. id.
6,6
12 40
47 49
38 21 28
48
250
0
Les ^claireies dlsparaissent , les sir. passent
aa nimbas, le vent fralchit.
6,0
12 50
29
88
0
Le del s'assombrit, rhorison reste gris mais
distinct.
4
5,5
1 0
37 37
37
144
0
Ciel sombre.
5,1
1 10
34 35
35
128
0
Id.
5,0
1 20
39 43
41
176
0
Ciel sombre. Dans le 8., I'boriz. se fond dans
la brume, les objets plus rapproch^ sont
4,8
■
1 30
44 45
45
214
0
pins fone^.
^M
i 40
40 39
40
168
1
La coaehe inUrieure des nnages avanea rers
le SE. , des ^elatreies paraissent dans TO.
4,8
1 50
44 41
43
194
2
H^me ciel, le soleil a donn^.
5,3
2 10
52 52
52
813
7
Bean soleil, nnages k Thorison. Q
7,1
2 23
49 49
49
264
6
Cnm.-str. ^pars, lis passent sur le soleil. Q
7,4
2 32
45 43
44
204
4
Cum.-str. snr le soleil.
5,5
2 45
44 42 45
44
204
2
Id.
5,4
2 55
42 41
42
185
2
Id.
5,2
3 0
47 47
47
237
1
Cam.-str., nne bande dans le 8. , passe au
nimbus. 11 reste toajours an Idger brouil-
5,1
lard sur la eampagne, mais plus clair.
* Le galvanometre de Gourjon est reste stationnaire pendant toufe la duree df
Teclipse ; Telectricit^ dynamique etait nulle.
( 288 )
M. £dmoad Marchal a recueilli au rez-de-chaussee, les observa-
tions suirantes de pression, do temperature ct d'humidite de Fair,
a Taide des instruments meteorologiques ordinaires :
15 MARS
1858.
PRESSIOII
rMuite k 0*
de temptSrature
centigrade.
TBMFtfBATURI
centigrade de I'air
au nord
et k Tombre.
TCNSIOM
de
la vapeur d'ean
oontenae
dmnm l*alr.
huhidit£
relative
die l**lr.
iOh 5iin
11
2
mm.
752,00
6
52,13
SI
52,14
56
52,24
51
52,48
6
52,55
21
52,58
36
52,64
51
52,79
6
52,94
21
93,09
36
53,13
51
53,18
6
53,15
2*
53,23
36
55,27
51
53,49
6
55,70
21
55,72
36
53,96
51
33,93
6^2
6,3
6,0
6,2
6,7
6,7
6,7
6,7
6,4
6,2
6,2
6,3
6,5
6,5
6,6
6,7
6,7
6,9
7,2*
mm.
6,81
6,70
6,60
6,76
6,65
6,65
6,80
6,69
6,48
6,50
6,56
6,47
6p40
6,50
6,35
6,41
6,35
6,37
6,13
6,08
6,11
89,0
87,6
88,1
88,4
85,0
84,2
84,1
81,6
81,2
82,6
85,0
84,8
83,7
84,4
81,2
82,5
81,7
81,2
78,4
75,6
74,5
* MtutitHutn avant I'^elipie.
'* Maximum apr^i I'^clipse.
bulletins dt^ VAcademit^. Z^st
M.^ io' 20' 3o' ^
J2'
JO'
8"
S"
S''
s'
8"
e"^
v..
-^
./
^
/-^
^
T/ies7.
I
4
I-
i
I
J
/
^
i
litTi. SiTTwnaic l^ Tcov^.
( 289 )
Les th^rmom^trcs color<^s , recommandes par la conference mari-
time tenue a Bmxellesen 1853, et ie thermom^tre dc M. le comtc
de Gasparin, dont la boule se trouve an centre d'une sphdre noire
d'an decimetre de diametre, ^talent observes alternatiyement par
M. Hooreman, aide-mecanicien, ct par M. G. Raja Gabaglia, officier
de la marine br^ilienne. Voici les observations de M. Hooreman :
15 MARS
1858.
•
M
as
O
K
»
m
•
c
H
C9
O
n
•
5
IS
n
s
s
o
n
•
M
O
K
H
Ml
a
o
m
BOCLB BLEtlE. 1
—
H
mi
»
M
Atet «a elel.
Ilhtem
7?7
5?4
8^
8f8
6;o
0
Cam.-ftr. diffus et loardf.
96
8,1
6,0
6,4
6,6
6,8
0
Id. le ioleil perce.
46
9,8
8,1
8,1
9,7
8,9
0
Id. id.
- i»6
9,1
6,0
8,7
6,8
6,9
0
Id. nais pitta nolrs.
0 6
9,2
6,3
6,8
7,0
7,1
0
Id. qq. eelaircies.
16
10,0
7,9
8,6
9,0
8,0
2
Camalus, graodes Eelaircies.
S6
11,1
8,3
8,4
9,3
9,0
1
Cam. paiaant au eum.-str.
36
11,7
8,7
8,8
9,7
9,3
0
Cam. sir., grandes Eelaircies.
46
10,9
T,©
7,3
7,0
7,6
0
Com.-str. noirs.
56
10,0
6,3
6,9
6,8
7,0
0
Id. id.
1 6
9,0
6,0
6,4
6,0
6,6
0
Id. ; ils deTiennent plus Epais.
16
8,7
8,8
6,2
8,9
6,3
0
Cam.-str. noirs.
36
8,1
8,7
6,0
8,8
6,1
0
Com.-str. qq. Eelaireies.
36
7,9
1^,7
6,0
8,8
6,1
0
Id. id.
46
7,8
8,9
6,1
6,0
6,4
2
Id. le soieil perce.
1 6
10,7
9,0
8,8
10,0
9,4
10
Quelques Mgers cumalus.
16
12,3
9,6
8,9
10,1
9,7
8
Camillas.
96
11,9
7,8
7,4
7,0
7,7
3
Cirr.-eam., et eon. -str. lourds ao S.
36
11,8
6,6
6,7
6,3
6,7
3
Cnra.-str. trte-Epais.
46
10,0
6,3
6,8
6,3
6,8
3
Id. id.
86
9,6
6,3
6,8
6,2
6,7
1
Id. plus noirs.
3 6
9,3
6,9
6,9
7,1
7,«
2
Cam.-str. et eumulus.
16
9,3
6,9
6,9
6,9
7,7
2
Cum. -str. nuirs.
( 290 )
Dans le tableau ci-apres se trouvent reunies les obseryations faites
par M. G. Raja Gabaglia. L'asterisque (*) indique que la temperature
etait rapidemeat ascendante au commencement de robservation ; on
a pris toujours le nombre correspondant a la temperature la plus
eleyee.
15 HABS 1868.
8PHBBX
Doire.
BOULB
libre.
BOOLB
blanche.
BOULB
noire.
BOULB
bleue.
Jlh om
8?1
5?8
6?1
6^2
6^4
10
8,0
5,4
6,0
5,«
6,1
SO
7,8
5,2
5,8
6,5*
5,8
30
7,8
5,4
6,1
6,4
6,4
40
8,7*
6,8
6,9
7,8
7,6
50
9,7
6,9*
6,9*
7,0
7,2
Midi.
9,3*
6,3
6,7
6,9*
7,0
10
9,5-
6,8
7,1*
V
7,4*
SO
10,1
8,4
8,9*
11,0
9,9
30
11,3
8,6
8,6
9,6
9,0
40
10,4
7,3
8,0
8,0
8,4
50
10,3
6,3
7,0
6,8
7,1
1 0
9,6
6,0
6,3
6,1
6,6
10
8,8
6,7
6,1
6,0*
6,3
20
30
8,3
7,8
6,6
5,4
6,0
6,0
6,6
6,6
6,0
6,0
40
7,8*
5,4
6,0
6,6
6,1*
80
7,8
6,1
6,3
6,7
6,6
3 0
0,4
7,8
7,6
8,7
8,3
10
11,7
9,5
8,9
10,2
9,7
20
19,0
9,0
8,5
9,5
9,1
30
11,2
6,8
6,9
7,8
7,0
40
10,7
6,7
6,8
7,0
7.0
60
9,8
6,0
6,9
6,1
6,4
3 0
9,4
6,2
6,6
6,6
6,7
10
9,8
• 7,0
7,0
7,3
7,3
SO
9,2
6,3
6,4
6,8
7,0
( 291 )
Voici la variation de F^tat du del et des nuages anno-
tee par le mSme savant : les indications se rapportent
toujours k Tintervalle de temps ^coule depuis I'observa-
tion pr^cedente.
il<> 0"*. Cum.-str. Pas d'eclaircies. Dans le zenith, nuages rapides
allant au SE. Vent supcrieur NO.
30". M^mc etat du ciel depuis ll^j k ll*" 30™, quelques petites
eclaircies pr^ du soleil, qui apparait par instants; disque
tres-pale,
3S™. Quelques eclaircies se sont monlrees vers le zenith j une
surtout a persist^ pendant 2 minutes et a permis de dis-
tinguer deux couches de nuages,* les stractus inferieurs
allant au SE. et les autres beaucoup plus eleyes , etaient
presque stationnaires ous'ay^ncaient dans la m^me direc-
tion.
40">. S^r^nite de 1 a 2 vers le NO. Soleil visible par courts inter-
valles.
50"°. Le ciel est de nouveau enti^rcment convert 3 les nuages
continuent a aller dans le m^me sens, au SE.
12** Gum.-str.; cum. nombreux; serenite 0.
iO"*. Quelques eclaircies au N£. et vers le zenith. Le soleil perce
par instants. On distingue deux et jusqu'a trois couches
de nuages; la couche inferieure tres-rapide du NO.et les
nuages superieurs presque stationnaires ou subissant un
faible mouvement dans le m^me sens.
15°*. Cum.-str. plus transparents, serenite de 1 a 2 vers le ze-
. nith. On continue a distinguer trois couches de nuages ,
les plus has allant toujours au SE. et les superieurs k peu
pres immobiles.
20". Serenite 2 ii 2 , vers le zenith. Soleil decouvert pendant
quelques minutes. Cumulus et quelques nimbus pronon-
ces a rhorizon.
30'». La generalite du ciel s'eclaircit ; la serenite devient de 2 a 3.
Les nuages marchent plus lentement.
40"». Le ciel est de nouveau convert; le soleil est masque com-
( 292 )
pletement par d'epais banes de nuages. Queiques ires-
rarcs eclaircies seulement.
j^b 50'". Screnite 0. Giel completement convert. Queiques epais
nimbus. Diminution sensible dans la transparence de
Tair; on ressent quelque humiditc; on croirait la pluie
imminente.
ii> O'''. La partie orientale du ciel devient de plus en plus sombre;
une eclaircie a TO.; toujours des nuages tres-denses et
agglomeres; queiques nimbus.
40'". Tout le ciel so couvre, serenite 0. Les nuages, tout en con-
servant la m^me direction , ont un moiivement sensible-
ment plus lent.
20<". L'etat du ciel n'a pas varie i il est h remarquer mdme que
la transparence de Tair est a peu pres constante.
SO"". Queiques eclaircies, mais tres-raresj a deux reprises, on
a pu distinguer Teclipse a Toeil nu; le soleil presentait
un croissant p&le et ti*es-etroit.
40°*. Le ciel s'eclaircitj Teclipse devient visible parfois.
50°*. Le ciel s'eclaircit au zenith et versThorizon^ serenite 2 a 3.
Gum.-str. et queiques cirrhus.
a** 0™. Meme etat du ciel.
10". M6me etat du ciel.
^O"*. Le ciel s'eclaircit beaucoup; serenite par instant de 4 ii 5.
30™. Le ciel est de nouveau convert j gros nuages, nimbus pas-
sant vers le zenith^ la serenite devient de 2 a 5.
40". Queiques eclaircies au zenith ; nimbus vers le S£.
40". Nuages tresdenses et queiques nimbus. La serenite, qui
un moment ctait de 4, n'esl plus que 2. La vitesse des
m
nuages augmente. La direction reste la meme.
Z^ 0". Gum.-str., queiques nimbus epais j screnite de 5 a 4 , vers
le haut. .
( 295 )
M. Raja Gabagiia avait bkn youlu se charger de recueillir egale-
ment des observations de ractinometre d'Hersche!, de 45 en 45
minutes pendant toute la dur^ de Feclipse ; mais I-etat du eiel n^
pas permis de snivre cette marohe reguti^re, et il n*a pu que pro*
fiter 4e8rares iiista&ts on le soieil s'est montr^ pour faire \$^ obser*
yations qui suivent : . "^
T
15 HAR8 1858.
2h gmso* ©
40 60 O
10 50 X
11 50 X
2 U 50 O
13 50 O
13 50 X
14 50 X
2 t6 SO O
27 to O
27 20 X
28 20 X
2 29 0 O
30 .0 O
30 0 X
31 0 X
DmsiOM M L*nilTIIVBBIT.
•a
eommenc"*
des
obserTations.
0,0
5,4
iUfin
dM
obacrTtUons.
0,0
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I>IFF<RBNCB
pendant
rexpositlon an
0 soleil
on & X rombn.
Atat An el*!.
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.... 4,0 G
• . • • 1 ,6 X
.... 2,1 O
*..• 0,5 X
Soleil decouYert.
Soleil decouvert.
Soleil decouvert.
Des nuages passenl.
( 294 )
M. le docteur Mathias de Canralho deVasconcellos, professeur a
rUniversite de Coimbre, avait bien voulu aussi joindre ses efforts
wx nqtres pour reiinir le plus d'observations possible pendant ce
phenomene interessant. 11 s'etait obarge d'observer rinstniment qui
donne la d^linaison du barreau magnetique et celui qui, suspendu
entre deux fils verticaux paralleles, indique,parla torsion des -fils ,
rintensite horizontale. Pour avoir des points de comparaison, les
observations ont 6te faltes le 13, le 1-4 et le i5 mars.
13 MAR* 18»8.
HBVRB0.
D^CUlfAUOIf.
BBURU.
IHTBRglTi
horiiontale.
TBMPtfBATOBB
Fahrenheit.
l|h om
68,30
l|h 3m
9,98
37^
15
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17
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37,7
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32
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57,6
45
67,32
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12 0
67,29
12 2
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9,94
37,6
30
66,22
52 30
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37,6
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47
10,10
37,7
1 0
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1 2 10
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32
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37,8
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9,32
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67,21
17 30
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66,85
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37,8
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35
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38,8
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40
69,04
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49
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47
Q,84
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45
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50
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47
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38,9
59
9,69
50
69,01
55
66,73
59
9,95
57
9,64
55
68,26
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66,55
57
10,10
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9,65
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5
66,50
19 9
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19
10,14
17
9,63
59,7
15
68,54
90
66,50
17
10,08
39,0
99
9,76
10
68,67
95
66,38
92
10,15
97
9,79
S5
68,67
30
66,55
97
10,01
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68,67
35
66,55
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39,1
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45
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45
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47
10,37
39,1
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10
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1 9
10,31
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10,99
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( 296 )
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69,96
15
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45
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10,05
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S5
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67,14
37
10,16
43
10,14
30
67,50
45
67,01
82
10,06
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47
10,31
41,0
35
67,79
50
67,96
37
10,05
53
9,56
40
68,06
65
69,42
42
10,00
57
9,11
45
67,79
3 0
70,41
47
9,99
3 3
9,55
50
68,37
10
71,26
52
9,87
13
10,85
55
68,60
S5
71,46
57
9,60
S3
11,15
1 0
68,51
80
70,46
1 2
9,74
40,4
83
10,98
5
68,49
40
70,16
7
9,70
43
10,57
( 297 )
Sur Vabaissement de la temperature a Gand, pendant
r Eclipse solaire du 15 mars 1858; par F. Duprez» membre
de FAcademie.
J'ai suivi, pendant T^clipse solaire du i5 mars, la
marcbe d'un tbermomMre place au nord et ^ rombre,
dans ]e but d*estimer rinflaence du ph^nom^ne sur ]es ia*
dications de cet instrument. L'^cbelle du thermom^tre
dont j'ai fait usage me permeltait d'apprecier directement
les cinqui^mes de degr^; et j*observai de 10 en 10 minutes
avant et apr^s r^clipse» et de 5 en 5 minutes pendant la
dur6e de cette derni^re. Voiei les r&ultats de ces observar
tions; j*y ai joint, pour cbacune d'eHes, T^tal correspond
dant du ciel :
'Si
15 MARS 1858.
TBBUIOVJtTRX
eentlgndo.
Ata^t An el«l.
10l>55»
r,7
^aircies etroites. Soleil par intenralle.
11 tt
8,1
Id. id.
15
8,5
Id. id.
15
8,7
Id. id.
S5
8,5
Id. id.
45
8,8
Id. id.
55
8,1
Id. id.
11 5
8,9
Gourert.
15
8,5
id.
10
8,0
Id.
15
8,0
Id.
30
7,9
^laireies etroites.
35
7,7
l^claircies. Soleil.
40
7,6
Id.
43
7,6
^claireies plus rares.
i
( 298 )
IS BARS 18W.
eentlgrade.
jktmM <a elAl.
ltf>50a
7,7
^claireies plos rares. Soleil.
55
1 0
7,7
7,8
l^cUircief plus nombreiues. Sol«iI.
^claircies. Soleil.
5
7,0
Id.
10
7,0
Id.
15
6,7
Id.
SO
6,5
Id.
25
6,5
Eelairc. plus ^roites. Par interv. soleil.
50
6,5
Id. elroites. Par intervnlle soleil.
55
6,4
Id. id.
40
6,6
Id. id.
45
6,5
En partie serein. Soleil.
60
6,1
Id. id.
55
6,0
Id. id.
3 0
.5,9
Id. id.
5
6,0
En grande partie serein. Soleil.
10
6,0
Id. id.
15
6,S
Presque conipletement serein. Soleil.
SO
6,9
Id. id.
S5
6,3
Id. id.
30
6,4
Id. id.
35
6,6
Id. id.
45
7,5
Id. id.
55
7,7
En partie serein. Soleil.
5 5
7,7
Id.
15
8,0
Id.
95
8,9
Id.
35
8,0
Eclaircies.
45
7,7
Id.
55
7,5.
Id.
4 5
7,5
l^claircies etroites.
Les Dombres ci-dessus conslalent un abaissement gra-
duel de 3 degres centigrades, produil depuis le commen
( 299 )
cement jusque vers la plus grande phase de Teclipse; ils
montrent, en outre, que la colonne mercurielle, apr^s
avoir subi cette variation , a repris un moavemept ascen-
dant et est remont^e de 2^,5.
Je rappellerai ^^ h, cette occasion , que , lors de T^lipse
solaire du 28 juillet i851, un thermom^tre, plac^ ^gale-
ment au nord et k Tombre, m'a donn^ un abaissement
total de 4,4 degr^s centigrades (i). L*etat variable du ciel ,
pendant T^elipse de Tann^e actuelle, a dA ^videmment
modifier les indications thermom^triques.
J'avais dessein d'exposer k Taction directe des rayons
solaires un tbennomfetre k boule noircie; mais Taspect d^-
favoral>le du ciel au commencement de Teclipse m'a fait
renoncer h ce projel.
Observations de temp&ature d Anvers, pendant I'^clipse
de soleil du IS mars 1858; par M, Montigny, corres-
pondant de TAcademie.
«
L'^tat nuageux de Fatmosph^re a contrari^ les observa-
tions pour lesquelles j'avais pris quelques dispositions. Le
ciel est g^neralement reste couvert jnsqu*^ 12^15"^, in-
stant oji ie soleil, dejk en partie reconvert par le disque
lunaire, a pu 6tre aper(u k demi voile par les nuages.
L'observation du commencement de T^clipse n'a done pas
^t6 possible. J'ai 6x€ plus heureux k Tegard de la fin du
ph^nom^ne : le dernier contact des deux disques a ^te
observe k 2»»38"^54« T. M. d'Anvers, k I'aide d'un t^les-
cope grossissant 37 fois. (Je cite ce chiffre afln d*^lablir la
valeur des instants oti les temperatures ont ^te not^es.)
■ ■ ■ I II » 11
(1) Bulhlint de VJcademie, 4861, t. XVIIl, p. 159.
( 300 )
Ces notations ont ^t^ g^neralement r^it^r^ de 5 en 5
minutes, par deux observateurs, pour trois thermom^tres
qui se trouvaient places dans les conditions suivanies :
(A) Thermom^tre de Bunten, suspendu k Fombre, contre
un mur en regard du nord k 1"',5 environ au-^essus du
sol d'une vastecour un peu humide;
(B) Thermomitre ordinaire , plac^ en dehors d*une fe-
nfire orient^e au midi et k T^tage de la meme^cour;
(C) Thermom^tre k reservoir cylindrique noirci » dis^
pose a c6te du precedent*
Les thermom^tres (B) et (C) sont identiques quant k
leur forme ' ilsappartiennent k un psycbrom^tre d'Augost.
Void les principaux r^ujtats recueillis au moyen de
ces instruments :
16 HAAS 1858.
Attit dm •1*1.
Solell eaeU.
8al«il TWble k vtvmn l« n«a|M,
l£elKlr«i«« par iAUnralleg.
Id.
Soleil Titible pendantqaditaei iniunta.
8«l«fl aaeM.
Id.
Solail at noaiaa altaHtttiTcmant.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Le plus grand abaissement de la temperature s*est pro-
duit a i»»30".
( 301 )
J'ai suWi ^alement la marche du barom^tre d'heure
en heure, eotre S heures da matin et midi , puis de quart
d'heure en quart d'heure, k partir de i2H0", et ensuilede
5 en 5 minutes, pour voir si la hauteur mercurielle ne
refletatt point, par de petiles variations, soit rinfluence
de Tabaissement de temperature de Fair par suite de Te-
clipse partielle du soleil , soit celle de toute autre cause qui
pM dependre de Taction du soleil sur Tatmosphere dans
les conditions ordinaires. Mais, comme la marche du ba-
rom^tre s'est montr^e dans un sens ascensionnel depuis
8 heures du matin, les effets d'une cause quelconque,
d^pendante de Tinfluence immediate du soleil sur ratmo-
sphere, pr^suppos^e k tort ou k raison , ont du se trouvei!
masques en grande partie par le mouvement predomi-*
nant du barom^tre. Je dirai seulement qu'apres etre
montfeassez r^guliferement de 755'"",84 k 757'""*,64, entre
8 heures du matin et IMS'", et k partir de ce dernier instant,
la colonne barometrique eprouva une faible depression
qui Tamena k 757"*",55, k 1**30. Son mouvement ascen-
dant repril k 1**35, de faQon k atteindre 758™,12 vers
5 heures. Cette depression , qui s'est manifest^e dans la
marche de Tinstrumeht, independamment de la reduction
des hauteurs observees a 0^, est trop peu saillante pour
qu*on puisse en tirer aueune induction. Toutefois, il ne
serait pas sans interSt peut-Stre de suivre la marche du
barom^tre pendant une eclipse de soleil dans une locality
pour laquelle le pb^nomene dut elre tres^prononc^, et oil
Tobservation serait d'ailleurs favoris^e par un ciel serein.
Vers rinstant du maximum de Teclipse, les nuages
s'^tant ^cart^s pendant un court intervalle de temps, le
visage des personnes qui etaient directement eclair^es,
dans Fappartement, par la partie du disque solaire non
.eclipsee, se montra revetu d'une teinte blafarde sensible.
( 302 )
Observatiom meieorologiques faites a I'Ecole d'agricuUure
de Thourout y pendant I'eclipse de soleil du IS man 1858;
par M, G. De Traz.
15 Ji4BS
TiapiaAToii
de
Baroati
itre.
et n
1858.
I'air.
HAUnVB.
TKMrtfBATDBB.
tfTAT DU cnn.. H
Hh on
6,3
751,10
8,9
0.
GouTert.
15
6,6
751,10
9,3
0.
Id.
30
6,5
751,45
9,5
ONO.
Id.
45
6,8
751,50
9,7
0.
*/« couvert.
56
6,8
751,60
10,0
0.
Id.
' 13 0
6,9
751,65
10,3
0.
Id. .
15
7,0
751,50
11,5
0.
Id.
30
7,0
753,00
13,5
0.
Id.
45
7,0
753,35
11,0
0.
Id.
1 0
6,8
753,35
10,6
0.
Id.
15
6,3
753,15
10,0
0.
Couvert.
30
5,6
753,35
9,5
0.
Id.
45
5,5
753,00
9,5
0.
Id.
3 0
5,8
753,85
9,5
0.
*/8 coorert.
•
15
6,5
753,30
9,9
0N0»
Couvert.
30
6,8
753,40
10,0
ONO.
Id.
•
45
7,0
753,60
10,1
ONO.
Id.
3 0
7,3
753,40
10,1
ONO.
Id.
MoTsmfB .
6,1
751,91
10,0
CorrectioB du thermQ
Hauteur barometriqu
metre ('0,4) . .
B a 0* .
. . . .M<
oyenne.
Id.
Id.
5,7
750,55
753,60
751,10
1,50
6,8
5,1
«,7
w «% ^f ■ • • •
jmauv^ua
HautAur
fftttnttHtdit .
Id.
Id.
Id.
Id.
Id.
Differenc
A
Tempera
Tempera
Different
ture maximu
ture mtntmtii
6 • • •
m eorrigee (5,00 fa
meorrigee (1,45 h
.) . . .
.) . . .
• • • •
L'horloge de recole avance de 8 minutes sur le temp* vrai.
( 303 )
Note supplementaire sur ks caracteres na(urels de$ anciens
Cdte^ (7'"« note sur la cliissilication des races humaines)^
par J.-J. d'Omalius d'Halloy, president de I'Academie.
Depuis que j'ai communique k I'Academie (1) quelques
considerations ethnographiques sur les Celles, j'ai eu con-
naissance des belles etudes que M. Perier a publi^es sur
ce sujet (2) , et comme ce savant est arrive, en ce qui con-
cerne les caracteres naturels de ces anciens peuples, k des
conclusions differentes des miennes, je crois devoir revenir
sur cette question.
On sait que les peuples de la race blanche, abstraction
faite du rameau scythique, pr^sentent deux types princi-
paux : celui des hommes k cheveux blonds et yeux bleus ,
et celui des hommes a cheveux et yeux noirs. Je n'ai pas k
m*occuper en ce moment de la cause qui a donne nais-
sancek ces types; jerappelleraiseulement que j'ai cherch^
k faire voir qu'elle ne pent etre attribute k Taction des
climats, telle qu'elle s'exerce actuellement.
On sait egalement que le type blond est plus abondant
dans le milieu que dans le midi de I'Europe, oh domine
assez g^n^ralement le type k cheveux noirs, lequel est k peu
pr^ exclusif dans le nord de TAfrique et le sud-ouest de
I'Asie.
(1) BuUeUM de VAcademie royale de Belgique, 184$, t. XII , p. 230 ;
td., /557,t III,p. 129.
(2) itude$ sur les vestiges des peuples gaeliques et cymbriques, etc.,
pir J.-A.-N. Perier, m^ecin principal de rhdtel imperial des Invalides.
Paris, MassoD, 1857. Une partie de ce travail a parii dans le Bulletin de
la Soeiet4 de g4ographie de Paris , 48S7, t. XIH.
( 304 )
Ges faitSf ^ombin^ avec la fiScondit^ plus grande et la
tendance ^ faire desconqudtes qai caracterisent les peuples
da type blond, m'ont port^ a admettre (1) que ceux-ci
^taient arrives comme conqu^rants dans le midi de TEu-
rope, oh ils s*^taient plus ou moins m^laDg^s atec des
peuples du type ^ cheveux noirs qui les y avaient precedes.
On sait, d'un autre cdt^, que FEurope occidenlale pre-
sente trois families principales de langues, dont deux,
savoir les Jangues teutonnes et latines , apparliennent io-
contestablement au groupe des langues les plus perfectioD-
n^es, dites langues ^ flexions, tandis que la tfoisieme, que
j*ai propose (2) d*appeler erso-kymrique , se rattache si fai-
blement k ces langues que je suis porte a y voir (3) des
langues d*aggIulination, modifi^es par de longues relations
avec les peuples parlant des langues k flexion , plntot que
des langues de cette derni^re categoric qui auraient d^e-
ndr6.
Nous nous trouvons done en presence de deux types
naturels et de deux classes de langues, ce qui porte k
croire qu'il pourrail y avoir une corrdation entre ces deux
series de caracl^res. Or, conime tous les peuples du type
blond parlent des langues k flexion , tandis que les Basques
et les Berbers i peuples a cheveux et yeux noirs, parlent
des langues d*agglutination , il paraft probable que ces der-
ni^res langues apparlenaient originairement au type k
cheveux noirs et les langues k flexion au type blond. Tou-
tefois, lorsque Ton veut rattacher ces denudes aux docu-
ments historiques, on rencontre des difficult^, qui ne
(1) Bulletins de VAcad4mie, 1848, t. XV, p. 549.
{») /d.,^«57,t. III,p. 129.
(3) M, p. 133.
( 305 )
doiveot pas nous ^tonner, lorsqne ooos nous rappelons que
ces documents ne remontenty pour ceqoi concerne TEu-
rope occidentale^ qu'a une^poque relativemenl r^cente,
que les migrations des peuples, ainsi que les relations
commercialese ont m^lang^ les types ^ que les conqu6tes
ont quelquefois rnodifi^ ou m^me cbabg^ compl^tement le
langage du peuple conqu^rant ou du people conquis, et
qu'enfin des idees precon$ues sur Torigine des Europeens
out, en quelque mani^re, perp^tue certaines opinions sans
que Ton ait examine si elles ^taieot conform^s aux faits.
Cependant, on est assez gdn^ralement d'accord pour
eonsid^rer les peuples parlant les langues erso-kymriques
comme repr^entant les restes d'une population ant^rieure
k celle qui a introduit les langues teutonnes et latines
dans les parties les plus occidentales de I'Europe; mais il
n'en est pas de meme lorsque Ton veut ^tablir leur filiation
avec les peuples cit^s dans les documents historiqqes.
L'opinion la plus r^pandue k ce sujet, depuis un si^cle,
c*est que les Erso-Eymris sont les descendants les plus
purs des anciens Celtes, peuples guerriers et conqu^rants,
que les documents historiques nous font connaitre comme
habitant les Gaules et comme ayant ^tendu leurs conqu6tes
en Espagne, en Italic, en Germanic et jusque dans TAsie
Mineure; toutefois, cette opinion est maintenant con-
test^, ainsi qu'on a pu le voir par les savantes lettres qm
M. le g^n^ral Renard a adressees k TAcademie (1). De mon
c4t^, sans avoir la pretention de decider la question, far
communique (2) quelques considerations tendantes k faire
(4) Bulletins de VJcad4mie, 1856, t. XXIII, 2"'partie, p. 160.
(2) /d., p. 799.
( 506 )
voir qu'il u*esi pas probable qu^une famille, a laquelle
apparteDaienl des peuples aossi puissaDts que les Celtes,
se soil si completement foodue daos d'autres populations
qu'il n'eo resterait plus maioteoaot que quelques £siibles
debris relegu^s dans les parties les plus occidentales de la
Brelagne et des lies Britanniques. J'aVais aussi cberch6 k
faire voir anterieurement (1) que, contrairement k une
opinion que j'avais moi-meme partagee pendant quelqne
temps, les anciens Celtes appartenaient au type blond.
Maintenant, M. P^rier propose une opinion interm^diaire,
c*est-k-dire qu'adoplant la division des Gaulois etablie par
M» Amedee Thierry, il attribue aux Kymris tous les pas-
sages dans lesquels les auteurs anciens stgnalent les che-
veux blonds, les yeux bleus, ainsi que la haute taille des
Gaulois, et aux Galls Fexistence des cheveux et des yeux
nolrs que Ton remarque dans les populjitions fran^^aises
et britanniques actuelles.
Je me permeitrai k ce sujet une premiere observation »
c'est que, lors mSme que Ton admettrait la r^alite de la
division des anciens Gaulois en Galls et en Kymris, il serait
pen probable que Pdement blond appartint k ces der-
niers, puisque les bas Bretons, qui sont les plus noirs de
toutes les populations erso-kymriques , parlent la mSme
langue que les habitants du pays de Galles, qui se donnent
encore le nom de Kymris.
Je dirai, en second lieu, que cette division elle-meme
me parait susceptible d'etre contest^e, du moins dans le
sens qu*on lui a donn^, car elle n*est fondte que sur des
considerations que je ne trouve pas tres-convaincantes. Ce
(1) SuUetins de VAcadmie, 1845, t. XII, p. 230.
( 507 )
sont d*abord la dislinclion qai existe aujourd'hui eotre la
langue erse ou gaelique parl^e par les Irlandais et les
Higlandersd'£cosse, et la langue kymriqacfparl^ par les
habitants du pays de Gailes et les bas Bretons; ensuite la
circonstance que les anciens atiteurs romains auraient
qaelqaefois employ^ le nom de Cimbri pour designer lies
Gaulois, et enfin les distinctions que Cesar a signal^s entre
les habitants des trois grandes divisions g^gfaphiques
des Gaules.
La prenu^re de ces consid^ations ne pourrait avoir de
valenr qa*autant qu*il serait prouv^ qne les Erso-Kymris
sont r^eilentent les descendants directs des Gdtes, et c'est
pr^cisement le svjet de la contestation.
Quant a Tassertion que le nom de Cimbri anrait 6ii
qnelquefois employe comme isynonyme de celui de GaUi,
chose qui 9 d'ailleurs, parait tres^douteuse, elle peut s*ex-
pliquer beaucoup mieux dans inon bypbth^ que dans
celle qui veut appliqner ce nom a une grande division des
peuples gaulois. En effet^siy comme je le suppose, les
Erso^Kymris aVaient habite les Gaules avant Tarriv^ des
Celtes, il est probable que les esdaves, que Ton nous dit
que possedaient les Gaulois, ^taient des Kymris , et aloirsil
n'y aurait rien d'exti*aordinaire k ce que les Romains eus-
sent quelquefois d^sign^ leurs ennemis par le nom de la
partie la plus abjecte de la population : Thistoire nous
fournit beaucoup d'exemples de de genre. On con^oit £ga-
leoient que ce nom li'ait et^ employ^ que tres-rarement,
parce que, dans la mani^re de voir de ces temps-, on ne
tenait compte ni des serfs ni des esclaves, et que, d'ailleurs,
les Romains ne devaient pas etre tr^s-flatt^s de donner une
denomination synonyme d'esclave h un peuple qui les avait
fait trembler jusque dans leur capitate. Si, au contraire,
(508 )
le Dom de Cimbri avail design^ uoe partie des peuples do-
minatettrs dans lea Gaules » eelle que C^ar disait £tre la
plus courageuse {forH3$imi) ^ on ne concevraii pas pour-
quoi lea Romaius n'ont employ^ ce nom que d'une mani^re
tout k fait accideotelle, et pourqnoi il a compietement dis*
paru lorsque lea peuples, qai habilaient lea Gaules, out €^
mieux coouus.
II est vrai que les Romains opt aussi employ^ le nom
de Cimbri pour d&igoer un peuple particulier qui habi*
tait sur les bords de la Baltique et qui s'^ait avaoce jusque
dans les plaines du Pidmout, au temps de Marius; mais il
est bien probable qu*il y a dans cette circonstance una de
ces alterations de noms si communes dans Thistoire, et,
d'ailleurs, un de nos savaats confreres (i) (| d^montr^ der-
i\i^i^^eot que oes Cimbri ^taient de T^ritables Teutons,
en 0(i^ine temps qu'il a fait voir que les Ctmm^ni des Grees,
dont 00 voulait les faire descendre^ ^taient un peuple my-
tbtque,
. Pour ce qui est des distinctions que C6sar a signal^
parmi les Gaulois, elles s'expliquent aussi beanconp mienx
dans lUiypoth^se que je soutiens que dans Tautre; car C^r,
apres atoir indiqu6 une division de la Gaule Chevelne en
trois r^ions g^graphtques, ajoute que les peuples de ces
trois divisions se distinguent par leurs caract^res , et ce
quHl rapporte de ces caract^res concorde parfaitemeni
avec ce qui devait dtre si, comme je le suppose, les Celtes
etaient un peuple blond venu de la Germanic, qui a trouv^
la Gaule occupy par des peuples kcheveux noirs parlant
des langues d*agglutination. En effet, dans cette hypothtee,
(!) M. Schajres, BuJUUns de VAcadimiB, 1855, t. XXII, 2-» partie,
p. 441.
( 509 )
les conqu^rants ont iik s'^tablir en plus grand nombre
dans les pays , au nord de la Seine , qui ^talent plus pr^s
du point de depart, et y conserver plus de relations avec
la mere patrie ; tandis que ceux qui se sent avances entre
la Seine et la Garonne ont du se modifier plus fortement
par leur melange avec une population erso-kymrique plus
considerable, et que ceux qui ont penetrd au sud de la
Garonne, y ayant rencontr^ des Iberes, ancelresde nos
Basques , ont dii s'y modifier d'une autre manidre. On con-
Qoit aussi que, dans oei etat des cboses , Gesar ail design^
les peuples d'eptre la Seine et la Garonne parle nom de
Celtes , pui$qu'il9 formaient la masse principale des peu*
pies, celtiques, et qu'il ne lenr. trouvait ni les caracteres
germaniq<m> des Beiges ni les caracteres iberiques des
Aquitains. Du reste, Q&sar, qui n'avail Stabli la division
doioit il s'agitque commeun moyen de faciliter la connais-
sance geographique, des Gaules, y mettait peu d'impor*
tance au point de vue ethnographique, car, dans le eours
de sa oarratioQ , \l fait rarement usage des noms de Celtes,
de Beiges et d*Aqui tains, mais se sert presque toujours de
cejui de Galli.
D'un autre cdte, si Ton donne aux Kymris le develop*
pement que leur suppose M. Tbierry, il faut les ^tendre
bien au delk des limites que C^ar donnait k ses Beiges, et
si Ton consid^re, avec M. Perier, le type blond comme
Tapanage exclusif des Kymris, il faut transformer les Galls
en un peuple s^entaire et pacifique qui n'avait rien de cet
esprit belliqueux et aventureux qui caracterisait la race
celtique; car on ne peut disconvenir que les historiens ont
presque toujours signal^ I'existence des hommes blonds
dans ces armies gauloises qui ont fait trembler Tltalie et
la Gr^.
/
(540)
Je n'ai pas, com me on voit, rintention de nier qu*ii y
ait eu anlagonisme de races parmi les anciens habitants
de TEurope occidentale, puisque j*admets qoedes peuples
blonds y ont soumis des peuples k cheveax noirs; mais ,
conlrairement aux opinions g^neralement admises, je
pense qae ce fait s*est pass^ ant^rieurement aux temps
mentionn^s dans nos documents bistoriques, el que les
peoples d^origine blonde ^taient les seuls qui dominaient
dans les Gaiiles ^ T^poque dout parlent ces documents. En
effet, s'il avail existe k cette epoque, en Ire les peuples
gaulois, des differences aossi traneh^es que eel les que
Ton signale maintenant enlre les Galls et les Kymris, com-
ment auraient-elles ele si pen indiqu^es paries auteurs
que Ton ne s*en ^lait pas doute avant M. AmM6e Thierry?
S'il y avail eu enlre la Seine el la Garonne des peuples qui
se distinguaient des populations principales par les meo^e^
caract^res que ceux des Beiges, comment se fait-il que
C^sar n'ait point dit un mot d'un fait aussi remarquable,
lui qui a si bien fait ressortir l^s differences qui distin-
guaient les Beiges et les Aquiiains des aiitres Gaulois?
Si nous examinons maintenant jusqu'a quel point les
Kymris actuels justitient le r6le que Ton veut faire joaer
^ leurs ancStres, nous verrons que Ton ne retrouve chez
eux rien de eel esprit aventureux et conqudrant qui carac-
terisail les peuples celtiques. Leurs poi^sies ne parlent
point de conquetes, elles se bornent ^ chanter leurs mon-
tagnes et leurs valines. Quoique tr^s-^braves et fortemeni
attachi3S a leurs institutions, quoique ledrs pferes aient
vaillamment d^fendu leur independance, pendant des
siecles, centre des voisins beaucoup plus puissants, nous
les voyons aujourd*hui supporter avec docility la domina-
tion de ces voisins et tendre continuellement it se fondre
(3*1)
a¥ee eox. Riea done n*annoQce dans ee people les descent-
dants directs de la race feconde et domioalrice qui, jadis,
S0Q8 la forme de colonnes armees et aujourd'hat sous celle
depaeifiqoesemigranu, tend conlinQelleroeot I s'^teodre
el a refottler lea auires popuiatioos oa (>}ui6i a les faire
di¶itre.
Je persiste done a croire que les Erso*Kymris acluels,
bten loin d'etre les descendants les plus purs des aneiens
Celtes, doivent £tre consideres comme la population qui
represente le moins imparfaitemeDl les aneiens peuples
qui occupaient la France et les lies Brilanniques avani
Tarrivee des Celles. Je parle ici de represenlation impar-
faite, parce qu'il n'est pas possible, ainsi que je Tai dej^
fait remarquer, que cetie peiite population ^ en contact
depuis un grand nombre de siecles avec la race blonde, si
feconde et si entreprenaute, n'ait ete profondemenl mo-
diti^. D» reate, je n'ai pas a rn'occuper en ce moment de
la question de savoir st Fancienne population « k laquelle
)e viens de (aire allusion, preseniait dans les Gaules, avant
Tarriiree des Celies, les distinctions que Ton remarque au-
joard'hui enire les Kyoiris et les Erses on Gaels des lies
Brilanniques; car, outre que eette questiott est encore fort
obscure, elk n*est d'aucuoe imporlanee pour la these que
je soutiens; mais je crois devoir dire que, selon moi, il y
a trop de rapports entre ees peuples pour admetire qu'Ms
aient appartenn originairement a deux types aatarels dif-
fi§rents.
Je termine en faisant remarqner que je suis loin, par
eette discussion, de voiiloir deprecrer les belles etudes de
M. Perier; je trouve,au coutraire^ qu*elles ont fott faire
un grand pas a la question par la maniere conscieBcteuse
ftvee laqoelle Tauteur a mposi tea resQiiata d« aes» )m-
2°"^ S1^.R1E , TOME IV. 21
(312)
menses recherches, et le soin avec lequel il a d^ag^ ce qai
appartenait k r^I^ment blond de ce qui appartenait k T^l^
inent i cheveuz noirs. Je sais mSme tent^ d'ajoater que je
serais parfaitement d*accord avec M. P^rier, s*il n^avait pas
cru devoir prendre pour point de depart la division etablie
par le cel^bre auteur de VHisloire de$ GauUris; car, dans
la r^lit^, ses Gaels ne sont que mes Erso-Kymris, et ses
Kymris sont mes Celtes, ainsi que ceux des auteurs grecs
et remains.
Un mot $ur la pinStralion des spermatozotdes dans Vcsuf
pendant Vacie de la ficondation; par P.-J. Van Beneden ,
membre de FAcad^mie.
On sait que les (Bufs des Tr^matodes et des Cesto'ides se
ferment par le concours de deux organes, le germigine et
le viteUogene, et que les canaux excr^teurs de ces glandes
confluent de maniire k ce que , chaque fois qu^une vtei-
cule germinative apparatt, des globules vitellins se pr6ci-
pitent en masse auloor d'elle el conslituent, par leor agglo-
meration , rceuf proprement dit. On sait aussi qu*une
vesicnles^minale (interne) est situ^e sur le trajet du ragme
conduit et qu'il fonrnit Tel^ment fecondant male ou les
spermatozo'ides.
Comment se comportent les spermatozoides dans Facte
de la fi^condation ? Penetrent-ils dans i*(£uf au travers des
membranes jusqu*au vitellus ou jusqu*k la v^icule ger*
minative? Que deviennent-ils apr^s Taccomplissement de
cet acte?
Ce soni autant de questions a Ford re du jour en pfay-
( 515 )
siologie et pour la solution desquelles j*appor(e le r^sultat
d'une observation que j'ai eu I'occasion de faire un de ces
jours.
J'^tudiais un Distome provenantde Testoroacdu Turbot
(le Disloma aeglefini d*Ol. F. Mull?) , dans le but de voir
les ceufsse former dans Vootype. II ^lait parfaitement place
et les organes semonlrerent dans loule leur netlele.
Un ceuf venait de se former : au milieu se trouvait une
vfeicule transparence, assez grande, couverle de granula-
tions opaques et occupant un des p6les de la masse in-
terne : c'esl la vesicule germ i native.
II ne pent y avoir de doute sur sa nature, puisque je vois
h c6t^ de Foeuf des vesicules semblables encore contenues
dans le germigene.
Autour de cette vesicule, on voit, un pen plus abondam-
ment de Fun cdteque de Faulre, plusieurs petiles spheres
transparentes, irregulierement entassees et sans aucune
apparence de granulations (une seule de ces petites spheres
montre un noyau au centre) : c'est le vitellus.
Une coque encore Ires-mince et transparente, comple-
tement incolore, entoure cette masse vitelline et laisse un
certain espace entre elle et le vilellus. Cest dans cet es-
pace que se meut le filament spermatique.
Cette coque s'est formee apris la reunion des trois el^
ments qui se trouvent dans I'interieur.
II ne faut ^videmment pas de micropyle quand le sper-
matozo'ide se trouve dejk dans Tinlerieur de la coque.
En fixant mon attention sur cette vesicule germinative,
je la vis tout ^ coup s'ebranler, et tout autour de la masse
vitelline, j^aper^us un mince filament dans un mouve-
roent Ondulatoire et ^ui causait Tebranlement de la vesi-
cule germinative : c'etait le filament spermatique on le
( 514 )
gpermatozoi<]e « qui ^Uit Qneore m vie et qui i^v«it p^a^re
avec la inas$e viielliae. De temps en tempa, les moovemenls
cesserent pour un instant, el la vesicule germinative eaira
cbaque fois eq repos.
Ce filament spermatiqae, sur la nature duquel il ne
peut y avoir le moindre doute, avait te double de ia lon-
gueur de ToBuf , et encadrail la masse vitelline de maniere
a former presque un aooeau compiet.
Ce spermaiozoide etait bien loge dans rinterieur, pai&-
que la vesicule germinative e^aii mise en n^oavemeot
cbaque fois qu'il se remettait k ouduler,
Au bout d^une beure, tout mouvemenl avait cesse; les
mouvemenis ondulatoires avaient insensiblenneni dimtno^
d'intensile, et quaud tout fut en repos « il n'y eut plus
moyen de decouvrir des traces du filament spermatique.
II est inutile de parler ici des changements ull^ieuffs.
H^ cette observation il resuUe elairement :
i^ Que le spermatozoide est en contact tniin^islial avec
la vesicule germinative et la masse vitelline;
2!* Que le spermatozoide disparait sans laisaer aneane
trace de son passage;
S*" Qu'il n'existe pas de membrane viteUine it cette pre*
mi^re ^poque de la vie de Toeuf ;
it" Que ces (Buf^ n'ont pas besoin de microf^^le, puisqoe
le spermatozoide s'y troave dejk avant la foraiatioB . des
enveloppes.
( 5*& )
GLA8S£ ilES LETT]1KI».
Sianee du 10 avril 1858.
M. M.^N.4. LecLBRGQ, directeur.
M. ADi Qc[ist£LBt, secretaire perp^tael.
Soni presents : MM. le baron de Gerlache^ Graodgagnfeige^
de Ram, Roulezi Gachard, Borgnet, le baron J. de Saiht-
Genois, De Decker, Schayes, Snellaert, Haus, Bormans^
Polain, Baguel, Arendt, Cb. Faider, membres; Nolet de
Brauwere Van Steeland, associ^; Ducpeliaux, Serrure, Ker-
vyn de Leltenhove, Chaloo, correspondants,
M. Alvin et Jehotte, de la classe des beaux-arts, assi&teat
k la glance.
±asA
CORRESPONDANCE.
M. 16 Minisitre de rint^riettr tfdti!$met title ejtpijditioh
de rarr£li§ royal p6rmnt nominatidn des mettabreddii jury
charge de decerner le pt\% quidqtieanal d^ liueralUi'e fVad-
$aise.
— ^ar ane secon^e iettre, M. le Ministre transoiet le
( 316 )
prospectus d'un Dictionnaire universel et national frangais-
flamand et flamand-frangais de M. Fabb^ Olinger, devant
former 2 volumes grand in-4% a 3 coloones, sur lequel il
demande Tavis de I'Academie. (MM. Bormans, Nolet de
Brauwere et David soot nommes commissaires.)
— M. le Ministre des finances envoie deux exemplaires
du Catalogue genial des bibliotheques du ministere des
finances.
— M. F. Van Meenen fait parvenir, pour les membres
de i'Academie, des exemplaires des discours prononces
sur la tombe de son pere, membre de la classe des lettres,
decede le 5 mars i858.
Une lettre de condol^ance et des remerciments ont ^te
adress^s a M. Van Meenen.
M. Ad. Quetelet communique en m^me temps une lettre
qu'il a refue de M. Sylvain Van de Weyer, membre de la
classe et ministre pl^nipotentiaire du Roi des Beiges i
Londres.
M. Van de Weyer exprime Tintention de publier une
notice sur la vie et les ecrits de M. Van Meenen, et de payer
en meme temps au defunt un tribut d*amiti^ et de recon-
naissance. Ces offres sont acceptees avec empressement.
— M. Ch. Faider, membre de la classe, fait connaitre
qu'un congr^s international se r^unira k Bruxelles, au
mois de septembre prochain, pour s'occuper du droit de
propri^t^ artistique et litt^raire, et il demande que FAca-
d^mie veuJUe bien mettre k la disposition de cecongris,
la salle de ses stances publiques et les locaux qui ont
servi k d'autres congr^s. L'Acad^mie accede avec plaisir a
ces propositions.
C 317 )
— La classe , dans une de ses stances pr^^entes, avail
refu le premier volume der Naturen Bloeme, par Jacob
Van Maerlant, publie par M. J.-H. Bormans, membre de
TAcad^mie. II lai est offert, dans la seance de ce jour, le
premier volume du Rymbybel, par Jacob Van Maerlant, pu-
blic par M.J. David, president de la commission de I'Aca-
demie pour la publication des anciens monuments de la
litterature flamande. Ce beau volume, comme le prece-
dent, est enrichi de notes explicatives nombreuses, ajou-
t^es par T^diteur au bas de chaque page.
La classe remercie MM. David et Bormans pour les soins
qu*ils ont mis k s'acquiKer des fonctions importantes qui
leur sont confiees.
— M. Dewandre, president de la Societe libre d^^mula-
lion de Li^ge, fait connaitre qu'une stance publique de Ja
society aura lieu le jour de la cidture de Texposition des
beaux-arts, et que des prix seront mis an concours.
M. le Secretaire perp^tuel donne lecture de la lettre
suivante de M. Th. Juste, dont la classe ordonne Tim-
pression dans son Bulletin :
c Monsieur lb Secretaire perp^uel,
» J'ai rhonneur de vous transmettre , pour la classe des
lettres , un exemplaire de mon ouvrage intitule : Vie de
Mamix de Sainte-Aldegoifhde , tir^e des papiers d'^iat et
d'autres documents inedits.
» En m'acquitlant de ce devoir, en faisant k TAcademie
ce respectueux hommage, il ne me parait pas inutile de
rappeler ici rexhortation patriotique qu'un de nos con-
freres les plus eminents, M. Nothomb, adressait, il ya
(318)
vingt-cinq am, aux g^o^rations nouirell^a qui ^ie&t ap-
pel^ea k consoiider Tceuvre de i830 ;
« Le preinrer livre d'un people i c'est son histoire; re*
» Douons ceite cbalne des Cempa que la main ^trangere a
> si souvetil bris6e. SachoDsrevendiquer desillustraiioos
9 que d'auires peuples nous diapuient, sachoos rebabi-
> liter celles qu*on voudrail leruir, sachona tirer defoubli
» celles donl le souvenir s^est perdu. »
» II est, en etfet, d'un inieret national de revendiquer
hauiement, de meitre en pleine lumi^re, derehabiliter les
hommes qui, par leur g^nie et leurs travaux, out jete au-
trefois un grand ^clat sur le pays. Et devant cet int^rSt
sup^rieur, les dissidences particuli^res doivent s'effacer.
> G'est un patrimoine commun que nous avons k d^-
fendre; c'est Thonneur de la Belgique quHl faut preserver
detouteatteinte.
9 Telles sont les vues qui m'ont dirig^ dans raccom'-
plissement d*une ikcUe difficile, sans aucun doute, mais
dont Tulilil^etait egalenienl certaine.
> En raconiant , d*apr^s des documents autbentiques et
complets, la vie si agii6e de Marnix deSainte-Aldegonde,
je me suis efforc^ d*assigner au c^l^bre conseiller de GuiK
laume le Tacilurne le rang qu*il m^rile inconteslablement
dans notre bistoire. J*ai d^sir^ ouverlement que la posl^
Txi&ne ffli ni malveillante ni ingrate envers le palriote qui
8*^iait devoudi k une grande cause.
j> Longiemps encore la r^voluiion du XVI''* si^cle don-
nera lieu k des jugements divers. Mais, quelles que soient
ces appreciations, sacbons, comme le disait Marnix, bo-
norer la veriu pariout; sacbons nous montrer ^quitables
mSme envers nos adversaires et ceux que nous regardons,
k tort ou k raison , comme nos enaemis.
( 5i» )
> La jUfUce btsioriqu^ 9St uoe des graades eoDqu^es
de QOlre temps ; j6 Tinvoque en faveur de Maroix de Saiote^
Aldegoode.
» Vous m*obligeriez, Monsieur le Secretaire perpeloel ,
en communiquaui ^ la classe ces eiplicalions sommaires
sur le but de mon travail. >
— II est fait hommage d'un recueil de ponies, intitule
Georgia, par M. Mathieu , correspondani de la classe. Re«
merctmenis.
4itVttm I <i»»
RAPPORTS.
M. le Secretaire perp^tuel fait connattre que la com-
mission sp^ciale des finances a examine les comptesdes
d^penses et recettes de TAcademie, pour ce qui concerne
la classe des lettres, pendant Fannie 1857.
CONCOURS DE 1858.
La classe s*est constitute en comity secret pours'occuper
du jugement des pieces qui lui ont ^t^ envoy^es pour le
concours de 1857-1858.
Elle a successivement entendu Tavis de ses commis-
sairessur les r^pouses failes k deux des questions inscrites
au programme; mais le jugement ne sera prononce que
dans la stance du mois de mai.
( 520 )
La ciasse s'est occupy ensuite d'arr^ter Tordre de ia
stance publique et d'indiquer les lectures qui y seront
failes. Du coDseutement des deux autres classes, les sauces
ordinaires auront lieu dans Tordre suivanl :
Pour la ciasse des Sciences, le jeudi.6, ^ ii heures.
— des Lettres, le mercredi S, k midi.
— des Beaux- Arts, ^endredi 7, ii 11 heures.
La ciasse des lettres tiendra sa siance publique le ven-
dredi, 7 mai, k une heure de.relevee. Gonformement a
Tarticle 18 des statuts orgauiques, et d'apr^s les instruct
tions de M. le president de TAcademie , les trois classes
tiendront, en outre, leur stance generale le jeudi,6 mai,
a deux heures de relev^e , pour regler entre elles leurs
int^rSis communs.
( 324 )
CLASSK D£S BEAUX-ARTS.
Seance ^ avril 1838.
M. G. Geefs , directeor.
M • Ad. Quetelet , secretaire perp^tuel .
Sont presents : MM. Alvin , Braemt, De Keyzer , Fr. F^tis,
Navez, Says, Van Hasselt, Jos. Geefs, Snel, Ed. F^tis,
De Busscher, membres; Calamatta » associ^; Balat , corres-
pondant.
CORRESPONDANCE.
M. le secretaire perp^tuel depose le compte rendu de ia
Caisse centrale des artistes beiges pour 1857.
— L'Acad^mie royale des beaux-arts d'Anvers adresse
le programme de son grand concours pour le prix d'archi-
tecture.
— M. F. Fetis depose un memoire manuscrit de sa com-
position, intitule : Les Grecs et les Romains ont-il$ connu
Vharmonie simultanie des sons? en onUils fait usage dans
leur nvusique? (Commissaires : MM. Snel , ^^irQQ et Van
Hasseit.)
( SSS)
COMPTES DE L'ACADfiMlB.
II est donD^ conDaissance ^ la classe que les commis-
saires charges de la repr^senter, ont examine lescomptes
de TAcademie, avant la reunion de ce jour, et qu'ils ont
^l^ d'avis que ces comptes, en ce qui concerne la classe »
devaient £tre approuv^s. La depense pour 1857 s'est ^le*
vee k une somme k peu pr^s ^quivalente k celle Qx6e par le
budget de r£tat.
dOMMUNlCATIONS ET LECTURES.
Tableau des freres Van Eyck : f Adoration de VAgneau
pascal; par M. Edm. De Busscher, membre de TAca-
d^mie.
Dans la derni^re stance de la classe des beaux*arts»
ensuite des observations faites par notre honorable coll^
gue M. Edouard F^tis , Je me suis engage h m'enqiii^riir et
k vous rendre eompte de ee qui $^e$l pass^ au siijet des
restaurations k effecluer au cbef-d*(Buvre des freres Van
Eyck : (Adoration de I'Agneau, tableau de la caih^drale
de Gand, sur loquel j'eus Thonneur d*attirer voire atten-
tion. Je suis k m^me de vous donner aujourd*hui des
reoseignementd ini^ressants et precis.
En novembre 1857 , j'ai ftigual^ k la classe T^tat de d^
piirissement de ce tableau , et Turgence qu*il y avait d*ap'
peler sur cet objet la solliciiude du Gotivernement et de la
Commission royale des monuments. Ma proposition » f0^
( 5» )
raiil^ en ce sens, ftil adopts, et le bureau )a porta h la
coonaissanee de M. ie Miiiistre de rinldrieur. Qoelques
jours apr^s, des d^Mjgues de la Commission desmoiiu-
roenls furenl envoyes k Gand, pour examiner cede admi-
rable produeiion de T^ole flamande primitive , el, le
15 novembre, une seconde visile, Ir^s-procbaine, Tut an-
BODcee : elle eut lieu, en effel, le 15 du mSme mois.
Dans une leitre 6crite a Monseignenr Tevdque de Gand
par le bureau des marguilliers de la eaihedrale deSaint-
Bavon, missive communiquee par voie adminislraliveii la
Commission locale des monumenls , il est dit que la Com-
mission royale des monumenls se proposait d*adresser au
Gouvernement , apris le second examen dn tableau, et
consequemment selon le rapport de ses deleguds, des
propositioM Mfimlives.
Jusqo^ici , Messieurs , ces propositions definitives, ou
nVint pas ^t^ pr^sent^ au Gouvernement , ou du moins
n*ont mene ^ aucun resultat. II y a plus : dans la lettre
de Messieurs les marguilliers de Saint-Bavon nous lisons
un paragraphe assez etrange, et sur lequel ceui de nos
collegues qui font pariie de ia Commission royale des
monumenls pourront sans doute nous donner des expli-
cations.
Yoici ee paragraphe :
c Permettez-nous , Monseignenr, d*ajouter ici que les
» membres de notre bureau qui furent prfeents ^ la visite
> du i5 novembre i857, n^ont pas eru devoir eonelure
» des remarques faites par Messieurs les dil^es^ que le
9 taNeau des freres Van Eyck , {'Adoration de l^Agneau ,
1 ait besoin de reparations urgentes. »
La Commission des monnments de Gand, qui, la pre-
miere, s'est ^mue du d^p^rissement de cette belle oeuvre,
( 324 )
ety sur le rapport de ses commissaires, en instruisil Tauto-
rite communale, a ^te Trapp^e de cette singuiiere asser-
tion des marguilliers de Saint-Bavon. Dans sa r^onioa
mensuelle du 14 mars dernier, elle a delegu^ de nouveaa
quatre de ses membres (MM. Th. Ganneei et Felix Devi-
gne, peintres; Charles Onghena, graveur, et Edm. De
Busscher) , et leur a enjoint de se livrer k Texamen le plus
scrupuleux et k la constataiion de Tetat acluel de la pein-
tare de P Adoration de I'Agneau. Get examen, en deux
stances de plusieurs beures , a demontre k T^vidence la
v^racit^ des rapports ant^rieurs de la Commission de
Gand. Proc^s-verbal en a ^te dress^, et tons les endroils
qui exigent une restauration urgente ont ^le precises sur
une reproduction lithograpbide du tableau. La Commis-
sion de Gand m'a autoris^ k vous communiquer ces indi-
cations et ces proces-verbaux , redig^ s^nces tenantes
par M. Th. Ganneei , professeur-directeur de TAcademie
de dessin.
Les indications peuvent se r^dsumer ainsi :
PAMIIEACX SUPtoEUAS.
A. La Sainte Vierge. — Le hau t de ce tableau, principale-
ment la gracieuse tSte de la Yierge, sauf quelques retou-
ches inhabiles, est en bon etat. Le manteau bleu, qui
couvre une bonne moitie de la figure , est crevasse au point
de'rendre, vers le bas, les plis difficiles k reconnattre.
Sur la poitrine, des parcelles de couleur sont soulevees.
B. Le Pere-J^ternel. Ce panneau est en bon ^tat de coq-
servation.
C. Saint Jean-Baptiste. Panneau dans le meme ^tat que
le precedent, a Texception de la main gauche du saint; la
( 325 )
peiDture en est crevass^, et des parcelles de couleur sont
soulev^es.
PiNNEAU iMF^RiEDR. — LAdoTOtion de FAgneau.
N"* 1. Groupe duplan sup^ieur, a la gauche du tableau.
Les parcelles de couieur soulev^es du panneau sont estr^
mement nombreuses en cet endroit, tant dans les vete-
ments des personnages qae dans le feuillage des arbres a
la droite du groupe.
M* 2. Milieu supMeur du tableau, immSdiatement au-
dessus de I'Agneau. Pellicules soulev^s , et, dans Taureole
de TAgneau, une parcelle, jadis soulev^e, est (omb^e.
N® 3. Groupe du plan superieur, a droite. Crevasse dans
toote son elendue. Retouches pen judicieuses.
N"* 4. A gauche de ce groupe. Des parcelles de couleur
soulev^es.
N"* 5. Ltvre.Partie qui n*est plusadherenteau panneau.
M"* 6. Groupe du plan inferieur, a la droite du tableau.
Le devant de ce groupe est en mauvais etal; il est crevasse
et la couleur en est partiellement detachee.
N"^ 7. La fontaine. Le bassin a des parties soulev^es, et
mSOie une parcelle lombee, au-dessus du d^versoir.
N** 8. Groupe du plan infMeur, a la gauche. Tout ce
coin important n'offre qu*un reseau de peiites crevasses.
Les vStementsdes personnages, autrefois d'un rouge ^cla-
lant, ont les contours ombres presque effaces par la multi-
plicity des crevasses.
II est k remarquer que les tetes, si delicatement peintes,
de la plupart des personnages des divers groupes, se sont
le mieux conservees.
Ce resume , Messieurs , est v^ridique et consciencieux ,
TS ^p~
(SS6 )
(Bl s'il fout en eroire les assnranees qai m'onl dti don*-
nees, Tun de dos plus habiles restaurateurs de tabieaui,
M. Etienne Le Roy , partage de tout point I'avis de la
CommissioD des moDumeots de Gaud. Biea eena-inement
il y a meprise ou malentendu de la part de MM. les mar-
guilliers de Saint-Bavon : les del^gues de la Commission
royale des monnnrkenls n*ont pu meconnaitre le malheo-
reux ^tat dans lequel se trouve I' Adoration de I'Agneau. II
est tei que, dans nn temps peu ^loign^, le mal serait peut-
etre irreparable.
En signalant h Fattention de la classe des beaux-arts de
FAcaddmie de Belgique la restau ration urgente, indispen-
sable, du chef-d'oeuvre des Van Eyck, nul esprit de eloeher
ne nous a guides. Cest Famour de Tart qui a fait agir la
Commission de Gand^ dans les limites et en aecompltsse-
ment de son mandat; c'est le vif d^sir de sauver de la
destruction ce joyau de Tecole flamande , ce monament
plastique dont la conservation doit interesser la Belgique
arlistique tout entiere. Getle restauration est un devoir
national, la Commission royale des monuments \e com-
prendra, et le Gouvernement n'y refusera point son con-
cours.
II y aurait mSme quelqne chose de plus h faire : ee serait
de reconstituer Toeuvre des Van Eyck dans son ensemble
primitir, en y ajoutaht des copies des panneaux do Mosee
de Berlin et les deux volets originaux enfermes dans la
salle des archives de la catbedrale de Saint-Bavon. Ges
deux derniers panneaux, sur lesquels sent repr^sent^
Adamel&ve, recevraient en mSme temps une restauration
tton moins necessaire, et pourraient ne plus iive soustraits
aux regards du public, lorsqu'ils seraient redevenus des
parties inh^ntes de la composition.
(CM^aEICnR ID^AI^Bllt^
( 327 )
La f^alisatiod de cette id^e serait uue T^ritable eon-
quete pour Fart beige. Ne serliit-ii pas digne de la cilasse
des beaut-artd de TAisad^ode de ia prebdre sous soo pa-
tronage? 9
L'Academie, en ordonnant rimpression de ce rapport,
a decide qu'il en serait donne coaimunication a M. le Mi-
nistre de Tinterieur, en le priant de youloir interposer
ses bons soins pour la conservation du chef-d'oeuvre des
freres Van Eyck.
G&ard Van Opstaly notice par M. Ed. Feiis, membre
de TAcad^fliie.
Les biographes ne s'accordent ni sur le lieu, ni sur la
data de la naissance de Tartiste dont il va etre question . lis
6crivent meme son nom de di verses manieres^ Les unslui
donnent Anvers pour patrie; d'autres le disenl originaire
de Bruxelles* Geux-ci le font naitre en 1594, ceux-1^ en
1597. Enfin, il est appel^ a peu pres indiffereminent Van
Obslal ou Van Obstat ou Van Opstal. Ce dernier nom est
le veritable. Le lieu de naissance est Anvers; la date k la-
quelle il sembie qu'on doive s'arrSter est 1595.
La famille des Van Opstal a donne plusieurs artistes
distinguesa la ville d'Anverset a laconfrerie de Saint-Luc.
Les annotations dont MM. de Laet et Genar ont enrichi le
catalogue du musee de notre metropole commerciale, font
connaitre que Gerard Van Opstal, lestatuaire qui va nous
occuper, fut admis k la maitrise en 1635. Elies nous ap-
prenoent egalement q\xea 1641 , Bartbelemy Van Opstal ,
2"*s]£rib, tome IV. 22
( 528 )
vraisembiablemeDt tils de Gerard , entra dans I'atelier du
sculpteur Ambroise Gast. Gaspard -Jacques Van Opstal,
qui se faisait inscrire, en 1632, comme ^leve de SimoD
deVos, peut avoir ^t^ le fr^re de Gerard. II eut un
fils qui fut baptist sous les memes prenoms que lui, el
que la confr^rie deSainl-Luc admit, en 1676 , k tilre de
fils de maitre. Gaspard-Jacques Van Opstal fut peintre,
comme son p^re, et doyen de la confrerie en 1698. Tels
sont les details que les notes du catalogue du musee d*An-
vers fournissent sur la famille de notre artiste.
Gdrard Van Opstal fut eleve de Jean Van Mildert, ap«
pele aussi Van Maldert ou Malderus, qui eut le titre de
sculpteur de I'arcbiduc Albert et fut elu doyen de Saint-
Luc en 1635. Guillet de Saint-Georges, historiographe de
TAcad^mie de peinture de Paris, dit, dans un ^loge de
Gerard Van Opstal , lu en s^nce le 2 aoflt 1692 , que Van
Mildert, charm^ des progr^s et des bonnes mceurs deson
disciple, lui donna sa fille en mariage. Gerard fut chaise,
pour les eglises de la Flandre, de travaux donl Timpor-
tances'accrut en m^me temps que s*etendait sa reputation.
II traitait principalement le bas-relief avec intelligence et
habilete. La sculpture en ivoire ^tait aussi Fobjet de ses
vivos predilections. Les ouvrages de ce genre qu'il fit d^
sa jeunesse, furent recberch^s non-seulement dans les
Pays-Bas, mais h Tetranger et devinrent Torigine de sa
fortune. C'est en voyant un bas-relief en ivoire dans lequel
il avait deploye un talent vraiment superieur, que le car-
dinal de Ricbelieu, toujours desireux d'attirer et de fixer
en France les bommes de m^rile, le fit mander k Paris,
en lui promettant qu'il aurait part aux travaux faits pour
le service du roi. Gerard Van Opslal se rendit a celle
invitation dont il avait lieu d*etre flatty. Le cardinal de
( 329 )
Richelieu Taccueillit avec faveur et le recommanda k
M. Sublet Des Noyers , surintendant des Mtiments de la
couronne, avec ordre de I'employer. Les premieres com-
mandcs que re^ut notre artiste, et qu'il executa de ma*
niere a s'en faire honneur, furent deux flgures allegoriques
des Ricbesses de la terre et de la mer destinies a la deco-
ration du Louvre. Voici comment s'exprime le comte de
Glarac en parlant de ces deux statues dans son Mus^e de
sculpture antique et moderne : « Lorsque je fis dessiner et
graver ces figures, je croyais, d'apres leur style, qu'elles
pouvaient appartenir a Tecole de Jean Goujon ; mais en
relisant Sauval, j'ai trouve qu'elles etaient de Van Obslal
qui les fit sous la direction de Jacques Sarrasin, et qu'il
avail voulu representer la richesse de la terre et celle de
la mer. On reconnait bien, a la branche de corail et aux
perles, les ricbesses de la mer; mais la couronne et le
sceptre que tient Fun des deux genies, indiqueraientplutdt
le pouvoir. Quoique ces figures soient bien de pose et de
style, et que leur dessin ne manque ni de facilite, ni d'une
sorte d'elegance, cependant on peat leur reprocher, sur*
tout k celle de gaucbe qui est la meiileure, de ne pas etre
dans toutes leurs parties drapees d'une maniere agreable. >
Le comte de Clarac ajoute en note : « G. Van Obstal ou
Obstat elait de Bruxelles et a beaucoup travaill^ en France.
On voit par ses ouvrages qu'il tenait encore a Fecole de
Jean Goujon , quoiqu'il n'eAt pas a beaucoup pres autant
de gout et de grace. » II y a lieu de s'etonner qu'un con*
naisseur eclair^ tel que le comte de Glarac se soit trompe
aussi completement sur la t]uesiion du style. Van Opslal
vint en France avec un talent tout forme et qu'il ne mo*
difia en aucune fa^on. II resta un sculpteur flamand, et ses
ouvrages ne firent nullement paraitre qu'il tint h Tecole
( 350 )
de lean Goujod. M. deCiarac n'a pas songl a ce t|u*i1
avail dit lui-meme des figures allegoriques d^s Rkbesses
de la terre et de la mer, savoir qu'elles avaient ete faites
par Van Opstal sous la direction de Jacques Sarrasin. Ce
n'est pas seulement sous la direction deSarrasio, c'est
d'apres ses modeles que le sculpteur anversois ex^cuta les
statues en question. Ce fait est consigne dans Feloge de
DOtre artiste lu a TAcademie. li explique la difference de
style signalee par lecomte de Clarac, et fait retomber
sur Tartiste fran^ais les critiques adressees a Yan Opstal
par Tauteur du Musee de sculpture.
Le second morceau de sculpture que fit Van Opstal , par
commande royale, fut un groupe de trois enfants portant
UD panier de fleurs , destine a etre place au-dessus de la
porte du logement de Le Ndtre , au palais des Tuileries.
Gette fois encore il ne fut que Tinterprete de Tidee d'au-
Irui. Presque toujours les homines de m^rite ont du, avaot
d'avoir acquis uu credit personnel, se resoudre h subir un
patronage qui effa^ait leur individualiie. A dater de ce mo-
ment, ainsi que le dit Guillet de Saint-Georges, Yan Opstal
ne travailla plus que de son g^nie et sur ses propres pensees*
L'emanci patio n de Yan Opstal date des travaux qu'il
ex^cuta pour Tb&tel Carnavalet, un des plus beaux monu-
ments d'arcbitecture civile qu'ait possedes la ville de Paris.
Commence par Jean Bulan , continue par Du Gerceau, ter^
min^ par Mansard , ce magnifique hdtel devait ses plus
precieux ornements au ciseau de Jean Goujon. Le choix
qu'on fit de Yan Opstal pour completer le travail de sa de*
coration est un t^moignage de la baule opinion qu'on
avail d^jk de son talent et de la confiance qu'il inspirait.
II fit, tant pour Tinterieur de la cour que pour les facades
doBnanl sur deux rues, une s^rie de figures aUegoriqnes
( 531 )
repr^sentant : la Ghasse, la Volupt^, rAboodaoGe, la Li<
beralit^, la Force, la Vigilance » la Paix et la Prudence.
Jacques Bonier, fermier general , conseiller etaecre^
taire du roi , veqait de se faire batir le ch&teau du Raincy
qui ne lui codta pas moins de quatre millions et denii, el
qui ^alait en magnificence les domaines royauj. II chargea
Van Opstal d'en composer rornementation sculplural^^
Notre artiste y ex6cuta des bas-reliefs, ainsi que de nom-
breux motifs de decoration qui rebauss^rent T^clat d9
cette fastueuse demeure.
Li'Academie de peinture et de sculpture s'dtait con**
stitu^e en depit des obstacles que lui avaient suscit^s les
jur^s de Tancienne corporation des maitres peintres ^\
sculpteurs de Paris. Apr^s avoir obtenu, en 1648, les let*?
tres patentes qui approuvaient ses premiers statuts, ellQ
proc^da h Felection des douze anciens qui devaient , aui;
termes de ces mSmes staluts, diriger h tour de rdle IMcole
publique dont elle avait arrSte la cr^tion. Van Opstal
fut au nombre des academiciens sur lesquels se porta la
majority des suffrages. En 1651, quand la joqction da
la communaut^ des Maitres avec FAcademie fut di^cidee,
pour mettre fin, s'il se pouvait, k d'incessantes querelle^i
Van Opstal fut un des membres de la compagnie aui^quiBla
^cbut la mission de veiller k la ri^dactjoq du coptrat qm
prescrivait les clauses d'un engagement r^ciproque. Enfin,
lorsqq'en 1655, TAcad^mie prit la resolution de nommer
des professeurs k la place des anciens prec^demment ^lua^
Van Opstal fut invest! de cette nouvelle dignity. Cest
ainsi que sOn nom se trouve meie k toutes les me^nrdf
qui pi^parent le d^veloppement d'une institution doat
rinfluence sur la prosp^rite des beaui^-arts, en France, ne
peut pas ^ire con testae-
( 352 )
La corporation des maitres continuant ses gourdes
roen^es contre TAcademie, afin de se faire accorder des
privileges que I'acle de jonclion lui avait formellemenl
refuses, il fallut rompre de nouveau. L'Academie avait
obtenu du roi, par Tentremise de Colbert, Tapprobation
des statuts qui la constituaient definitivement et qui ga-
rantissaient sa complete independance. Les maitres, sou-
tenus par Mignard dont ranimosite contre Le Brun se
manifestait en toute occasion, avaient forme le projet de
s'opposer a I'enregistrement des leltres patentes renfer-
mant {'approbation royale. lis n'avaient que de fort man-
vaises raisons a donner k Tappui de leurs pretentions;
mais ils s'etaient assures du patronage de quelques per-
sonnes influentes, et Ton sait s'il arrivait souvent alors
que de puissantes recommandations entravassent lecours
de la justice. L'Academie apprit que Taffaire qui I'inte-
ressait si vivement etait soumise a M. de Lamoignon. II
importait de ne pas laisser les membres de la remuante
corporation des maitres s'emparer de Tesprit de ce ma-
gistrat. Le secretaire proposa de nommer des deputes
auxquels serait confie le soin de plaider sa cause et de
dejouer les intrigues des maitres. « II sut , dit Fhistorien
anonyme de TAcademie, faire composer cette deputation
des iktembres les plus distingues par leur esprit et par leur
capacite, et le plus en ^tat de payer de leur personne au
besoin. n Van Opstal fut un de ces del^gues, choisis parmi
les hommes regardes comme formant Telite de la compa*
gnie. II alia, avec ses collogues Le Brun , Errard, Bourdon,
Philippe de Champagne et quelques autres, expliquer a
M. de Lamoignon le veritable elat de la question. Le pre-
mier president convoqua les represenlants de TAcademie
et ceux de la maitrise a sa campagne d*Aoteuii , afin de
( 555 )
rendre son arrSt apr^s d^bat conlradictoire. La cause en-
tendae, comme on dit au palais, M. de Lamoignon prit
une decision toute en faveur de TAcademie, apr^s avoir,
toutefois, fait promeitre solenneliemeot a ses delegu^s de
ne jamais admeitre dans ia compagnie c des sujets d*une
capacite assez mediocre pour ne pas devoir aspirer plus
haut qu'k la simple maitrise. » Get arret, qui reduisail
desormais k I'impuissance un antagooisme dont Torigiue
remontait k plus de quinze annees, causa une grande joie
k rAcad6mie. EUe vola publiquement des remerciments k
Van Opstaly'^n meme temps qu*k ses autres deputes.
L'ann^e meme ou TAcademie de peinture et de sculp-
ture, apres avoir triomph^ de ses adversaires, fonda son
organisation sur une base solide, Colbert fut iuvesti par
le roi de la charge de suriutendant des batiments. Les ar-
tistes n'eurent qu'k se louer de son zele pour leurs int6-
rSts. Sacbant, comme* le disait Felibien , que rien ne
contribue plus a la gloire du prince que les ouvrages im-
mortals transmis a la posti^rite par les peintres et par les
sculpteurs, il procura k ces illustres ouvriers de nouvelles
faveurs du souverain, afin d'accroltre leur Emulation par
le desir des recompenses. Nomm^ vice-protecteur de FAca-
d^mie, il voulut reroplir les fonctions de ceite charge,
malgr^ ses graves occupations, et assista r^uli^rement
aux seances de la compagnie. Un jour qu'il venait de pre-
sider k la distribution des prix obteuus par les ^l^ves ,
et pendant qu'on examinait les tableaux des laureais, en
discutant sur leurs qualitds et sur leurs defauts, Tid^e lui
vint qu'on pouvait tirer de grands fruits, pour Tensei-
gnement,^'un examen semblable qui porterait sur les
chefs-d'oeuvre des maitres, et qui fournirait Toccasion de
d^velopper, en presence des jeunes artistes , les principes
( 554 )
dont Tapplication a doqo^ naissance k ces cbefe-d'ceuvre.
II exprima, seance tenante, ses idees k cet egard , el con-
seilia aux professeurs de rAcad^mie d'iqstitaer des confi6-
rences publiqoes oil cbacup aurait la liberty de parler
selon 8on sentiment > attendu que de la discussion surgis-
sent sou vent des v^rites utiles.
Telle fut Forigine des conferences de l^Academie de peia-
ture et de sculpture, car il va sans dire que Tavis donn^
par Colbert ne pouvait elre neglig^. On convint diuau-
gurer procbainement ces reunions publiques qui auraient
lieu le premier samedi de cbaque mois , soit dans la grande
salle des stances de FAcademie, soit dans le cabinet des
tableaux du roi, mis par le surintendant des bSitiments k
la disposition de la compagnie.La premiere conference fut
donn^e par Le Brun. Elle eut pour objet Fanalyse du Saint-
Michel, de Rapbael. Philippe de Champagne, le peintre c6-
lebre que Bruxelles est fi^re d'avoir vu naitre, se cbargea
de tenir la seconde, et prit pour sujet de ses remarqaes
le Chriit porU au tombeau , du Titien ; enfln Van Opstal
ouvrlt la troisieme conference devant une copie du Lao-
coon. 11 retra^a Tbistoire du chef-d'oeuvre de la statuaire
antique, rappela les cireonsiances de sa d^couverte et en fit
une analyse d^taill^, tant sous le rapport de la rigoureuse
exactitude des proportions anatoroiques, que sous ceux de
la ba^ut6 des former et de la v^rit^ saisissante de Tex-
pression. Pour reposer Tattention de ses audi tears, Van
Opslal entrem6la ses explications techniques d'anecdotes.
II rappprta, par exemple, le trait satirique attribu^ k
Titjep qui, ^tant 2^\\6 k Rome et voyant tons les peintres
de rdcole de Rapbael copier la statue de Laocoon avec une
sorte d'acbarneqi^nV fanatique, dessina un groupe de
siuges dans Tattitude d^ Finfortune Troyeo etde ses fits
( 355 )
enlaces par les serpents. Plaisanterie d'uQ goftl equivoque
ct qui fait peu d'honneur ^ celui qui rimagiua, fut-ce le
grand Titien lui-meme.
Van Opstal donna une seconde confi^rence pour laquelle
il avail ctioisi le torse d'une Venus antique. Apres avoir
enuro^re les beautes du morceau plac^ sous les yeux des
assistants, il dit qu'il en recommandait beaucoup T^tude
aux jeunes artistes, par la raison que les habits modernes
deforoQent le corps, lui 6tent rtiaruionie de ses propor-
tions et empecbent les sculpteurs de faire sur le nu les
etudes qui ont ete Tune des causes de la sup^riorite des
Grecs. Notre Flamand, que ses missions comme d^legu6 de
TAcad^mie avaient sans doute rendu tout k fait diplomate,
trouva moyen de terminer son discours sur le torse de
Venus par un eloge de Louis XIV, variation oblige que
tout orateur ^tait con train t de broder sur le tb^me 0nal
de sa harangue. II rappela que les honneurs et les recom-
penses accordes aux grands statuaires de Tantiquit^ ne
contribu^rent pas moins que les beaux modeles dont Us
s*inspiraient k la perfection des arts , puis il entonna les
louanges du roi pour la protection qu'il accordait k ces
memes arts, et pour la magnificence avec laquelle il savait
les r^compenser.
La premiere conference de Van Opstal a ete recueillie et
publi^e par Felibien, sinon textuellement, du moins sous
la forme d'une analyse tr^s-compiete. On n'a de la seconde
que des extraits donnas par le comte de Gaylus, dans une
notice manuscrite sur Van Opstal qui se trouve k la biblio-
th^que de Tecole des be^ux-arts de Paris. Ces extraits ont
ete reproduits, en partie, avec reioge de Quillet de Saint-
Georges, par les editeurs des M4moire$ mr la m et le$ ou-
vrages des membre$ de tAcademie de peinture et de sculpture.
( 536 )
Repreoons i'ordre chronologique des travaux de noire
artiste, que nous avons iuterrompu pour dire les services
qu'il rendit a TAcademie dont il fut un des fondateurs.
Les commandes lui venaient en grand nombre de la cour
et de la vilie. C^tait un heureux temps pour les sculpteurs.
On n'avait pas encore invente le luxe vulgaire des orne-
ments fails h la mecanique. Les grands seigneurs et les
financiers, qui se faisaient Mtir des hotels, employaient k
les decorer les vrais artistes, les bommes de talent. Rare-
ment il se construisait un edifice, public ou parliculier,
de quelque importance, auquel Van Opstal ne roit la main.
Le cardinal Mazarin, protecteur de I'hdpital de la Salpe-
tri^re, lui fit faire, pour accompagner ses armes qui de-
vaieui surmonter la porte de cette maison, deux figures
eu pierre, de grandeur nalurelte, represeutant la Charite
et YEsperance, par allusion au sentiment qui avait inspire
le fondateur de Fasile ouvert aux souiTrances du pauvre,
el a celui que devaient eprouver les maladesen y entrant.
Vers le m6me temps, il execula pour le Jardin des Plantes
des bas-reliefs, ayant pour sujets les attributs des sciences
a Tenseignement desquelles etait destine cet ^lablissement,
et pour le Palais-Royal des figures all^goriques exprimant
les bienfaits d'une paix procuree par de glorieux com-
bats.
Les religieuses du convent de TAssomptLon demanderent
a Van Opstal une statuette pour orner Tautel consacre a
saint Augustin, dans leur chapelle. II fit Tenfant Jesus,
tenant une croix dont le pied etait entoure d'un serpent,
voulant rappeler la victoire remportee par I'^vequed'Hip-
pone sur Th^resie des Manicheens, dont ce serpent etait
le symbole. Un crucifix en ivoire, par Van Opstal, ^tait
place dans la sacristie du meme couvent.
( 357 )
Jean-Baptiste Lambert, conseiller et secretaire du roi ,
venait de mourir. Sa famille voulut lui elever un tombeau
digne et de lui et d'elle , car elle comptait des membres en
possession d'emplois considerables. Yan Opstal fut charge
de Texecution d'un monument qui devait elre erig^ a la
memoire du defunt, dans Teglise des Incurables. On loua
generalement ]*ordonnance de sa composition , aussi bien
que le modele des figures. Le mausoi^e etait surmont^ des
statues de la Foi el de TEsperance; sous la table, revalue
de rinscription funeraire, s'etendait un bas-relief oil Ton
voyait la mort poursuivant de son glaive impitoyable les
genies de la douleur representes par des enfants. Quelques-
uns de ceux-ci fuyaient devant la terrible ennemie du
genre humain; d'autres s'effor^aient d'arreler sa marcbe.
Par ce dernier Episode, Tarliste avait voulu exprimer que
la mort frappe sans distinction d'age, faisant en cela allu-
sion au trepas premature de la personne dont les restes
reposaient dans cette tombe.
Reconnaissant du concours intelligent que Yan Opstal
lui avait pret^ pour rendre hommage k la memoire de son
frere, M. Lambert de Thorigny, fr^re de Jean-Baptiste
Lambert et president en la chambre des comptes, fit un
nouvel appel au talent de notre artiste. II ne s*agissait pas
celte fois d'un travail ayant une destination funebre; mais,
au contraire, de la decoration d*une somptueuse demeure
oh devaient se reunir, dans des fetes brillantes, tout ce
que Paris avait de plus eleve dans la robe etdans la finance.
On sait que Thotel Lambert, situedans Tile Notre-Dame,
est reste celebre par les peintures qu'y ex^cuta Le Brun,
et qui comptent parmi les ceuvres les plus considerables
de ce mailre. M. Lambert de Thorigny associa le ciseau
de Yan Opstal aux pinceaux de Tauteur des Batailles
( 538 )
d' Alexandre. Le Brun avait orn^ le plafond de )a graode
gaieriQ d^uoe vaste composition representant VApothease
d'Hercule et son mariage avec H4be, Van Opstal fit, de son
cole, une suite de bas-reliefs ayant pour sujets les tra«
vaux d*HercuIe. Ces bas-reliefs furent places dans les tru-
meaux de lagalerie, souienus par des figures d'enfanls
en roDde bosse. lis etaieni cd stuc bronze , pour s*accor-
der avec Tensemble des ornemenls dont rarchitecie avait
concu le plan. Van Opstal eiecuta, dans le meme hdiel,
plusieurs morceaiix importants, nolamment pour lacham-
bre de la presidente quatre bas-reliefs, savoir : Diane dans
un char traini^ par des biches, le trionnphe de Bacchus,
Tenl^venoent des Sabines et Pyrrhus, enfant, sauve de la
fureur des Molosses.
Le president Maisons disputa ^ son confrere Lambert
rhonneur d'employer les artistes c^l^bres de Tepoque. II Ot
richen)ent orner de sculptures, par Van Opstal, le beau
ch&teau qu*il poss^dait aux environs de Saint -Gernoain.
On pouvait, sans etre grand seigneur ou president, avoir
des goOts d'artisie. L*abb^ de la Riviere, depuis ev^que de
Langres, commanda & noire slatuaire et en obiint, pour sa
maison de la Place Royale, des bas-reliefs el des motifs
d'ornementation dans lesquelsse distingua Tesprii do son
ciseau. On cilait encore, parmi ses meilleurs travaux, une
grande composition de seize figures, representanl Apotlop
sur le Parnasse, dont il avail decore la facade interieure de
la maison construite par Leveau, archiiecie du roi, pour
M. Hesselin, maiire de la chambre aux deniers. Ce mSme
Leveau, qui avait edifie taut d*hdtels pour le compie d'au-
trui, ayant voulu se loger lui-meme seton son gre, pria
Van Opstal de lui faire quelques morceaux de choix^ dele
trailer en confrere » on artiste. Gel appel ne fut pas vain;
r"
(339 )
il y fut repondu par de jolis bas-reliefs doni les sujetl;
etaient empruntes k la fable d'Hercule et a celle des Ama-
zones.
Lorsqu'ea 1660, on reslaura ia porte Saint-Antoine ,
aujourd^hui detruite» en consacrant cette restaaration au
souvenir de la paix des Pyrenees , Van Opstal re^ut la
commande des gronpes et des figures qui devaient faire
Fonnement principal du nouvel edifice. Aux deux cotes du
fronton il pla^a des statues couchees offrant la represen-
tation all^gorique de la France et de TEspagne , et se don*
nant la main en signe d'aliiance. La France tenait sur ses
genoux une couronne fleurdelisee; I'Espagne avait a la
main un bonclier et des traits. Au-dessus d'elles THymen ,
tenant un flambeau allnm^, semblait cimenter Theureuse
union qu'il avait fait naitre entre les deux nations. Sur
une console formee par la saillie de la clef de la voute du
grand portique se trouvait un buste de Louis XIV, ceuvre
de Van Opstal egalement, et fait d!apres le naturdj sui-
vant ce que nous apprend Piganiol de la Force'dans sa
Description de Paris.
La Description 4e la grotte de Versailles donnde par Feli-
bien, renfernre plusieurs planches ou sont reproduites des
sculptures que fit Gerard Van Opstal pour contribuer a
rornementalion de cette partie du jardin royal. Ge sont :
1° Troupes de Tritons et de Nereides se rejouissant au cou-
Cher du soleil; ^ Petits Amours sejouant avec des dauphins.
Ces differents bas-reliefs decoraient la porte de la grotte«
Les planches sont sign^es : Le Potre d'apres Yanopstal {sic)
de Bruxelles..
Pour une des cbambres du Palais, celle des Enquetes,
Van Opstal fit plusieurs figures all^oriques des vertus
qui ont leur asile naturel dans le temple de Thdmis : la
( 340 )
Justice, la Prudence, la Temperance, la Force, la Ma-
gnanimite, le Conseil et TAutorite.
Dans les moments de loisir que lui laissaient les tra-
vaux considerables dont nous venons de donner Tindica-
tion sommaire, ainsi que ses fonclions academiques, Van
Opstal s'occupait encore de sculpture en ivoire. Nul ne lui
contestait le premier rang dans ce genre; ses moindres
ouvrages ^taient recherches des connaisseurs. Louis XIV
les avait en grande estime et manquait rarement d'acbeler
ceux qui etaient juges dignes de lui Sire soumis. On voyait
jadis, dans le cabinet du Roi , les ivoires suivants de notre
artiste: un crucifii de dix-huit pouces de hauteur, des
bas-reliefs appliques sur un fond de velours noir, neur
groupes en ronde bosse. II s'y trouvait egalement cinq
pelits bas-reliefs en bronze et dix-sept en marbre repre-
sentant des sujets mytbologiques, enlevements de Nym-
phes par des Satyres, des Tritons et des Naiades , etc. Deux
des plus remarquables de ces bas-reliefs furent portes k
Versailles et places sur des devants de cheminees de Tap-
parlement de la Reine. Un groupe des trois Graces cou-
ronnees par des Amours attirait Tattention des connais-
seurs. Plusieurs de ces morceaux de la collection royale
existent encore au Louvre; mais le plus grand nombre a
disparu.
Cicognara d^crit en ces termes, dans la Storia della scul*
lura, un bas*relief de Fartiste anversois : < Le plus grand
monument en ivoire qui existe en Italic et qui surpasse tout
ce que nous connaissons dans les autres pays, est le Sa-
crifice d' Abraham qui se trouve acluellement dans le palais
Volpi k Venise. C'est un ouvrage de Van Obslat (sic) de
Bruxelles, sculpteur celebre pour les ivoires en haut el
bas-relief. Les figures sont dans la proportion de pros d*une
r
( 341 )
coudee el demie de hauteur; leur torse n'a pas moins de
six pouces de diametre; chacua des membres iuferieurs
et superieurs est forme d'une deal d'^l^phant. Les ajuste-
ments sont d'un bois fonce tirant sur la couleur de Tecorce
de cbataigoier. La disposition du groupe est celle-ci : Isaac
est ^teodu sur le bucber; Abraham pose la main gauche
sur la tele de son flis et avance la droite comme pour
Timmoler. L'ange apparait dans les airs et arrete le bras
du fidele serviteur de Dieu. A cole d'Abraham est un bouc
de grandeur presque naturelle, et pres dlsaac s'el^ve un
trepied porlant un brasier allume pour le sacrifice. La
composition est mediocre, ajoule le critique ilalien qui
cherche, avant tout, les pures traditions de Tart classique,
I'expression des figures est faible et les airs de tele sont peu
nobles; mais les nus, dans quelx]ues parties, notamment
dans les jambes, sont traiies avec intelligence, quoiqu'on
puisse y desirer plus de correction, et Tensemble de Tceuvre
a un grandiose qui fait passer sur bien des d^fauts et qui
rend ce travail digne de figurer dans un cabinet royal de
curiosity. » Une note de Tauteur que nous venons de ciler
nous apprend que ce groupe appartint originairement k la
femme d'un certain Cbristophore Mettel, ^tabli a Venise,
laquelle le possedait a litre d'heriiiere des biens de Fauteur.
11 passa k G. M. Volpi en payement d*un credit qu'il avail
ouvert audit Mettel.
Le nom de Van Opstal relenlit a la grand'chambre k
Toccasion d*un proems qui fit sensation dans le monde des
artistes. Notre sculpteur avail execute a Bisseaux, dans
la Brie, pour M. Duchemin, tresorier de Mademoiselle,
hull bas-reliefs et des figures donl le prix avail ^te fix^
d'avance. Ce Duchemin elant mort. Van Opstal laissa,
par delicatesse sans doule, s'ecouler une annee avant de
( 342 )
r^lamer le payement du prix de ses travaux. La veuve
dii defunt refusa d^effectuer ce payement, en opposant au
c^lebre siatuairela prescription prononcee par la coutame
de Paris contre Tartisan qui n'a pas fait ies diligences
necessaires pour elre rembourse de son salaire dans le
courant de Tannee. On comprend quelle fut findignation
de Van Opstal en voyant sa reclamation accueillie par
une lelle fin de non-recevoir. II aurait pu faire volon-
tairement Tabandon de cequi lui etait dA; mais sa.dignit^
d*artisie ne lui permetlait pas de supporter Taffront qu'on
pretendait lui infliger. Un proems s'engagea. M. de Lamoi-
gnon-Basville, fils d'un magistrat illustre et plus tard
c^Iebre lui-mSme comme inteodant de la province du
Languedoc, se chargea de plaider sa cause. Ce fut le 1" de-
cembre 1667 que Taffaire fut appelee a la grand'chambre
et que M. de LamoignonBasville pronon^a son plaidoyer.
L'eloquent avocat prouva , le texte de la loi a la main, qu*il
ne s'agissait dans Tarlicle dont la veuve Ducbemin recla-
mait le benefice, que des artisans proprement dits, et
non des hommes de merite exer^ant des professions libe-
rates. II demontra qu'on ne pouvait assimiler la peinturc
et la sculpture aux arts m^caniques qui, seuls, tombaient
sous Tapplication de la coutumede Paris, en ce qui con-
cernaitia prescription annale. Les jugesprononcerentuo
arret conforme aux conclusions du defenseur de Van
Opstal. Leur sentence causa une grande joie ^ TAcademie
de peinture et parmi les artistes qui faisaient tous du
gain de ce proems une question de dignite , disons presque
d'bonneur.
L' Academic fit imprimer a ses frais le discours dans
lequel M. de Lamoignon-Basville avait si eloquemment
plaide la cause des beaux-arts et le publia sous ce litre :
( 343 )
PkUioyer pour Gerard Van Opstal , ncleur de l'Acad4mie
di peintute ei de ictdpture, sur la question : Sites arts libe-
nux soni sujeis a la prescription d'une annee portie par la
^Wtume. Paris 9 S^. Cramoky, 1668 , ia-4^. L'Academie
fit plas; apres avoir, par cette publicaiion, travaili^ li
rebaiisser sa propre gloire» ellesoDgea k s'acquitter envers
SOD digne defenfieiir. Elle chargea Girardon de faire son
buste et Philippe de Champagne de peindre son portrait.
Le jeaoe avoc^t refasa ce douBle faonneor/ qifil disaii
n'avoir pas m^rite. Ce fut en vain que Le Brun y qui avait
^te charge d'une demarche aupres de lui , s'effor^a de lever
ses scrupules. Tout ce qu'il put obtenir, fut que M. de
Basville engagerait sou pere, le venerable president de
Lainoignop, k perinettre que les artistes delegues par
TAcademie executasseat son buste et son portrait. Cette
seconde negociation eut une issue favorable. Girardon et
Pfailippe de Champagae firent , l*un et Tautre, un chef-
d'(»uyr0 : « On voit a Courson» chez M. de Basville, dit
Tauteur d*une note ins^ree dans les Memoires de Trevottx,
ces monuments de Fhabilete du peintre et du sculpteur ,
de la sage reconnaissance de FAcademie, de la modestie
et de la piet^ liliale de M. de Basville. M. Clement, fameux
par tanl de devises estim^es , fit Tinscription suivante qui
sa lU w-dessous du buste :
Quod arlU immunitates apud amplissiimnn
Qrdinem patrocint'o praeelare deffenderit
Grati animi monimentum sibi nuncupatum
Optimo parenti eonsecrari maliierit
P4ct <( sculp. Jead. D. D. C.
Giirard Van Opstal ne surv^cut que pen de mois au
gjsuu 44 pi^<3^ qui ^yait relev^ si)n c^ractere et sa prp-
2™^ Sl^RlE , TOME IV. 85
[
( 544 )
fessioD. II mourut en 1668, dans Texercice des fbnctioDs
de recteur de TAcad^mie de peintare et de scuiptare, aux-
quelles il avail ete nomm^ a plusieurs reprises durant le
cours de son honorable carriere. II laissait trois enfants^
deux fils et une fille. De ceux-lii, Tun etait sculpteur,
comme on Ta vu au commencement de cette notice, et
Tautre banquier. Sa fille etait religieuse dans le convent
de TAssomption. Tons trois avaient cesse de vivre en 1692,
lorsque Guillet de Sain(*Georges pronon^a, au sein de
TAcademie, Teloge de Tartiste anversois.
Hoelandt Savery, notice par M. Ed. Fetis, membre
de TAcademie
N^ a Courtrai, en 1576, Roelandt Savery eut pour pre-
mier maitre son pere, artiste mediocre, qui luiappritii
dessiner et k peindre les animaux , la seule chose qu*il fit
lui-meme passablement. LMleve, done d'heureuses dispo-
sions, fut bientot plus habile que le maitre, et les r61es
auraient pu Stre intervertis, si le respect filial Tavait per-
mis. Roelandt travailla seul quelque temps et parvint k une
singuliere verity d'imitation dans le rendu des animaux
lerrestres, des oiseaux et des poissons. Plus tard, lorsqu'il
eftt ^tendu la sphere des applications de son talent, il con-
serva une certaine predilection pour les etudes faitesdans
la premiere periode de sa carriere et traita volontiers,
comme on le verra plus loin , les sujets od il pouvait les
uliliser.
La peinture du paysage est inseparable de celle des ani-
maux. Cependant Roelandt Savery n'avait aucun secours a
( 345 )
altendre de son pere, pour le gaider dans la pratique d*UD
genre dont il comprenait toule rimportance. Son fr^re
aine, Jacques Savery, qui avail ^ludiesous la direction de
Jean Bol et qui etail devenu assez bon paysagisle, passa
heureusement quelque temps k Courlrai, dans Tintervalle
des voyages qu'il avail entrepris. Les conseils qu'il en re^ut
hSil^rent son apprentissage.D^Argenville inlerverlit Tordre
desfaits, Iorsqu'irdit,en parlantdenolre artiste :c Jacques
Savery, son frere lui apprit le paysage en quoi il excellait*
surtoul k representor des vues du Nord, des ecueils/des
rocbers et des cbules d^eau. » Ce n'est pas de son frere aine
que Roelandt Savery apprit k aimer et a rendre les sites
du Nord. Le gout lui en vint spontan^ment, ou plutot il se
d^veloppa en presence de la nature mSme, lors du long
sejour qu'il fit, tant dans le Tyrol que dans la Bob^me, et
dont il sera parle plus loin. Les tableaux qu*il peignit
avant de quitter les Pays-Bas et qui portent le cacbet
de sa premiere maniere, offrent des vues peu ^tendues et
peu accidentees. lis sont trait^s avec un soin minutieux
qui va jusqu'a la secberesse. Plus lard, ses compositions
devinrent plus pitloresques, plus mouvementees, et son
execution prit, en meme temps, plus de liberie. Descamps
commit la mSme meprise que d*Argenville : « Roelandt
Savery, dit-il, aimait beaucoup les vues du Nord, des ro-
cbers qu'il ornail avec des sapins. L'empereur Rodolpbe
le prit a son service k la seule inspection d'un de ses ta-
bleaux, et Tenvoya dessiner les vues singuli^res du Tyrol. »
Nous n'aurions pas re\e\6 ces deux erreurs, peu impor-
tanles en elles-raSmes, si elles ne donnaient pas lieu a
une fausse interpretation des causes qui influerent sur la
direction des iravaux de notre artiste et sur le earactere
do son talent.
(546 )
D'cleve, Rodandt Savery est pass^ inailre« La ville de
Courlrai ne pouvait pas coaserver longtemps U0 arlisle
de son merite. II prend la resolution, non pas des'expa-
trier, mais de voyager, dialler chercher a Tetranger des
motifs de tableaux, et la fortune, si elle veut bien s'offrir
a lui. Vers quels lieux se dirige-t-il d'abord? Vers TAUe-
magne ou vers la France? Les historiens de la peintur^ ne
sont pas d'accord sur ce point; mais entre leurs all^a-
tions contraires, il est facile de choisir celle qui est con-
forme a la verite.
Plusieurs biographes disent qu*en quittant la Flandre,
Savery se rendit en France, oil il elait desire depuis long-
temps, et qu'il fut employe, concurremment avec Jean de
Hoye et Ambroise Dubois, a la decoration des residences
royales. Nous ferons remarquer d'abord quie Savery ne
pouvait etre desire la oil il n'etait pas cpnnu; or, il ast
certain que taut qu'il vecut k Courtrai, sa reputation ne
franchit pas les limites de la province oji il avait re(u le
jour. En second lieu, nous dirona qu'on ne trouve aucune
trace de ses peiotures ni k Paris, ni dans les residences
princieres qui avoisinent cettd.capitale. S'il avait ete, en
effet, employe par Henri IV, c'est a Fontainebleau que
seraienl ou qu'auraient ete ses tableaux , avec ceuxd*Am-
broise Dubois et de Paul Bril, ses compatriotes anversois.
II n'est fait mention de ses oeuvres dans aucune des des-
criptions de ce chateau magnifique, od le fils de Jeanne
d'Albret continua Toeuvre commenceepar Francois I^.
Felibien cite tous les peintres qui ont travailie poor
Henri IV, et Savery ne figure point parmi eux. Nulla part
ou ne rencontre d'indication formelle de commandes que
le paysagiste de Courtrai aurait revues du roi de France
et auxquelles il aurait satisfait. Cependant les biograpfaes
( 547 )
parleni kpen pr^s unanimemenl du s^jour qu'aurail faitk
Paris Roelandt Savery en qualitede peintre de la cour. lis
oe varienl que sur Tepoque de ce sejour. Les uns pre-
tendent , comme nous Tavons dit , que notre artiste s*ar-
reta h Paris avant dialler en Allemagne; suivant d'autres,
ce serait seulement apr^s la mort de Rodolphe II, qui le
retint plusieurs annees k son service. Tout nous porte h
croire qu'aucune de ces assertions n*est fondle, et que
Roelandt Savery traversa deux fois , sans s'y arreter, la
capitale de la France.
Savery n*ignorait pas que plusieurs artistes flamands
etaient en favour k la cour de Rodolphe II. II savait que
Earth. Sprapger, JEg. Sadeler et Hoefnagel avaient trouvij
dans ce prince un gdn^reux protecteur. Lorsqu*il quitta sft
ville natale, ce fut avec Tintention dialler directement k
Prague offrirses services h TEmpereur. Rodolphe Taccueil-
lit, en effet, avec bienveillance, et lui assura des avantages
qui lui donn^rent lieu de se feliciter de la resolution qn'il
avait prise. Rodolphe, qui aimait k s'en tourer d'hommes
distinguish ^proufa, de son cdt^, une grande satisfactioii k
s'attacher un peintre dont le talent ^tait, dans Tapplication
qu*il en faisait, tout k fait sup^rieur pour sot) temps. Uarl
dn paysage n'avait point encore pris le developpement
que lui ont donn^ les maitres auxquels revient Thonneitr
d'avoif su observer et rend re les grands aspects de la na*
ture. Quelques artistes flamands et italiens venaient senle^
roent d'entrer dans cette voie nouvelle. Presque partdut,
en Allemagne particuliirement, on en ^ait encore i
une scrupuleuse imitation des petits details. La peinture
k rhuile ne s'^tait pas compl^tement affranehie de la tra-
dition des miniaturisteS) en ce qui concernait du moins
la raprodu^^iion de la nature inanim^e^ Savery, q4i0iqn^
( 548 )
son talent se f(kt forrne d'apres les principes de Tancienne
^cole, s'etait cependant modifle instinctivement, et , lors-
qu'il arriva k Prague, il elait en avance snr les paysagistes
allemands, sous le rapport du gout, aussi bien que sous
celui de la pratique.
Rodt>lpbe II avail congu ie projet de faire decorer le
palais imperial de Prague d*une suite de tableaux repre-
sentant des vues de plusieurs de ses provinces^dont les
sites pittoresques avaient et^ jusqu*alors negliges des ar-
tistes. 11 chargea Savery d'ailer dans le Tyrol prendre,
d*apres nature, des etudes destinees a servir a la realisation
de ce plan. Notre Flamand passa deux ann^es a parcourir
les monlagnes de la Suisse allemande dont nul pinceau
D*avait, avant le sien, retrace les aspects grandioses. La
nouveaute de ces motifs fortement caracterises seduisait
son imagination. Cest la quMl prit le gout des terrains
accidentes, des chutes d'eau et des masses de rochers cou-
ronnees de pins vigoureux, que des biographes ont pre-
tendu lui avoir ete communique par son fr^re.
Levesqne apprecie avec justesse Tinfluence qu'exerce-
rent sur le talent de Savery les travaux auxquels ii se livra
pendant ces deux ann^s pass^es dans la solitude, sans
prtoecupatious ^trang^res au but de la mission dont Tavait
charge FEmpereur : « Roelandl Savery, dit le critique fran-
(ais, rassembla dans le Tyrol un tr^sor d*etudes qui fu-
rent employees dans les ouvrages de toute sa vie , et qui les
rendent si piquants. On reconnait la nature dans les sites
dont il a fait choix; on est frapp^ des formes de ses arbres
aussi vieux que le sol qui les porte; on aime k le snivre
en imagination k travers les rocbes qu'il a si bien expri-
m^es et d'oii les eaux se precipitent en superbes cascades.
Ses paysages sont animus par des figures d*hommes et
( 349 )
d*animaux touch^es avec espril; ses idees sonl grandes,
parce qu*elles sont fondees sur des Eludes faites dans an
pays oil la nature a de la grandeur; ses distributions sont
agreables , parce qu'il n*avait que la peine du choix dans
Tabondante riehesse de son poriefeuille : on trouve un
grand art dans ses oppositions, parce qu*il avait bien vu
les variet^s de la nature. Ses ouvrages , traduils par la
gravure et priv^s des seductions de la couleur» conservent
un grand charme et prouvent qu'avec des dispositions na-
turelles, ie paysagiste sera toujours sur de plaire; quand il
choisira bien le tb^^tre de ses etudes. »
Pendant tout le reste de sa carri^re, Savery se ressentit
heureusement, en effet, des efforts qu'il avait faits pour
saisir le caract^re des paysages du Tyrol, de noanidrea
pouvoir les reproduire avec une verite qu'il mettait a
juste titre au premier rang des regies de Tart de peindrc.
Ce dont on est surtout frapp^, k faspect des tableaux od il
a represent^ les sites de cette belle contree, c'est de leur
air de sincerity. L'artiste n'est pas prive de la faculty cr^a-
trice; il Fa prouv^ dans les sujets ou il lui ^tait permis de
donner carri^re k sa fantaisie; mais il comprend quece
serait folie de vonloir rien ajouter aux beaut^s d'une na-
ture qui r^unit tons les Elements du pittoresque, et il se
borne k joner le r61e de fiddle interprete.
De retour a Prague, Savery mit les etudes qu'il avait
recueillies, sous les yeux de TEmpereur dont la satisfac-
tion se traduisit en t^moignages significatifs par lesquels
le peintre fut largement pay^ des peines et des fatigues de
son voyage. Un auteur pretend que Rodolphe II se prit
d'une telle admiration pour les dessins du paysagiste fla-
mand, qu'il voulut les garder dans son cabinet, et que
Savery en tseulement la permission de les copier, lorsqu'il
( 550)
en a?ait besoin pour ses tableaux. II y a lii san$ donte de
rexag^ration. Savery conserva sei$ desdins; car, idngtemps
apres avoir quittc rAllemagne, il peignait des vttes du
Tyrol pour lesquelles il ne cessait de recourir aux Etudes
qu'il avait failes d'apres nature.
Roelandt Savery ex^cuta pour la galerie de Prague una
s^rie de paysages dont TEmpereur avait lut-m6ine cboisi
les motifs parmi les nombreuses esquisses rapportees par
notre artiste de son voyage dans les montagnes du Tyrol
et de ses excursions dans la Boheme. Rodolpbe II sou-^
haita que la plupart de ces peintures, qu'il affectionnaiti
fussent reproduites par la gravure. Un burin aussi habile
que d^vou^ ^tait toujours prSt k obtemp^rer aux desirs da
TEmpereur. C^tait ceiui d'^Eg. Sadeler. Non-seulenoenl
le graveur anversois etait ^ la tSte des arlistes de son
temps, mais il avait k un haut degr^ le sjentimenl de la
couleur flamande et nul ne pouvait^ mieux que lui , rendre$
dans une estampe, Teffet d*un tableau peint par un maitre
de noire 6cole.
F^Iibien » en parlant de Roelandt Savery dans ses En*
tretiens, s'exprime ainsi : « Comme les peintres flamands
avoient toujours eu une inclinaison naturelle ii beau-
coup finir leurs paysages, ceux particuli^rement qui tra«
vailloient en Flandre gardoient leur aneienne mani^re el
imitoient plutdt les tableaux de Breughel et de Matthieu
et Paul Bril, que non pas ceux des peintres d'ltalie. Ro6«
landt Savery estoit un de ceux qui estoient alors assez en
vogue, et sa mani^re est finie, mais s^che* Toutefois^
cqmme dans les choses qui sont finies on d^couvre pin-
sieurs parties que ToBil regarde avec plaisir, ses tableaux
ont toujours dte assez recherches, principalement par
ceux qui se contenlent d*une expression simple et nata-
"
( 581 )
n\U) el qui oe diseerneBt pas ce que TdPl e^^ul^ aveC
le plus d'excelleuce^ >
Si Felibieo avail vu plus de tableaux d^ Savery qu'il n^eut
sans doute roccasiou d'en voir eu Frauce, et s'il les avait
examines avec soin » il les aurait jug^s autrement. Bien
que tres-finie, la peinture de notre artiste ^tait exempte
de secberesse. Dire que ses paysages plaisent h ceux qui
se eontentent d'une expression simple et naturelle, c'est
en faire un grand ^loge, a ce qu'il nous semble^ et lei
amateurs qui se laissent seduire par Tattrait d'une quality
aussi essentielle^ ne font certes pas preuve de mauVais
goilit< Tout en apportant un soiti minutieux a rexedution
des d^tails^ Savery ne n^jgeait pas les masses, les grand!
effets d'ensemble. II se distinguait en cela de la plupart
des peintres qui terminent leurs ouvrages avee excdsi
el qui tombent presque infailliblement dans la s^cberessti
Quelque d^licatesse de pinceau que Savery ait deploy^
dans ses vues du Tyrol et de la Boheme^ celles-qi o^eo
ont pas moins conserve le caract^re de s^v^rit^ et d^
grandeur qui leur est propre. Gette remarque est impor*
tante k faire. Que les paysages de Roelandt Savery n*aient
ni Tampleur du style, ni la mani^re libre el bardie, ni
le sentiment des beaut^s pittoresques de la nature dont
les productions des grands maltres du XYII""* si^cle ont
offerl Tensemble parfait, cela est incantestable; mais nous
avons d^jk fait observer, dans des notices pr^c^entes^
qu*on ne pent juger les artistes d*une maniere absolae, et
que, pour 4tre juste k leur ^gard, il faut tenir compte de
r^lat du goftt k Fepoque oil ils ont v6cu. On n*est pas fond4
Si bl&mer un bomme de n'avoir point devanc^ son si^c)e.
Avant de reprocher k Savery certaines imperfections qui,
nous n'en disconvenons pas^ d^parent ses ouvrages, il est
( 552 )
bon d'examiner ce qu*OD faisait avant lui,k quels paysagistes
il succ^dait, quelles traditions il reeevait de ses pr^d^ces-
seors. La critique, qui ne s'appuie pas sur Tbistoire chro-
nologique de Tart , s'expose a manquer de justesse daos ses
appreciations et de justice dans ses arrets. On signaie, non
sans raison, Tabus des tons bleus qu'a fait le peintre de
Courtrai dans les fonds de ses tableaux, comme un d^faut
que I'action du temps a encore empire; mais ce d^faut est
^galement celui de Paul Bril, de Breughel et du plus grand
nombre des peintres decette epoque.
Savery avait conserve de ses premieres etudes une
grande predilection pour les animaux qa*il traitait , d'aiU
leurs, avec une habilete rare, et le desir de briller dans
un genre ou il sentait sa sup^riorite, lui fit souvent mul-
tiplier outre mesure ces accessoires du paysage, devenus
pour lui Tobjet principal. II avait beau choisir des sujets
qui pouvaient, jusqu'k un certain point, motiver la reu*
nion d'un nombre considerable d'animaux diff^renls dans
un petit espace, il n'en a pas moins peche centre leslois
du gout , en m6me temps que contre celles de Tordon-
nancepittoresque.
LorsquUI se sentait en veine de peinture zoologique, s*il
nous est permis d'employercette expression, Savery com-
posait une Creation du monde, ou No^ rassemblant les
animaux pour les introduire dans Tarcbe, ou bien Adam
et £ve dans le paradis terrestre, ou bien encore, avec une
predilection toute particuli^re , Orph^e attirant les ani-
maux par les sons de sa lyre. Plusieurs fois il a traite ce
sujet favori ; mais avec des changeraents qui font qu'on ne
pent consid^rer ses tableaux comme des repetitions.
Quand Savery ne s'abandonnait pas a son penchant pour
les scenes oii se groupaient plus ou moins naturellement
( 353 )
tons les etres du moude anim£, il composait ^ merveille et
se montrait sobre d*accessoires. S'il ne se bornait pas k re-
produire exactement le site qu*il avait eu sons lesyeux, il
avait soin que le sujet fut en rapport avec Taspectdu paysage
dans lequel il s'encadrait. Pour n'en citer qu'un exeraple,
une des vues qu'il avait prises dans le Tyrol reportant , par
la severite du caractere, sa pensee vers les temps bibli-
ques, il y place Tepisode de la vie de Jesus-Christ od le
(ils de Dieu est tent^ par le demon. II lui arrive rarement,
du reste, de faire des excursions dans le domaine de This-
toire sacree ou profane. Le plus souvent il se renTerme dans
la sphere du paysage rustique. II nous montre des paysans
attables devant un cabaret, une haite de bohemiens, des
bergers conduisant leurs troupeaux, des chasseurs dans
une epaisse foret, un voyageur se reposant prfes d'un Edi-
fice en mine. Pen de paysagistes ont montre un sentiment
plus vrai de la nature que Savery. On ne lui rend pas assez
justice sous ce rapport. Les biographes et les critiques
citent g^neralement, comme ^tant les pieces capitales de
son oeuvre, celles oh il a complaisamment accumule des
specimen de son talent de peintre d'animaux. Or , les ta-
bleaux appartenant k cette categoriesont pr^cis^ment ceux
oil, suivant nous, on le juge le moitis favorablement. Cest
dans ses vues pitloresques du Tyrol que se r^v^lent les
quaiites qui lui assignent un rang vraiment eleve parmi
les peintres de son temps.
Roelandt Savery continua de resider et de travailler a
Prague jusqu'Jt la mort de RodolphelK Lorsqu'il eut perdu
ce gen^reux protecteur, il prit la resolution de quitter
I'Allemagne. Une inscription placee sous son portrait par
Gertrude Rogman dit, a la verity, que notre artiste fut
peintre des empereurs Rodolphe et Mathias; maiscela ne
( 3S4 )
sigDifie pas qu'il soil rest^ attache k la p'ersonoe de ee
dernier souverain* Le titre qu'il avail conserve ^tait pure*
ment honorifique. En quittant la cour de Prague, apr^ la
mort de Rodolphe, il s*engagea seulement k peindre pour
son successeur des tableaux qu'il lui f'erait parvenir du
lieu oil il allait se retirer etqui, peut-etre, n'elait pas en-
core fixe. II tint parole, ainsi qu'on peul le voir par la
date d'une de ses peinlures qui se trouvent dans la galerie
de Yienne, et qui est post^rieure de plusieursann^es k la
mort de Rodolphe.
Nous avons dil queRoeiaodt Savery n'etait pas, comme
Tont affirm^ certains biographes, entre au service du roi
de France, lors de Tav^nement de Mathias k )*Cmpire,
nous fondant, pour d^naenlir ce fait, sur oe qu'aucune
peinture de notre artiste ne se trouve dans les residences
souveraines de Paris oa de ses environs. G*est vers Utrecht
que Savery se dirigea; c*est dans ceite ville hollandaise
qu'il fixa pour toujours sa residence. On s'etonnera, sana
doute, qu'il ne soit pas rentre dans sa patrie. II est vrai-
semblable que n*ayant plus de parents k Courtrai, il d^sira
se rapprocher du seul membre survivant de sa famillei de
son neveu Jean Savery, ainsi que lui peintre de paysages,
etabli depuis de longues annees en Hollande.
A dater de ce moment , la carri^re de Roelandt Savery
ne pr^sente plus aucune parlicularite dont le biographe
puisse faire son profit. Plus de voyages, plus d'incidenls
impr^vus, plus mSme d'emotions pour Tartiste qui s'est
r^ign^ au calme monotone de la vie hollandaise. L*em*
ploi de son temps est r^l^ avec une parfaite uniformite.
Chaque jour ram^ne les occupations et les d^lassements
de la veille. Les ^crivains contemporains les mieux rea-
seign^ se borneat k nous ap^^rendre qu*il passait les ma*
( 5SS )
(inees a peiudre en compa'gnia de soa aevien, av«e leqitel
ii habiliait, el les apres-dioees a se divertir avee sesamis.
Suivant un naifauteur, il se livrait volooiiers k h }oie qu'il
eroyait neeessaire a une pr^fessioa pour laqueile il faut un
esprit gai el independant. Viagt-sept aonees s'i^eoulereiil;
ai&si. Dansce laps de temps, Savory peigoit un ai^iBbfede
tableaux qu^on peut dire considerable, si I'on tienteoiapte
du fini extreme qu'il donnait a chaeua d'eux. Ses ceuvres
n'etaient pas moim recberch^es en Hollande qu'an AUe»-
magne. La nature qu'il avait sous les yeus ne lui inspira
pas le desir de faire de nouvelles etudes. U resta fideie k
sas ai;tes du Tyrol et de la Bobeme qu'il contiaua a repro-
iluire au moyeu des (Etudes dont il avails atnsi ^(a'on Vsl
Tu, rapporte de Prague des portofeuiUes abdodammant
garnis. La mort Tenieva en 1659 a Tart qu'il culUvait >en-
eore avec toute la plenitude de ses £acultes.
Voici la liste des tableaux de Roelandt Savery quj se
trouvent dans les principales collections de TEurope :
Musiede Vienne^. — l°Paysage anim^.par un grand nnm-
bre d'animaux terrestres, d*oiseaux et de poissons. Vers le
fond, un rocher surmonie d'une tour et plu^loin uae irue
de ville. Tableau sur cuivre signe : Boelandt Savery fe.
1628.
S"" La lisiere d'une foret , de laquelle sort uo ruisseau; k
droite une ville en per€y[)ective et une montagne couronn^
par un vi^x cblteau. Sur bois.
S*" Une contree montueuse inculte au milieu de laqu6)le
eouie on torrent. Sur le devant, Ji^sus tente par Satan.
Sur bois.
Ai" Tableau defleurs : un bouquet dans un vase de lerre
bleue. Sur bois.
^0 For4t avec une perspective ouverte 4ur une eampa-
( 356 )
gne bornee par uae vue de ville. Sur le devant un bu-
cheron s'entretenant avec deux paysannes. Tableau sur
cuivre signe : R. Savery 1609.
& Vue prise dans le Tyrol. Contree accidentee. A
gauche uue foret d'od s'elanee un lorrent et d'ou sortent
des voyageurs. A droite une vallee s*etendant vers le fond.
Tableau sur cuivre signe : B. Savery fe. 1608,
V Paysage ou son! de nombreux animaux. On voil,
au second plan, Orph^e jouant de la lyre et assis au pied
d'une tour d'ou les femmes de la Thrace sortent et se jettenl
sur lui avec fureur.
S"" Contree sauvage avec des rochers et un pont jete sur
un torrent. Au premier plan sont des charpentiers k leur
travail. Tableau sur cuivre , signe : A. Savery 1610.
9** Orphee, ayant p^netre jusqu'au tr6ne de Pluton,
dans le Tartare , cherche a toucher le souverain du sombre
empire par la puissance des accents de sa lyre , afln qu'il
lui rende sa femme Euridice.
Musee de Dre$de. — l"" Un chasseur poursuivant un san-
glier.
2** Paysage»avec des animaux de toute espece.
Z'' Noe s'appretant k faire entrer dans Farche les ani-
maux qu'il a rassembl^s par Tordre du Seigneur.
4® Des animaux sauvages dans un site piltoresque.
5^ Paysage convert d'edifices en ruine.
6"" Un torrent coulant entre des rochers surmont^ de
sapins.
T* Une foret ou Ton voit une bande de brigands pres
du cadavre d'un homme assassin^. Ce dernier tableau est
attribue, arbitrairement peut-etre, a Savery qui n'agu^re
traite de sujets de celte nature.
Musde de Berlin. — 1* Adam recevant d'£ve le fruit de-
(357)
fenda , au miliea d*un paysage boise » avec une perspective
ouverte sar une vasle plaine. On voit au premier plan un
grand nombre d'animaux. Tableau sur bois, sign^ : Roe"
landl Savery fe, 1626.
^"^ Int^rieur de foret. A droite une mare d'eau pr^s de
iaquelle est un cerf. Loinlains montagneux traverses par
une riviere. Au premier plan, des Bob^miens aulour d*une
chaudi^re ou ils preparent leur repas. Tableau sur cnivre.
3*^ Un perroquet vert, deux grenouilles el une 6cre-
visse, dans un paysage. Tableau sur bois, signe : Roelandi
Savery 46...
Musie de Brunswick. — l"^ Paysage avec animaux. A
droite, une fontaine avec des mines; pres de lii, un cerf et
des iaureaux qui se battent. Au premier plan, des animaux
prto d'un torrent. A droite, sur une ibasse imposante de
rochers, des edifices entoures de grands arbres. Tableau
sur bois, signe : Roelandt Savery 4625.
S"" Paysage ou coule un ruisseau enlre des bouquets
d*arbres; k droite des vacbes; deux cerfs sur le haul d*un
rpcher; ca et la de nombreux oiseaux. Sign^ : Roelandt
Savery 4626.
Mmee de la Haye. — Orph^e attirant les oiseaux aux
sons de sa lyre.
Le musee du Louvre n*a de Roelandt Savery qu*un
dessin au lavis.
Le D' Waagen cile les deux tableaux suivants de Sa-
very comme se trouvant en Angleterre :
i"" Dans la collection du due de Marlborough a Blen-
heim : Orphee atliranl les animaux, sujel souvent r^p^t^
par Tartisle, ainsi qu'on Ta vu. Ce charmant tableau etait
designe comme etanl d'un peintre inconnu, quand M.
Waagen le vit el en indiqua Tauleur;
( 338 )
3^ Sidim k Fi42william Museoai (uoivemle de Cam-'
bridge) , uae for^t qu*ua booime eX \$n% femme iFaveFseal
ik jetiev^l. Morceau de la meilleure epoqua du maiir^,
d'apr^s une note de M. Waagen.
Boelaadi Sa^ery paraU s'etre essay^ daaa la gravure h
Teau-forte. Hu))er cite, comme lui etant atlriboe, da&s le
catalogue de la collection Winckler : c Ud paysage }>oucbe
» ou Toa voU, &iir la droile , uo chevrier eodoi'mi. t Ceat,
dit-il> une piece rare. Uae seconde esiampe de Savary est
peoUoonee {lar M. Nagler. Cesi ud pay^e boise au pre-
mier plan duquel se dresse ud grand arbre. Au foad, ^a
poDt de boisjele sur une riviere; sur une Foute, deux
boinines et yne feoime avec un enfant. Qn conoaitdeux
4t^ts de C6tte piece rare et pr^cieuse. Dans Tepreuve .de la
cpUec^lipn d'Aretin decri^e par Srultiot, elle eat sans
1)00), tfindis que celle de la collecliou Sternberg, porle
la marque R. Sav. S.
On a de plusieurs grave^rs des e^(ampes d'aprea ^i&e-
lapdt Savery. I^a piece capitale de Toeuvre du maf tre , $ou$
1$ rapport de |a dimension, aussi bien que pour la rarete,
est un saint Jerome grave par Isaac Major , artiste alle-
ip^nd Qniierement forme a T^cole de deux de nos maitres,
^leve de Savery pour la peioture, et d'iEg. Sadeler pour
Ig gravure. Cest un des plus grands paysages qui aieot
et6 graves au burin. Le sujet qui s'y encadre est saint J^-
rQme dans uqe grotte. Le site offre des accidents de ter-
rains tr^-varies, et deroule sous les yeux du speciatanr
que perspective d'une vaste etendue.
JE%. Sadeler a grave d'apres Savery plusieurs suites de
vues du Tyrol et de la Bohepoie. L'habile artiste y a mis
toute la finesse et lout Tesprit de son burin. Ce sont de
charmantes estampes dpnt Texamen ^Sit |)our apprepdre
( 359 )
jkceuxqui n'oiit pas sou^ les yeux des tableaux du peintre
de Courtrai, de quel sentiment de la nature et de quelle
entente du pittoresque il etait dou^.
On a egalement d'apres Savery des estampes de Made-
leine de Passe, de M. C. Prestel, de J. Balzer et Rob.
Vander Voerst.
Le portrait de Roelandt Savery a ele grave par Gertrude
Rogman, par J. Meyssens d'apres Ad. Willaerts, II a 6te
reproduit en petit dans les planches qui accompagnent les
biographies d'Houbracken , de Gampo Weyerman et de
Descamps.
OUVRAGES PRfiSENTlfiS.
Compte rendu des stances de la Commission royale d'hisioire ,
ou recueil de ses Bulletins. II"** s^rie. Tome X"*% 2"® Bulletin.
Bruxel les, 1858; 1 broch. in-8°.
Bulletin de la Commission centrale de statistique du royaume
de Belgique. Tome VII. Bruxelle's, 1857; i vol. in-4°.
On a new genus of Crinoides, discovered in the mountain
Limestone of Swaledale ^ Yorkshire; by Edw.Wood; with a des-
cription of the genus, by prof. De Koninck. Londres, 1858;
i broch. in-8**.
Georgia: paysanneries par M. Ad. Mathieu. 3"*" Edition.
Bruxelles, i858; 1 broch. in-12.
Vie de Marnix de Sainte-Aldegonde; par M. Theodore Juste.
Bruxelles-Paris, 1858; 1 vol. in-8^
Catalogue giniral des bibliothiques du ministere des finances.
Premiere publication. Bruxelles , 1 858 ; 4 vol. in-8^
2™* SlfiRIE , TOME IV. 24
(360 )
5""* Rapport et documents officieli relalifs d Vinoculation de
la pleuropneumonie exsudative, d'apris le procedi de M. It doe-
teur Willems. Bruxelles, 1858; i broch. in-8**.
La m^taphysique et les matMrnatiques; r^poDse k M. Lamarle,
par M. Fabb^ A. Lecomte. Bruxelles, i858; i broch. in-8^
Histoire des gardes wallones au service de VEspagne; par le
colonel Guillaume. Bruxelles, 1858; 1 vol. iD-8^
Les illustrations militaires du Hainaut; par M. H. Rousselle.
Mons, 1858; 1 broch. in-8^
Pasquie critique et calotenne s6t les affaires de V medi^ne,
A Vis6; 1 broch. in-8^
— Notice sur la vie et les ouvrages de Guillaume KerssAoom ;
par M. Heuschling. Bruxelles, 1857; 1 broch. in-8^
Mceurs et usages des corporations des metiers de In Belgique
et du nord de la France: par M. F^lix de Yigne. Gand, 1857;
1 vol. in-8».
Etudes et recherches sur la thiorie et Hhistoire du chant grS-
gorien, — IL Tonalild ginirale; par MM. Fraselle et Germain.
Namur, 1858; 1 vol. in-8«.
w
Etudes sur la nicessiti dintroduire le chant densemble dans
les Scales primaires de la Belgique; par £douard Gregoir. Anvers ,
1858; 1 broch. in- 12.
Essai de tablettes liigeoises; par M. Alb. d*Otreppe de Ecu-
vetle. 23«*« liv. Li^ge, 1858; 1 broch. in-12.
Annuaire de la Soditi litre Simulation de Liige, pour Fann^
1858. Li^ge; 1 vol. petit in-8^
Annates de Henseignement public: directeur M. BMe. Tome II,
n"* i h^. Verviers, 1858, 3 broch. in-8^
Archives beiges de medecine militaire. Tome XXI, I*' ^ 3"* ca-
hiers. Bruxelles, 1858; 1 broch, in-8^
Journal de pharmade. XIV"** ann^. Janvier k mars 1858,
Anvers, 3 broch. in-8^
Annates de la SociUi de nMecine d*Anvers, XIX°** ann^.
Janvier et f^vrier. An vers, 1858; 1 broch. iii-8*.
I
( 561 )
Journal de I'imprimerie et de la librairie en Belgique. V"* an-
D^e, D<» i h 3. Bruxelles, 1858; 3 broch. iD-8°.
Annates academici. 1853-1854. Leide, 1857; 1 vol. in-4*.
Levensberigt van J.'L.-W* baron de Geer van Jutphaas, over-
leden den 3 noveniber 48S7 te Utrecht. Utrecht, 1858; i brach.
Magnetische waamemingen aan den Helder, in verband met
de aardbeviog van 17 decembre 1857. 1858; 1 broch. in-12.
LInvestigateur, journal de I'institut historique. XXIV™* an-
n^e.278">'et 279'»Miv. Paris, 1858; 1 broch. in-8°.
Essai Bur les ouragans et les tempites; par M. Lartigue. Paris,
1858; 1 broch. in-8^
Utility et rihabilitation du moineau; par Victor Chatel. Paris,
1858; 1 broch. in-80.
Programme de la XXV^ session du Congris scientifique de
France, qui sera tenue d Auxerre le 2 septembre 4858. Auxerre,
1858; 1 broch. in-4^
Bulletin de la SociM des antiquaires de Picardie. Aun^e 1 858,
n* 1. Amiens, 1858; 1 broch. in-8^
M^oires de la Sociiti aeademique de Maine^t-Loire. 2°** vol.
Angers, 1858; 1 vol. in-8^
Bulletin de la Sociiti industrielle d' Angers, XXXVIU*"' ann6e.
Angers, 1857; 1 vol. in-8^
Recueil des actes de VAcad^ie impMale des sciences, belles-
leltres et arts de Bordeaux, XIX"* ann^. !•' et ^^^ trimestres.
Bordeaux, 1857; 1 broch. in-8"-
Mimoires de la SociiU impiriale des sciences naturelles de
Cherbourg. Tome iV. Paris-Cherbourg, 1856; 1 vol. in-8^
Archives de I'agriculture du nord de la France ; publi^es par
le comice agricole de Lille. Tome I®^ n^* i et 2. Lille, 1857;
1 broch. in-8^*
Revue, agricole, industrielle et litt^aire de I'arrondissement
de YaleneienneSt IX"' ann^e, n~ 5^ 8. Valenciennes, 1857-1858;
4 broch. in-8^
( 362 )
Mimoires de I'Jnstitui national gdnevois. Tome IV^. Geneve ,
4857; 1 vol in-i^.
Novus codex Brandenburgensis. Vi Band , ^^ Haupttheiles ;
XIV, P«» Haupttheiles. Berlin , 1857 ; 2 vol. in-4^
Zeitschrift far die Gesammten Naturwissenschaften ; Her-
ausgegeben von dem Naturv^. Vereine fiir Saebsen u Tbunngea
in Halle. Jabrgang 1857. VII Band. Berlin, 1857; i vol. in-8^
Verhandlungen des naturhistorisch-medizinischen Yereins zu
Heidelberg. N<- III el IV. Heidelberg, 1857; 2 broch. in-8«.
Wiirtteinhergische naturwissenscliaftliche Jahreshefte. XllI"***^
Jabrgang, 3*«* Heft. Stuttgart, 1857; 1 brocb. in.8^
Ansprache gehalten in der ersten Jahresversammlung der K,K,
geographischen Gesellschaft in Wien am 3 november 4857; von
W. Haidinger. Vienne, i857; i brocb. in-8^
Beitrdge zur gerichtlichen Medizin, Toxikologie und Phar-
makodynamik; von Eugen Pelikan. Wurzbourg, 1858; 1 vol.
in-8^
Discussion i del nortke medicinske Selskab i Chrisiiania nn-
gaaende Syphilisationen. Cbristiania, 1857; 1 brocb. in-8^
Rendiconti delle Adunanze delta r. academia economc(Hiigra-
ria dei GeorgofiU di Firenze. Triennio 111. Anno 2. Janvier h
mars. Florence, 1858; 3 brocb. in-8^
Atti dell* imp, reg. Islituto Veneto di sdenze, leltere ed arti.
Tomo lll^ serie 3°, disp. 3. Venise, 1867-58; 1 brocb. in-8^
Gli inquisitori di stato di Venezia; di S. Romanin. Venise ,
1858;1 brocb. in-8^
Observaciones actinometricas venficadas en Madrid con mo-
tivo del eclipse de sol de marzo de 1858; por don Manuel Rico y
Sinobas. Madrid, 1858; 1 brocb. in-4^
Linnean Society of London : — Transactions. Vol. XXII.
Part tbe second. 1 cabier in-4^; — Journal of the Proceedings :
botany, n<»» 4 ^6; zoology, n" -4 ^ 6. 6 brocb. in-8*^; — List.
1857. 1 brocb. in-8^; — Address of Thomas Bell, esq. 1 broch.
in-8^
( 3tt3 )
Journal of the geological Society of Dublin, Vol. II h VI. Du-
blin, 1839 ^ 1857; 5 vol. in-8».
Catalogue of the Antiquities of stone ^ earthen, and vege-
table materials , in the Museum of the Royal irish Academy ; by
W. R. Wilde. Dublin, 4857; 1 vol. in-S^.
The Atlantis : a register of litterature and science; conducted
by members of the catholic University of Ireland, n*^ \ . Londres,
1858; broch. in-8^
The american journal of science and arts. Second series.
Vol. XXV, n« 74. New-Haven, 1858; broch. in-8o.
Reports on the proceedings of the offiders engaged in the
magnetic survey of India, N^* 5 ^ 10. Lahore, Agra et Calcutta,
1856 et 1857; 3 broch. in-8^
BULLETIN
DE
L'AGADEMIE ROYALE DES SCIENCES,
DES
LETTRES ET DES BEADX-ARTS DE BELfil^UE.
1858. — N^ S.
CLASS£ BE9 SGISIfCES.
Seance du 6 mat 1858.
M. b'Omalius d'Hallot , president de P Academie.
M. Ad. QuETELiiT, secretaire perp^tiiel.
Soni presents : MM. Sauveur, Timmernoaas, Wesmael^
Martens, Caniraine^ Slas, De KoniDck^Yan Beneden, A.De
Yaux, Edm, de Selys-Longchamps , le vicomle B. Du Bus,
Gluge^ MelsenSy Schaar, Liagre^ Duprez , Brasseur, Poel-
man., membres; Schwann, Spring, Lacordaire, assocUs;
Donny, Em. Quetelet, Gloesener, comspondants.
MM. Roulez, Borgnet , Polain, membres de la classe des
leures, assistant a la seance.
2""* Sl^RIE, TOME IT. 25
( 566 )
CORRESPONDANCE.
II est donne lecture de differentes lettres de M. le Mi-
nistre de Tinterieur, relatives aux comptes de TAcademie
et a des envois de livres.
M. le president du Sdnat remercie pour les derniers
envois des publications de la Compagnie.
— M. le docleur Clos, direcleur du Jardin des Plaules
de la ville de Montpellier, remercie TAcad^mie pour avoir
donne place dans ses publications k un memoire de feu
son p^re , sur la menstruation chez les femmes.
— M. James Espy, de Washington, envoie son qua-
tri^me rapport sur la mel^orologie, et fait connaitre qu'il
recevrait avec reconnaissance les remarques critiques aux-
quelles ce travail pourrait donner lieu.
— M. Airy, associ^ de TAcad^mie, ecrit an secretaire
perp^luel qu'il vient de faire une nouvelle determination
de la difference des longitudes eutre TObservatoire royal
de Greenwich et celui d'lildimbourg , en se servant du
principe de transmission de signaux employ^en Am^rique,
qu'il regarde comme preferable a tons les autres. « Les re-
sultats ne sont pas encore calculus, dit-il, mais je ne doute
nullement de leur excellence. Cest la melhode que je pro-
poserais d'employer, si nous repetions la determination de
la dilf(6rence de longitude entre Bruxelles et Greenwich. >
— M. Ch. Fritsch fait parvenir, avec une carte, un
( 367 )
aper^u de la maturation des premiers fruits dans trente-
trois stations de I'empire d*Autriche et des pays adjacents,
pendant Tann^e 1857.
— M. de Selys-Longcliamps depose les observations
faiies a Waremme sur T^tat de la vegetation et les migra-
tions des oiseaux, le 20 avril dernier.
M. Ad. Quetelet presente les memes resultats pour
Bruxelles, ainsi que ceux de Liege et Stavelot, obtenus par
M. Dewalque, et de Melle, pres de Gand, par le profes-
seur Bernardin.
— M. le docteur Verhaeghe transmet ses observations
meteorologiques et actinometriques faites h Ostende pen-
dant les trois premiers mois de cette ann^e.
— L'Acad^mie re?oit aussi les resultats des observa-
tions faites an Helder, pendant le mois de decembre der-
nier, sur Tetat du magnelisme et les perturbations qui y
ont ei6 ressenties. On y a remarque, les 17 et 18 decembre,
les memes perturbations que celles deja signalees dans
les Bulletins de TAcad^mie, par TObservatoire royal de
Bruxelles.
— M. le secretaire perp^tuel declare avoir re?u de
M. Melsens, de la part de M. de Changa, le 4 avril dernier,
un paquet cachet^ sur lequel M. le president appose sa
signature.
— La classe re?oit les ouvrages suivanis :
1"" Recherches sur la capillarity, memoire par M.B^de,
professeur k T^cole des mines, k Lidge. (Gommissaires :
MM. Plateau, Duprez et Ad. Quetelet.)
2^ Note de M. Boblin sur un appareil k levier, subslilu^
au micrometre des instruments de precision en usage dans
( 368 )
les observatoires. (Coa)missaire$ ; MM. Liagre et Ernest
QueteJet.)
5"^ Remarques critiques sur diverses especes d*iehnea-
mons, de la coUecliou de feu le professeur J.-L.-C. Gra-
Tenhorst, suivies d*un court appendice ichneumologiqud,
par M, C. Wesmael, membre de rAcademie. (Commis-
saires : MM. Lacordaire et de Selys-Longchamps.)
'^ M. Van Beneden annonce la mort de M. Jean Muller,
de Berlin, associe de TAcademie, et la classe decide k
cetle occasion qu^une lettre de condoleance sera adress^
k la veuve de cet illustre savant.
— M. de SelyS'-Longchamps fait bommage de son ou-
vrage MonographU de$ Gomphines. — Remerctments.
RAPPORTS.
Mimoire sur une nowelle classifimtioti des Annilidei seti^
geres abranches; par M. d'Udekem, correspondant de
TAcademie.
c Depuis plnsleurs annees , M. d'Udekem s*occupe des
vers, surtout de ceux qui out quelque aifinite avec les
Lombrics. II a d^jk fait plusieurs communications int^-
ressautes sur ce sujet.
Dans le travail qui est soumis k notre examen, M. d'Ude-
kem a coordonne des fails connus, el assigne a chaque
esp^ce, comme a cbaque genre de Lombricin, sa veritable
place.
I
( 569 )
Ce travail est fait atec beaocoiip de soin , el les carac-
tdres soDt expose avec ordre et clart6.
Nous ne pouvons, toutefois, nous empdcber de faire
remarquer que le nombre de families nous paratt trop
grand, et que les Tubifecides , comme les Enebytrid^s,
nous paratlraient mieux k leur place dans nne rndme fa«
mitle avec les Lombrics.
Nous regrettons aussi que Fauteur n'ait pas diseut^ la
question du rang que ces Annelides s^tig^res abranches
doivent occuper dans la s6rie animale.
Ces vers sont«ils sup^rienrs aux aulres AnnAidea ou in-
f^rieurs, eomme le pense Cuvier et la plupart des zoolo-
gistes? Ont-ils quelques affinit^s avec les autres Anndlides
s^ligires cAranehes que Cuvier place dans le mSme groupe?
II est Evident, k nos yeux du moins, que les Abranches
sans soies ou les Hirudinies font le conronnement naturel
des Tr^matodes et des Cestoldes {Coiylides) , et que cette
division A'Abranches, telle qu'elle se trouve dans le regno
animal, n*a aucune valeur dans une classification m6iho-
dique.
Les Abranches sitigeres ferment un groupe parallftle k
celni des Cotylides, de mani^re que les Hirudinees eou-
ronnent la s^rie des Trematodes et des Cestoides, comme
les Lombricins couronnent les vrais AnnSlides,
Les uns et les aotres sent des vers ^lev^s en organisa-
tion par la complication de divers appareils, par la ponle
des cBufs r^unis dans une capsule, par le d^veloppement
direct et sans m^lamorpbose, ainsi que par le milieu a^rien
ou fluviatile que la plupart d'entre eux babitent.
Nous ne sommes plus k T^poque oil Ton pouvait r^unir
les vers parasites en une classe k part, comme des parias
du r^ne animal; cbaque groupe naturel a, an contraire.
(570)
des especes ou des genres vivant dans des conditions va-
riees : ainsi, les Lpmbricins ont des especes terrestres,
des especes tiaviatiles, des especes marines et meme une
ou quelqoes especes parasites; les Hirudinees, qui forment
un groupe parallele et Equivalent, tout en comprenant ud
plus grand nombre de parasites , n*en ont pas moins des
especes terrestres, les unes en Asie (Ceylan, les iles Phi-
lippines, Java), les autres en Afrique et en Amerique (les
Peripates). Ces sangsues terrestres sont meme un veritable
fieau dans les pays ou elles se trouvent. Les Ch^topodes
etles Gepbyriens sont des vers derive, libres, des Lorn-
bricins, coo^me les Trematodes et les Gestoides sont les
derives, parasites, des Hirudinees.
Nous trouvons encore la meme repartition dans le grand
groupe des Nemato'ides.
Les Sagiita et les Anguillulla sont des representants
libres, fluviatiles ou aeriens de ce groupe, qui se compo-
sent presque exclusivement de vers parasites.
La derni^re classe de vers, les Turbellari^s ou Ter^tu*
laries de de Blainville, qui est en grande partie form^e
d'especes aquatiques, contient cependant aussi, dans les
payschauds, comme les Hirudinees, des representants
terrestres (Geoplanaires) fluviatiles, marines et quelques
parasites.
Les vers forment un groupe de la meme valeur que les
Mollusques, et qui ont a leur tSle, d'un c6tE, les Cepha-
lopodes et de Tautre les Lombricins; si on trouve e&cep-
tionnellement dans les Mollusques quelques parasites, ce
genre de vie est, au contraire, la regie dans les vers.
Mais, pour en revenirau memoiredeM.d'Udekem,nons
dirons que ce travail, tout en ne renfermant pas de fails
uouveaux, resume parfaitement Telat actuel de nos con-
(57i )
naissances sur cette parlie de la zooiogie, et dous n*h^si-
tons pas in en demander rimpression dans les m^moires
de TAcademie. i>
Mappo»*$ tfe St, Fomttnan,
« Je partage enti^rement la mani^re de voir de mon
savant collogue, M. Van Beneden, en ce qui concerne le
m^moire sonmis k notre appreciation.
Je me plais k rendre justice aux efforts que fait M. d*Ude«
kern , depuis plusieurs ann^, pour simplifler I'^tude des
vers, et je me joins k mon honorable collide pour pro«
poser k la classe de voter I'impression du travail de notre
z^le correspondant dans le recueil des memoires de TAca-
demie. »
Conformement k Tavis de ses deux commissaires, la
classe ordonne Timpression du m^moire de M, d'Udekem.
Mimoire sur le ealendrier arabe avant IHslamisme; par
Mahmoud Gffendi , astronome egyptien.
< Les historiens arabes, n'ayant commence k ecrire
que deux ou trois slides apres Th^gire, onl dti avoir, re-
cours k la tradition pour ^tabiir les ev^nements et pour
en assigner les dates : on conceit, d'apr^s cela, le vague
qui doit r^gner sur la chronologic ant^-islamique, et
Ton s*explique le disaccord que Ton remarque k ce sujet
( 572)
entre les difiS&renu aateurs. Ce disaccord est t6l que,
malgr^ les travaux remarquables de pliisieors sava&ts
europeeos, on ignore encore aujourd'hui si les Arabes,
avant comme apres Mahomet , se sont toujours servis de
I'annee lunaire, et s'ils n*ont pas fait usage de Tann^e
luni-solaire pendant les deux ou trois siecles qui ont pr^-
c6A6 r^poque de Tislamisme.
Le memotre que M. Mahmoud soiimet aujourd*hui aa
jugemeat de. la etasse n*a pas 6i6 redtg^ dans le but de
critiquer Tune ou Taulre de ees deux opinions; mais, foree
d'ea adopter une pour completer un travail qu'il a entre-
pris sur les ealendriers orientaux , et dont la premii^re
partie a d^jk ^t^ ioseree dans les recoeils de notre Aca-
d^mie^ le savant ^gyptien a 6l6 naturellement conduit k
examiner de pr&s cette question; k cet effet, il a recher-
che dans divers ouvrages , notamment dans les manuscrits
arabeS) les traditions ou t^moignages qui se rapportent k ,
ce sujet, les a discutes, et en a tire des consequences.
Cauteur a divis^ son mdmoire en deux parties : dans la
premiere, il reunit et coordonne les traditions qui servent
de base k ses calculs; dans la seconde, il combine ces do-
cuments entre eux pour en deduire et le genre du calen-
drier ant^-islamique, et T^ge auquel est mort le proph^te.
Les evenemenls remarquables sur lesquels M. Mah-
moud a base ses recherches, et dont il a precise la date»
sont au nombre de cinq ; nous les citons en suivant Tordre
dans lequel il les a places, savoir :
i"* La mort dlbrahim , jeune fils de Mahomet, laqueiie
coKncida avec une eclipse de soleil ;
3^ Le jour de Tarrivee du proph^te k Medine, ou I'b^
giro, dont la date correspond k une date connae du ca-
lendrier judajque;
( 373 )
3^ L6poqne de la naissance de Mahoinet, qui eat lieu
un lundi du mois de Rabi 1 , et fut pr^c^ee d'uoe conjonc-
tioD entre Jupiter et Saturne;
4® Une eclipse de tuDe» cit^e dans un manuscrit arabe
de la bibliotbdque imp^riale de Paris;
5^ EufiQ le solstice d'ete de Tan 541 qui, d'aprds un
passage de Procope, devait tomber dans un mois eonsacr^
par les Arabes aux pratiques de leur religion, et durant
lequet ils ne pouvaient faire aucun usage de leurs armes.
Ces cinq ^poques, determinees astronomiquem^t et
ind^pendamment les unes desautres, Tauteur les combine
deux k deux , et il obtient ainsi dix resultats ou laps de
temps exclUsivement conformes au systeme lunaire. Celt
accord nous parait de nature k renverser completeraent
I'opiniou de ceux qui ont admis Tusage du calendrier
luni-solaire chez les Arabes paiens; et nous sommes forc^
d'admettre avec M. Mahmoud que ce peuple s'est toujours
servi d*un calendrier purement lunaire.
Dans un appendice a son m^moire » Tauteur a examine
la question au point de vue philologique et historique. Les
noms des mois arabes ont, par leur signification, des
rapports incontestables avec les saisons; ce qui semblerait
indiquer qu'ils appartienaent a une ana^e luni-solaire ou
agronomique. Mais il est facile de repondre a cette ob-
jection.
En^ffet, lesauteursdeia nomenclature peuvent fort bien
avoir lie les noms des mois aux ph^nomenes solaires ou
meteorologiques qui les accompagnaient, kTepoque m£me
oh la nomenclature a ete faite. Sans porter leur vue plus
loin, ils n'ont pas songe qu'au bout d'un certain temps,
les mois d'6{6 tomberaient en biver et reciproquement.
A cette raison donnee par Tauteur , nous en ajouteroQS
( 374 )
une autre : c'esl que les consicleralioos etymologiques^ en
fait de calendrier surtout » sont parfois de nature k induire
gravement en erreur. Si, par exemple, nos descendants
n'avaient, pour nous juger, que des considerations de
cette espece , ils invoqueraient les noms que nous donnons
aux jours de la semaine, pour nous accuser de pagaoisme;
et lis ne soup^onneraient jamais que nous appelons sep*
tembre le neuvieme mois de notre ann^e.
II est moins facile d'expliquer comment il se fait que
les meilleurs historiens arabes s'accordeot k dire que,
qnelques siecles avant Tipoque de Tislamisme, I'annee
arabe etait luni-solaire. Nous ne pouvons presenter ici
Taoalyse des raisous alienees par M. Mahmoud pour com-
battre cette opinion : contentons-nous de faire remarquer
que les passages interessants rapport^s ou traduits par lui
prouventli Tevidence que les auteurs en question se sont
copies Tun Tautre; que Ik oil ils ne se copient pas, ils
admettent des modes d'intercalation differents; de sorte
que toutes leurs autorites reunies se reduisent en defini-
tive a celle d*Abou-Mkchar, qui vivait dans ie III""* si^cle
de rhegire. Or, les donnees de cet historien, fondees sar
la tradition , n'ont qu'un degre de probabilite bien difficile
a apprecier. Les relations intimes qui existaient entre les
Juifs et les Arabes pa'iens ont fort bien pu faire attribuer
a ces derniers I'usage de Tannic luni-solaire qui apparte-
nait exclusivement aux premiers.
En resume, Topinion des historiens et des poetes
arabes n'est pas assez solidement ^tablie pour detruire les
r^sultals posilifs auxquels est arrive M. Mahmoud, en
prenant pour guides les phenomSnes celestes, et en se
basant sur les calculs astronomiques. Le memoire du sa-
vant egyptien , fruit d'une ^lude consciencieuse, jelle una
( 578 )
veritable lumi^re sur un point obscur de la chronologie
arabe, et nous sommes d'avis qu'il figurerait avantageuse-
ment dans les recueils de TAcademie. »
Miappovi de M, A. Quefe9et.
4 Le travail de M. Mahmoud merite, sous plus d'un rap-
port, Tattention des pbysiciens et des astronomes. L'au-
teur est charge, en Egypte, de la redaction detoulce qui se
rapporte k la mesure du temps; il a fait une etude appro-
fondie de cette branche des sciences relative h son pays et
encore si peu connue en Europe. Nous devons, en con-
sequence, lui savoir gre pour les lumieres qu'il s'efForce
de repandre sur la conaposition printiiive du calendrier,
Tune des parlies les plus importantes de Fastronomie pra-
tique, et qui peut-etre est non moins utile pour Tbistorien
que pour Tastronome.
Quelques parties auraient pu etre coordonnees d*une
maniere plus simple en apparence, si Ton ne considere que
ce travail isole; mais, comme ie fait observer Tauteur,
dans une lettre parliculiere, ce dernier ecrit se ratiache a
un grand travail dont TAcademie a deja publie un fragment
et dont la suite ne tardera pas a paraitre; or des change-
menls dans le memoire que nous examinons obligeraient k
changer le plan general, arrete et execute en grande partie.
Je me bornerai done, comme rnoii collegue, k de-
mander la publication du nouveau memoire. »
Confojm^ment aux conclusions de ses commissaires, la
classe ordonne Timpression du memoire de M. Mahmoud.
rr^
(376 )
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
Sur les Gregarines des Krebelles. Exlrait d'une lettre du
docteurLieberkuhD,de Berlin, communiquee par M. Van
Beneden , membre de rAcaddmie.
M. Lieberkuhn , dent le mdmoire sur les Gr^gariDes a
et^ couronnd par F Acad^mie, m^^crit de Berlin k la date du
6 mars 1858.
c Leydig croit avoir trouv^, dans rinlestin d'une
grande T6r^eUe^ des parasites tenant des Filaires et des
Gregarines et dtablissant nettement le passage entre eux.
J'ai fait, pendant mon sejour kTile d'Heligolandt, Tautomne
dernier, quelques observations sur ces animaux, \^ Ter4-
belles, et si le resultat de ces observations vous parait
assez important pour faire suite k mes rechercbes pree^
dentes, je vous prie de vouloir bien le communiquer k
TAcademie.
D Leydig a irouve des Gregarines de 0,04'" de loligueur,
consistant en une gaine tres-allong^e, avec cellules et nu-
cl^oles, remplies d*une masse assez eonsistante, k cdte
d'antres Gregarines couvertes de stries longitudinales,
toutes sous forme de fuseau. Quelques-unes d*entre elles
dtaient sans mouvement; d'autrers, au contraire, avaient
une telle agilit^, que les deux extremites du corps, en se
courbant, se touchaient k tout instant. Leydig trouva en
m£me temps un animal, de 0,008'" de longueur, arrondi
k un bout, effiie k rautreboot, et daot la masse, finement
graottl^e, formait de larges stries longitodinales. II se re-
muait avec vivacity » se courbant et s'^tendant comme un
r'-
( 577 )
IfimaicSde. Leydig consid^re ce parasite comme tfD ver
Q^piato'ide plus avanc^ en d^veloppement que les autres,
quoiqu'il renferme use cellule avec nucl^ole.
> Steio a dej^ combattu ceite d^termiDation de Leydig,
sans avoir vu lui-m£me les parasites des Ter^belles.
» Voici ce que j'ai vu.
> Les Terebelles comme les Hermelles renferment dans
leur intestin les differentes formes de Gr^garines obser-
vees par Leydig; les unes sont fusiformes^ avec ou sans
stries longitudinales ; d'autres sont plus effilees ^ Tun des
bouts qu*k Tautre; et enfln, quelques-unes d'entre elles
ont une forme rubanaire, sont longs de 0,2"', et sont effi-
lees aux deux extremity. Tous ces parasites contiennent
dans leur int^rieur une cellule et un nucl^ole. Les plus
grands individus se tortillaient, en effet, comme des vers
Nematoides, tandis que les plus petits ne se remuaient
que lenlement el de temps en temps.
> Par extraordinaire, le d^placement du noyau, si dis-
tinct cbez les Gr^arines filiformes des Lombrics, est k
peine visible, ici , pendant les mouvements les plus ^tendus.
» Malgre les apparences, il n'y a pas le moindre doute
que ces parasites de T^r^belles et ces Hermelles ne soient
de v^ritables Gr^arines; ils n'ont de commun avec les
Nemato'ides qu'une grossi^re ressemblance de forme et de
mouvement.
» L*assertion que les Nemato'ides des Lombrics out des
rapports avec les Gr^garines est tout aussi peu fondle.
J*ai pu suivre le developpement de ces animaux.
> Quand les Lombrics entrent en decomposition dans
la terre humide, les Nematoi'des alors percent leurs kystes,
continuent k vivre sur le cadavre en decomposition et de-
viennent ensuite sexu^s , puis ils se multiplient au point
( 378 )
de recouvrir bientot compMlement le corps delenr bote.
On trottve alors facilement des males et des femelles a tout
degre de developpement. lis ressemblent tout k fait aux
Nemato'ides que M. Scbneider a troav^ dans les Limaces
et qu'il a reconnus pour etre YAngiostoma limads de Du-
jardin. Will a decrit si bien ces Nemato'ides que je n'ai
rien d'essentiel a ajouter. (1) II n'est pas exact de dire que
les vers enkysles ne conliennent, dans leur interieur,
qu'uue masse granuleuse. En ^tudiant ces vers a un fort
grossissemeut, on reconnait deja Tentr^ etroite de la
cavite de la bouche k Toesophage et la forme de biscuit
qu'affecte ce dernier organe. II y a plus, dans les jeunes
qui sortent de Foeuf, on distingue facilement la disposition
de Tentree de Tcesophage et la conformation de cette parlie
du tube digestif, comme Will Ta fait connaStre.
» Les Angiostomes changent de peau aussi bien avant
qu'apres la soriie du kyste.
» On pent facilement se procurer des Angiostomes en
abondance, en coupant des Lombrics en morceaux et en
les abandonnant, pendant quelques jours, dans de la terre
humide. »
MAGNETISMS TERRESTRE.
M. Ernest Quetelet pr^sente le resultat des observations
qu'il a faites, cette annee, pour determiner les ^l^ments
absolus du magnetisme terrestre. Ces observations ont ete
ex^ctttees, comme les annees precedentes, dans le jardin
de rObservaloire et avec les memos instruments.
» " '■ ■!' I-IIII. I I I I I. H.lipilJJ.I I
(1) fnegmann*sJtchiv,\SAS.
( 579 )
La declinaison a ete d^terminee trois fois, le 15 et le
17 avril, et a ete trouvee en moyenne de 19°35'4r', repon-
daot a 68'^,47 du barreau de Gauss, qui est plac^ a Tinte-*
rieur du b&timent pour ^tudier les variations de la decli-
naison magnetique. Gette valeur a ^te reduite au 16 avril
k midi. Elle est calcul^e d'apres les m^mes principes qui
ont ete developpes Tannee derniere.
Deux observations de I'inclinaison faites le 16 avril ont
donn^ pour cejour a midi, Tinclinaison normale egale
a 67''54',0. L'angle avant et apres le retournement de&
p61es a ^te trouv^ en moyenne de 20\8.
PERTURBATION MAGNISTIQUE.
Le 9 avril , M. Hooreman , aide k FObservaloire, obser-
vant le magn^tisme, k 3 heures de Tapres-midi, constata
I'exislence d*une forte perturbation magnetique. Gelle-ci
a ete observee avee soin pendant toute la journ^e du 9 et
le lendemain. Voici les determinations qui ont ete prises :
APPAREIL
APPAUEIL
DATE.
REURES.
TBVPtfRATUM.
;
UDifilaire.
biOIaire.
8 avril 1858. •
9^ mat.
li'll
. 9567
49?3
12
68,98
9,97
49,4
3 soir.
G8,82
10,63
50,0
9
70,65
11,42
49,4
9 avril
9 mat.
71,31
9,89
48,4
12 .
68,74
9,46
48,5
3 soir.
63,41
11,77
48,4
3 im
63,58
10,80
»
3 30
63,40
12,37
»
3 45
63,38
12,56
»
3 50
63,23
13,36
»
4 0
58,47
14,60
48,5
4 10
55,20
18,10
!
1
(S80)
-.
APPAREII
APPAaSII.
DATE.
HEVRB.
nMVtfaATVBS.
tuifllaire.
Uiil»lr«.
9 avril 1858. .
4h|4in8oir.
59t46
17;07
48^5
{Suite,)
4 18
59,95
17,19
»
4 S3
51,64
16,66
48,6
4 97
48,75
13,85
»
4 32
68,75
14,93
»
4 49
57,14
15,50
»
4 59
59,78
16,90
»
5 9
60,98
13,59
48,7
5 19
64,10
13,17
»
5 99
63,49
13,44
»
5 95
66,51
13,58
»
5 39
68,50
19,16
»
5 44
68,85
19,69
»
5 56
69,55
13,48
48,6
6 90
63,31
19,95
9
6 98
59,04
9,37
»
6 46
66,50
11,33
*
7 90
70,37
8,83
»
7 55
79,70
7,71
48,5
8 33
68,16
7,07
>
9 9
68,18
6,80
48,4
9 98
71,78
6,79
48,3
10 6
79,59
6,91
»
10 35
71,30
7,54
48,9
■
11 91
79,45
6,65
48,1
11 48
73,95
6,05
»
19 94
74,09
6,04
M
10 atrA 185$. .
7 4 mat.
79,50
7,70
♦7,6
8 9
69,61
6,13
»
0 3
69,91
7,99
IM
10 8
70,36
7,88
48,9
11 1
67,71
8,45
49,4
11 55
67,89
7,93
49,9
3 0 soir.
66,81
9,90
50,8
9 0
70,19
8,10
50,0
C'est one des pins fortes perturbatioM que Ton ait ob-
serv^es a Briixelles; cependant on n'a pas appris jusqu^ici
que Ton ait aper^u de ces ph^nomenes qui accompagnent
ordinairement les fortes perturbations de Taiguille, tels
que les aurores boreales, les tremblements de terre, etc.
A Bruxellesy le ciel est demeur^ presque constammenl
couvert pendant ces trois jours.
(581 )
CLASSE DES LETTRES.
Seance du S mat 18S8,
M. M.-N.-J. Leglergq, directeur.
M. Ad. QcETELET) secretaire perp^tuel.
Sont presents : MM. le baron deGerlache,GraDdgagDage,
deRam, Roulez, Borgnel, le baron i. de Saint-Genois,
David, Paul Devaux, DeDecker, Schayes, Snellaert, Car-
ton, Haus, BormanS) Polain, Baguet, le baron de Wilte,
Arendt, Cb. Faider, membres; Ad. Mathieu, Chalon, Th.
Juste , Defacqz , correspondants.
MM. Alvin et Jehotte, de la clas$e des beaux-arts, assis-
tent a la seance.
CORRESPONDANCE.
M. Edm. Marchal donne connaissance de la mort re*
grettable de son pire, M. le chevalier Marchal , membre et
doyen de la classe des leltres, decede le 22 avril dernier.
Le secretaire perpeluel fait connaitre q'ue la plupart
des membres presents k Bruxelles assistaient aux fune-
railies, et que M. Alvin a bien voulu exprimer les regrets
2"* sArie, tome IV. 26
( 582 )
de l*Academie en inSme temps que ceux de la Biblioth^que
royale.
— La GommissioQ centrale de statistique^du royaume
fait parvenir le tome Vlt de ses Bulfetfns. — Remerci-
ments.
— Le president du congres de la propriety litteraire
fait connaitre que la reunion projetee aura lieu le 27 sep-
tembre prochain , et dufera qualre h cinq jours.
— II est fait hommage d'un ouvr^ge mtitui^: Le mar-
quis de Sy et M. Poupar, etc.; letlres de M. A* Baron et de
M. Sylvain Van de Weyer. — Remerciments.
— II est donn^ communicaiion de diverses antrei pifeces
relatives aux travaux de TAcad^mie et I ses rdationi^ el-
l^rietires.
CONCOURS DE 1858.
La classe des lettres avait mis au concours sept ques-
tions sur differents sujels litteraires, et une huilieme con-
cernant le lieu de naissance de Charlemagne.
Les pieces suivantes ont ete revues avant le !•' fevrier :
PREMlilRE QUESTION.
Aunblir la verUabk origine du droit de succession. Recher*
Cher si ce mode de transmission decoule de la nature des
choses ou s'it West qu'un ^tablissement cr44 dans un but
d'utilit^ civile. Eocposer la doctrine des principdux auteurs
qui ont traite celte question} proposer une solution motiv^e.
( 585)
1I«#|»M« i$m m* eh, V«feW#r.
€ Nous pouvoDs nous feliciter du resultat de ce con-
cours. Deux bons memoires ont et^ envoyes a I'Acaddmie.
Le n** 1 porle pour epigraphe :
L^esprit politique d^une ^ociet^ se peint daos
sa loi successorale. (Tboplong.)
La sr* 2 pOTie pour epigraphe :
Patet tesiamenta esse Juris naturatis,
(WOIF.)
Ges deux auteurs etablissent que le droit successoral,
le droit testameutaire, decoule de la nature des choses,
n'est pas uue creation du pur droit civil.
Le raemoire n° 2 de celte annee a evidemcnent pour au-
teur lepubliciste qui a soumis, Tan dernier, le memoire
portant pour epigraphe : Sijeparlais ma larigue^ je par-
lerais mieux, L'Acadeinie se souvient que si la medaille
d'or n'a pas ele decernee alors a Tauteur du memoire n** 2,
c'est ^ cause de Textreme imperfection du style, du evi-
demment k une plume etrangere. Celte annee, Tauteur, je
le reconnais, a beaucoup corrige sous ce rapport; mais je
dois dire que, tel qu'il est, son ouvrage ne pourrait ce-
pendant pas etre imprime sans subir d'assez nombreuses
ameliorations de forme : le cachet etranger reste trop for-
tement empreint sur le style.
Quant au fond, je puis d'autant mieux persister dans
mon appreciation, que Tauteur a ameliore et complete
cerlaines parties : ainsi, la partie historique, qui dtail la
plus faible, a ete remaniee et etendue; et d'importants
chapitres, se rapportanl a la solution mSme de la question
( 384}
el au vrai caract^re du droit de succession considere sous
ses divers aspects, augmentent le meriie du travail et le
signalent comme une oeuvre d'une philosophie pratique,
sage et reflechie.
Uan dernier, le memoire dont je viens de parler se
trouvait en presence d*un travail concurrent qui offrait
une solution dans un sens oppose, mais donl je signalais
la faiblesse. Aujourd'hui , le memoire concurrent (n"* i )
offre une solution identique et des qualites tout k fait dis-
tinguees.
Toutefois, je ne puis placer les deux m^moires sur la
meme ligne, et je crois etre equitable et tenir un compte
exact de tons les elements d*appreciation, en proposant de
decerner une medaille d'or (le prix) au memoire n*" 2 et la
m^dailie d'argent (un accessit) au memoire n° i.
Comme forme, comme style, le memoire n® 1 laisse peu
de chose a desirer. Pour le fond, il renferme des principes
justes, raisonnables, pratiques, a cdte de donnees inadmis-
sibles qui sont pure utopie, qui constituent des elements
de doctrine que I'Academie ne saurait approuver.
Apr^s avoir, dans une introduction philosophique ud
peu declamatoire, recherche le crilerium de la certitude,
la vraie notion du droit et du devoir et Torigine du mal
dans la societe, Tauteur divise son ouvrage en trois livres :
le premier livre est consacre k la recherche de Torigioe
rationnelle du droit de succession; il y traite de la socia-
bilite de Tbomme, de la solidarity, de Tegalite; il y ^ta-
blit le fondement et le caract^re du droit de propriete, en
exposant les differents systemes relatifs k Torigine de la
propriete; il y d^iinit le droit de succession, le droit de
tester, et il cite les differents systemes relatifs au caractere
de ce droit. Le livre II offre un coup d*ceil historique sur
( 385 )
le droit de succession. Quant au livre III , Tauteur se pro-
pose, dit-il , de le consacrer a Texamen des modifications
que nos lois successorales semblent exiger, et des amelio-
rations les plus immediates qu'il y aurait k introduiredans
la society.
Cetroisi^me livre, qui doit completer Touvrage , n'esl
pas achev^, et n*est, parconsequent, pas soumis k TAca*
d^mie; elle n'a k s^occuper que des deux premiers livres
qui ferment, au point de vue de la question mise au con-
cours, une solution suffisamment compile. Tel qu'il est,
Touvrage, comprenant 724 pages, doit done etre accepte
comme repondant aux indications du programme.
La partie historique et la partie consacree k I'exposd
des systemes sont assez faibies, et laissent a desirer tant
sous le rapport de Toriginaliie que de Tensemble. Elles
sont, suivant moi, inferieures aux parlies correspondantes
du memoire n"^ 2. La partie philosophique offre des points
oti le sens pratique fait defaut, et oil Tauteur, qui semble
parfois ffotter dans des idees contradictoires, fait une trop
large part k Tutopie, et arrive k des solutions inacceptables.
Ainsi, Tauteur trace toute une theorie (162, 191, 357)
sur le partage des instruments de travail , et il relie cette
theorie k un svst^me relatif k la reserve testamentaire.
L'bomme en sociele a droit k des instruments de travail;
la society doit lui assigner sa part dans ces instruments ,
et c'est comme consequence de la jouissance de cette part
que I'auleur refuse a Tberilier majeur la reserve succes-
sorale dans les biens du pere ou du parent defunt : cette
r^erve, Tauteur Taccorde rigoureusement aux mineurs;
il la refuse, sauf en certains cas, aux majeurs, parce que
ces derniers ayant droit k des avances et a des instruments
de travail , ayant la jouissance des uns et des autres, ont
( 386)
obtentt d^jk des avantages dont les mineurs ont M priv^.
Ces donn^es, sor un point fondamenlal et organique,
sont h mes yeux faasses et dangerecises; elles se soDt
qo'indiqu^, parce que Tauteur se promet de les d^ye-
lopper et de les organiser, en quelque sorte, dans la troi-
si^me parlie qui est la partie pratique, et qui , vous le
savez, n'est pas acbev^; mais ir suiBt de ces indications
pour se convaincre qu*i] y a eu un c6t^ faux et arbitraire
dans les id^s de recrivain.
Au reste, je rends hommage k T^tude conseiencieuse
qu*il a faite de son sujet, k nne foule d*id^es justes sur la
propri^t^ k Torigine , k la nature, au fondement de laquelle
il a consacr^ de belles pages; il y rattacbe le droit de
famille et les droits de succession , le tout eomme expres-
sion, comme Emanation du droit naturel, du droit aotd^
rieur. — J'approuve en termes g^n^raux les theories de
Tauteur ii cet ^gard; mais on comprend que, comme ap-
plication, une foule d'id^es errontes ou de solutions
fausses puissent £tre produites, et c'est sous c? dernier
rapport que nous voyons faillir Tauteur : nous somm^
done amen^ k ne lui assigner que le second rang. »
M. Arendt, second commissalre, adhere aux conclii-
sions de ce rapport.
€ Le m^moire portant le n« 2 a pour ^pigraphe ee
passage de Wolf, qui annonce clairement quelle sera la
solution de Tauteur : Patet testamenta esse juris naturaUs.
Cast le m£me, pensons-nous , qui n*a pas ^t^ conronn^
( 587 )
Tan dernier k cau^e de rincorrection du style. L'auleur
eo a refoQdu quelquea parlies ; au fond , Touvrage , qui
nous avail d^j^ paru tr^-recommandable, a gagn^ encore;
mais la forme, par malheur, c'est-k-dire la langue et le
style, D*ont pas re^u de bien notables ameliorations. L'au-
teur s'en excuse dans un avant-propos , et declare compter
sur les mesures que pourrait prendre TAcad^mle pour
obvier k cette imperfection. II n'indique pas les mesures.
Je serais heureux qu'on ptit en tronver quelqu^une qui ,
en rendant possible Timpression de ce travail, permit de
lui d^cerner le prix; car les trois rapporteurs s'accordent
k juger que le travail est bon.
II se divise en trois parties. La premiere est un expose
bistoriquedtt droit de succession depuis les temps primi-
tifs, ou, pouremployer Texpression favorite de Tauteur, de-
pots les primordes de la soci^t^ jusqu'k nos jours. L*auteur
y jette un coup d'oeil rapide sur T^poque patriarcale et sur
la Idgiriatton des anciens peuples de TOrient , tefs que les
Ittdous, lesCbinois, les H^breux, les Arabes, auxquets
nous pouvons joindre les Grecs; puis it passe successive-
meiit en revue les p^riodes romaiae, barbare et fi^odale,
r^poque de la renaissaftce, enfin nos temps modernes.
La deoxitoie parlie expose les doctrines des principaux
eet ivains nir le droit de succession, depuis les pfaHosophesr
de Tantiquit^ et les jurisconsultes remains jusqii'aux f^
gisles de nolr^nM^. Les^rivains allemands ne sont pas
ouUi^;» «t, aprte avmr cit^ Fiehte^ Hegel, Gros, Krug,
Hans ( sqtre pavaiit confrere), Drost, Kireboff, Rotteck,
Stably Tanieiir resume p^rlneipalement la th^rie de Hegel,
qui fiit ca^ittte siodifi^e par Stabl.
fiansi la troisi^e partie, il aborde la queslietn de son
cbef. Il est d*avis que \e droit de succession a sa source
( 588 )
dans la nature des cboses ; et nous croyons devoir le f6li*
citer d'arriver k cette conclusion sans elre parti de telle on
telle definilion du droit naturel. Chaque ecrivain donne
la sienne et combat celle des aulres. L'un fait entrer le
droit de succession dans la definition qu'il donne du droit
nalurel; un autre propose une definition qui exclut au
contraire le droit de succession; ce qui n*empeche pas
tout le monde, ou pen s'en faut, d'arriver k cette conclu-
sion, que le droit de succession doit exister dans toute
societe bien orgauisee. Suivant une autre marche, Tau-
teur de notrememoire, apres avoir dit avec beaucoup de
simplicite et, selon moi» desens, que Tetat de society est
Tetat naturel de Thomme, prend le droit de succession
comme un fait social en quelque sorte incontestable et
devenu un element inseparable de nos moeurs : cela pose»
il le justifie en prouvant que ce droit s'appuie sur tous les
sentiments et les instincts de Thomme. II le diseute en
consequence dans ses rapports avec Tindividu en particu-
lier et avec Thumanite en general, avec la i^mille^ avec
r£tat, avec le droit de propriety. II Tenvisage ensuile au
triple point de yue des principes nouveaux de Feconomie
politique t de la politique proprement dite et de la juris*
prudence: Enfin, il s'attache plus sp^ialement au droit
de tester, et refute la doctrine qui considire le (estameDt
comme une sorte de contrat.
On comprend que ces divers d^veloppements donnent
au m^moire unie grande ^tendue. Je ne sais toutefois 8*il
n'y aurait pas eu moyen de le reduire quelque peu avec
avantage; car j'ai cru remarquer (k et Ik quelques redites,
parfois aussi des longueurs.ou certaine diffusion qui sem-
bleraient prouver, ce qui dii reste se con^oit sans peine,
que Tauteur n'a pas eu le temps de concentrer sufiisam-
( 589 )
ment sa penste pour un travail aussi considerable. Une
chose plus difficile k obteoir, c'est la correction du style.
Au fond, je le repete, le memoire portant le n^ 2 me parait
r^pondre au voeu de TAcademie; reste ^ savoir s'ii y a'
moyen d*en rendre Timpression possible;. reste a savoir,
en outre, si le memoire n'' 1 , que je n*ai pas et^ jusqu*a
present en'mesure d*exarhiner, ne Temporte pas en merite.
P. S. Depuis que j*ai ecrit ce rapport, j'ai eu communi-
cation du memoire portant le n"" 1 , ainsi que du rapport
qu'en a Tait M. Faider. J'adopte entierement les conclu-
sions de notre honorable confrere relaiivement a un ou-
vrage qui , je dois le dire, me plait par la hardiesse et la
nouveaute de quelques-unes des conceptions de Tauteur,
et je m*empressede me joindre a M. Faider pour qu'il soil
d^erne au memoire n^ i une medaille d*argent ou une
mention tres-honorable. »
D*apres le jugement des commissaires , adopts par ia
classe, une medaille d'or a et^ decernee k Tauteur du me*
moire n° 2, ayant pour epigraphe : Patet testamenta esse
juris naturalis; Touverture du billet cachete a fait con-
naitre que Tauteur est M. Francois Gabba, de Milan; une
m^aille d*argent a ^t^ accord^e a Tauteur du memoire
n"^ 1, portant pour devise : Lesprit philosophique d*une
socUti $e peint dans sa loi successorale.
L*auteur de ce dernier travail est invito k se faire con*
naitre (1).
(1) L*Acad6iiiie a appris depuis que Tauteur est M . Paul Voituron , avocat
^ la Coor d*appel de Oand.
( 39Q )
OBCXliMB QUESTION.
iHoguenc^ franfaise : r- Oe Vinfiuence d^ la dvilUatim
sur Iq poisie.
< Trois m^raoires ont ^t^ envoy^s h rAcad^mie en r^-
poDse k la question relative h Vinflumce d$ la eipilisaiion
sur la poesie.
La peDs^e qui a inspire la classedes lettres ea metiapt
cette question au concoura, n'a pas ^t^ bien comprise p$ir
tous les concurrents.^
L'Acaidemie ne demandait pas une nouvelle d^onslra-
tion des rapports qui, cbe? tous les peuples et a toutes
ies epoques, ont n^cessairement exisle entre les diverses
phases de la civilisation et les diverses formes de la po^ie.
Gette partie importante de Thistoire de la titt^rature a ^t^
approfondie par les esprils les plus 6minents.
L'Acad^mie a voulu une ceuvre de saine critique, sans
doute, roais aussi, et surtout , une oeuvre se distinguant
par h forme iitt^raire, un tableau dessin^ a grands traits
par la raison et le gofll, et illuming de tout racial d*an
style chaud et coior^.
L'auteur du m^moire n* 1 , dont la devise est : La Htti-
raiure est Cexpression de la soei^i (Yillem ain) , a prfeent^
au concours un travail s^rieux et important, quicomprend
d*abord la synthase de la th^orie de Tart, dans ses rapports
avec.la qivilisatiQn, et, k I^ppui de la lb4orie, voe ^xpQ-
sition rapide des faits essentiels que pr^senierhistoire des
principales litt^ratures anciennes.
Cest une ^tude remarquaUe, ^crite avec ^l^ance et
(S9f )
vigueuf; mais e'e&t avant tout un travail d'^ruditioiiy ot
Tauleur a entaas^ arec line luxueuse profusion des mat^
riaux historiques, perdant de vue le plan, plus simple et
plus grand, indique par TAcad^mie. D'ailleurs, ce memoire
n'est pas complel. L'auleur y a donne de si vastes propor-
tions, qu*il n*a pas eu le temps de Tacbeyer. Apr^s avoir
etudi^ le caract^re propre et les vicissitudes de la liltera-
ture des Hebreux et des Arabes , de la litt^rature de Tlade,
de la Perse et de la Cbine, de celle de la Gr^ce el de Rome,
il a eie force de s'arreler au seuil des temps modernes. Or,
je ne crains pas de le declarer : k mon sens, Tanalyse des
elements qui ont aide au developpement parallele de la
civilisation et de la litterature chez les peuples modernes,
est obligatoire dans le travail demande par TAcad^mie.
En efifet, le jour nouveau que le chrislianisme est venu
r^pandre dans le monde moral , rinflqence des races puis-
santes dont les luttes energiques remplissent tout le moyen
Sige, plus tard, la renaissance des lettres anciennes, la
discussion des questions religieuses soulev^es par la r^
forme, toutes ces causes ont agi , d*une mani^re decisive,
sur la marche de rintelligence humaine et sur la direc-
tion imprim^e h la soci^t^moderne. Lk se trouvait la partie
difficile mais essentielle, commeint^rdt et comme ensei-
gnemeot, d^ la question mise au concours; et Tauteur du
memoire o^ 1 n'a pas mSme pu Taborder!
Le memoire n^ 2 (devise : Mon cceur bat d'avenir et ifu
besoin des cieuoo) rentre mieux dans le cadre fixe par TAca-
di^mie. L'auteur est plus sobre de details, et ses apprecia-
tions rev^lent, en g^n^ral, un esprit judicieux et i^clairi^,
Bien que la redaction n'en soil nuilement depourvue de
m^rite, il y manque le mouvement et la vie. Ge n'est pas
( 392 )
111 tout h, fait UD travail tel que rAcademie est eu droit
d*eD attendre de nos ^rivains, dans una question qui se
prSte si admirablement aux seductions de la forme et aui
enlrainements de Teloquence.
Le m^moire n"* 3 (devise : La litterature est {'expression
de la sociite. De Bonald) est une simple ebauche litteraire,
qui n*est pas neanmoins sansquelque importance, comme
fond et comme forme.
Le concours n*a done pas ete sterile : les memoires en-
voy^s a TAcademie aitesteut, chez leurs auleurs, d'heu-
reuses dispositions developp6es par de serieuses eludes;
il y a de quoi rassurer les amis de noire lilterature na-
tionals Cependant, quelque incontestable que soil le m^-
rile, sui generis^ du memoire n** 1 , je me vois force de
conclure qu'il n'y a pas lieu de decerner le prix. Main-
tenue au concours de Tannee prochaine, la question sera
trait^e d'une mani^re plus complete et plus conformeaux
intentions, d^sormais mieux connues, de la classe des lel-
tres. »
« La classe, en mettant au concours la question de
rinfluence de la civilisation sur la po^sie, avait voulu
faire appel au talent lilteraire par un sujet qui comman*
dait, en quelque sorte, Telegance et la distinction dela
forme. Ces intentions ont ete comprises : les trois concur*
rents qui sont enlres dans la lice ecrivent avec art; leurs
memoires, quoique de valeur differente, presentent tons
les trois des qualites de style peu communes parmi nos
auteurs. Le succes de cette tentative pourra desormaisen-
( 595 ;
gager la classe h la renouveler^ et a faire entrer p]ns soavent
la critique litieraire dans le programme de ses concours.
Le memoire n« 3 , portant la meme devise que le n* 1 ,
La lill&aiure est V expression de la society, se di vise en
irois parlies peu etendaes. L'auteur s'attache, dans la pre*
miere, a d^Onir la pofeiedans les diff^rentes acceptions da
mot. 11 procedeavee lacidite a ce petit travail d*analyse, et
exprime avec bonbeur un genre d'id^es qai n'est pas tou*
jours Tacile a preciser. La seconde partie est intitul^e :
Coup d'ceil sur I'hisloire ge'nirale de la poisie dans ses rap*
ports avec celle de la cmlisalion, Quelques points culmi-
nants de cette bistoire y sont rapidement effleures. La
guerre et la religion sont les grandes preoccupations des
soci^t^ primitives. Les gloires divines et les gloires hu*
maines sont les premiers sujets de la poesie. La premiere
forme est lyrique et narrative. Les poemes religieux des
[ndous et des Hebreux sont la plus baute expression de
la poesie antique. La Grece produit une poesie moins
elevee. Les dieux et les beros d*Homere sont faits pour
flatter les yeux et Timagination. Le si^cle de Pericles
amene un ideal plus parfait. Le gotit s*est forme; le drame
parait, mais dans ces oeuvres plus regulieres, on ne ren-
contre plus la grandeur du vieil Hom^re. Rome n'etait ni
artiste, ni poete; les poetes grecs viennent y r^veiller le
sentiment litteraire. La poesie s*y revSt de la douce pbilo-
sophie d*Horace; dans Virgile, elle a des accents et des
beautes de formes qui la rapprochent a la fois de Tid^al
des Grecs et des sentiments dont se sont inspires les mo*
dernes. GrSice a une nature plus severe, Tid^al desbarbares
celtes ou germains, qui cbantaient aussi les combats et
les guerriers de leur patrie, a quelque cbose de plus
sombre et de plus m^lancolique que celui d*Hom^re ; il a
( 594 )
qudqae rappart avec ie caract^re auslere de la religioo de
Mo'ise et semble une transition vers Ie christianisme. Apres
la decadence romaine, il fallait Ie spiritualisme cbretien
pour ressusciter la poesie. II lui donna Telement moral et
la melancolie. Des cantiques et des bymnes furent ia seoie
poesie des premiers Chretiens, Toute la poesie du moyen
age est celle du christianisme; la religion, la gloire et
Tamour y etaient coafondus. Dante et Petrarque furent
de grands interpretes de Tesprit du moyen ^e. La poesie
arabe eut de Teelat k cette epoque; elle ^tait fort iuTeniive,
mais n'avait ni Ie gout pur de Tart antique, ni Ie caract^re
elevede la poesie chretienne. A partir de la renaissance, la
forme antique tend a s'allier h I'ideal chretien. Deux ecoles
naissent^ Tune plus imitatrice des anciens, Tautre plus
originale. A celle-ci se rattachentleg^niede Shakespeareet
de Milton , et , en general , la poetique des peuples du Nord ;
dansl'autreserangentsurtoutles classiques fran^is. II se
forma en France une poetique belle de formes, mais un
peu factice,* melange de I'ideal grec et de Tideal chretien,
Ie langage de la cour de Louis XIV adapte k des sujets
antiques. Les poetes dramatiques de cette epoque ne sont
quelquefois qu'eloquents, mais il y a de la poesie cliez
Bossuet et chez Fenelon. La poesie de la grSice, de Tesprit
et de la gaiete brilla particulierement en France. On n'y
rencontre pas cette verve nouvelle et ce g^nie pittoresque
qui avaient inspire les sorci^res de Macbeth et Ie satan de
Millon. Le XVIII"'* siecle ne fit que raisonner en vers.
Quelques ecrivains cependant se rapprocherent de la na-
ture : Rousseau et Bernardin-de-S^-Pierre sont les vrais
poetes de cette Epoque. De ce moment une prose riche et
nombreuse Intte d'influence avec le langage rhythm^. En
AUenu^ne, un esprit severe et contemplaiif» des mcsurs
( 395 )
paifiiUes et independantes favoriseni la concepUon de
I ideal le plus ^lev^. On y retrouve le seotiment cbr^tien
et UD echo des sentimeDts du Nord. Le vide de la vie dans
les civilisations avanc^ est une nouvelle source d'inspi-
ration pour Goethe, dans son Werther; Lamartine et
Byron viennent y puiser aprds Lui. A ieurs noms se ratta-
cbe aussi le genre de po^sie qui caracterise le mieux la
litterature actuelle, celle de Time et de la pensee, ie
lyrisme subjectif. La muse du XIX""* si^cle a, du reste»
puise dans les formes de tous les temps, dans les gouts de
tous les lieux.
Gette seconde partie du memoire que je viens de re-
sumer eii\ gagne k etre un peu plus developpee et plus
approfondie : c*est une revue trop rapide et qui se borDe a
un trop petit nombre de gen^ralites. On n'y trouve pas ce
cachet de solidite el d'^tudes dont un travail academique
doit porter Tempreinte.
La derniere partie du memoire est un peu plus etendue
que les deux precedentes; elle est consacree k Texamen
d'une seule question : le progres de la civilisation est-il
favorable ou nuisible k la poesie? Le sentiment poelique
se transforme souvent; il a des phases plus propices les
unes que les autres, mais il est naturel k Thomme et ne
s'eteint pas; dans Tenfance des peuples, la poesie est plus
intense et tout en sentiment; Texpression en est plus
coloree et plus piltoresque; mais plus tard, la civilisation
eleve le beau ideal , le d^age de tout caractere materiel
pour laisser dominer son cote intellectuel et moral. La
pensee prend place k cote du sentiment et de Timagina-
tion; elle elargit I'horizon du poete et en varie les aspects.
Le vers a perdu dans Topinion du monde, mais le senti-
ment po^tique est encore vif; jamais on n'en a saisi le ca-
( 396 )
ractire el les beaat^ avec plus de v^rit^ et de justesse. A
qaelle 6poque y eut-il des noms de poetes plus applaudis?
Le roman aussi, le poeme epique des nations modernes,
d'apres M. Yillemain, nVt-il pas produit de nos jours,
Walter Scott? Dans les arts, ne sont-ce pas de grands poetes
que Rossini, Meyerbeer ,- Beethoven , Ingres, Cornelius,
Canova, etc.? La poesie de notre ^ge a pu ajouter le beau
id6al Chretien a celui de Tantiquit^; Finspiration comment
pourrait-eile s'appauvrir quand Tesprit et Timagi nation.,
qui en sonl la source, se sont enrichis? La poesie et la
civilisation tendent toutes deux vers Dieu , ou la perfection
supreme; mais Fhomme n'est destine qu'k s*approcher du
beau absolu; rien n'est stable ici-bas, et la poesie conti-
nuera a suivre la civilisation dans ses diverses Evolution's.
Le memoire qui porte le n"" 2 et la devise : Mon cceur bal
d'avenir et du besoin des deux, a plus d'une idee commune
avec celui dont je viens de parler. Ce qui Ten distingue,
c'est une confiance plus grande encore dans les de^inees
futures de la poesie. L'auteur ne craint pas de lui predire
une periode d'Eclat et de prosperite sans exemple dans ie
passe. II commence par nous faire voir la succession nalu-
relle des trois grands genres poeliques. Toute pleiue dc
Dieu, la sociEte patriarcale n'a de poesie que Thymne. La
vie des cites et les luttes nationales viennent plus lard
unir le ciel a la terre. Sous Tempire de la reconnaissance
ou de I'amour-propre national, la poesie chante les demi-
dieux et les heros. c II n'y a, dit Fauteur, qu'uneepoque
)i pour TepopEe dans Thistoire des peuples : c'est ce mo-
> menl heureux oil, jeunes encore et fiers des premiers
» triomphes de leur nationalite, ils eprouvent le besoin
> de repandre au dehors leur admiration et leur recon-
(397 )
# Daissailce pour les h^ros qui out illusire leurs annales/ b
L'epoque da drame suit celle de T^popee. La poesie entre
dans UI16 voie nouvelle. Elle s'eloigne du del et des demi-
dieux. L'homme veut se contempler iui-meme tel qu'il est.
Ce cours r^gulier de ia civilisation litleraire se trouve
quelquefois interrompu par une ioflueoce puissante, Tiini-
tation de la civilisation d*un autre peuple on d'un autre
temps. La Grece eut son ^poque d'imitation. Mais les
poetes d'AIexandrie n'arriverent qu'apres le complet deve-
loppement de sa litterature originale. Rome fut moins
beureuse : elle renon<;a k sa propre civilisation pour cello
de la Grece. Sa poesie y gagna Tdl^gance de la forme et la
d^licatesse dugout, roais aux depens de Foriginalit^ et des
fortes inspirations. Le genie moderne a son tour eut h
iulter contre Finfluence litleraire de Tantiquite. L'obstacle
ne fut d*abord pas assez puissant pour arreter son d^ve-
loppement original. Les nations de TOccident renouveltes
par Vesprit chreiien et par Tesprit germanique, avaien^
pour ainsi dire retrouve le caracldre des peuples primitits.
Les souvenirs classiques renfermes dans les cloitres et les
universites, etaient sans action sur les masses. Les debuts
de la poesie moderne sont inferieurs pour la forme a ceux
deTantiquite; mais le cbristianisme y a deja fait pen^trer
le sentiment de Thonneur et celui du d^vouement de la
force k la faiblesse» que Tantiquiteignorait. Aussi, ausiecle
de Louis IX, qui resume le mieux la civilisation du moyen
age , produit-elle une s^rie de grands ouvrages po^tiques,
comme Tarcbiteclure fonde ses admirables cathedrales.
Mais plus lard le g^nie moderne eut a subir un plus rude
assaut. La chute de Tempire d'Orient ouvritcette periode
nouvelle si funeslea Toriginalite des peuples de race tu«
desque on romane. L'antiquite absorbe la poesie du moyen
S"*' Si:RIB, TOME IV. 27
( 398 )
Age. Soas LauisXIV lui-meme, Tarl feroplaeeriftiptralton,
et rimilation refroidijl reQlbousiasme. La poesie n'est piaft
r^ho des seotimeDts de lout un peupie, ce n*€st plus
r^xpression de ioute uoe civilisatioo, c'est la pensde d'uae
cour brillante. Supprimez Polyeucle, Esther, AlhaUe,vovii
n'eies plus dans un milieu chretien. Le siecle suivant eoi,
deplus, les funestes effels d'une epoque de critique, d'uo
temps de scepticisme et de demoralisation. Les socidt^
paienues n*avaicnt pour leur lillcrature, comme pour Uur
civilisation, que deux periodes h parcourir, Tepoquo dd
creation et Tepoque de critique. II n*y avait rien an deia.
Elles ne se relevaient pas de la decadence. La soci^<$
chreiienne, au coniraire, quand elie a traverse eos deux
Ages, tend k renaitre. L'auleur pense qu*aujourd'hoi les
r^volutiaos ont renouveie la soeieie , comme avait fait Vin-*
vasion des barbares. La grande preoccupation des int^to
materiels n'est qu'a la surface; dans les profondeurs de la
society, ilse fait un travail tout oppose. La civilisalion qui
se prepare est une des plus completes de Thistoire; c*en esl
iait aujourd*hui de rimilation ; rinsptraiion est redescen-
due du ciel. Nos poetes lyriques depassent de loin ceax de
Tepoque prdcedenle. lis s*animent de la pensee du siecle.
Quand cette pensee spiritualisle et chretienne qiii est aa
fond de la society, se sera melee k toule la masse sociale,
c quand les inler6ls du ciel remporteront , daos nos affec*
» tions, sur les biens de la terre et remueroot fortement
» lesenirailles du siecle, alors, n*en douiez pas, il naltra
9 parmi nous une poesie si belle, si imposanle, que
9 loulescelles qui ont precede n*en paraitront querombre :
» ce sera la po^ie du chrisiianisme, e'est*ii-dire de la
» civilisation la plus parraite qui puisse se developper
» dADtcemonde. »
( 5§9 )
Vou$ voyez, Messieurs, que Tauteur ^it sous Fin-
flu6Dce de vives coavicUoDS. Ses ideas s^^achaiDenti son
point de vae est ^ieve et son style , dont ud resume aus^i
rapide oe peut donner I'idee » a de i'etegaoce, de la eba-
leur et uq certain eclat. Comme Tauieur du memoirs
prudent, il prouve que lelemps doit elever et epurer d^
plus eo plus rideal de la poesie; luais rinspiratioa sui-
vra*t-elle le meme progres? Les deux ^rivaios glisseoi sor
ce cdi^ dela quesiiou d'od depend cependant presque tout
le sort futur de la poesie.
Je passe au m^oire n"" 1 , portant la meme devise q:i|e
le n"" 3. CesI uu travail d'un tout autre ordre par les pro-
portions que Tauteur lui a dopntes. Le premier memoire
que je viens d'aualyser aurait, dans notre recueil des m^-
moires couronoes, une etendue de moins de vingt pages,
le second n*en aurait pas ireute, celui dont je m'occupe
eu ce moment, est neuf ou dix fois plus considerable.
A U partie th^orique et generale, Fauleur a joint un coup
d*<»il sur les lilt^ratures orientates. II s'oceupe ensuite de
rbistoire de raaiiquile cia^isique, dan& sea rapports avec
la civilisation^ et tlnit par r^sumer ses vues sur niisloire
de la poesie au moyen ige et dans les temps modernes*
La partie capitate de son travail est eelle qui concerne la
podsie grecque et latine. il ne se borne pas k une appre-
ciation gdn^le; chacun des grands poetes^de Tantiquite
Toccupe a son tour, et vient prendre sa place dan& cetle
brillante galerie. Dana rintroduciioB, oil iUdeveloppe sa
tbtorie, Tautjeiir^ comme ses deux eoncurrents^ expose la
successi<]^n des trois &ges poeti^ues, dont la critique Iiitl4-
raire ds nos jouf s a emprunie rideekViaoo : r^poquediviM
ou tb^rali^ue , Tepoque hi&roiq<ue, Tegoque humaiiie.
( 400 )
' ' L*imagiiiation des peuples enfants symbolise les forces
de la nature. Les premieres formes de la pens^ religieuse
varient suivant le climat, mais partout Thymne est le ca-
ract^re originel de la poesie : c'est la theocratie qui Fin-
vente et le propage. A cot^ de cette poesie sacerdotale
nalt le chant populaire epico - lyrique : c'est Texplosion
instinctive du coeur humain, comme Thymne est le cri de
r^me. Cette premiere seve prend ensuite une direction
determinee, et se d^veloppe en suivant les phases de Torga-
nisation sociale. L'epoque des guerres suit Tepoque reli-
gieuse. Alors se forme Tesprit national. Les chefs sont
divinises par la reconnaissance publique, et F^popee nalt
sous les auspices de Taristocratie hero'ique. II semble que
tout un peuple ait travaill^ k ces monuments gigantesques.
L'art apparait , mais il est encore sans preoccupation per-
sonnelle.
Rassur^ centre les envahissements du dehors, les peu-
ples se consolident au dedans; les institutions se fondent,
Tordre s*etablit; les partis se ferment; Fesprit cherche
ses voies; des fetes reunissent les populations, qui decer-
nent des recompenses au courage, k la force, a Fintelli-
gence. La poesie se fait F^cho de tons ces ^v^nements :
c'est le lyrisme sous sa forme subjective. II porte le cachet
de la personnalite du poete. La divinity n'est plus sur le
premier plan , comme dans le lyrisme religieux : le poete
chante la patrie et les h^ros; Fode remplace Fhymne;
Pindare succ^de k Orphee.
L*art eproHve ensuite le besoin de concentrer ses forces
disseminees, pour presenter k tout un peuple Fimage ideale
de la destin^e humaine. Ce n'est plus F^poque des grands
ev^nements qui d^cident de Fexistence des nations. On
veut voir repr^senter la vie en action , le conflit des pas-
( 401 )
sions, la lutte des caracteres , la divinite iQterveoaat pour
trancher le noeud des situations inextricables.
Bien des siecles d'organisation et de vie nationale sont
necessaires a cette eclosion du drame. Cart a desormais
'pleine conscience de son but et de ses moyens. Le gout est
form^: c'est Tapog^e de la poesie, non comme inspira-
tion, mais comme art.
L'^poque od le drame fleurit est ce moment bien court
de la vie des peuples ou ils jouissent de tons les tresors
iniellectuels et mat^riels et sont deja sur la pente de la
decadence, pr6ts k se corrompre par un exc^s de civili-
sation.
La comedie, qui veut arrSter la decadence morale, la
precipite elle-mSme, et en est le premier reflet : c'est la
peinture d'une soci^t^ vieillie dont le scepticisme sape les
fondements : c'est Tepoque d'Aristophane en Grice, de
Moli^re et de Beaumarchais en France. Dans la vieillesse
des peuples, les traditions s'eifacent et avec elles les
croyances na'ives. La patrie n'inspire plus les poeles. Les
int^rSts materiels elouifent I'ideal. La reflexion a delrone
I'intuition. La poesie ne s'attache plus qn'k la forme et ^
rimitation. Mais Tenthousiasme et le g^nie ne sont pas
^teints dans r&me humaine. La predominance du principe
subjectif donne un caraclere lyrique k Tinspiration indivi-
duelle , et la satire est la dernidre protestation de la vertu
contre le vice triomphant : c'est la p^riode alexandrine,
c'est celle de la decadence romaine; c'est le temps oil
nous vivons.
Ainsi, rhymne sacerdotal est le cbantpopulairedans
Tenfance des peuples; T^popee dans leur jeunesse; I'ode
dans leur adolescence; le drame dans lenr age mur; la
poesie artificielle, la didactique, la satire et la critique
(. 40i )
dftns leur vieillesse : yoWh le coars naturel de la po4tie
chez les grands peuples oti le prioeipe de riimtatioii me
vient pas entraver sa marche.
La poesie natt et se d^veloppe sous la double influence
de la tradition et de la liberty. La liberie est le levier du '
pFogr^s dont la tradition est le point d*appuL L*accord de
ces deux principes est le point culminant de Tart comme
de la civilisation. Quand la liberty fait divorce avec Tes-
prit traditionnel , la decadence est eommencee. Si queique
principe nouveau ne vient pas regen^rer la society, les
peuples perissent avec Tart et transnoettent k d'autres ie
flambeau de la civilisation morale. L'art alors pent encore
recommencer ses Evolutions ^ si Torganisme de la soci^tE
renferme un principe assez original, assez vivace pour
ftire jaillir la poEsie de Tame du peuple; mats si le prin-
cipe de Fimitation triompbe, la loi du d^veloppensienl que
nous venous de constater ne se retrouvera plus.
DieU) rhumanitE, h nature : voilk le triple domaine
que chaque race envisage sous un aspect difl'erent. Trois
civilisations dominent Thisloire inlellectuelle de Tbuma-
nit^: la civilisation orientale ou la theocratic, qui pro-
duit ie sublime en an^anlissant le fini devant Tinfini ; la
civilisation pa'ienne ou le polyibeisme, marqu^dans Tart
par ranihropomorpbisme, qui idealise la persounehu-
matne par la fusion iotinoe d^ Tintini et du fini : c^est le
beau proprement dit; la civilisation moderne ou le chri^
tianismer^tablissant la nature bumaine dans sa dignity
vis-k-vis de Dieu et d^clle-meme et creant la notion veri*
table des rapports du fini et de Tinfini : telles sont les
idees generates qui servent d'introduction au m^moire*
Les considerations qui suivent sur la poesie derOrieni
sent n^essairement sommaires pour chaque peuple, mime
( 403 )
pOUf le§ Htf^Qx et t>oiir riode, qui y tiefiMtit le pltii d6
pUee. Cest seulemeat dans Thistoire de la litt^r^iure
grecque et latine qu'ellcs s'etendent et se preeisent. C*est
Ik que reside le veritable meriie de Pouvrage. Sans porter
rempreinte d'une originality proronde» la critique de Fau**
tear est elev^e , judieieuse et nourriede fortes Etudes. Sod
style passe de la simplicity a Tcclat^ de Tenergie a la gr&ce,
avec une ^I^ante souplesse et une parfaite convenance.
Comnie il n'est guire possible de resumer dans un
rapport les appreciations de tant de talents divers et deil
iuRuences sous lesqnelles ils se sont d^velopp^s, je liie
boroerai, pour donner une id^ de la mani^re de Tau**
teur, k faire ici deux citations. Je choisis deux passages
d'un caract^re different et resserrds dans des linfiites asset
^troites pour ne pas trop allonger ^e rapport. Voict le
tableau de la decadence de la poisie latine sous les suc^
cesseMrs d'Auguste.
€ J'ai dit tout k Theure que la poteie 6tait morte
pour un demi'Si^cle; elle tenta cependant de se rd-
VQiller k differents intervalles; mais chaque fois elle
^tait iotdSie sous le talon des C^ars^ de ces monsttes
sanguiaaires y furieux ou imbeciles, dont les noms soul
retemel opprobre de Fesp^ce humaine. Aucune sup^^
riori(^ ne pouvait vivre en face des Tib^re, des GaKgi^la
^t des Claude, qui n^avaieut pour ministres que lar
poison, la coDfiscaiion, Tassassioat, U d^baudie. La
po^ie, disK>ns iiiieux> Tart des vers, senable sortir
cooame de la tombe sous Neron, cet histrion couroim^^
et devient la passion d^s esprits cQUivi^$ do temps.
Quelle poi]|vai( etre, au milieu de rabjectiou g^n^ralo
des caract^res et de la corruption universelle des mcBurs,
cette poiteie qui s*<iiend de S^n^que k Juv^al? L'inspi-
( 404 )
Miration spontanee n'est plus possible, eicept^ pour la
» satire y quand elle trouvera un soupirail pour exhaler
» son indignation vertueuse.
» Les souvenirs du pass^ sont une autre source de
> po^sie, mais Toppression du moment doit la reodre
» infeconde. Le sto'icisme , seule ressource centre la ty-
> rannie, pourra iuspirer ia baioe centre le viceet rendre
> la vertu impossible par des maximes saos application
» dans la vie; ne pouvant apprendre a bien vivre, il en*
» seignera Tart du suicide, en faisanl croire an n^ant;
» mais il detruira la poesie en substituant les froids cal-
» culs du raisonnement a Tinspiration.
» Qui fera done naitre Tenthousiasme? sera*ce la reli-
1^ gion? Le scepticisme, Tironie, la corruption Tont
» eteinte depuis longtemps dans T^me des Remains. Sera-
» ce la patrie? Elle n'a jamais ^le que la cit6; et mainte-
» nant la cit^ , c'est le monde. Quand la patrie est partont,
> elle n*est nuUe part. Rome n'a pas encore ecoul^ la
> voie qui crie : Tons les hommes sont freres; Dieu est
> leur p^re k tons, et la patrie commune est le ciel.
» Sera-ce Tamour qui inspirera la poesie? Mais k Rome
» on ne connait plus que le libertinage le plus d^ver-
> gonde. La vie du peuple an moins ne peut-elle feconder
» le champ de la litt^rature? Mais jamais le peuple n*a
» compte que dans cette formule : Senatus papiUtuque
> romanus. Aujourd'hui Rome n*apparait plus que sous
» ies traits d'un tyran cruel et d^prav^ devant qui Ton
» tremble , ^ qui m£me on rend hommage de ses assassi-
> nats. Yoilk Tidole, voilk ledieu qu'on encense , aux pieds
» duquel la poesie, pour avoir droit de vivre, doit s*age-
]> nottiller, s'avilir, se prostituer jusqu'k ce que le tyran,
p faliguc de la graode voix des Muses, envole aux poetes
( 405 )
» Fordre de mourir. Demandez k S^n^ue, k Lucain , k
» Martial , ils vous r^pondront. La flatterie la plus ebonite
» est de ven ue , proh pudor ! I a muse \ nspi ra trice des poetes
» de ce siecle. >
En parlant da peuple hebreu, Tauteur consacre au de-
sert et k son inflnence les remarqaables lignes qui suivent :
€.... Le desert, d'ailleurs, en avait fait le peuple de
» I'unite. La solitude dans Timmensite n'a queDien pour
» ^cbo. Rien n'y distrait la pensee dans Tocean divin
» qui Tenvironne de toute part. La nature n'y 6tale pas
> ces eharmes seducleurs qui s'interposent entre I'Sime et
> Dieu, et font confoodre Foeuvre avec Foavrier. L'homme
» y sent mieux son neant en presence de Finfini. Lorsque,
» elevant ses regards de celte terre aride qui le porte, il
» plonge son imagination dans cet horizon sans bornes
» et dans la transparence de ce ciel limpide oil k tout
» moment il croit voir apparaitre face a face Finvisible
» dans toute sa majesle, les mysteres des nuits oil le nom
» du Tr6s-Haut se lit en caracteres de feu sur les pages
» ^tincelantes du firmament, Fimmensit^ de Fombre qui
» replie Fkme sur elle-m£me, le vent du desert qui secoue
» la tente du pasteur, tout cela ninspire-t-il pas des son-
» ges pleins de magnificence et d'une religieuse terreur?
> L'essor de Fame n'y est jamais comprim^ par la ty-
» rannie. L'homme est libre et ne reconnaft que Dieu pour
» son seigneur et mailre. La vie y est prisee ce qu'elle
» vaut : une halte d'un jour dans Fimmensit^ de Fespace et
» dansFeternitedela duree. Celte tente qu'un coup de vent
» va emporter ne rappelle-t-elle pas la fragility de la vie?
» Cette marche, enfin, sans tr^ve et sans repos, n'est-elle
B pas Fimage de cette terre d'exil , de cette valine de lar-
» mes oil Fhomme est condamn^ a manger son pain k la
(406)
It sttMtr de $(m ftoot? Voilii U riyee d'A^ftbam ini U
» peosto e&i frapp^e ii TeHigie do d^rt«
> Quel sera le caracii^re g^o^ral de la po^ie ches uq
tel peuple? Ce sera Thymne enflamme qui cbaole la
gloire, la grandeur, la majesty de Dieu. Les ^ieux racon-
teroQt la gloire du Tres-Haut. Le coeur de rhoainae S6
fondra d'adoiiratioa et de reconpaissaoce devaut les
merveilles de la cr^aliou et les bieDfails que la main
divioe r^paud sur la race b^uie. Ce D*est pas Tart qu'il
faudra chercher dans cetle po^sie grande et simple
comme led^rt, et, comroe lui, kpre et brulan(e.Non»
cetle poesie est au-dessus de Tart, parce qu'elle est Tacte
le plus importaot de la vie, rhommage spoolaoe, libre,
imperieux de r&me p^neir^e de reeoiiDaissaoceeld'on^
saiote terreur poor le souverain maiire de la lerre el
des cieux..o >
Uoe ceuvre de ce genre » il est k peine besot n de le dire»
renrerme D^cessairement plus d'uue appr^iaiioo contes-
table, plus d'uoe id^doot tous oous D*accepterioQ8 pa^ la
solidariteeuii^re^ L'Acad^miei eu couronnant un qi/^moire,
n*eii partage pas n^cessairemeut toutes les doctrines : cela
esl plus vrai eocore d*un coocours qui a particuli^reroeot
la forma litt^aire pour objet. La rapidili^ avec laquelle il
a fallo r^diger uu travail aussi ^teodu a dii y laisser quel-
ques imperfectioDS de details , et u*a pas perniis d*eYiter
tootes Ie3 lacuoes. Ainsi, dans la revue des poeles laiins,
si Lucr^ o'est pas coxupl^tement oubli^ il u'obiieat» ce-
peodaut, qu'uo i^loge tr^-sommaire.
Apr&s s'itre eleve avec rigueur contre le defaut d'ori-
ginalii^ de la liiteraiure latine, rauieur, pour etre juste,
e6t d4 mettre dans tout son jour cette vigoureuse flgure.
Una ^uergte grossi^re, si Ton vent, parfois mtoie brutale.
( *07 )
doiiBe h Luerke, malgr^ )e» theories greequ^s expot^
dans SOD poefae^une originality qiii eo fail peuMire U
plus national des poetes de son pays.
En signalant, dans les derniers temps de la po^sie
greeque, le merile de Theocrite, si sup^rieur a son ^poque^
le m^flfioire n'insisle que sur ses poesies pastorales et laisse
dans i'ombre les brillantes faces de son talent auxqueli^s
sont dus les Dioscures, le Combat d'Bercule contre k lion,
la Description du domaine d'Augias, VEpithalame d'Helem
et les Syracusaines. N*esl-ce pas aussi k la precipitation
da travail qu'il faut altribaer cette. phrase sur Terence?
« La decence^ le bon goflt, en un mot, toutes les bien^
» seances socialeset the&trales sont observees dans le lao*
» gage et dans la conduite des pieces. » A cdtiSdelas^v^ril^
que r^crivain montre ailleurs pour les faiblesses morales
de rantiquit^, on est surpris de cette indulgence extreme
envers Tauteur de VEunuchus et de VAndria. Dans la revi-
sion qu*il se propose de faire subir k sontravail, ainsi qu*il
nous Tapprend dansune note, il fera aisdment disparalir^o
des inadvertances de ce genre qui ont peu de portee et m
tQuqhent pas k Tensemble de Touvrage.
Messieurs, quel que soit le merite des deux premiers
m^moires, dont je viens de vous eniretenir , le troisi&me
a sur eux une telle superiority d'importance, qu'aucunf
hesitation n*est possible sur le rang qu*il convient de lui
assigner dans le concours. Ce memoire ne cootient sur )g
po^sie du moyen kge et des si^cles suivants que quelques
vues tres-generales sans developpements ni applications,
P^apres les intentions qu*il annon^ait k la fin de son in^
troduciion , Tauleur n'avait pas le projet d'entrer , sur cette
partie de Thistoire de la po^sie, dans des analyses aussi
detainees que pour la poesie grecque et roroaine; mais le
( 408 )
tableau synthetique par lequel il comptail finir, devait
probablement avoir plus d*etendue que, faute de temps, il
n'a pu lui en donner. Dans une note ajoutee k la fin du
memoire, il s'engage formellement k completer son tra-
vail, s*ii obtient les suffrages de ses juges. Les exigences
de la classe doivent-eiles aller jusqu*a vouloir que la poesie
des peuples modernes soil traitee, dans le memoire, avec
Je meme d^veloppement que cetle de Tantiquil^? La ques-
tion , telle qu'elle etait posee , ne faisait pas une loi aux
concurrents d*un travail complet sur Thisloire de la poesie,
et le memoire , sous ce rapport, va bien au delk de ce qui
etait indispensable. L'auteur possede des connaissances si
etenduessur la litterature ancienne, qu*il ne faudrait pas
s'^tonner qu'elle ait ^t^ pour lui , dans ses eludes, Tobjet ,
sinon d'un culte exclusif, au moins d'une preference mar-
quee. L'obliger k donner une egale etendue a ses conside-
rations sur la poesie moderne, ce serait peut-6tre Texposer
^ faire moins bien et k diminuer la valeur de son ouvrage.
Puisque le concours, malgre ce qu'il a de nouveau dans
nos usages, r^pond si pleinement a nos intentions et nous
offre une oeuvre remarquable , empressons-nous de la cou-
ronner sans imposer de conditions nouvelles et en laissant
une assez grande liberte sur la maniere de la completer.
L'auteur, qui parle de la Belgique comme de son pays,
doit s'dtre pen produit devant le public jusqu'aujourd'hui ,
ou avoir profond^ment transforme sa maniere d^^crire. La
classe s*applaudira d'avoir pu mettreen lumi^re, par son
concours, un talent solide et plein de ressources, etde
Tavoir appele k se d^ployer dans cette partie la plus elevte
de la critique litteraire od se sent exerc^s, cbez nous , des
ecrivains distingues, mais jusqu'k ce jour fort pen nom-
breux. *
( 409 )
M. Polain, troisieme commissaire, tail ud rapport ver-
bal et declare adherer aux conclusions presentees par
M, De Decker.
A la suite d'une discussion approfondie, la classe a de-
cerne la medaille d'or k I'auteur du memoire n° 1, en ex-
primant le desir de voir completer le travail.
L'auteur du memoire couronne est M. Ferdinand Loise,
docteur en philosophie et lettres, professeurde poesie au
college de Tongres.
TR01Sli:ME QUESTION.
Quelle a etS influence liltirairey morale el poUtiqiMj des
sodeles el des chambres de rhetorique dans les dix-sept
provinces des Pays-Bas et le pays de Liege ?
Outre la medaille academique, le laureat du concours
recevra de la Soci^te royale de Wyngaerd une medaille de
vermeil.
€ En mettant au concours la question de Tinfluence
litt^raire, politique et morale des societes et des chambres
de rhetorique dans les Pays-Bas, TAcad^mie a voulu s'en-
qu^rir d'un des plus remarquables ph^nom^nes que This-
toire observe dans la vie des peuples beiges. L'histoire de
nos chambres de rhetorique , c'est presque toule Thistoire
du peuple flamand dans sa gloire el dans sa decadence;
c'est Thistoire de ses luttes centre le pouvoir en faveur de
la liberte individuelle, de la liberty de penser, de la liberie
de conscience.
II est digne de remarque qu'au moment ou la raaison de
Bourgogne ajoute successivement nos diff^rentes pro-
( *io )
ipinc^ a sau apaaage, pour ra faire ua aeul tout aux de-
pens dea lilmri^s de ch^cun^ qu*au moBdeot od lea corps
et m^iiers flechissent sous le poids des revers, ces corps ^t
metiers appeilent k leur aide des sociei^s dotit Texistence
venait k peine d'etre constalec; le bras, &e sentanl faiblir,
dcmaudeun appui a riolelligeDce. L'iasliDCt de conserva-
tion et une vague pensee de grandeur n*eiaient sansdoute
pas elrangers a celle union enlre la force physique et la
force inlellecluelle.
C'eiait vers le milieu du XV"** siecle. Depuis on voit les
Pays-Bas, toujours grandissant en etendue territoriale,
croilre en richesses par le commerce et Tindustrie, et
promelire de prendre le premier rang parmi les £tai$ de
^Europe.
Uu peuple sans bomog^o^t^ polittqiie o« adminialraliire
se rdunit par une communauie de liens qu'il se donne lui-
ipSme dans un but de bien-etre materiel, produit du
travail et de jouissances intellectuelles; bientdt il etead
cette communaute au delk des pays seumis aux dues de
Bourgogne : c est le spectacle que donnenl les Pays-Bas au
comai6Q0eBieat du XVP' sidcle, alor s que la banse portait
noa produils dans toutes les r^ions de la terre coQaue, et
qiie marebands et gentilsbommes prelaient kurs riet^ss^
et r^clat de letir Bom a ees splendides fete»de rbetorique
qui furent l*expreasioQ la plus complete de la yitalite du
sitele.
Uae instruction publique tres^repandue , T^ltteatioiii
&i3ant parlie de Tenseignemeiit^ nu g4)ut geo^fal et forter
meat prooionco pour les beaux-arts et la Huerature, aur-
tout une tendance irresistible k puiser dans la Bible les
precepteade la vie aoeiale ei religieuae : voila, je erois, le
XVP* «i^le cfaes uom dana c« qii*il a da pliiui frai^j^am
( 4H )
p<mr Id mouvemeol iniellectiiel. Ce mouvemept ae vdit,
suriout daos les cbambres de rh^lorique, bient^l mena*
cees par le pouvair, qui Q*avait pas reussi a en faire son
iQstrument. La menace fut sunie de pres par la repression,
la persecuUon , el le rbeioricien, partageant lenaome sort
que le marcbaBd et le noble, expia, sur Techaraud ou dans
Texil , le crime de son anooar pour la liberie individuelle,
qui fut de lout temps lapanage des peuples de ces conlr^.
Les pays du Nord, surlout rAnglelerre, s'enrichirent
de nos penes en bommes de coeur et de leie, Les Pay^*
Iks sfpieniriO(Oaus, plus favorises par la nature cooire
la superiorile de Tennemi que ne le son I les provinces du
Midi , remmenerent a temps ieurs propres enl'anls exiles,
tandi&qu*ils redoublerent Ieurs Torces par la mesure, au^i
juste que sage, d'admeitre dans leur famille tons ceux qm
rintoleraoce ecariait du sol nalaL
Les deux subdivisions du pays marcberent bientdt en
stos inverse dans la voie du progres : les provinces, sorties
vktorieuses de la lutte, deyinrent ausai hardies dans le
doolaine de rinteiUgeace qu elles Tavaient ete sur les mers
el sur le champ de balaille; les provinces, retombees sous
le pouvoir du maitre, presenterent Taspect d*u0 corps
frapp^ de deperissement. Apres la separation, les cbambres
de rbeiorique, perseverant dans la routine, n^eurent plus,
dans les Provinces-Unies, une raison d'etre, tandis que, la
decrepitude sur le front, elles continuerent, dans les Pays-
Bas catboliques, a porter le flambeau de rintelligenee*
Cest la UA bien inl^ressant tbeme pour une dissertation
academique. L'auteur du seul memoire en r^ponse k la
qusesUon Ta senti. II a ressemble a pen pres ions les mate-
riaux neeessaires poar ecrtre une reponsa au^i coonpl^te
qxi*ofi poiMrrait le d^sirer : son epilogue j^uve (|u'il M
( 412 )
lai manque pas de Iiimieres pour tracer a grauds traits
rhistoire de notre mouvement intellectuel. Le cadre qu'ii
s'est trace est rattonnel et propre au sujet , trop decoupe
peut-£tre, nonobstant la grande etendue du travail. Ge
serait la uo l^er d^faut, cependant, si Tauteuravait tou-
jours su tester dans les bornes du sujet. II Taut bien le dire,
Tordre lui Tait g^neralement defaut, et le sujet est bien
souvent en disaccord avec Ten-tete du paragraphe. Sou
malheur en ceci c'est d'avoir eu k sa disposition trop de
notes, dont il n'a su sacrifier aucune partie. De la son
travail ressemble plutot a nn amas de mat^riaux ranges
plus ou moins m^thodiquement qu'k une construction
achevte. Cette fa^on de travailler a eu pour resuUat de
mettre quelquefois Fauteur ou les auteurs en desaccord
avec eux-memes. Je dis : ou les auteurs, car Tin^alit^du
style, Tassertion contraired'un fait, par exemple sur Tau-
teur du Minneloep, qui d'abord est nomm^ candidement
Claes Willems et qui plus tard apparait sous son veritable
nom de Dirk Potter, font pr^umer avec quelque raison
qu'un auteur ne pourrait se laisser entralner aussi loin
par la negligence.
Ce n'est pas que les n^ligences n'abondent dans Ton-
vrage; on en rencontre presque a chaque feuillet et sous
diff^rentes formes. Ici, ce sont les sources imparfaileroent
ou pas du tout cities; ailleurs, c'est Toubli d'^mettre son
opinion sur les assertions d'un auteur cite. Parfois il y a
oubli de produire ou de relater les preuves d*une asser*
(ion , parfois on est prodigue de citations banales. (Quel-
quefois le lecteur ne comprend pas pourquoi ou comment
un paragraphe a trouve telle ou telle place. Des erreurs
de date, des noms propres estropi^s, des redites, des
textes mal rendus feraient supposer que le manuscrit n*a
( 413 )
pas regu meme uhe correciion suffisante, si une infinite
de ralures ne venaient prouver le contraire.
Mais ces ralures memes sont une preuve de Texlremc
defaut de soins avec lequel le memoire a ele redige. Par-
fois Tauteur bififeune ou deux phrases, sans se donner la
peine de Her ensemble ce qui est conserve; d'autres fois,
une phrase disparait sous les traits de sa plume, el nonob-
stanl il continue comme si rien n'et'ail change.
Cetle maniere de travailler doit avoir conduit Tauteur
a commettre de nombreuses fautes, auxquelles il aurait
echappe en agissant avec moins de precipitation. J*en ai
d^jk signale quelques-unes : je me permettrai d'en montrer
quelques autres.
Dans le premier cahier se trouve un paragraphe inti-
tule : Het inioendig eener kamer (rinlerieur d'une chambre
de rhetorique). Pour loute solution, on trouve un fragment
de Mariken van Nimwegen, le Faust feminin du XVI™'
siecle, et un renvoi au Tijdspiegel , joutndA litteraire hol-
landais; rien de plus.
Dans le second cahier, on rencontre un paragraphe in-
titule : De Spelling (rOrthographe). Ce paragraphe doit
servir tout purement a demontrer que deja, en 1561, un
imprimeur d*Anvers, a Texemple du gantois Lambrechts,
se servait du double aa. Si, au lieu de consulter la reim-
pression de 1614, des Spelen van Sinne de Rotterdam,
I'auteur avait pris en main Tedition originate de 1564, il
ne serait pas lombe dans une erreur, et il aurait peut-elre
supprime le paragraphe.
Dans le meme cahier, il disserte longuement sur la
chanson ; mais ce qu*il dit ne se rapporte pas en general
aux chambres de rhetorique, tandis que la matiere ne sau-
rait lui manquer. On n'a qu'k consulter les recueils pu-
2"*' StolE, TOME IV. 28
( 414 )
bli^, au connnencement du Xyil*"* siecle, sdus le patro-
nage de la chambre In liefde bloeyende d'Amsterdam*
Daos le cinquieme cahier, Tauteur avance que Jaste
Lipse entrelint uDe polemique avee Coornbert sur rmiiile
du biicher. Le celebre professeur n'eut pas de d^m6ies di*
fects avec Coornbert. Le fait est que celui-ci fit paraitreua
ouvrage contre le traile sur la Politique de luste Lipse,
en 1590, Fannee mSme qu'une traduction ilamande de ee
traite fut mise au jour.
Je passe sous silence les assertions sujettes k control-
verse, el ou I'auteur est manifestement dans Perreur. le
signalerai seulement en passant ce qu'il dit, dans le qua-
trieme cahier, au sujel de Tabsence d'esprit protestant
dans la Flandre au commencement du XYH"'^ siicle. c La
farce, > dit*il, < ne se mit pas en bostilite avec une ten-
» dance quelconque au calvinisme, tout a fait Stranger
» au caractere flamand. » Zy (de klucbl) stand geensins in
dadelijken strijd met eenige kalvinistische itrekhing, aan 't
VLAAMSCH KARARTER DOODVREEMD.
La tendance au calvinisme elait loin d'etre ^trangere
au caraclere flamand. Les premiers coups du marteauico-
nociaste fureot donnes dans la West-Flandre , la patrie de
Dathenus el de maims de ses adberents. Si, apr^ les vie-
toires du due deParme, les seclaires nelev^rent plus la tSte
dans nos conlrees , les cbefe du parti catbolique savaient
tres-bien a quoi s*en tenir a cet egard. Le jesuite David le dit
pertinemment dans son Iraile Keltersche Spinnecop (I'Arai-
gnee lierelique). < Lorsque le seclaire, qui faittoujours le
» catbolique pour son repos , > dit le savant pere, c est a
» Tarticle de la mort, on mande un prStre; mais on prend
» soia qu*il n'arrive au lit du moribond que lorsque
» celui-ci a d^ja perdu ses facultes iniellecluellas. De eelle
( m )
p 9ijii)ier:e* onpr^vie^t uu enterrem^at sous la polence. >
Uq demi-.i^idcle pl^s tard^ Arnold Van Gelu>ve; le ^e]e
d^aoocialeur d'b^^Uques, ^youait que^ de son temps , la
jeuAesse flamande cberchail le progres daos la reforme*
PoMr ce qui regarde le style du memoire, il n'est rieo
vmns que soigae. Parfois embrouill^, ii devient dMficUe,
ineaie impossible de saisir Jldee de Tauieur. II ^m^ le
cliaquant et les loagues pbrases, suriout les jeux de .mots
et Ie$ plaisauteries, cboses qui ne coDvienneiit pas daps
UD ouvrage serieux.
Je ^uis d*avis que lememoire nepeut etre couronne. Mais
comme il serait a regretter que les imiUienses potes recueil-
lies pax Tauteur fusseut per^ues poux la scieu(;e^ que,
d'ailleurs, il a monlr^, par quelques paragrapbes et surtout
par ,r^piIogue, qu*il est capable dejse metlre loui a fait k la
bauleur de pem^ee qu'exige un su|el de si graude impor-
tance, ]e propose que la question soit remise au con-
cours. >
€ L'instilutioQ des chambres de rhetorlque est, dans
Tordre intellectuel , ce que Tetablissement des confr^ries
mililaires bourgeoises, ce que la creation des corporations
industrielles fut cbez nous au moyen &ge et meme jus-
qu'auXVIII"* sitele, dans I'ordre politique et materiel,
c'est-k-dire la manifestation la plus complete, la plus vi-
goureu^e de I'esprit communal , pour tout ce qui.toucbait
la liberty de la pensee et I'exercice de cette liberty.
Ce principe re<^nnu, op congoit ai^ement quelle in-
( 416 )
fluence ces associations mullipliees k Tiafini, lant dans les
villesque dans le plat pays, durent exercer sur le sens
public dans les dix*sept provinces des Pays-Bas. Aassi la
litterature, sortie de ces centres essentiellement bour-
geois, resta-t-elle, malgre son style incorrect et precieux,
son affectation et le pathos qui lui etait propre, la seule
qui demeural a peu pr^s en vogue, pendant pres de trois
siecles , parrai la foule, qui y retrouvait ses gouts, ses pen-
chants, ses vices et ses vertus, ses tendances religieuses
et son vif amour pour la liberte.
L'histoire de ces anciennes institutions litteraires, si
difficile, si variee, a occupe tons les hommes de science
qui ont etudie le mouvement intellectuel de nos provinces
dans le passe.
L'Academie nous semble done avoir fait un heureux
choix en posant cette question si vasle, trop vaste peut-
etre pour etre trait^e dans une simple dissertation.
Cest pour la troisieme fois, si nous ne nous trompons,
qu'elle Ogure au programme de nos concours. Cette fois,
enfin , une reponse est parvenue a Thonorable compagnie.
Le volubfiineux travail que vous avez bien voulu sou-
mettre a notre examen^ et qui u'a pas moins de six cents
pages in-folio, renferme , nous nous batons de le reconnai-
tre, tous les eliSments d'un bon memoire. Les rechercbes
ont ete faites avec conscience et minutie ; les petits details
abondent, et a chaque page brille Texactitude d'un bomme
qui semble familiarise, de longue date, avec son sujet ; mais
en vue meme du plan adopte par I'auteur, ces nombreux
materiaux sont mal dig^res. II regne dans Tensemble du
memoire un decousu iacbeux qui en rend la lecture fati-
gante. Le sujet lui-meme est noye dans un ocean de cita-
tions , de redites et de longueurs qui n'ont point de raison
(417)
d'etre. L'essence veritable de la question posee par I'Aca-
d^mie a ^te plus d'une fois perdue de vue dans la redac-
tion deflnitive, pour faire place a un travail analytique qui
offre souveni Thistorique de quelque chambre de rheto-
riqueisolee, plutot que I'expose de I'influence generale
que toules ont exerc^e dans leur ensemble. 11 est evident,
cependant, que les termes roemes de la question exigeaient
une redaction homogene, du style, des considerations
elevees, une forme litleraire soignee. Les qualites consti-
tutives d'un pareil ouvrage font laplupartdu temps defaut
dans ce memoire.
Une analyse d^laillee du manuscrit, ou nous indique-
rons les vices et les merites du livre, fera mieux ressortir
le fondement de cette appreciation generale.
Des la preface, Tauteur fait preuve d'une connaissance
approfondie des sources anciennes et modernes qui peu-
vent eiucider la question. II y expose les efforts faits par
des savants, comme Gerard, Kops, Cornelissen et aulres,
pour ecrireune bonne hisloiredes chambres de rhetorique.
Quelque incomplets qu'ils soient, il rend hommage aux
travaux sortis de leur plume.
Vient ensuite une longue introduction divisee en quatre
chapitres, subdivises eux-memes en nombreux paragra-
phes. L'auteur y passe en revue les institutions litteraires
qui semblent avoir precede nos rhetoriques dans la voie
des representations sceniques, et qu'il relie aux confre-
ries militaires du moyen age ainsi qu'aux personnages qui
jouaient des mysteres dans les ^glises (§1).
Les observations qu*il y consigne annoncent un homme
qui a bien etudie cette partie preliminaire, quoiqu'il y
ait la des hors-d'oeuvre qui ont peu de rapport avec le
sujet. Une reflexion esthelique nous y a frappe par sa verity
( ^18 )
et son h-propos; nous la iraduisom icr en eBli^i^: c Les
» myst^res allaient a Tesprit de T^poque; leur compost^
» lion s'harmonisait avec les peintaresdii temps. II en est
» de rnSme de ces drames muets oh des personnes mar^
> chaieot processidnnellement, portant des r6les ^rits
> k Tusage des rares spectateurs qui savaient lire dans
» ces siecles peu lettr^s. Ces jeux de myst^res restored t
> comme le breviaire du peuple, jusqu'au commeoce-
]» ment da XVI"''' siecle, lorsque la lettre moulee d(£tr6da
» riinage^ et qu'on cessa en in£me temps de faire des
]> murs des temples un livre vivant au moyen des tableaux
» qu*on y peignait. »
Peut-£tre I'anteur eAt*il pu y ajouter que Tintroductien
des dessechanles doctrines de Luther ne fut pas ^trang&re
k la disparition des peiutures murales dans nos ^glises.
Dans le § 2, Tauteur enumere avec une foule de details
les premieres traces r^elles qu*on rencontre des ainciens
jeux de rhelorlciens aux XV"* et XVI"* sifecles. Nous somroes
^tonnd de n'y point TOir figurer la f£te du Puy d'Amour,
qui se rattache ^videmment k Texistence des cbambres de
rhdtorique, et qui Put cel^bree k Tournai^ en 1455^ k la
suite de la procession g^n^rale ordonn^e par le roi de
France, dans toutes les cathedrales du royaumoi en mi"
moire de la conqudte de la Normandie sur les Anglais. On
y r6cita plusieurs cantates composees par des rh^toriciens
Strangers k la ville de Tournai. Lille y obtint le prix dtfs
jeux de personnages en fran^ais^ et Ypres des jeux de
person nages en tiamand (1).
Dans les §$ 5 et 4, Tauteur s'oceupe des cbambres de
(1) kevue d» BruSbelles, anii^e 1839, septembre, pp. 46-SS, article d^
It. 0^ Sftiht^deiidli.
( *19 )
rb^iorique qui n*avaient pas encore de tettm officielles
de recooaaissance, et de celles qui, au contraire, eiaient
reconnues e( etaient eacouragees par les magistrals des
villes et par nos princes.
Dans le chapitre II , les chambres arrivent a Tetat d'in-
slitutions r^gulieres, reconnues definitivemeDt. Nous les
trouvQQS fondles dans les ^lises paroissiales, avec cba-
pelles et autels dedids k un saint de predilection, avec pri-
vileges et indulgences ecclesiasliques (§ 1), et reeevant une
reconnaissance officielle des magistrats locaux, qui sane-
tionnaient leurs bizarres r^lements (§ 2). Nous voudrions
voir ^laguer de ce paragraphe et rejetes dans un appen^-
dice les longs extraits des actes constitutifs des rheto*
riques de Gand, Hasselt, etc., etc. La m^me observation
est applicable h un nombre infinl d'extraits de toute na-
ture qui encombreqt d'autres parties de ce m^moire et qui
alanguissent le r^cit.
Les §$ 3» 4 et 5 nous font connailre comment ^tait
compos^e la direction de chaque rh^torique pour les dif-
Kreptes provinces des P^ys-Bas; noqs y vpyons des femt
mes faisant partie» ^ titre honorifique, deces associations;
nous trouvons des fous en titre attaches k cbacune d*elles,
pour mieuic faire p^n^trer dans Tesprit des masses la mo?
ralitd dcjs pieces joules, — k rimitatioo ^vidamment de$
spirituels cloiom k marottes et k grelots, qui Mmui H\on
les commeosaux des princes et des rois.
[^e$ chambres de rb^torique avaient des poms singMf
Hers, des devises souvent bizarres, emprunt^s la pluparjt
du temp3 k la Pibl^ «t pr^eniao; uo sens pioral coocis,
parfois, il faut le dire, inintelligible; elles avaient un bla-
son, ex^cut^ par des peintres en renom , un signe de ral-
liement cousu sur la mancbe gaucbe du costume d'apparat
( 420 )
de cbaque rbetoricien; un jeton qu*on distribuait k la foule
dans des occasions solennelles et que les numismates re-
cberchent avec avidity. Toutes ces petites particularit^s,
qui eussent tout au plus du faire Tobjet d'une note» rem-
plissent les §§ 6 a 10.
A cette occasion , nous avons k reprocher h Tauteur de
se livrer parfois h un ton goguenard el plaisant qui n'est
point de mise dans un sujet grave el lilleraire.
Dans le chapilre suivanl, Tauteur examine le caractere
descbambres de rhelorique el raffiniie qu'il y avail entre
elles et les corporations induslrielles. C'esl une des bonnes
pages du meinoire; elle eut pu servir de resume au cba-
pitre precedent , mais le defaul capilal de Taulenr, c'est de
ne jamais resumer.
Les chambres hautes de Gand , Bruges » Louvain, etc.
exer^aient une sorle de supr^matie sur les autres rbetori-
ques du pays. Le § 2 , oti Tauteur traite celle question in-
cidenlelle, n'esi pas ici evidemment a sa place.
Dans le § 5 est decrile la vie inlerienre d*une cbambre
de rbelorique : c'est lout bonnement Fanalyse, avec cita-
tions, d*un ancien petit drame fanlastique en vers fla-
mand dont nous avons donne une edition nouvelle dans la
collection des publications des bibliopbiles flamands (1).
Le contenn de eel bors-d'ceuvre r^pond tr^s-imparraite-
ment au tilre du paragrapbe. Nous doulons fort qu*on
puisse tirer de celle pi^ce informe et d^cousue une pein-
ture bien exacle de la vie intdrieure des cbambres de rbe-
lorique. Ici le ab una disce omnes serait enlierement faux.
Le cbapilre IV est intitule : les Concours, L*auteur s*y
(1) Mariken van Nimvoege.
( 421 )
occupe, dans quatre paragraphes, demesur^ment allon^
ges par des citations de lexies originaux, des representa-
tions sceniques, dites Landjuweelen et Hagespelen, des
programmes dlnvilation , des prix decernes, des entrees
solennelles et des tournois des rh^toriciens.
Ges quatre chapitres, donl plus d'un'paragrapheappar-
tient au d^veloppement du sujet, constituent Tintroduction
du memoire , introduction qui , par Tabondance des petits
details, empi^te sur la suite de Touvrage, comme nous ie
verrons plus tard.
Nous voici arrive a la dissertation proprement dite. Elle
est divisee en quatre grandes sections » formant des cha-
pitres distincts, qui, a leur tour, sont subdivises en un
nombre infini de paragraphes.
Rien n'est certes plus propre k guider le lecteur dans
un travail aussi considerable, aussi d^taille que ces nom-
breuses subdivisions; toutefois, pouss^es a Texc^s, elles
ont rinconvenient d*offrir souvent des paragraphes tres-
maigres, et, d'autre part, de decouper tellement la narra*
tion, qu'elle n'a plus Fair que de'se composer de pieces
rapportees. Get inconvenient est surtout sensible dans cet
ouvrage , oh les transitions d'un chapitre a Tautre ne sont
gu^re menag^es par des vues d'ensemble, habilement d4-
duites.
I" SECTION : Influence artistique et liU^aire. — Chap. I^ .
— G'est dans les productions que nous ont leguees les
rhetoriciens que Tauteur pulse les elements necessaires
pour donner un apergu desid^es d'art qu'avaient ces asso-
ciations. G*est la marche rationnelle indiquee par la ques-
tion eile-meme : Tallegorie, la mythologie, la traduction
des classiques, Temprunt fait aux anciens romans, les
finesse^ et les tours de force daiis le gout du temps sont
( 422 )
pass^ en reme dans ce ehapitre, ponr nous offrir nae
peinture exacte de cette litt^rature de cooTention qui avait
d^teint sur toutes les eboses intellecliielles de Tepoqae. De
nombreuses citations servant de preuvesaui assertions de
Tauteur, qui y deploie beaucoup d'erudition et y seme des
observations tr^s-judicieuses.
Chapitre IL — Quoique la langue soit souvent outragee
dans les productions des rhetoriciens, Tauteur recoonait
qu'ils ont beaucoup fait pour la developper el la conserver,
malgr^ Fintroduction d'un grand nombre de mots b&^
tards^ et Tadmission d'une orthograpbe souvent vicieuse.
Le rbythme et la prosodie n'y etaient pas plus respect^.
De nouvelles et interminables citations demontrent la ve-
rity de celte assertion. Esclaves da la rime avant toute
ebose^ les rhdlorieiens y sacrifi^rent plus d'une fois le
go&t et le bon sens.
ChapUre III, — L*ab&tardissem«nt de la cbanson pro-
prement dite et du couplet cbant^ en (ui la suite; ils ne
furent plus I'^manation d*un sentiment naif et vrai, mais
un simple tour de force rim^^ un passe*iemps monotone:
^erba et voces I Les refrains, les ballades, les satires, les
^pigrammes, les parodies, les improvisations surtoul par-
ticiperent de ces d^plorables tendances, de ces fausses
poiutes d'esprit, de cette affection du plus mauvais aloi,
qui apparait m6me dans les sermons et les l^endes de
cette ^poque.
Ce chapitre, qui n*a pas moinsde 50 pages, pourrait 6tre
r^dttit k la moiti^ par la suppression du luxe de citations
dont I'auteur y fait parade.
Chapitre IV. — L'bistoire du tbe&tre termioe celte
premiere section. Ici nous retrouvons les jeqx de person-
aages, les repr^entalions des myst^res dans les ^lisea,
( 425 )
le^ proeessioAs, oh od rtettait, en marchatit, da^ pi^e«s
religieuses el des noSIs dramatis^s«
Les Spelefi van zinnen, qui ayaient leur origine dans
la scolastique du mojeo &ge, ^iaient Tapplication de la
dialeetique k la iheologie. Les auteors mettaienl dans ces
moralites sc^aiques tout leur esprit, toute leur recherche
pour faire parlef des choses abstraites. De la tb^ologie 6n
passa k la mythologie, oil les choses acquiereot un seus
plus precis pour la foule par la repr^seatation des dieux
du paganisme dont les attributions frappaient la vue< Puis
on repr^senla les vices et les Vertus, qui devenaieDt des
personnages parlants et agissants. L'analyse de plusieurs
pieces c^l^bres de Tepoque, avec citations » complete cette
partie du memoire, qui est remarquablement bien traitto.
L*auteur paHe ensuite des pieces joules h table, dans des
chariots, k cheval, toutes vari^les des spectacles eourus
par nos p^res^ Apr^s la pi^ce s^rieuse vient la farce p oil
Tacteur se charge de d^sopiler la rate de Tauditoire^ trop
yivement impressioun^. Le sujet en est ordinairement
pttis4 dans les vulgarit^s de la vie bourgeoises ddns uoe
anecdote connue^ et le style y est malheureusement k
Funisson avec le sujet, plat, trivial $ souvent incdnvendnt.
Mais aussi quelqUefois Iti farce renfermait une salire.de
rooBurs.
Quant aux fares comedies proprement dites qu'on fen-
coBtre k Tdpoque des rh^toriciens , elles sont des imita-
tions du th^fttre Stranger. L*auteur n'oublie pas de signaler
les efforts de quelques rh^loriciens pour iniroduire la
musique au th^tre. Les couplets not^s, les pastorales^ le
draine lyrique meme n*^taient pas Strangers k ces dissocia-
tions. Dis le XVIP* si^cle, des tentatives furent aossi ea*
aay^ pour cr^r un ihtttre permaQeni. L*a<i(ettr ttrttifte
( 424 )
cet int^ressant expose par les pieces jouees dans les ^coles
et qui s*iDspiraient, dit-il , du gout des rb^toriciens. Tou«
tefois ce dernier chapitre n'est qu'un point d'histoire litte-
raire ordinaire qui ne nous pa rait pas appartenir au sujet.
Get aper^u de T^tat de la scen^ chez les rh^toriciens
des trois siecles qui nous precedent, est suivi de la biogra-
phie de quelques-uns des plus cel^bres d'enlre eux, dont
le talent exer^a une influence remarquable sur la direction
des esprits, le gout et le caractere moral de ces associa-
tions.
Quelques mots dintroduction a ce paragraphe eussent
mieux fait comprendre Tintention de Tauteur, a savoir
celle de donner une appreciation sommaire des produc-
tions litteraires des rhetoriciens, tels que Yandendale, De
Roover, Castelyn, Van Vaernewyck, Lucas D'Heere , Ogier,
Cornelis De Bie, etc., dont les noms n'ont pas ^(e sans
retentissement dans les anciennes provinces des Pays-Bas.
Ici manque de nouveau un r^sum^ general de Tinfluence
quails ont exercee, et les extraits de pieces dramatiques
sont si nombreux que la narration y est comme noyee.
Ce chapitre est heureusement termine par un coup d*oeil
jet^ sur rinfluence speciale exercee par la chambre de rhe-
torique d'Amsterdam , au point de vue du style et de la cul-
ture de la langue, sur toutes les aulres rhetoriques du pays.
11"*** SECTION. — Influence politiqm, — Au lieu de resumer
a grands traits tout ce qui a ete dit dans les cbapitres pr^
cedents, pour satisfaire au titre de cette 2"® section, ou
Ton s*attend k des considerations historiques de Tordre le
plus^leve, Tauteur, qui est rarement maitre de son sujet,
retombe dans le domaine des faits et des details. Nous
eussions surtout voulu y voir plus nettement, plusclaire-
ment tracee la part que les chambres de rh^torique prirent
( 425 )
aux graves evenemenls politiques et religieux du XVI"*
si^cle, par la hardiessede leur laDgage, par leur attitude
hostile a Tautorite, par leur opposition aux abus qui
s'etaient glisses dans les affaires spirituelles de Tepoqoe.
Tout cela y est a peine indique par quelqnes declama-
tions, sans ensemble, contre Charles-Quint, Philippe II ei
TEspagne. La domination ^trangere avait cependant assez
lourdement pese sur nos provinces, au XVP^ siecle, pour
pouvoir mieux inspirer un auieur penetr^ de son sujet.
On s'efforce de prouver dans le m^moire que, dans les
deux siecles suivants, et jusqu'k la chute de Napoleon,
les rh^toriciens continuerent a exercer une certaine in-
fluence politique. Mais, a la verite , il n'y a 1^ que des ten-
tatives isolees d'un esprit d'ind^pendance auquel le regime
oppressif du temps ne permettait gu^re de se developper
d'une manieregenerale; ces efforts memos, qui n'offraient
aucune chance de reussite, prouvent seulement que, re-
tomb^es sous le joug etranger, nos rh^toriques n'exer-
cerent plus en r^alite dMnfluencesur la direction politique
des affaires du pays.
Ill"' SECTION. — Influence morale. — lei Tauteur revient
sur ce qui a fait I'objet de ses etudes dans son introduc-
tion, et nous donne de nouveau, dans un avant-propos, un
expose des productions litteraires qui prec^derent les rh^-
toriciens, et dont Faction sur les moeurs ne saurait etre
contest^e. Cest un fragment bien traite qui n*a que le tort
d'etre ou la repetition ou Tappendice de ce qui a ete dit
dans rintroduction susmentionnee.
L'auteur nous y demontre que les^attaques des chambres
de rhetorique contre certains abus de T^lise, contre le
rel&chement de la discipline religieuse, n'avaient jamais eu
pour but le renversement de la religion caiholique elle-
( 426 )
mitie. MalbeureusemeBi , il abandonue bie&t^i ees voes
d'eBsemUe poar $*arreter aax petits d^aiis 0i pnodigner
d€(s ciiatioEis ahoada»les. II arrive enfin au fameux cod*
coMTft^es chambres de rbetoriqite de 1539. Lea Spden van
zttmen, ou moralites qui ea firent Tobjet, soot eomme Ja
prenidre 4MacajtkN[i 4e gaerre de ces associations naguere
ai pacifiqaos, dans ootre pays, contre Tunit^ de TEglise.
Toiiitefots, l*auleur n*y atlache point rimporlanee qu'oo
prete ordiaaifemeni k celte bardie explosid) de Tesprit
flamand an XVI'^'' si^cle » appreciation qui nous elonne
SHdTtottt en presence du retenlissement que ces^crits obtin-
rent et.de la s^T^rit^ avec laqudle iis furent iraites par la
censure du temps. En th^ generate, il nie que les rbe-
toriciens soient venus en aide, de propos d^libere, k la dif-
fusion des doctrines de la reforme; c'est pourtant un point
d'bistoire qui est admis par tons ceux qui ont ecrit sur
Ge\iQ epoque; Thabitude de jouer et de traitor des sujets
bibliques ouemprunt^ aux rites de T^iise, devait fata*'
lement, dans uoe p^riode de decbirements religieux , jeter
ces associations dans la melee de toutes les opinions qui
se combattaient koutrance, et la plupart abandonn^reni
malbeureusemeot le camp ortbodoxe.
Cette partie est la plus remarquable de tout Touvrage ;
ellC'Contient des aperQus ingenieux, et il y r^ne un ton
d'impartialite qui est de nature k concilier k recrivaio
toutes les sympatbies du lecteur.
La 5"''' section est terminee par un aper^u general de
rhistoire des chambres de rbetorique : c^est un r^um^
par sitele , du XV"* au XIX"*% pour tous les Pays-Bas.
Avec quelque habilele Tauteur etit pu repondre com-
pletemeut a Tobjet du concours, en fondant ensemble ces
deux derniere chapitresi Texcellent Epilogue qui les suit.
( 4t7 )
aJQsi qae les quaire cbapkres de rifitrodiicUoQ; il eAlsuffi
d y meter sobrefloent les details et les aper^us semes daAS
le resie de Touvrage. Mous trouvons easuile uoe liste des
productions des rbetoriciens misesa rindexet uiieiaatice
biographique des bommes qui out marque daus ces as60-
ciatioDs; uu paragrapbe sur le but pbilaothropique des
cbambres de rh^torique et, eutin , un chapitre assez maigre
sur les institutions du meme genre dans la partie walloaue
dela Betgique; institutions , selon nous, bien differentes ,
.dans leur organisation et leur but.
Sous forme d'appendice, Tauteur a joint uu e™"* cabier
a son manuscrit; il a pres de 100 pages et contient : V la
liste exacte de touies les cbambres de rhetorique jusqu^en
1830, ciass^ dans Tordre alphab^tique; 2!* une liste, par
provinces, des cbambres existantes en Belgiquede 1841 a
1850; 3^ un releve des concours ouverts par ces societes
de Fan 1394 jusqu'a 1830; 4"" une biograpbie sommaire
des rhetoriciens les plus connus, places alpbabetiquement;
5^ une liste des principauiL ouvrages, monograpbie^ et
notices publics sur tout ce qui concerne Tbistoire de ces
associations litteraires; 6" enfin, une liste des principales
pieces dramatiques dues k des rbetoriciens. Get appendice,
fort curieux , complete les renseignements epars dans le
m^moire; nous Teussions voulu voir grossi, comme nous
I'avons dit plus haut, des citations, des bors-d'oeuvre el des
extraitsquiembarrassent partoutla marcbedelaoarfation.
Nous voici arrive a la fin de notre tacbe. L*analyse que
nous avoos donneedece vaste travail vous demonirera les
defauts du plan suivi, ou plutot souvent abandonne.par
Tauleur. Le mdmoire abonde en recbercbes bibliogra-
pbiques et biograpbiques nombreuses, en appreciations
judicieuses sur les produclioos litteraires et U diimtioa
( 428 )
d'esprit des rhetoriciens des anciens Pays-Bas. Sagemeni
coordoDoes, ^courtes, disposes methodiqaement, daDs un
ordre bien arreted^avance, ces materiaux aboutiraient a
one (Buvre aussi complete qu'interessante. Mais, nous le
disons a regret, Fauteur s'est perdu dans toutes ces notes
puisees partout et avec la plus louable perseverance. Au
lieu d*un memoire, il nous a presente des recherches dc-
pourvues de cohesion et d*homogeneite necessaire pour
en faire un ouvrage vraiment litteraire, comme TAcademie
le demandait. Le style qui, dans une oeuvre semblable ,
doit etre k la hauteur du sujet , est, d'ailleurs, faible, sou-
vent d^clamatoire et visant a Teffet. Nous ne saurions done
accorder une distinction quelconque a Tauteur dans Petal
actuel de son travail. Nous opinons, par consequent, pour
que la question soit remise au concours, persuade que nous
sommes, par la lecture de ce laborieux essai, qu^claire
par les observations bienveillantes de vos commissaires,
Tecrivain saura refondre son memoire et nous offrir, en
1859, un travail digne de sa patience et de la connaissance
qn'il a de la mati^re. »
< Comme mes deux honorables confreres, je suis d*avis
que ce travail ne saurait etre couronne. L'auteur a recueilli
les materiaux d'un bon meofioire en reponse k la question
mise au concours; mais le memoire reste h faire. Si la
classe se decide k maintenir la question au programme,
et si Fauteur veut de nouveau prendre part au concours
en refaisant son travail, je pense qu*il sera oblige de rede-
f
4
( 429 )
roander le manuscrit, car tout me porle a croire qu'il
nous a adresse la premiere redaction , et qu'il n'en a garde
aucune copie.
Laclafse a admis, pour le moment, la premiere partie
decejugement; elle regretle, en consequence, de ne pou-
Yoir decerner de prix.
CONCOURS EXTRAORDINAIRE-
Mmppo»*i flfffv Jr. det MUBtH,
< Deux m^moires ont et^ adress^s k la classe des
letlres en reponse k la question : Charlemagne est-il ne
dans la province de Liege f
J'ai tort peut-etre de dire deux m^oires, car celui qui
porte pour ^pigraphe : Nihil est opertum quod non revela-
bitur, etc., se borne a citer Fisen et quelques autres ^cri-
vains modernes pour ^tablir que Charlemagne est ne a
Jupille. II n*y a pas lieu , je pense, de s'occuper de cette si
faible notice.
Le m^moire portant une ^pigraphe tiree de GoBihe
est un travail s^rieux , piein de recherches puis^ aux
meilleures sources.
Le style, fortement colore de germanismes, indique un
ecrivain appartenant k T^cole historique aliemande, dont
r^rudition et les laborieuses recherches, l)as^es surune
critique quelquefois trop severe, sont dignes de toute
notre reconnaissance.
2"'*S£;rie, tome iv. 29
( 450 )
Apres aToir discute tous les aociens iexl^ relatife k la
Qaissance de Charlemagne, Tautear fiQit par copclure que
la solution de la question nest ni importanle ni possiUn^ que
Texamen de la question a coiite un temps prdcieox et beau*
eoap de peine sans qn'an soil plus pr^s de laT^udre;
entip I que la disoossi^^n est sans ittiportance poii¥ Fhistoire
comme pour la critique, et que, pour dernier^ reMottrcej il
ne nous reste que de nous en tenir aux paroles d'Eginhard:
De cujus nativitate atque infantia vel etiam pueritia, quia
nee scriptis usquam aliquid declaratum esty nee quisquam
modo superesse invenitw^ qui hqr am sediccU habere noti-
tiam, scribere ineptumjudicans, ad actus.,,, iredisposui.
Ne serait-on pas tente de dire, comme Faust, nou5
voila done tout aussi sages que devant!
Quel que soit d*ailleurs le merite relalif du travail qui
DOus est soumis, je n'ose pas deicider s*U rej»pUli 1^ con-
ditions du programme; j^attendrai done Tavis-de mt& boacH
rabies collegues avant de me prononeer. »
€ Tl est assez conforme aux usages modernes que les
savants, au moment ou ils abordeadt leurs travaux, se
plaisent a relever rimportanee et rinteret de la matiire
qu'ils traitent. En examinant le memoire n? 1, le se^tl
qui ait i^rile de fixer noire attention , nous avoos ren-
contre^ pour la premiere fois, une ci^uvre serieuse^ oil une
pensee tout opposde se revele sans ddtoor. L'autenr^ ea
Gontestant la valeur de la question mise au ceocours, ne
finest pas preoccupe davantage du prix qui y etait attaebe,
( ^1 )
et bieo que le programme pori&t en ierme& I'ormek qu'au-
cuoe dissertaiioa ne serait eouroonee, si elle oe reofer-
mait une reponse afiirmatiTe ou n^alive, il 8*est borne a
declarer qu'aucune solution o'etaii possible. En cei eiat
de choses^ yos commissaires ne peuveni vous proposer da
d^ceruer le prix a ce m^moire , qui forme un gros Tolnme
in-'folio; mais il leur est permis de vous en signaler la cri-
tique Erudite et consciencieuse. Cette tache, Mes3iaurs,
nous serous beureux de la rempliry et nous nous batons
d*ajouter qu*ll nous a et^ aise de reconnaitre^ dans ees
vastes et patientes rechercbes, ies caracteres distinciifs de
Tecole bi^^torique allemande k laquelle notre si^cle doit
tant d'excellenis travaux.
Nous ne saurions, d'ailleurs, admetire que k solution
de la question propos^e ne presente aucun interdt. t La
> conscience publique, a dit an de nos bonorables con-
» fr^res, comprend, sans qu*il soil necessaire de le lui de-
» momrer» que Thonneur d*avoir produit un beros entre
> pour une part notable dans le patrimoine d'un peuple^ »
et il ajoutait qu'il faudrait plaindre celui que de telles
controverses laisseraient froid et indiflS^rent (1). II appar-
tenait au pays oti se form^renl et grandirent Ies races con-
qu^ranles, sous M^rovee et sous Clovis^ de revendiquer
le puissant genie qui arrSla et regularisa la conquete au
double titre de legislateur du monde barbare et de r^no-
vateitr du monde romain. Nous ne nous etonnons point
qa'uoe contr^, d^jk si riebe en sooveotrs bistorique^^ y
ail cru sa gloire interess^e : car le berceaii de Charl^ms^
gne, c'est le berceau de notre soct^ii moderne, celui de
noire civilisation.
(t) At. Bor^M, SuUt^mde Vjicadmi9, u XXlil » p. 575.
( 432 )
PendaDt trop longtemps, TAuslrasie caroliDgieone,
combl^ des bienfaits de Tillustre empereur des Francs ,
s'est laisse devancer, dans les honneurs rendus k son nom,
par des contr^es qui n'apprireDt a le connaitre qu'aa
miiiea du bruit des armes. II est vrai que Landen , Her-
slal» Jupille» Ambl^ve n'offrenl plus que des ruines ou
mime moins que des ruines » mais il est uue Tille floris-
sante et prosp^re qui a recueilli leur heritage : c'esl Li^e,
qui 9 dans son origine, dans sa grandeur naissante et
jusque dans le sang des martyrs qui Ta fecond^e, n'a rien
qui ne rappelle la race des Pepin. La noble emulation qui
la porte, depuis quelques ann^es, k invoquer les titres de
TAustrasie, est digne de la cit^ de Notger : elle r^pond a
un sentiment national que nous partageons tons. La Bel-
gique, a qui Ton est venu contester tour a tour Charle-
magne et Godefroi de Bouillon » est fiere de croire que le
grand Empereur, qui projeta Taffranchissement des lieux
saints, et le grand capitaine k qui il fut donn^ de Tac-
complir, issus d*une meme race (1), n'eurent aussi qu'une
meme patrie, mais elle sait ^alement que la premiere
condition de ses titres, c'est la fidelite de ses souvenirs,
c'est rbommage public qu'elle est appel^ k leur rendre
apres une longue suite de siecles (2).
(1) Le souvenir de Textraction caroUngienne de Godefroi de BouiUon est
sans cesse present k Tesprit des historiens de la premiere croisade. C^ett ainsi
qu'on lit dans la Chanson d'Antioehe :
On estit Godefroi de Buillon ;
11 est preux et delivres, del llgnage Gharloo.
(2) Un de nos statuaires les plus habiles , dont la famille est originaire
d'Herstal, qui a ^t^ noun-i lui-meme, des son enfance, des l^gendes carolin-
giennes des bords de la Meuse, termine en ce moment, apres deux ans d*un
( 433 )
Peut-elre au del& de nos frontieres, des pretentions ri-
vales n'en poursuivront-elles pas moins leur cours : qui de
nous bl&merait ces illusions que dicte une pensee patrio-
tique et qui s'adressent h la gloire? Ne contestons jamais
h la po^sie le droit de chercher, dans quelque anse embau-
m^e des doux rivages de la Grke, Tantre frais ou la muse
cacha le berceau d*Homere; ne refusons pas davantage a
I'histoire celui de nommer sept villes qui se disputent
Thonneur d'avoir yu naitre Charlemagne : ear ces rivalites
sont un dernier et touchant hommage de la post^rite re-
eonnaissante k la memoire d'un grand homme.
L'auteur de la communication que nous avons sous les
yeux» dement lui-mSme sa conclusion, en consacrant
d*aussi profondes recherches k une question qu'il consi-
d^re comme inutile ou pen serieuse, et nous ne croyons
pas qu'il dfit d^larer qu'elle est sans int^rSt par ce seul
motif quMI la juge insoluble.
Ces reserves faites, nous rep^terons queTauteur du m^-
moire n"^ 1 a discut^ avec une science incontestable les
principaux textes imprimis, qui remontent au YIII"'* et au
IX"''' si^cle. II resume egalement avec soin les travaux pos-
t^rieurs des ^rudits, surtout ceux des ^rudits allemands;
mais, selon nous, I'^tude des historiens insures dans la
grande collection de M. Pertz, lui a fait oublier que bien
d*autres sources incites sont conserv^es dans les biblio-
travail assidu, le modele de la statue equestre de Tempereur des Francs. G*e$t
le 7 d^cembre 1855 que M. Jehotte offrit au conseil communal de Li^ge le
plan de ce monument destine k la place Saint-Lambert , et des remerciments
lui furent vot^s par acclamation. Nous formons le voeu que ce projet ne tarde
pas k se r^aliser. Liege, limite de deux Ungues et de deux races, semble
plac4e entre la France et TAlleraagne pour offrir la glorieuse image de Char-
lemagne k tous les peuples qiii acdamerent ou reconnurent son autorite.
( 454 )
th&qu^s : nous ne voulons pas parler settlement des notes
mafgidales inscrites dans de vieux martyrologes, mais
aassi des cartulaires d'abbayes oh Ton rencontre des di-
pldmes incoonus ou pen ^todi^s(i). II est probable qu'apr^s
la mort de Charles Martel, ses fils, impatients de se r^-
conciliende plus en plus avec Tfiglise, renrichirent par de
nofnbreuses donations, et il est tei acie pieux qui pent
presenter une date importante. Nous avouons, d*ailleurs,
que, malgr^ T^rudition qui ne fait jamais d^raut kTauteur,
nous ne retirons pas de son travail les fruits que nous nous
en promettions : ear il n'eipose avec lucidity les argu-
mentis les plus s^rieux que pour les ^branler par des objec-
tions non molns puissantes. I) est utile d'^carterce qui est
f^tii ou douteux , mais c*est k la condition de nous appren-
dre ot se trouve la virii^.
DeuX Ibis seulement, Tautenr laisse apcrcevoir cer*
taines preoccupations, certaines sympathies pour des opi-
nions qu*il analyse, et, maIheureusement,eesoni eelles
qui fitut semblent \^ plus denudes de fbndement. Poor
la question de date, H Incline en faveur de celle d« 74T,
qui est d^mentio par le mot septuagmenim inserit 6ur ta
tombe de Ghaflemagne, mort en 814, Quanl i la ques-
tion du lieu de la n^issance , il neglige trop les termes 4n
pi^OigfafdtAe , qui fifivitaient liex^imin^ les pr^'entions Ar
TAustfai^ieli^oise, pour s*6nqu^rir«ompiai^«nnieBlde8
traditions de la Bavi&re. De ]k , Timportance qu*i] ajoute ji
la lameuse charte cit^ dans les Antiquitates Fuldenses, oh
on \\i : Dofmmus terram c&nceptianis nosirae hoc tH i»tam
tomprdtincTam inrea flnmeh Vmtmt imm omni'fttts pfrS-
i»n tPfSlty ^t* M. Z^y t Spire.
(435 )
nmtUs.U ^ peQt que Ton ail ititerpr^t^ eeUe ehlin«», au
XVIlI^**sidel€, dans le sens qoi flattait une pr^teniton
l^us que douteuse; mais il esl ais^ de s'assurer que le mot
eanceptio est le m^me que les mots synoaymes eoneaptio,
captura, eeplum, eeptio, cepius, cit^s par Ducange^ qui
en naeniionoe vingi k trente exemples tir^s de ce m^e
livre des AntiquUates Fulden$e$. Or , ces mots ne signifient
pas autre chose qu'un domaine de formation r^cente,
eompe dans cette phrase : una eaptwra cum terrii, pratis
et silvis.
Du reste, les tendances de Tauteur k ne pas se montrer
trop hostile 2i la date de 747 et aux pretentions de Yarghel,
ne se dessinent qu'k peine : rien ne Tarrftte plus dans sa
marebe veri une conclusion que nous avons d^jk indiqute
et qu*ii <kait ais^ de pr^Toir. D'aprds figinhard^ la nais^
sanca et Tenfance de Charlemagne ^laient voiles, mfime
ponv sm cofitemporains, d'une nuit profondO) et^ apris
oa^e slecles» nous ne pouvons songer k y porter la lumi^re^
Cette conclusion nous la combattrons, parce qu'il faut^
comme Ta dit notre honorable confrere, M. Borgnet, ju8<f
tifler TAcad^mie, qui a pris ce d^bat sous son patronage ^
e(> k Texempie d*un aatre de nos confrdres, M. Polain,
&04I9 ajonteroQs que le conci^urs etant rest^ sans r^sohat,
noqs Qe oroyons manquer ni h notre mission, ni ii Tim'*
partiality y eo reprenant Texamen dela question, telle que
nous la coippreoons, telle qu'elle apparalt k notre convict
tiop personnelle,
Quelque respect que nous portions k la parole d'£gin-
hard , nous ne pouvons, en la pesant et en Tinterrogeant,
lui reeonnattre assez d*atitorit4 pour qu'elle domlne la
science hlstorique, d^sormais condamn^e k proclamer son
impuissance et la st^rilit^ de ses efforts. Qiiot! £ginhard,
( 436 )
le grand ^ginbard, comme Tappelle dejk Walafrid Strabns^
a vecu dans rintimit^ de Charlemagne, il a connu le cha-
pelain de Pepin et le chapelain de Bertrade, et il n'a pu
rien apprendre des premieres annees de TEmpereiir dont
il fut le secretaire ou le gendre; il a eu des relations in-
limes avec les moines de Lorseb, qui avaient inscrit dans
leur marlyrologe la date de la naissance de Charlemagne,
el il n*a pas su ce que personne n'ignorait dans celle
abbaye (1). Cest au moment oix Charlemagne devient, pour
le monde civilise de son temps, le centre des lumi^res
aussi bien que celui de la puissance, qu'il affirmeque,
parmi les vieillards aussi &ges ou plus ag^s que lui, il n*en
est aucun qui soil instruit de cequi se rapporte^ sa nais-
sance, k son enfance et meme k sa premiere jeunesse, de
naiivilate atque infantia vel etiam pmritia. Pouvons-nous
oublier que Tauteur de la vie de sainle Gertrude ^rivait :
Quisnam in Europa habilans hujus progeniei altitudinem^
nomina et loca ignorat? El c'esl en parlant de Charlemagne
que rhagiographe ajoute : Etiam si cartae siierent, sola
fama, nullo litterarum nixa praesidiOy ab oblivionis inte-
ritu defendere sufficeret (2).
Lorsqu'on entend Eginhard raconter que Bertrade passa
sa vieillesse pr^s de Charlemagne, et rapporter ailleurs que
sa flile Gisia fut consacr^e, d^s son enfance, Ji la vie reli-
gieuse, on ne s'explique pas qu'il ail pu ignorer que Ber-
trade tormina ses jours dans un cloitre, et que, lors de
ses intrigues avec les Lombards, elle flan^a, en Italie, sa
(1) Dans ma notice pr^c^dente, j'ai ^rit qu^Egmhard avait ^t^ abb^ i
Lorsch. C^est une erreur, et le passage des Annates d*Eginhard qui y a donn^
lieu {in monasterio nosiro Lauresheym) n'est qu*ime interpolation.
(?) MS. de la Bibl. de Boiirgoijne, 5(555.
( 457 )
fille Gisla k un fils de Didier (1). Mabilion s'en est di]lk
etoan^ avant nous. £videmment, Eginhard est mal k Taise
avec les fails qui concernent Bertrade, mere de Cibarle-
magne. Eginhard ecrit pour les clercs; il est abb^, el
I'ausl^re discipline de TEglise le preoccupe l^gilimement.
Ne faut-il pas expliquer ainsi son silence pr^medit^? L*au<-
leur du memoire present^ an concours est dispose a le
croire; il e(kt pu faire remarquer que le mariage de Pepin
el de Berlrade remontait aux derni&res annees de Charles
Martel , h une epoque ou Pepin d*Heristal avail si bien
fail oublier saint Pepin de Landen, que d*ancien$ auteurs
comparent le vainqueur des Sarrasins \k Decius el ^ Diode-
lien (2). Le mariage de Pepin el de Berlrade ^lait legitime
d'apr^s le droil civil el polilique, puisque la fiancee avail
apporle a son ^poux un alleu, et il suffisail, selon Fusage
des Francs, quMl eul el^ prec^d^ de la coemption par le
sou el ie denier. Mais ce ne fut que plus lard , avant
renvoi k Rome du chapelain Fulrad, charge de solliciler
du pape la cons^craiion d'une nouvelle dynaslie, que,
gelon le vieux lexle des Annates deSainl-Beriin, Pepin fit
confirmer celte union par les c^r6monies de la b^n^diciion
religieuse, qui pouvaient seules, aux yeux de I'^glise, en
elablir la validile (3).
(1) D^apres le roman de Berte aui gram pi4i, Gisla est n^ avant Char-
lemagne : c'est la mere de Roland.
(2) Hincmar rapporte que les clercs chassis de Reims par Charles Martel
s^adonnerent au commerce, et d^chirerent le parchemin des livres et des
chartes pour s*en faire des bourses : Denarios in cartii et Uhrorum foUii
interdum HgabanU MS. de la Bibl. de Bourgogne, 7487.
(5) La date ajout^e en marge par Duchesne ne doit pas etre accept^ sans
examen. 11 n^y en a aucune dans le manuscrit des Annales de Saint-Bertin,
conserve k Bruxelles. La consecration religieuse de cetle union n'aurait-elle
pas eu lien en 746 , lorsque la retraite de Carloman abandonnait une libre
(458)
. Ua dernier Hiot pour jusiifim* eeiie toterpr^aiioo da
sitence d'£giiihard. Nous lisons, dans ua aul^ur dii X^
sikde (<(), que le diaere Godescalc, eerivaDt par Tordre de
I'^v^ttt de Li^e, Agilfrid , sims le r^ue de ChdHeoaagfla,
cruty par prudeqce, devoir ooieltre ee qui se rapporiaic ^
AlpaSde, cetie jeufie (ille noble et belle, doni ^e roariage
avail sans doule 616 aussi cel^br^ eooform^ment k la loi
de^ Franca » ear elle avail apport^ ii Pepin d'H^Srisial Falieu
d*Orp, ok Too a depnis reirotjtye $es resles avee ees mois :
C9§Uhoralis Pepini (3),
L'aoiorii^ d'^ginba^d ne nous lie plus. Nou# poursti*
vrona aos rechercbes, en nous effofQanl de les praseniar
sous ia forme la plus ^concise.
Benrade , la blonde Ber ibe des Trouv6res , 4iait une
jeuaefille des Ardenn.e$« 6%^\emmt noble et riebe. En 784 •
«oa aji^le, qui portait le mim^ nom, el iBon p^re Ri^b^i ,
affectepi uae pariie de leurs revenii^ de Romairmlla dans
TArdeone (3) k la fondajtin^ii in moo^st^e 4^ Prum. Cm
}h quMls resident m momeat od iljs fonil eetie donaiion (4);
c'eat lit qu*e^ l^ur Cof^i, Lors^uei vers 740, Bertrade
^u«e Pepui, son »\\m ee <pmj>0Ae 4e la n»taie m\lfi,
MV^mi^ Rumerwfi^, cqmm^ nm* Tappr^nd ua di-
pl6me de Pepin , du 13 aofil 762 , ojti Inler^i^&nent Ber-
(.riid$ ei son flls Gbarles^ alprs kg6 de yingt ans (5).
I^.l' ' JUi^ I I '*■ I' ■■■''•■'..'■ H. ■■' ' TTi <' ■«<'■'! 1 Ml M HI 11 1 I I p ■ I I ^1 lit ■
p^rri^re ^ Tajnl^Hion dp Pepip? (^ qui Le ferait croire, c*est la date de 747
a^^sianiie i la naissance.de Charlemagne par Tauteur des J nnale$ Petaviani,
gui parle Iui-ip£me de ses rapports avec la fao^ille imp^riale.
(1) MS. de la Bibl. de Bourg^og^ne, 19395.
p) /6<(f., 18125.
(3) Infra terminot Jrisnnae,
(4) Martene, Jmph Collj I, col. 33.
(8) In pago Choroi ititlae quae dicitur Rnmereieheim portio Bertra'
( 459 )
Teh sont l69 faiU (rnnfi autheniieit^ ineontefitabie t le
nm $ppariient aux tradiiions et ao& l^gende^, al jamais
ancuD nom plus que celui de la Fdine Bertfae ne fat enr
tour^ de myai^re, nop««eoleineDjl en ce qui ioache aa ^vie,
mais mime en ce que nous aavQQg de ee qoi adTint d'eile
apr^ sa mori. On cfoyaii au moyen &ge'(€ette tradition
eal mention nee par Ip^rins, dans )a chroniqae d« Saint-
Bertin ) qu'une comtesse de Fjandre a^ait en leva de Satntr
Denis, Je ne sais trop pour quel motif, les froides d^^
pouilles de la m^re de Charlemagne. Tout ceci ^tatt onbli^
quand, en i646, le grand Cond^ vainqnit les Espagnols k
Len«. An bulletin de la bataiiie snec^a un autre bulletin
rdatif Ji la eonqii£te de la villed'Aire^ oh Ton eonservait,
y ^talt^^il dit, le corps de la reine Ber trade. Les BollaQi-
distes, qui eommenfaient alors leur pnfeie«se collectioB
des Aeki Sanctorum, s'^mnranide cetie aI}4g»tion. lis pra-
voqo^ent lane enqufite; on fit fl34m« des fonillas* ei I'm
ratroova aon-seulemeiit les restes de la reine Bertrade.,
mais Mssi eevs dn premier roi franc de la dynastie ouroi-
lin^nne, Oa constata qua f^pm le Br^f ayalt it^de petite
stature (1) , mais q«'il s'en ^tait pas de m^p« 4e ae iwrnh
4a» guam genitor 9uu$ Mfifiberim H in alode dmU^uif, On Ut.lJla fin :
Manu propria deerevimui roborare ego Pipinui et eonjunw mea fer^
trada. Signum CaroU filii $ui contentientii. (Mabillon, Bouquet, Par-
4fsitut, Mimm^ «te. )
he non de ^Sarlpman ne m jtrouve pas dam Je texte gne noui a cttoyenr^ 4e
manuflcrit de la Bibliothefue de Bour^ogne, 5996. CarlomaQ n^ayait que
onze ans k cette ^poque. — Ce fut k la priere de Bertrade que Pepin renou-
vela, en 763, la ebarte dela fondation 4e t*ifbbaye de Pnim : USoarii wuae
Berthradae rogatu provocatut. (Mir. S. Gear, jieta SS., 6 jul., p. 345.)
(1) Cinq piet et demi d« long, plus n'en ot mie,
dit Adenez.
( 440 )
que les romanciers avaient nomm^e h juste litre Berthe
au8 grans pies. On lut sur une lame de plomb que la
translation de ses restes avait eu lieu an mois d'aofit 1255.
II convient d*ajouter ici qu'en 1264 , l^s moines de Saint-
Denis flrent, de leur cdt^, ouvrir le tombeau de Bertrade,
et qu'ils deposdrent les ossemenls que Ton y trouva dans
le chceur de Tdglise. £tait-ce une precaution tardive on
feinte? Nous n'osons nous prononcer, mSme apr&s avoir
lu attentivement les lettres adress^es au P. Alexandre
Wihheim (1).
Ce que nous savons le mieux, c'est que des chartes
authentiques ^tablissent que Bertbe aus grans pUs ^tait
ardennaise, et les traditions liegeoises, d*accord avec This-
toire, la font cousine d*Ogier leDanots et de Garin le Lohe-
rain. Nous en retrouvons aussi un vague ^cho dans ces
vers oil Godefroi de Yiterbe, aprte avoir fait nattre Char-
lemagne k Ingelbeim pour flatter TEmpereur, nous ap-
prend que sa m&re ^tait une prineesse de Hongrie. La
tradition liegeoise rapporte, en effet, qu*un beau-fr^re de
Bertbe aus grans pi4s devint roi de Hongrie par droit de
conqu£te plutdt que par droit de naissance, et Ton com-
prend qu'elle soit arrivee jusqu'Ji Godefroi de Yiterbe,
puisqu'il v^cut k la cour de Conrad III avec Wibold, vice-
chancelier de TEmpire et abb^ de Stavelot, qui ^tait n^
k Li^e.
Selon nous (et nous attribuons k cette observation aoe
grande importance) , c*est dans le pays de Bertrade, c'est
dans les Ardennes, entre Landen et Tbionville , ou, si Ton
aime mieux , entre Liege et Metz, qu*ont pris naissance
(1) MS. 6S39 de la Bibliotbeque de Bourgo^ne.
( 441 )
toutes les traditions conservees dans les romaos du cycle
carolingien. Ne nous ^tonnons pas que Ton nous dise que
Bertrade etait cousine d*Ogier le Danois et de Garin le
Loherain. Qui ignore que Garin le Loherain devait son
nom k sa naissance en Loiharingie? Qui ne sait aussi
qu*il faut lire Ogiev yArdmnois pour Ogier le Danois? Tons
ces lieros sont avalois, c*est-k-dire de la contrto qui fut
longtemps d^sign^e par le nom officiel de Pays-Bas.
II est int^ressant de voir comme Thistoire litt^raire
conflrmeces donn^es. En France, les romans du cycle
carolingien se repandent 2i deux ^poques , d'abord quand
Elisabeth de Hainaut Spouse Philippe-Auguste, ensuite
quand Marie de Brabant epouse Philippe le Hardi, et
c'esl un poele attache aux dues de Brabant qui se preten-
daient les heritiers directs de Charlemagne {duces Lo-
tharingiae de prosapia s. Karolimagni) , qui compose pour
Tune de ces princesses le roman de Berthe aus grans
pies. En Allemagne, c'est sous Tempereur Charles de
Luxembourg y cet illustre protecteur des Minnesingers,
que la po&ie repand ces legendes aux bords du Rhin et
jusqu'au fond de la Saxe et de la Bavi^re. Ainsi, en Alle-
magne comme en France, ce sont des princes et des prin-
cesses issus de Charlemagne, ou ayant recueiHi les iltats
h^reditaires des Pepin , qui propagent ces recils auxquels
leur gloire et leur vanit6 sont int^ressees* Pen importe
d'ailleurs que les poetes, par tin anachronisme consacr^
par Tusage, transportent k leur cour, soit aux bords du
Rhin , soit k Paris , la sc^ne des legendes qu'ils reprodui-
sent. Nous savons que, d^s le XIV™* si^cle , tons les ro-
mans anglais placentk Windsor le sejour du roi Artus,
parce que c*elait la qu*un nouvel ordre de chevalerie ve-
nait d*etre fonde par £douard III.
( 44S )
En 748 > ftonee pleioe de trouble et de eonfiiiioa^ I A
mne Beribdi qui pr^ferait la quesoiulle k U laoce^ fiiait*'
die datis Its Ardeone^? Hela», ii y a biea loin de notjre
epoqUe k eelle oil U r^iae Berihe filait, et sans cbereher
k en savoir davantage, il noas kiffit de conaaHre sa pa»-
Irie et ToriglB^ d^s 16|pend^ qui ont reodli son aotn si
populaird^
II esl temps de r^ntrer dans la discttssibn des £iits qoi
apparii^nent k rhistoire^r
Charles Martel s'etait born^ a designer^ ^n preaened des
nobles francd f ses fils Carloman el Pepin comme htfri4iers
d6 son principat. II paraiC qne Griffon se trbatait a Ktersjr
au niiomtot de la maladie de son pei'e el qU'il obtini, gr&ce
aoi; prieres de sa itiere Sonnehilde, nn vaste domaiae qui
a'etendail a la fois en Austrasie, en Neastrie et en Bou^-
gofae. Laon ea etail probableHieni le centre. Dans oetie
eontree residait un^ population franque, rude, vaillante,
energique^ qui avail toujours rempU un role important
daos les qiierelles de la Neustrie et de TAustrasie* Son in-
flueaee, lEidique^ par les historiens des I'epoque de Bruae-
hilde et de Fr^degonde^ se dessinera plus Completement
sous les comtes de Vermandois. Elle alteiadra son apogee
qmand le dernier heritier de Charlemagne perdra la cou-
ronaeet la. liberty daas.cette meme yille de Laon que Goi*
ber t de Nogenl^ appelle le berceau des ambitions royates ,
ihalamm regiae unibitimiis.
On savait que Griffon ^ flls d'une princesse ramenee cap-
livede Bavi^re^ rdvait Talliance des peupies d*oatre-Rhitt ,
comme Ragenfrid avait recberebe celle des Prisons. Poar
miens d^jouer ses projets , les Francs d'Austrasie , condaits
par Carloraan et Pepia , Taltaquent an milieo de TbiT^,
afin que les peupies de la Germaaie ne le paisseui secourir.
( 445 )
Leur trioraphe est completi Garlomaa meiie avec lui Ghl-
fon au ch&ieau de ChevremoQt(l}. Sonnehilde estenfermee
k Chelles. Noire honorable confrere et ami^ M. Polain>
rapporte que Pepin ly conduisit, et il en conclut que
Clelles etant sur la route de Paris, ce fut de ce cote
que Pepin se dirigea avec Bertrade, pr^ d'etre mere.
Aucun teste, croyons-nous, ne porteque Pepin conduisit
Sonnehilde k Chelles, et cette mission eut ete indigne de
lui. Sans nous demander si Tabbaye de Chelles, assez peu
eloiguee de Laoo, ne faisait pas partie du domaine de
Griffon conquis par les Francs austrasiens, nous nous bor-
nerons k faire remarquer que ceiteabbaye, la plus illustre
retraite que put irouver une princesse du Vin"""siecle, etait
depuis longtemps soumise k Tinfluence carolingienne.
Cetait Ik que saint Willebrod et saint Boniface faisaient
elever et instruire les jeunes filles anglo-saxonnes, c'etait
\k que s'^iait retiree Bertilende^ qui poss^dait de vastes
domaines en Toxandrie, et^ plus tard^unefiUe de Pepin y
devint abbesse.
Carloman est seul nomme par les chroniqueurs qui ra-
contentla captivity de Griffon k Chevremont, Ceci serap-
porte k Tepoque ou , selon le moine Othlon (2), il dirigeait
le gouYernement, comme fils aine de Charles Martel^ c'est-
(1) Pepin (l^H^ristal avait donne le domaine de Yilvorde k T^glise de
Notre-Dame in Novo Ca$tello. Un dipldme de Tempereur Othon, du 18 ami
947, reiatif k ce meme domaine, ne parte plus du Novum CMtellum, mais
de Chevremont.
(2) J*ai d^j^ cit^ le texte du moine Othlon. Ceci se retrouve aussi dans le#
Jcta Sanctorum .* Jd nutum Carlomanni qui majorit erat aetatit, om-
nia paterni regni ditponebantur jura. Cum Pippintu , necdum pro
immaiura aaktte ad tu^Unlanda regni gubernacula idoncus ettet.,.
(Encom. S. Uadel. Mta SS.^ 2 febr., p. U47. )
( 444 )
a-dire k la fia de Thiver 742. Immedialement apres vient
le champ de mars, ceite memorable assemble oii les
maires du palais, comme ces chefs des Germains, egaux
aox rois, donl parleTacite, aimaient k rappeler aux leudes
que si les privileges de la naissance peuveni mainteDir les
<]yDasties , c'est le caarage seul qui les fonde.
Depuis Pepin d*Heristal, les maires du palais avaient
soio deconvoquer, chaque annee, Tassemblee geoeraie des
Francs. Celail Ik que Ton prenail loutes les mesures pro-
pres h garantir la paix publique ; c*etait la qu'on reglail les
preparatifs des expeditions militaires, qui commen^ient
au printemps (1). Si au champ de mars, Garloman avail
la superiorile parson kge, elle appartenait k d'autres litres
k Pepin , et nous ne pouvons oublier le mot du continua*
teur de Fredegher, qui nous dil que, lors meme que les
deux fr^res comballaienl ensemble, on suivait les avis de
Pepin, consilium Pippini exsequentes.
Si le partage des deux principals n'eiait pas accompli
lors du champ de mars de Tannee 742, il est hors de doule
que les deux freres y presiderent ensemble, et puisque nous
Savons que Garloman etait alors en Austrasie, nous pou-
vons en conclure que Pepin s*y trouvait avec lui : or, quel-
ques jours a peine s^parent ce champ de mars du 2 avril
742, date assignee commun^ment a la naissance deGhar-
lemagne.
(1 ) Singulis vero annit in Kalendis martii generate cum omnibus
Francis secundum priscorum consuetudinem Pippinus concilium age-
bat, donee verbo pro pace et defensione ecclesiarum Dei et pupiUorum
et viduarum facto, raptuque feminarum et incendio solido decreto inter-
dictOf exercitui qtwque praecepto dato ut quacumque die illis denuncia-
retur, parati essent in partem qttam ipse disponeret proficisci.., {yfnn.
Mett. 692.)
( 445 )
Dans notre travail precedent, nous avons voulu proiiver
qu*il y eut en 742, et vraisemblablement vers I'epoque do
champ demars ou vers les fetes dePaques, un concile tenu
a Leptines auquel assista Pepin (i) el que presiderent saint
Boniface et le legal Georgius. Nous avons cite a Tappui de
celle assertion les acles du concile de Kiersy en 838, Tan-
naliste de Fulde, et Hincmar, qui en reproduit des statuts
qui n'ont aucun rapport avec ceux du concile de Leptines
assemble par Carloman (2); nous aurions pu invoquer aussi
le temoignage de Loup de Ferrieres. Nous n'insisteronspas
toulefois sur ces arguments, parce que la date precise de ce
concile sur lequel se taisent tous les historiens eccl^sias-
tiques resle toujours plus ou moins hypothetiqne.
La question la plus importante, celle qui domine toute
celle discussion, c'esl de savoir si le parlage des deux
principals eut lieu apr^s la mort de Charles Marlel ou apres
Texpedition de Poitou. M. Polain Fa fort bien compris;
nous nous etonnons seulemenl qu'apres lant de conscien-
cieuses recherches , il ne soil pas arrive k trouver une s6-
luliott toute favorable a celle belle et pitloresque con-
trdedes bords de la Mouse quMI a si bien servie par ses
etudes.
Nous lisons dans les Annales Laurissensesmajores , dans
les Annates Tiliani, dans les Annales Bertiniani :
In ipso itinere diviserunt regnum Francorum inter se in
loco qui dicitur Vetus-Pictavis (5).
(1) Un hagiographe appelle Pepin le Bref, Pepin le Pieux (ActaSS.^ 17
Jan., p. 98.)
(2) Hinemar, ^dit. Migne, t. II , p. 143. Ges statuts se rapportent k la le-
gislation canonique sur les manages.
(3) Of. le MS. de la Bibl. de Bourgogne, 6446.
S"^*" SJ^RIB, TOME IV. 30
( 446 )
Les Annc^s Lauristenses minores porteat : In ipso iti-
nere regnum inter h quid quisque habertt dividwit in loco
qui didtur Vetus-Pictavis (1). C'est k peu de cbose prte la
rndme redaction.
Enflo les Annates d-Eginhard soot ainsi con^ues : Be-
qnum quod communiter habueruntdiviserunt inter $e in loco
qm diciiur Vetui-Pictavis.
Nous lisoas aussi dans les Annates deSaint-Maximin de
Treves , 6crites sous Charlemagne:
Carolus obiit. FiUi ejus principatum illius dividunt inter
$e (2).
Ajoutez k ces temoignages ceuz de R^inon , de Pierre
le Biblioihecaire et de tons les compilateurs du X"'"' aa
XlII"' siecle :
c Lors retourn^rent les freres, portent les Chroniques
1 de Saint*Denis , pour les besoingnes du royaume or-
> donner et recouvrer les provinces qui j^ estoyent hors
» de la socii^t^ et de I'aliance aux Francois , puis la mort
» de leur pire*. Puis alerent au Yiel-Poitiers, et la despar-
> tirent le royaume qu'il avoient tenu commQnemest
> entre eulx deux jusques alors (3). >
Get interr^gne des maires du palais est si bien etabli
qu'ane ancienne cbronique de Stavelot s'exprime ainsi :
(1) Cf. les MSS. de la Bibl. de Bourgogue, 6450 et 1^835.
(3) MS. de la Bibl. de Bourgogne, 6843.
(3) Deux iadex sont joints au tome III de la collection des bisloriens de
France. Dans le premier, Dom Bouquet s^exprime ainsi : Carloman et Pepin
prenoeni le chtoau de Loches, et viennent dans le lieu appel^ le Tieux-Poi-
Uers, ou ils se partagent entre eux le royaume de France. Dans le aecoftdi
tongeriie 4it aussi : Mfgmtm fzalemiim diviierunt in Uko qui dMiur
Fetui-Pictavis, prout teitantur annaki Eginharii^ omdHoru
Loiuliani, Bertiani et Mvtemu*
( M7 )
74i - Harolus defmctm est,
742. Karlomannus et Pippinus regmre coepermt,
A tous ces textes, M. Polain en oppose un seuU celui
du eoBiinuateur de Fjredegher, qui prdtepd que le pariag(9
fut fait par Charles Martel lui-mtoe, ei qu*ao Poitou,
Ton ue r^partit que du butin» praedam. Mais ceci eitaitsi
oppose a r^vldeoce que ranaalisie de Metz, apres avoir
reproduit le commeflcemeat de ee le&te, ajouie, cojuib^
las aulres auteurs que dous avons dejli cites : In ipso itinere
diviserunt regrmm Francorum inter se in loco qui dieitur
Vetus^Piclavis.
Ea vain M. Polain voudrait-il nous persuader que h mot
praedam ou regnum peuis^enle&dred'uxie partieduroyaumo
de France, c*est-a-dire du domaine da Griffon : oa n'avait
pa$ aitendu sans doute qu'on eut passe la Loire pour par-
tagar ce dooaaiae qui oe fut jamais un royaume^ et coaa-
ment serait-il possible d'interpralery comme s'appliquant
au ducbe du fils de Sonnehildet les mots regnum Franco^^
rvm quel -on rencontre dans la plupart des textes^oonten^
porains? Voiei, d'ailleurs, des t^oigaages leacore h\m
plus precis. Le premier est celui d'Eginfaard, dans la Vie
de Chariema^ne : MagiHraius ab avo et patre $ibi et frairi
Karlomamu) relictus summa cum concordia dimsm. Le se*
cond appartient au Chromcon Moissiaeense : Pippinus el
Karlmannus principatum patris inter se dimdunt* Le troi^
sieme, puise dam les Annaks Fuldenses Einhardi, reunit
les deux redactions qua nous avons reproduites^ an les
completant Tune par Tautre : Carlomannus et Pippinus,
sub obtentum majordomatus, jotws Frai^ciae regnum sus-
cipiunt et inter se dividunt.
Si la certitude n'etait pas complete, nous invoquerions
ces chartes de Tabbaye de Weissenbourg, oit Ton m^n-
( 448 )
tionne I'epoque de la division des principats , en la pla<;ant
aprte Texp^ditioD de Poitou (1).
Une seule objection s^rieuse se pr^sente : la tenne, au
mois d*avril 742, d*un concile assemble par Carloman in
regno meo, comme il s'exprime, ce qui indique que la
division des principats etait accomplie. G*est le concile
connu sous le nom de concilium Germanicum, plac^ par
les uns k Ratisbonne , par d'autres k Salzbourg ou k Franc-
fort, mais qui, a coup sur, fut tenu, selon Texpression de
M. Binterim , au coeur de TAllemagne (2). Nous avons d^ja
dit que nous croyons cette date inexacte. On sait que ce
concile et celui de Leptines se tinrent k une ann^e Tun
de Fautre, et Mansi , all^guant Tusage de tenir les conciles
le dimanche, n'hesite pas k croire que le premier est de
743 , le second de 744. II suffirait peut-Sire de faire remar-
quer qu'en 742 , TAIIemague ^tait soulevee aussi bien que
la Neustrie gallo-romaine; d'autre part, que Carloman
partit pour FAllemagne, apr^s Fexp^dition de Poitou, et
qu'il y passa toute Fannie 745, retenu par la guerre contre
les Bavarois et les Saxons. II existe toutefois un autre
moyen fort simple d'^tablir que Mansi a raison, c'esl de
rechercher quand Carloman resida k Leptines. Or, nous
trouvons, dans la chronique de Lobbes, par Folcwin; la
mention d*une charte de Carloman : Actum Liptinas villa
publica quo facit februarius sex, anno secundo regnante
Hilderico (5) , ce que nous platens en 744 et ce que per-
sonne n'attribuera k Fannee 745 (4).
(1) jinno secundo principatus Carlomano et Pippino quando suec9S'
aerunt in regnum.
(2) Geschichte der deutschen Coneilien, t. II, p. 21.
(3) Pertz , Hlon . Germ, hist, script., t. IV, p. 58.
(4) De nombreuses difficuUes entourent la chronologle des diplomei de
( 449 )
Faul-il ajouter a touies les preuves deja ci(ees> celles
que nous avons trouvees dans un fragment reproduit, k la
fin du XI"''' si^cle, par Hugues de Fleury? Nous nous en
sommes trop longtemps occupe pour y revenir. Nous nous
bornerons k combattre les objections qui pourraient lui Stre
adressees. Non , ce texte ne doit pas etre confondu avec des
compilations sans autorite (1). Le style, si on le compare
Cbild^ric III , non-seulement pour ceux qui sont dat^s de Compiegne et de
Kiersy, et que nous rattacherions volontiers k la courte inddpendance de la
royaut^ m^roviogienne en 742 , mais mSme pour ceux ou rintervenlion des
maires dupalais est constat^e. On salt positivementque , au mois de mars 744,
on ^tait dans la seconde ann^e de son regne, selon le calcul de la royaut^
octroy^e. D*un c6t^, on a soutenu que son regne ne pouvait avoir commence
qu^apres le 1 '' Janvier 743 , parce quMl n*en est fait aucune mention dans unc
charte donn^e par Pepin , k Metz : mais cet argument est sans valeur. On
connait plusieurs chartes des annees suivantes qui mentionnent seulement les
maires du palais. D^autre part, une charte du monastere de Saint-Gall, pu-
blico par Goldast, Mem. antiq., II, pars 1*, p. 38, fait remonter le regne
de Cbild^ric au mois deseptembre 742, ce qui a fait dire ILEckhard : Childe-
ricut anno 742, ante vij id, septemhrit ad regnum pervenit Pagi est de
la m^me opinion. La marcbe g^n^rale des ^v^nements n^expliquerait pas que
la royaut^ ait pu dtre octroy^e k Gbild^ric au mois de f^vrier 743; tout in-
dique, au contraire, que ceci a du se passer au retour de Texp^dition de
Poitou; et si Ghild^ric III nomme Carloman seul, comme Tayant plac^ sur le
trdne, c*est que Carloman seul, k cette ^poque, dirigeait, au moins nomina-
lement, le gouvernement aussi bien en Neustrie qu^en Austrasie. L^erreur
des diplomatistes r^sulte probablement de ce quails ne font remonter la
royaut^ de Child^ric III qu*k sa proclamation par les maires du palais, qui
parait avoir eu lieu au champ de mars en 743. — Je nMnvoquerai pas la dona-
tion de saint Chrodegang, reproduiie par Br^quigny, ou on lit : ^nno ab
Incarnatione Domini DCCXLFy anno VI Childerici regis, XX die
maii. Ce dipidme constatant Tintervention des maires du palais, il faut rem-
placer probablement anno FI par anno III,
(1) Les Annales Mettenses, dont Tautorite est si grande, ne sont
aussi qu*une compilation k peine ant^rieure d*un siecle k celle de Hugues de
Fleury.
( 480 )
h celai d'^ginhard , annonce one source de id tnime aoti-
quite, et dous poovons aroir foi dans le t^moigoage de
Hagaes de Fleury, quand il affirme qu'il reprbdoit des
textes inedits d^eonrerts daDs la plos calibre bibliotheqae
dela France. N'est-ce pas Hugues deFleuryqni, lepremier^
rendit a TEorope savante les ouvrages d'Anastase le biblio-
tb^caire, autre bistorien du IX"** si^cle sur lequel s*^(ail
aussi appesanti un long oubli?
Tout le prix de ce fragment, c*est de supplier au silence
des auteurs anciens d^j^ connus , en nous ^clairant sur les
motirs qui port^rent Carloman et Pepin k relever, ou pour
mieui dire k sanctionner, on an aprds la mort de Charles
Martel , la royaut^ mdrovingienne. Tons les bistoriens ,
sans en excepter ceux qui ^crivent de nos jours, avaient
compris que cetle resolution reposait sur une cause se-
erdte qui devait 6lre rattacbement de la Neustrie aui dea-
cendants de Clovis. Le fragment de Hugues de Fleury l^re
le voile que d'ing^niettses conjectures avaient d^jii 2i demi
dissip^*
Mais tottteela n'^tait*il pas indiqu^ d^ja par^ginhard,
quand il dit que Carlotnan , qne nous atons vu relourner en
Austrasie apr^s la d^raite de Griffon, ne tarda pas k assem-
bler une arm^e ad ordinandum regnum f Tons les tex:tes
contemporiins ne d^peignent^ils pat, dte le commence-
ment du Yllt'"* si^cle, Torgueil conqu^rane de Fanctenne
France austrasienne, Francia teutonica, et les vains efforts
de r^istance tentes par la nouvelle France, gauloise ou
romaine, Francia romanaf D*un c6t^, les guerriers lea
plus intrepides, probatissimi ad certamen viri; de Pautre,
une race ^nerv^e et ab^tardie par ses alliances vulgari com-
mixta plebe. Cbarles Martel ne jugeait*il pas, comme nous
Tapprend Tauteur de la vie de sainte Gertrude, qu*il ^taii
( ^i )
plus glorieux de cowmaQder aux rois que d*dtre roi (1)?
ne lit-on pas, dans uq documeut du VIII"'* 9i^le» qw
les vjctoires de Charles Martel sur Rageafrid eureni pour
resuUat de faire rentrer^ sous Tob^issauce des Francs »
des royaumes qui s'etaient soustraits k leur domioaUoUy
regnaperdita Francorum ditioni reparavU (2), et ailleurs
qu'il exlermina les tyrans et les races ennemies^ tyrannos
et gentes adversas (5)? Ges tyrans sout ceux dont parleat
£ginhard et TanoDyme de Hugues de Fleury, c'est-k-dire
les descendants des s^nateurs aquitains ou arvernes^
devenus les protecteurs des heritiers de Merovee* Ce$
races ennemies, ce sont les populations gallo-romaines
qui soutiennent Hunald comme Eudes, Waifre comme
Hunald.
II est int^ressant d'observer combien la resistance de la
Neustrie aux successeurs de Charles Martel a laiss(§ d^
traces dans le cycle carolingien. Nous citerons quelquea
lignes du roman de Charles Martel.
< II est k croire que Charles Martel fut roy de France
> en son temps, non mie par vraye succession de droitte
> lignie, mais par la gr&ce de Notre*Seigneur et par bono^
» fortune qui ainsi luy aida, et r^gna Pepin, son fiU, apr^
1 luy» comme son fils et hdriltiery par le moyen d*aucvins
» princes de France, mais non mie du consentement de
» tons, car la plus grant partie en fist reffus, En Tostel et
> maison de France avoit en celluy temps plenty de moult
» grans seigneurs, les uns contraires d'oppinion aux autres
(1) Ghriosiui dnemi regnum habentibw imper^r$ quamrtgnum ha-
&n*«. MS. de la SibL de Bour^ogoe, 5055.
{%) Gluroaifiw de St9reWt,M$. ^ la BiJbd. de Boiifgogae, bp 9S04.
(5) MS. de la Bibl. de Bourgogne, 4779.
( 452 )
> et tr6s-discordans en plusieurs mani^res par le fail du
> couronnement de Pepin (1). »
Et quand delate la grande guerre c de ceuix de Lohe-
» raine aux hoirs de Bourdellois, » on voit les Anglois,
Escochois, Irlandois, Flamengs, Picars, Boulenois, Bar-
banssons et Hainnuiers s^unir k ceux de Metz et de Lor-
raine dans une ligue commune contre les Bourdellois.
Gette guerre c qui dura comme succession d*enfants a
> p^res > ne peint-elle pas cette longue inimiti^ qui sdpa-
rait deux races, Tune savante et polie, assise sur les ruines
du passe, I'autre se precipitant, encore k demi sauvage et
k demi paienne, k travers ces memos ruines pour reedifier
Tavenir?
De Ik cette conclusion : le principal etant commun
entre Carloman et Pepin au mois d'avril 742, il en r^sulte
que Pepin presida avec Carloman k Tassembl^e du champ
de mars, puis k la reunion de L'armee qui se flt, en Austra-
sie, apr^s Tassembl^e du champ de mars (2). Done, Char-
lemagne est n^ en Austrasie. II est ^tabii de plus qu*au
mois d*avril 742, la Neusirie s^etait souslraite k rautorit^
des maires austrasiens. Charlemagne ne put done naltre
en Neustrie.
N'est-il, d*ailleurs, aucun historien du IX""* siicle qui
se soit occup^ de la patrie de Charlemagne? N'y a-t-il pas
un texte du moine de Saint-Gall, texte si precis que les
B^nedictins Tout accepte et proclam^ perempioire? Depuis
(1) Roman de Charles Martel , MS. de la Bibl. de Bourgo^^e, n" 7,
(2) La plu|>art des documenls contemporains attestent que Carloman et
Pepin r^glerent ensemble les pr^paratifs de la guerre qui remplit cetle
ann^e, el cette guerre n*^tait que la eons^uepce de la d^lib^aiion g^^rale
du cbamp de mars.
( 455 )
lors, il a ete con teste, i I est vrai, mais c*est surtout
la valeur de la source dont il emane qui a ete niee et
rejet^e.
La classe nous permettra d'approfondir cette partie du
debat. L*examea serieux auquel nous nous sommes livre
nous a convaincu, comme Basnage, que ce moine de
Saint-Gall est Notker le B^gue, poete et hagiographe^ que
Ton voit, apres 872, diriger Tecole de Saint-Gall et qui
d^dia son livre De geslis Karoli imperatoris, en 882 ou 883,
a Tempereur Charles le Gros (1). Sa piet6 fut honor^e par
r^glise, qui Tinscrivit au nonibre des saints, et sa science
nous a ete attestee par tous ses contenoporains. Non-seule-
ment, il dirigea Tecole de Saint-Gall avec le moine Ison
et le Scot Moengal , plus connu sous le nom de Marcellus;
mais il s'associa aussi a la Tondation de la biblioth^que de
ce monastere devenu, au IX""^ siecle, le plus illustre asile
des leltres. Ekkehard dit de lui : Notkerus in legendo,
orando, dictando, celeberrimus , et Fauteur de la Vie de
saint Fridolin dedie son travail : Notkero doctrinae sophia
famosissimo,
Notker, qui ecrivait environ soixante et dix ans apr^s la
mort de Charlemagne , ne Tavait jamais vu ; mais il avait pu
(1) La mention de Tinfirmit^ qui affligeait le moine de Saint-Gall, sa quality
de reclus (inclusus), les liens qui Tunissaient k Vabh6 Grimald, son maiire,
et IkTabbe Hartmut sous lequel il ^crit, tout nous convainc qu'il ne pent Stre
autre que Notker le hoQue. Les rapports chronologiques, quoi qu'on ait dit,
ajoutent k T^vidence. Ainsi , nous comprenons fort bien qu^un auteur, d^jit
vieux, en 883, ait connu dans son enfaoce un des b^ros des campagnes contre
les Huns, qui eurent lieu dans les dernieres ann^es du YIII"' siecle, et quMl
se soit souvent entretenu avec Tancon et Grimald , qui tous les deux avaient
connu Charlemagne. Grimald ne mourut qu^en 872. — Remarquez aussi que
Notker eut pour disciple Ruodberi , ev^que de Metz , en 883.
( ^^ )
rencontrer plosieurs personncs qui Tavaient connu^entre
autrea, Walafrid Strabus , qui v^cut k Saint-GalL U nous
dit lui-mdme qu'il ^crit d'apr^s des t^moinages contem-
porains; mais it couvient de faire ici une distinctiou im-
poriante.
Le travail du moine de Saint- Gall reaferme deux par-
tieSy Tune toute militaire, Tautre politique, anecdotique »
mais touchanl surtout a Thistoire ecclesiastique. La pre-
miere, il Tecrit au hasard et seulement pour ob^ir k
Charles le Gros. II se borue, en effel , comme il le declare
lui-mSme, k recueillir les recits qu'un vieux soldat, revenu
de la guerre contre les Huns, s'eiait amus^ jadis k lui faire,
recits oji les fabuleux souvenirs des hordes d*Attila ^taient
grossis k tel point que Ten fan t se sauvait pour ne pas le3
entendre (1). Mais il est une autre partie du travail du
moine de Saint-Gall plus exacte et plus digne de foi : c'est
celle que, jeune encore, mais d^jk guid^ par ses goAts vers
la vie religieuse, il dut aux plus v^n^rables personnages
qui Favaient devancd dans le cours du si^cle.
Ainsi Notker a eu pour maltre Tabb^ Grimald, qui avait
^te lui-mdme, comme flginhard, Tun des disciples de
Charlemagne, c*esi-k-dire Tun de ceux quMl se plaisait k
former k la discipline ecclesiastique et au chant gregorien ;
et nous rappellerons que Walafrid Strabus place T^loge
de Grimald entre celui d'^giobard et celui de Tb^an. II
a v^eu sons Tabb^ Harmot, qui fut rarcbichapelain de
Louis leD^bonnaire, et queRatpert appelle : Virum seientia
et moribus, nobilitateque praeclarum. II a connu k Saint-
Gall un des chantrea remains envoys k Charlemagne par
(1) h& oomte (Mrold, sons lequel a?ait servi ce vieax soldat, fit phiiitui*
foit la guerre aux HttQa. 11 «$t c\U 4aQ9 k testament d« Charlanaimie.
( 455 )
le pape Adrien; il a eu pour pr^d£cesseur» dans la direc-
tioQ de Feeole de Saint-Gall, ie moiDe Tancon, qui fut
appele par Charlemagne pour fondre la grande cloche de
la basilique d'Aix-la-Chapelle; c'est sans doute deTancon
quMI tient tout ce qu'il raconte de la construction de cette
merveilleuse basilique, et Walafrid Strabus atteste que
Tancon etait digne de foi : Tanco, venerabilis presbyter,
haec saepius sua relatione con firmans, omne dubitationis
argumentum veritatis ratione depellit. Voilk k coup sAr une
autorit^ bien respectable pour un texte qui , k propos de
cette mdme basilique, nous apprend qu'elle s'devait dans
la patrie de Charlemagne ; mais il faut citer Ie teite mdme
dont nous nous occupons.
Le moine de Saint -Gall rapporte que les Francs se
vantaient d*avoir efface par leur gloire celle des Grecs et
des Romains (1). Une incontestable superiority restait, k
un autre point de vue, aux peuples de Tantiquit^ : c'^tait
celle qu*attestaient les monuments devant lesquels Char-
lemagne s*arr6ta avec admiration dans ses voyages d'ltalie.
L'illustre empereur des Francs profita done du repos que
lui assurait la fin de sesguerres pour Clever Tart franc au
niveau de I'art romain, de mdme que la gloire franque
dgalait d^jii la gloire romaine. II avait r^solu de pr^sider
lui-mSme k la construction de la basilique d*Aix, et, k
Texemple d'Auguste , qui avait cri6 une Rome de marbre,
il voulait que sa patrie eAt aussi k montrer k la post^rit^
un monument od se confondraient le bronze et le por-
phyre : In geniiali loco basilicam antiquis Romanorum ope-
ribus praestantiorem fabricare propria disposilione molitus.
(1) Gra9oi i$ Homani invidia Franeorum gloHae carpabantwp, P«rU ,
Script, II, col. 755.
(456 )
Nous De pouvons oublier que le moine de Saiot-Gally
cilant k chaque page les vieux poetes classiques^ avail sous
les yeux ces vers d*Ovide :
Neseio qua natale solum dukedine captos
Duett et immemores non sinit esse tui.
Lorsque Ovide ajoutait aux vers que nous citons :
Quid melius Roma ?
il ue vouiait pas dire qu'il etait ne k Rome, mais que le
sol oil s'^levail Rome ^taii le sol de sa patrie. Le genitale
solum ne signiiie pas autre chose dans le r^cil du moine
de Saint-Gall. La cit^ d'Aix Tail partie du genilale solum ^
mais elle partagecet honneur avec Jupiile, ou, d'apres une
tradition, Pepin habila avant que le cb&teau d'Herstal ful
reconstruit , avec Herstal, residence favorite de Pepin et de
Bertrade(l),et que Charlemagne I ui-memeaimait k ce point
qu'il donna le m£me nom k la ville qu*il Tonda sur les bords
(1) Pipinus rex et Bertrada regina uxor sua manserant apud Har^
atallum. MS. de la Bibl. de Bourgogne, 10,954. Gf., n? 5756. On conservait
k Herstal un crucifix donn^ par Pepin, qui, par ses proportions, rappelait,
dit-on , exactement sa taille. Un ancien auteur appelle Herstal $ede» Fran-
eiae. On lui donna plus tard le titre de premiere capitale du duch^ de
Brabant. Au Xll"*" siecle, Herstal conservait encore quelque chose de son
ancien ^clat : De finitimie, inquiunt, villis quae non sprevisti, Mental-
lum est una, imo praecipua, quam olim regii eonventus elaritudo
illustravit; unde et magniludine est productior, et hahitatoribus plenior
et substantia profusior, ex quibtis omnibus erit tibi proventus largioris
quaestus et nobis ad manendum spatiosior hospitalis sueeessus. Fita
S. Everm., j^eta SS,, mail, I, p. 136. Rappellerai-je ici d'autres traditions
li^geoises : Charles Martel tuant,a Andenne, un ^norme serpent avec Ic
marteau d*un forgeron, et m^ritant ainsi son surnom; Charlemagne inamo-
lant mi ours en prince de sainte Landrade, qui le salue pour la premiere
fois du nom de Grand , etc. ?
( 457 )
du Weser. Aix, Liege, Landen, Jupille, Herslai, Theax,
Ambieve, tout ce pays encore seme aujourd'bui depitto-
resques ruines et d'heroiques legendes, toute cette vieille
France, toute cette Austrasie ombrag^e par la foret des Ar-
dennes, c*est le genilale solum de Charlemagne, c*est sa
patrie, enfermee non pas dans une seule ville dont nous
ignorons le nom , mais dans des limites qui nous sont bien
connues (1) : Pepin, rapportent les hagiographes, etendait
sa puissance de la for6t Charbonniere jusqu'au Rhin , de la
Moselle jusqu'aux fronti^res de la Frise (2). Nous trouvons
le meilleur commentaire du moine de Saint-Gall dans cette
phrase d'une vieille chronique qui reproduit des testes
encore plus anciens : In ipsa terra sua Aquisgrani basi-
licam construxit (5).
Ceiait auVIlI™' siecle, disons-nous , la vraie France.
Ouvrez les Gapitulaires, consultez les hagiographes, par-
courez les chroniques, yous verrez partout le nom de
Francia applique specialement k I'Austrasie, le regnum
regnorum, selon Texpression d'Alcuin. Cest la loi austra-
sienne que suivent Charlemagne el ses descendzuis propter
dignitatem, disent les glossateurs. M. Guizot I'a fait re-
marquer dans ses Essais Mstoriques , M. de Petigny Ta
repute : depuis la mort de Clovis, la Fratfce n'etait plus
qu'en Austrasie. VA ^lait la race conquerante , la aussi de-
vait se conserver le nom qui derivail de cette race meme
et qui retra^ait ses succes et sa gloire. C'est dans TAus-
(1) Eginbard lui-meme, qiland il nous dit de Charlemagne : Feititu pa-
trio utebatur, a soin de nous apprendre que ce costume ^tait celui que
les Austrasiens avaient en parlie emprunt^ aux Prisons.
(2) Fita S. Gertr.y 17 mart., p. 594; Fia S. Everm., mail, p. 156.
(3) MS. de la Bibl. de Bourgogne, 10954.
( 458 )
trasie, d'ou se leve une nouvelle dyoastie et oon fSiS daos
la Neastrie, qui laiase eofer mer aacloitreses d^rniers rois,
qo'il est glorieux de oaitre* surtont depuis que Rome eile-
in^me a proelam^ et yni Tempi re franc. La basiliqiie
d'Aix rappellera k la posterity que le sol sur lequel Cbar*
lemagne se plut h la construire etait pour lui le genitaU
&olum, et Dous voyons, dans le r^cit d'Ermoldus Nigel-
lus, rillustre beritier de Pepin saluer lui-meme de ee
doux Dom de patrie, la France telle que la definissaient
les hommes du VIII°** si^cle^ la France, restee forte et
rude au combat (1), qui, apres un siecle de vicloires, avail
r^ni a ses trophees le sceptre des C^rs et celui de
Romulus :
Francia me genuit ; Christui concessit honorem ,
Hegna pctSema mihi Christus habere dedii;
ffofoe eadem tenui^ neenon potiora reeepi :
Caeetareum primus Francorum nomen adeptus ,
Francis Romuleum fiomen habere dedi.
La classe voudra bien, si nous nous sommes laiss^
entrainer k de trop longs d^veloppements, trouver une
excuse dans la pens^e patriotique qui y a preside. Nous
avons cru que, di^fendant les pretentions de TAustrasie
contre celles ie la Neustrie, nous elions tenu de rendre
notre travail aussi complet que celui que nous venions
combattre. >
(1) Fortis,,, inpraelio rudis. Prol, Leg. sal, ap. Baluze, cap. Ij col. 999.
( 459 )
c SI la queslioQ qui nous Dccupe avati ete poste d€ la
maniere suivante : Est-il possible d' avoir des donn^es eer-
taines sur le lieu de naissance de Charlemagne? J6 propose-
rais sans hesitation d'aecorder le prix au m^moire portaot
pour ^pigraphe Entzweif Entztjoei, etc. Afrhs avoir soumis
k un examen critique aussi judicieux que profond^ment
Mvaot tous les arguments sur lesquels s'etaye chaque loca-
lil^qui pretend k rhonueurd'aToirvu naitre Gbarlemagnt,
Tauteur de ce memoire finit par eonclure avec Eginhard
que ce point historique restera ^ternellement k Tetatde
doute. Je partage enti^rement cet avis. En efFet, iorsque
le propre secretaire de Charlemagne, son ami, son confi-
dent, declare qu'il gardera un silence absolu et sur la
naissance et sur Tenfance de son illustre maitre , qu*il ju-
gerait absurde meme d'en dire quoi que ce soit (scribere
ineptumjudicam)j parcequ'ii n'a pu se procurer lemoindre
renseignernent k cet egard, et, a*t-ii soin d'ajouter, qu'il
n*existe personne au monde entier qui en sache quelque
chose {neque quisquam modo superesse invenitur, qui horum
sedieat habere noUtiam)^ comment parviendrions-nous,
onze sidles apres, a lever le voile qui couvre cet etrange
mystire? L'epitaphe du grand homme prouverait qn'k sa
mort , on ignorait jusqu'k son age; car, dans le cas con-
traire, se fiil-on borne k graver sur la pierre qu'il ^taif mort
septuagenaire , ce qui pent s'entendre de Tage de soixante
et dix ans comme de celui de soixante-dixHaeuf, tandis
qu*on y indiquait Tannee, le mois et le jour de son d^ces?
Du reste, que Charlemagne soit n^ en AusCrasieou en
Neuslrie, en Allemagne ou en France, n'imporie oil, il
( 460 )
n'eD apparlient pas moins par sa race a la Belgique, comme
Rubens y appartienl, quoique ue en Alleroagne, comme
Cbarles-Quint ne cesserait d'y apparlenir s'il ^tait ne par-
tout aillears, comme Napoleon appartient k la France,
Men qu*ii ait vu le jour en Corse.
Mon honorable confrere , M. Kervyn, exprime le sou-
liatt de toir s*^lever bient6t, sur une des places publiqnes
de Liege, la statue de Charlemagne. Ce Yoeu patriotique
je le partage de tout mon coeur; seulement, h mon avis,
ce n*est pas une simple statue que Ton devrait y ^riger,
mais un monument dans le genre de celui que la Prusse a
consacre nagu&re k Fr^d^ric le Grand : ce serait la statue
du grand legislateur, du restaurateur des leltres et des arts,
porte sur le pavois par ses quatre illustres ancetres, Pepin
de Landen, Pepin d'Herstal, Charles Martel et Pepin le
Bref , dont il couronna si glorieusement les ceuvres et qui
meritent assurement bien d'etre associes a sa gloire.
Comme le savant auteur du m^moire n'a pas repondu
directement k la question du concours, il serait sans doute
difficile de lui accorder le prix, et il Tavoue en qnelque
sorte lui-meme. Toutefois, son travail est si remarquable
et repand une lumi^re si nouvelle sur le sujet, qu'il serait,
me semble-t-il , de toute justice de lui decerner une recom-
pense bonorifique quelconque. Pour ma part, je lui vote-
rais volontiers une medaille d*or, et, si le concurrent con-
sent h se faire connaltre, je vote surtout pour Timpression
du m^moire, aprds une revision ou plut6t une refonte
totale, non pas du style, mais du langage, qui est da fran-
(ais tudesque. »
Les rapports de MM. de Ram, Kervyn de Lettenhove
et Schayes, sur la question relative au lieu de naissance
r
( 461 )
de Charlemagne , avaieDl eie communiques et examines
des la seance precedente. Les opinions des commissaires
etaienl assezdivergentes sur les conclusions des deux me-
moires. Apres une nouvelie discussion , k laquelle ont pris
part MM. Polain et Arendt , il a ete decide qu^aucone re-
compense ne pouvait etre accordee; seulement Taateur du
travail portant pour ^pigraphe : Entzuoei, Entzwii, etc.,
est invite k se faire connaitre.
2^'SERIE, TOME IV. 31
( 462)
Seance publique du 7 mat 48SS.
M. LsGLimcQ, directeur de la classe.
M. At). QtETELETy secretaire perp^itel.
Stmt presents : MM. GrandgagDage, de Ram , J. Roulez,
Borgnet, le baron J. de Saint-Geaois, Paul Devaux, P. de
Decker, Schayes, Tabbe Carton , Haus, Bormans, Polain,
De Wilte, Ch. Faider, membres; Nolel de Brauwere Van
Steeland, associe; Ducpetiaux, Maihieu, Kervyn de Let-
tenhove, Cbalony Th. Juste , correspondants.
Assistaient a la seance.
Classe des sciences : MM. d'Omalius d'Halloy, prisident
de V Academic; Melsens, vice-directeur; Sauveur, Wesmael ,
Martens, Cantraine, Stas, De Koninck, Van Beneden,
Ad. DeVaux, Edm. de Selys-Longchamps, le vicomte
B. Du Bus, Gluge, Nerenburger, Schaar, Liagre, Duprez,
J.-B. Brasseur, Poelman, mem&res; Schwann, Lacordaire,
associes ; Glcesener , correspondant.
Classe des beaux-arts : MM. G. Geefs, directeur; Alviu,
Braemt, De Keyzer, Navez, Roelandt, Suys, Jos. Geefs,
£irin Corr, Snel, Baron, Ed. Fetis, Edm. De Busscher,
membres; Calamatta, Daussoigne Mehul, associes.
M. Mathieu donne lecture d*un fragment du rapport de
M. Devaux, sur le memoire de M. Ferdinand Loise, qui a
remporte le prix pour la question de concours relative ^
^influence de la civilisation sur la poesie. (Voir pag. 392.)
( ^5 )
le iemier des fiatnings. — Notice par M. Kenrya d^ Let*
tenhove, eorrespotidant de TAcad^ie.
Le tableau des guerres et des toumois, raaalyse des
trait^s et des oegoclatioos ne suffiseut pas k Tbisioire.
Pour qu*elle soil complete et vraie, pour qu'eo retra^ant
les £ait6, elle fasse revivre les moeurs, il faut parfoi3 s^ega-
rer ^ Join des palais el des camps, jusqu'au sein des forel^ ,
sinistre reiraite des outlavvs poursuivis par les baiUis et
les sherifs. Les mSaies anoees que signalerent les ex-
ploits de Richard CcBur de Lion sent remplies des ayeii-
tures de Robin Hood , et le plus beau si^le de rAogleterre
cbeyaleresque est celui de la joyeuse Angleterre du boii
vieux temps , M m^ry England.
Cesi aussi a Fepoque la plus glorieuse de aos anciennes
annales flamaDdes^ au moment ou les herauls d'armes
jetant an peuple le pain et Tor, proclamaient , a Sainte-
Sopbie, fiaudouin de Constantinople empereur des Ro-
mains et k jamais auguste, que Ton voit Herbert de Wul-
vringhem rallier autour de Furnes ses^ nombreux apis.
Depuis que les Fkmings, c'est-k-dlre les bannis Saxons,
avaient donnd leur nom au Fleanderland^ la terre de I'exil,
ils avaient conserve entre eux la designation de karls m
ceorls, appliquee, dans le Nord , aux bommes libres; mais
on avail coutnme de les appeler commundment les Bla-
voeUy et cette epitb^te, empruotee au nom du renard ou a
celui de Fepervier, retra^ait k la fois leurs ruses redoutables
et leurs depredations. Les Flamings de Herbert de Wul-
vringbem avaient trouye un appui , non-senlement k Ar-
dres et k Bourbourg, mais bien au delk du lac de Guines
qu'ils nommaient le Wasconingawala ^ c'esi-k-iire Yitang
( 464 }
du roi des prairies (1). Sur tout le rivage de la mer , jusqu'ii
rembouchore de la Canche, une vive agitation regnait
parmi ces homines rudes et courageux, lantdt reconnus
libres, tant6t fletris comme serfs, quelquefois puissants
et redout^, plus souvent opprim^s et malbeureux, mais
conservant toujours les fieres traditions de ieurs ancetres
unies k un vain v&ye d'independance. II en fut des Saxons
de Flandre sous nos comtes comme des Saxons d*Angle-
terre sous les successeurs de Guillaume le Conqu^rant , et
de m6me que d'autres historiens se sont attach^ k ra-
conter la vie des outlaws de Sherwood et de leur chef
Robin Hood, le dernier des Anglo-Saxons, nous nous
effbrcerons d'appeler un moment Tattention sur les out-
laws de la race saxonne de Flandre et sur un de Ieurs
h^ros, que nous nommerons aussi le dernier des Flamings.
Oubii^ trop souvent par les historiens modernes, il n'en
est pas moins, comme Fa remarqu^ M. Francisque Michel ,
Tun des hommes les plus extraordinaires du XIII"^ siecle,
et le r^cit de sa vie ne paraitrait qu'une fable s'il ne repo-
sait sur de nombreux documents.
Sur le penchant d'une colline couronn^ d'epaisses fo-
r6ts, d*oii la vue se prolonge jusqu*k rOc6an , vivait, k la
fio du Ylllvf siicle , Wulmar qui, de m^me que tous les
karls, revendiquait la noblesse de sa race (2), mais qui
n'en conduisait pas moinsses boeufs, croyant qu'une main
qui brandissait le fer d'une ^p^ , pouvait sans deshonneur
toucher celui d'une charrue. Wulmar ^tait du nombre des
(1) Charle de SOS, cit^ par Duchesne , Maison de Gtiines, pr., p! 4 : c^est
le Mariscus regis de Lambert d*Ardre8.
(2) On connail le root de Bertulf au corote de Flandre Charles le Bon :
t Nous aToos toujours M libres, nous le serons (oujours. «
( 468 )
karls qu'avait converiis la parole des apdtres du christia-
nisme^ et il se voua lui-m£me h la vie religiease. Uo
jour, un roi des Saxons occideDtaux, CJadwalla, qui se
rendait a Rome pour s*y faire bapiiser, frappa h la porte de
son ermiiage et lui laissa , en le quittant , une aumdne de
trente sous. Elle servit k construire un monast^re que
sainte Ide, mere de Godefroi de Bouillon, combia plus
tard de ses bienfails. Non-seulement les comtes de Bou-
logne y elirent leur sepulture , mais il resta aussi , pendant
longtemps, I'objet du respect de la population saxonne, qui
bonorait saint Wulmar comme son patron. Que de fois
ne rinyoqua4-elle pas en mSlant a son culte les vieilles
superstitions pa'iennes! Fallait-il prier pour les morts,
elle renouvelait le dadsisa, c*est-k-dire les libations sur le
cercueil ; s'agissait-il de prier pour les vivants, elle faisait
circuler de main en main la coupe de I'amiti^ qui recevait
le serment des fr^res conjures de s'entr'aider dans leurs
^preuves, de se soutenir dans la conservation de leurs
droits. Ne leur avait-on pas d^fendu de porter T^p^e pour
ne conserver que la massue, arme de leurs ancSires, ce
qui leur avait fait donner le surnom de Colve-karls ou
Colvekerli (1)? Ne les avait-on pas soumis a I'impdt de la
(1) Colvekerli dicti 9unt quasi ruitici cum clava. Nam eorum vulgare
coLVE clavam et kerli rutticum sonat (Iperius , Chron. de SairU-Bertin),
Cf. Lambert d'Ardres : Liher veteranus sive vavassorius, et surtout une
charte du comte de Guines de 1174 : Favattoret autrusUci. Une charte de
1 199 mentionne Willelmus vavassor de Billech. Favassor est ici synonyme
de miles qu*on trouve avec la meme signification dans des chartes de Flandre :
Sniekart miles {X^'^^)^ Lambertus, miles, de Liswegha (1215). Lamkin,
miles, de Cromheca {\^iS)^ etc.
II suffit pour comprendre ce que la Vie de saint Ursmar entend par let
quatre cents milites d^Oostbourg, de lire une page de Lambert d^Ardres,
edition de M. de Godefroy ^ p. 305.
( 466)
servitude jasqti*k ee qQ*its en eassent 4^6 affranchis^ grftce
anx tarmes (fEmma de Tancarrille? n^afait-on pas va lea
baillis pr^lever tin agneau dans chaquedemeare^ et, p^n^
irant jusque dans la chaumi^re de la veuve, y enlever un
enfant pour en faire un serf, Ik ou il n*y avait pas d*agneaii
dont le prince pAt grossir sa bergerie? Tout r^emment
encore, les karls du Boulonais n*avaient-ils pas adresse
an ciel leurs voeui secrets pour le succ^s des Blavoets de
Furnes, et des voeux, moins sincires peut-6tre, pour le
maintien de la paix qui suivit leur defaite (i)? Us ne se
contentaient pas de porter leurs priires au monast^re de
Saint-Wulmar : ils y envoyaient aussi de nombreox n^o-
pbyies qui se soumettaient volontiers ii toutes les regies
monastiqnes , sauf k celles qui leur imposaient la paix,
Poubli des injures et Tobeissance. Saint Anselme de Can-
terbury nous apprend que I'abb^ de Saint-Wulmar ^tait en
butte aux mauvais traitements de ses retigieux , qui refu-
saient de reconnattre son autorit^.
Ge fut dans oe monastire de Saint-Wulmar que se retira ,
dans les derni^res ann^s du XIP' sidcle, un homme de
I'ace saxonne que distinguaient, aussi bien que tons les
autres karls, une haute stature et les fi^condes ressonrces
d'un esprit ^nergique et habile (2). Son p^re, Baldwin,
(1) En 1^96, r^pithke de karl, plac^e k c6t6 d*nn nom , indiquait eneore
Torigine de celnl qui le portait : Hannin die Fos, karlyn, ende syn oen
(charte de Tabbaye des Dunes). Vingt ans plus tard, se place la chanson :
Wi wiUen van den kerels xinghen,
(9) Erat naUone Flandrensit, Mattb. Paris. Cf. Lambert d*Ardret :
Militem fortem atque strenuum , de Flandrensis ortum proiapia nodtfl^-
Wie, Herredum Jdelae copulavit., Parentee ^ue et amid, utpoU viri
fortes et bellicosi, atuim dicere Blavotinorum patres et auctoree. M. le
marquis de Godefroy a public pour la premiere fois une Edition complete de
( 467 )
possMait un domaioe assez ^tendu pour qu'on le cbmptll
parffli lea pairs du Boulonais » et il avail suivi rexemple
des autres karls qui, pour s'^lever au m^me rang que Ids
nobles, avaient adopte I'usage de placer sur leurs sceaux
et sur leurs banuieres des ornements beraldiques fort
simples d'ailleurs, tant6t des figures d*animani qui avaient
leur signification dans la mythologie scandinave , tantdt
des emblSmes emprunt^s k la nature (1). C'est ainsi que,
sur un dessin oil sont repr^sent^s les banni^res de la
fainilie de Baldwin, nous remarquons sur la premiere trois
croissants de lune, sur la seconde trois soleils. Mais ces
signes disiinctifs nesuffisaient point, et I'usage, ^minem*^
ment propre aux races saxonnes , de se designer par des
surnoms , n'avait pas ^t^ abandonn^. Baldwin ^tait sur-*
nomm^ Bu»k$s^ o'est-k-dire le Boeuf ou le Grand, comme
d'autres karls etaient surnomm^ Berakin, Wolf^ Vo$,
Hasa, Hacket, c^est-Mire Tours, le loup, le renard, le
li^vreou le brochet(2)« Quant ^ son fils, il avait^t^ nomnu§
Lambert d'Ardres, accompai^n^e de notes et d*^claircissement8. La science
n>ttendait pas moins du nom que porte M. de Godefroy. D^sorm^is seii
livre formera la source la plus importante que Ton puisse consulter p^i^
rbistoire des colonies saxonnes du Fleanderland.
(1) Rien n^est plus curieuz, rien n^est plus bizarre que les sceaux des
mdites (vavassores rustici) appendus aux chartes les plus anclennes de
Tabbaye des Dunes. On y trouve tantdt des tetes de chien, de loup et de
renard; tantdt des oiseaux, des poissons et mime des dragons. Ce dernier
embleme ^tait H nn double titre cber aux races Mptenlrionales, putsq«*il letip
rappelaii k la fois et leur culte et le nom qu'elles dmmaient k leurs aavirei.
(9) Baldwin Buske* ou Busket est Tun des ttooias cit^i dans une charte
d'Ide de Boulogne. (Chron, Jndr., Spioil, IX, p. 470.) On roit dans la
cbronique d'Andres qu'Heremar Buce {fferemarui oognotMnto Buno, chMm
de U26, Bison pro Bo\>9) poss^dait, A la fin du XI"" siecle, des aUeaz k
Campagne et A Aldenbem. Je reconnais en iui un ai'enl de Baldwin Buskes.
Aldeabem et Campagne touchent k Bocberdes, k Fiennes, A Ermelingbem et
( 4fi8 )
Eustache, en memoire du comte Eustache de Boulogne »
qui avail port^ secours aui Saxons de Kent contre Top-
pression de Guillaume le Conqu^rant; son surnom sera
Eustache le Moines mais il fera bien peu de chose pour le
m^riter.
En effet, la silencieuse obscurite du cloitre va mal k ce
jeune novice qui a et^ nourri, des le berceau , de la pensee
que le sang appelle le sang et que la vengeance est le pre-
mier devoir. Un triste message a louche le seuil de sa cel-
lule. Baldwin Buskes a ele morlellemenl frappe pr^s de
Bavelinghem, el le bras de ses meurtriers a ele, dil^on ,
armepar Humphroi d'Ermelingbem, allie a la maison des
seigneurs de Hamme, qui elaieni charges autrefois de re-
cueillir Timpot de la colvekerlie. Eustache n'ecoute plus
ni Tairain sacre, ni le chant des hymnes. L'ombre deson
pire, qui lui demande vengeance, Tarrache de son asile: ii
se presenle devanl le comle de Boulogne et implore sa
justice : « Humphroi, lui dil-il , a tu^ mon pere : des ce
» jour, il y a haine mortelle enlre lui et moi. » Les usages
seplenlrionaux s'elaient conserves dans tout ce pays, sans
rien perdre de leur barbaric : ils accordaient oeil pour ceil ,
dent pour dent, membre pour membrc, vie pour vie; mais
c*etait k la condition que la force eiil prouve el sanctionne
le bon droit. Le duel judiciaire livrait le vaincu au pouvoir
k Bavelingbem , ce qui explique les persecutions que sa famille put subir
dani Toppression des Colvekerii , les d^mll^s de Baldwin avec Humphroi et
le Ueu ou il trouva la mort. Tout pres de \k est un endroit nomine BucreUs.
C*est probablement Tancienne residence des ai'eux d^Eustache le Moine.
Bulck-rest, ahglo-saxon: restj repot, sejour; re»thu$, residence. Le sur-
nom desmembres de la famille d'Ermelinghem ^tait : le Normand, (Ckrvn.
il* /Andres, p. 406.) Les anciennes colonies saxonnes ne les consid^raient-
elles pas k ce tilre coinme iles iisiirpatpurs de dale relativement recente?
( 469 )
du vainqueur. Humphroi d'Ermelinghem remet d'abord
des otages qui garantissent que la paix publique ne sera
pas troublee (1); puis il fait affirmer par le serment de
trente des siens qu'ii est innocent du crime qu'on lui
reprocbe; enfin, comme il a plus de soixante ans, il
(1) Dans tous les pays ou dominent les colonies saxonnes, la maison des
otages {gheseUhuus) precede Thdte! de Tille. Je dois ^ Tamiti^ de M« Le
Glay la comrauoication d*un document important sur les £nghetell4$ de
Fumes :
Nous Robiers, cuens de Flandres, faisons savoir a tous que nous,de grace
especiale, pour le profit et pour le pais parmenavie de nos pays du terroir de
Fumes, avons otroye etotroions a nosboines gens lescoerriers et les autres nobles
et non nobles demourans oudit terroir : ke se aucuns fais avient oudit terroir et
oudit pays, dont aucuns soit navres ou ferus ou pluseur navrei ou feru , que tout
soient en boines triewes loyals desdont ke li fais sera avenus en quarante jours
apries en siewans, horsmis celni ou chiaus qui au fait aront estei. Et se aucuns
brisoit ces triewes sour cbiaus ki au fait n'aroieot mie estei, si comme ditest,
chieus ou cbil qui les briseroit ou briseroient , seroit , seroient , sera et seront
attaint enviers nous de cors et de avoir le chose congnuitfe par coeriers. Encore
leur avons-nous ottroye de grace especiale que se triewes amiavles sont doniiees
entre parties pardevaot deus ou plus de nos hommes de fief, deus coeriers dudit
lerruir ou plus ou par<-devant chine confreres ou plus doudit terroir , et ces triewes
apres chou soient enfraintes ou brisies , que cbils ou chil qui les brisera , enfrain-
dera , briseront ou enfrainderont , est et sont , sera et seront atraint enyiers nous
de cors et d'avoir le chose congnuilte par coeriers. Encore leur avons ottroyet que
quant aueune boine gent doudit terroir serront enghesellei selone le loy et I'usage
dudit pays et il donnent triewes amiaules ensemble, que il puissent issir de
Icdite ghisele sans nul coust^ frais ou vin payer au bailli ne a krickehoudre, ne a
autrui de par eaus , se il ne le font de leur pure volenteis , mais que les triewes
soient premiers recognutes par-devant no bailli dudit terroir, se estre i veut ou
puet ou autre de par li et devant deus de nos hommes ou deus coerriers , ou de-
vant chine confreres dudit pays. Et se nos baillis n'i voloit estre ne n'i powist
estre , ne autres aussi de par lui , pour che no demoutoit mie que il ne peuissent
issir le chose faite, si que dit est. Et toutes ces choses ensemble et cbascune par
li promettons-nous pour nous et pour nos hoyrs, conies de Flandres, a tenir boi-
nement et loyalment a tousjours par le tiesmoingnage de ces leltres saellees de no
grant saii^el. Faites a Berghes et donnees Tan de grace mil trois cens et treie , le
joesdi devant le fieste Saint-Michiel archangelc.
Archives de Flandre , a Lille. Original sur parcbcmin
muni d'lHi reste de sreaii.
.•
( *70 )
dioilit pour SOD champion Eustache de Marquise. Un
neveu de Baldwin Buskes sera son adversaire. La lice est
pr^par^e k Staples. Le combat s'engage avec fureur; c'eat
la cause de Taccus^ qui triompbe; mais Ton entend ie
moine de Saint* Wulmar s'ecrier ; c Peu importe ce qui
> arrive ! Jamais je ne me reconcilierai , et la mort de mon
» p^re sera vengee ! >
Le comte de Boulogne entendit Yolontiers ces paroles.
Cii^iiy comme nous I'apprennent les chroniques de Saint-
Denis, un prince violent qui d^teslait ses Yoisins, pers^-
cutait les ^lises et depouillait les orphelips : il avait tenu
a peu prds le m^me langage un jour qu'ayant re^u du conate
de Saint-Pol un coup de poing au visage, il ddclara, en
presence du roi de France , qu'il ne lui pardoonerait point
tant que le sang qui avait coul^ k terre ne lui serait pas
remoot^ k la joue. Renaud de Dammartin , qui ^tait devenu
comte de Boulogne, en enlevant Ide d'Alsace, et qui d^
puis lors avait sans cesse brav^ les censures du pape, ne
pressa gu^re Eustache de retourner k sa cellule. Eustache,
qui 9 de son cdttf, regrettait sans doute qu'un dernier scru-
pule TeAt empdch^ de descendre lui-m£me dans Tarine,
^cbapgea volontiers sa robe de bure pour un baubert de
chevalier. H^ritier du domaine de Baldwin Buskes, pair
de Boulogne comme lui , il porte les armes au milieu des
barons , et le comte de Boulogne le choisit pour son s^4-
chal dans une expedition en Normandie devant Radepont
et Gh&teau-Gaiilard , oix Philippe-Auguste venge I'odieux
assassinat d'Arthur de Bretagne (1).
(1) In e:spediiion$ regis Frandae in Normannia, Euitaciui if ana-
chus, Boloniae tunc tenescallus.,, Lambert d*Ardres, p. 5S5. Yojez one
durte de Pbilippe-Angutte du mois d^octobre 1903. Catalogue des actes de
Philippe-Auguste , par M. Deiiile, p. 178.
I
( 471 )
Cependant Eu&taehe retroaya h sod retoar des eonerais
de plus en plus jaloux de sa fortune. Humphroi d'Er-
melinghem ne cessait de Taccuser de fraudes el de mai-
versalioDs. c Yenez done rendre vos comptes au cb&teau
d'Hardelo, > Ini dit un jour Renaud de Dammartin, sans
cesse inconstant dans ses affections, c A Hardelo! repart
» Eustaehe , c'est une perfidie : yous voulez me mettre
» en prison. ]» A ces mots, il s'eloigne, et il ne reste au
comle, pour punir le sen^chal rebelle, qu'k confisquer ses
fiefs eira brdler sa demeure comme celle d*un traitre et
d*uo parjure.
La cour de Boulogne changea d'aspect d&s qu'Eustache
n'y fut plus. Humphroi et ses amis ^taient fort pieux; ils
prot^geaienl T^glise et en meme temps les clercs qui fai-
saient pen h pen revivre t'etude des leltres. A la violence
aux luttes, aux querelles succM^rent de doux loisirs.
Renaud de Dammartin , ne sur les bords de la Seine, par-
lait la langue romane, et Ton comprend ais^ment qu-il
encouragea les travaux de Simon de Boulogne, qui avait
traduit en roman la compilation de Solin sur Thistoire
naturelle. Une phrase de Lambert d*Ardres nous apprend
que Simon de Boulogne entra dans le clerge; mais il avait
auparavant form^ d*autres liens, et nous ne sommes en*
core qu'k Theure joyeuse des noces. Le vin coule dans des
coupes couronn^es de fleurs. Le comte lui-meme a pris
place au banquet. L^ aussi se pressent tous les amis de
Simon de Boulogne : c'est Godefroi qui s'occupe de recber-
cbes sur la physique, c'est Landri, Tauteur de la vie de
saint Antoine, c'est Gautier qu'on a surnomme le Silen-
cieux, mais qui a oubli^ son surnom en recHant, lui aussi,
quelque epithalame eroprunte a Horace ou k Tibulle. La
f6te se prolonge, le jour se passe, I'ombre de la nuit des-
( 472 )
cend du ciel quand, au sommel de la colline qui domine
Boulogne, un baoui reveille, en le secouant de sa main
vigoureuse, un bon meunier qui s*endorinait couche sur
Therbe : c Va, lui dit-il, apprendre au comte qu'il ne faut
> pas boire sans voir clair, et qu'un si riche banquet
> vaut au moins deux chandelles. Ce seront ces deux mou-
> tins... Annonce-lui qu'Eustache le Moine est venu pour
l^ Teclairer. j^
A ce message que confirme I'incendie qui s'allume, le
comte s'elance, les chevaliers le suivent, la commuae s*as-
semble, et comme le dit le poete anonyme du XIII"*" siecle :
Apries Wistace le Moigne
Saut li maires, saut le provost :
La banclocque sonna tantosl.
Vains efforts : Eustache avait deja disparu.
Alors commen^a pour Eustache cette vie aventureuse
et agitee qui rappelle assez exactement celle de Robin
Hood. II vit au milieu des karls, hommes d'armes et labou-
reur& y vavassores et rustici^ ses freres el ses amis, qui ac-
courent en grand nombre pres de lui; il porte comme eux
la cape et la massue; il n'a plus d'autre tenle que le ddme
verdoyant des forels. On le poursuit toujours, on ne Tat-
teint jamais. II est aussi fameux par ses ruses que par son
courage.
Un jour, il se deguise en moine de Clairmarais et ne-
gocie ainsi sa paix avec le comte de Boulogne, qui ne le
reconnait pas. Le comte ne veut pas Tecouler : « Mais vous-
» meme, damp moine, ajoule-t-il, vous ressemblez k cet
» Eustache, ^s yeux , de la bouche et du nez, de la (aille
» et de la figure, et je croirais que c'esl lui-meme, si vous
y> n'aviez la tele rasoe, et si ce n'elaient ces joues creuses
( 473 )
» el blemes qui rappellent vos austerites. » — < On a vu de
» ces ressemblances merveilleases^ > repartle moine de
Clairmarais : ce disant, il s'elance prudemment sur un
cbeval du comie , el le voila en pleine campagDe. Un autre
jour, on boiteux passe pris de Renaud de Daromartin ; il
porlait lant de paille qu'elle lui cachait la figure et qu'il
flechissait k chaque pas : c Sire comte, dit-il, j'ai vu Eus-
» tache, prenez-le. » II jette sa paille, s'empare d*on cheval
que conduisait un ecuyer, et repete en s*eloignant : « Voici
» le moine, vous ne le prendrez pas. » Le comte s'ecrie :
c Prenez le moine! prenez le moine ! > mais, comme le
dit le poete,
Li moi^^nes dMaus tos eschapa.
Eostache, poursuivi de plus en plus vivement, aper^oit
un charbonnier, change de costume avec loi , et rencon-
trant de nouveau le comte, lui donne le meme avis; on
apprend , toutefois , qu'Euslache est d^uise en charbon-
nier. Le charbonnier est decouverl et pris; mais ce n*est
plus Eustache qui, gr&ce k un nouvel ecbange de cos-
tume, est devenu poller; et mal en prend a ceux qui ont
accept^ de ses mains la paille on le charbon. Eustache
seul se rit des coups que d'autres refoivent pour lui.
S*il est a pied, il connait tons les sentiers, et trouve
une retraite dans la cime de tous les vieux chenes. S'il
chevauche, on perd egalement sa trace, car il fait ferrer
ses chevaux k Tenvers. II n*est pas de deguisement auquel
il n*ait recours. II porte tonr a tour la quenouiile et le
muelekin d'une dame, la serpe du jardinier, la haire du
c^nobite, la clochette du lepreux, et les hommes de son
temps ne peuvenl s*expliquer le succes de ses ruses que
par une legende qui trouve foi pariout : c'est qu'Eustache,
( *74 )
avant d^fiirer a Tabhaye deSaint-Wulmar, avail ^udie la
magie ea Espagoe, ^ ToUde, oji le 4iable avait une ca-
venie dans iaquelle il euse^aait , tet« k tete , ses secrets *
les plus merreilleux.
Uaudace d'Eustache le Moine est si graode que le comte
ii*a plus de repos ni le jour ni la nuit. Ce sout surtout ses
ebevaux qu'Eusiache se plait h lui eulever. II les lui preod
tous Tub apres I'autre, si biea qu'instruit que le comte est
r^ttit a aller k pied, il lui euvoie uo beau palefroi. Ea effet,
Eustache le Moiue est doued^uoe certaioe loyaule qui fait
pardoDuer bieo des d^fauts. Ua jour, il attire le comte
dans un piege, mais il ne le retient point, parce que le
comte a eu foi dans sa parole. Humphroi lui-mSme, son
mortel ennemi, se trouve entre ses mains; mais il s'est
assis k sa table et a rompu le pain avec lui : la sainte loi
de rhospitalite le protege. Eustache, qui airoe tantk de-
pouiller les abbes qui voyagent (je ne sais si Tabb^ meme
de Saint-Wulmar eut trouv^ gr&ce pres de lui), rencontre
Tabb^ de Jumieges et lui demande ce qu'il a avec lui :
c Quatre marcs seulement , :» repond le prelat. Eustache
en trouve trente , en restilue quatre et garde le reste. Si
I'abbe e&l dit vrai , assure le poete anonyme, Eustache lui
eut tout rendu. Il traila ainsi un marchand de Bruges qui
ne lui avait rien cache de ce qu'il portait dans sa ceinture
et dans sa bourse.
Je ne reproduirai pas les aventures d'Eustacbe le Moine
d'apr^s le poeme qui lui est consacr^ et qui ne renferme
pas moins de deux mille trois cents vers {!)• L'imaginalion
(1 ) Le roman d^Eustache a ^te public avec le plus grand soin par M. Fran-
cisque Michel , qui y a joint Tindication des principales sources historiqiies.
Ifwi* ae saurioAs toutefois atitribuer ce j^naoy cMimie le propose is MVMt
( 475 )
dH i^te a peai-eire ajouie quelque chose k la veril^i; mais
UQ chroniqueur fori serieux et fort bien iastruit , Taoteur
de rhisloire des does de Normaadie et des rois d'An-
gl^erre, s'exprime Iui*in6fne ainsi : « Nal ne kerroit
» les mervelles k*il fist, ne qui ii avinrent par maiotes
> fois. »
Dans le poeme, quelqaes-unes de ces aventures sont
assez gracieuses, temoin celle oil nous voyons Eustache
cach^ au haut d'un arbre imiler le chant du rossignol pour
8e moquer de^ vaines fureurs de Ranaad de Dammartin.
D'autres sont asaez boaffoanes et assez valgaires , soit que
le pauvre measager k quiil a coupe la langne reponde uni-
formement : Belu, belu, k toutes les questions qa'on lui
adresse, soit que, pe&etraiit au feslin du oomte, il ne
trottve d*autre moyen de fermer la bouche aux convives,
la plupart ses ennemis, que de leur servir des gateaux
fails d'eloupes, de poix et de cire (1).
dditeur au roi Adenez. Le style oJBPre un caractere Men different, et felon
nous le vers :
Od luy mena le roi Adans
signjfie seulement que le roi Louis raena avec lui Adam de Beaumont, qui
itait mar^chal de Tarm^e. Nous serions bien plus dispose k Tattribuer k
Tauteur anonyme de Thistoire des dues de Normandie et des rois d^Angle-
terre. H y a des rapports frappants dans les phrases et mdme dans Portbo-
graphe de certains noms, tels que Genesies, Romerel, Yincenesel. Le r^cit
de la mort d^Eustache est semblable dans la chronique et dans le po^me.
Quel serait cet auteur? Un dcrc attach^ A la aoaison de JMthune on plnlAt
Ouilianme de B^tfanne lui-m^me, qui fui Tun des henMdet guerres civiles de
rAngkfterre. Guillaume de Betbune cuHtvait les lettres. V«yez la notice qite
if. Bmaax hd a eonia^e dans ton iBt^reaia&t travatl Bur les trouveres de
TArlois.
(1) Gette plaisanierie d^im godt assez ^ivoque ^ait, A oe que nous ap-
prend le reman d^Eustacbe, dirig^ surtoot eontre le eoan^table de Boulogne :
or, ce «enn^ble itatt Baudouhi 4*£nxi6ltqgliem. II ^tait de la ntow la«
( 47G )
Cependaot il ae faut pas perdre de vue qu'au fond de
ces recits ^e revile ud fait s^rieux Ja resistance opinilitre
d'une race moins civilisee, moins eclairee, dont les repre-
sentants se ralliaient aulour d*Eustacbe, comme en An-
gleterre ils se grouperent autour de Robin Hood. Eus-
tache, dit le poete, guerroyait le comte, et il ajoute :
.. Dura ioDghement la guerre
D'Uistace le Moigne ei dou conte.
II ne faut pas oublier non plus que ce banni , ancien
pair el ancien senechal de Boulogne, comptait parmi ses
parents et ses amis des chevaliers issus d'une mSme race
qui, mieux inspires que lui, avaient rompu sans retour
avec les traditions des ages barbares; c'etaient, entre
autres, Guillaume de Fiennes, dont le p^re avail suivi Phi-
lippe d'Alsace en terresainte, Anselme de Kayeu, Tun
des plus iilustres compagnons de Baudouin de Constanti-
nople, Hugues de Belin, qui est mentionne dans la cbro-
nique de Villehardouin, Guillaume de Montcavrel, dont le
nom occupera aussi une belle page dans le recitde la der-
niere croisade h Nicopoli. Le coeur, dit le poete, leur
sautait dans la poitrine quand ils voyaient leur cousin
Eustacke braver tant de dangers avec si pen de gloire, et
la seule fois qu'Eustache tomba au pouvoir du comte, ils
mille que Humphroi d^Ermelioghem , rennemi mortel d*£u$tacbe , et avail
lui-meme excite la baine des karls en s^effbr^ant de leur imposer la dime du
hareng : Comes maritimot cofwocat.». AudUns hoc turba cum turbaUonB
retpondit, numfuam audiium quod haleeum deeimtu solvercniur ct
plus velle mori quam huic servituti subjici... Popultts praeceps ad arma
fuit ut monachos oceiderent.,. Deitamen nutu, eos nobili viro Bcdduino
domino de Ermelinghes , BoUmiensi eonestabulo, protegenie , pertransie-
runt illaesi. { Chron, S, Bert., ap. Martene, Thes. Anecd, , III , col. 065. )
V
(477)
fureDt assez puissants pour saaver sa vie et peui-etre aussi
pour le rendre a la liberte.
li etait devenu toutefois impossible qU'Eustache ^e
Moine coutinuatvcette vie errante et vagabonde. Plus
d'aventures sur les chemius, plus d'etranges murmures
sous I'epaisse feuillee. Eustache a quitte pour jamais le
sol ou il est ne, I'abbaye ou il pria, la cour ou il eiala
SOD orgueil, la coUine ou il n'eul d'autre coucbe que la
terre bumide de rosee. Que deviendra messire Eustacbet
Rassurons-nous. II a traverse la mer et chevaucbe fl^re-
ment en Angleterre. Comme il a prisle costume d'un cbe-
valier de I'Hdpital , on le salue ayec respect, et personne
ne Tempecbe de pen^trer au palais, ou il s'agenouille de-
vant le roi. < Je veux vous servir, lui dit-il, je vous don-
» nerai ma Bile eu otage. » Jean sans Terre qui avait tons
les defauts de Renaud de Dammartin, fut fort beureux
d'accueillir Eustacbe, dont la fille fut remise a Tabbessede
WiltOD, et bientdt apres, les braves compagnons qu'Eus-
tacbe avait laisses dans le Boulonnais vinrent en grand
nombre le rejoindre en Angleterre.
Une nouvelle carri^re allait s'ouvrir a Tactivite et au
g^nie d*Eustache le Moine : c'^tait la mer avec ses abimes
et ses tempetes, la mer que, selon Sidoine ApoUinaire, le
pirate saxon du V""® siecle se faisait un jeu de braver sur
un frele esquif. Eustache se souvenait de Winemar de Bou-
logne, qui lauQait sur les flots ses barques leg^res et qui
les conduisit jusqu'aux bouches du Cyduus. Apres avoir
chercb^ a prolonger dans les bois la sauvage ind^pen^
dance des karls ses auc^tres, il s'inspirait des souvenirs
h^roiques qui nous les montrent, pour la premiere fois,
cherchanl )e butin et la conquete sur ce qu*ils appelaient
poetiquement la route des cyj^nes.
2""* SKRIG , TOME IV. 52
( 478 )
EusUehe a re^u du roi Jein tre&te satires avec lesquds
il poursuit sur les flots tous les enDemis du roi d' Angle*
lerre, el parfbis aassi/ii faut bien le dire, de paisibles
iDfl^cbaads doat le seul crime esl d*elre trop riehes. La
terreur de soa nom se repand de la Meuse k la Loire, et
ks hietoriens du temps rappellent le grand pirate, ardU-
pirata, magifter piraiimim. II moltiplie ses excursions sor
ies cdles de Normandie, il descend k Harfleur, ii p^o^re
]ii«q«*ii PoDt^^Auderaer (i); enfin, il occnpe, les armes k ia
main , les ties de Jersey ei de Ouernesey , qne Jean sans
Terre iui abandonne, afia qu'il ait ausei son royattme(2),
maie il se cbotsit lui^aeme pour asile on pour repaire la
(1) 11 fat aide dans oette expedition par les marios de Ronoey et de Win-
chelsea. Cesi ainsi que j'interprete ces deux vers :
Godahiera crie : Romerel.
Wisttees «rie : VinceMsel.
Dans Vffistoire des Dues de Normandie et des Rois d^Jngleterre, Ro-
merel et Wincenesel r^pondent aux noms modemes de Ronmey et de Win-
«bebiea, At nous Toyoas en eflbt dans ta m^me diranique, p. 1S5, qu^ustacbe
a?ait anrec lui des raarins de Romney.
(2) Si le lervi tant que il li donna les ylles de Gernes^e. (ffist. dei Dues
de Norm, et des Rois d'Jngl, p. 167). Cf. Roger de Hoveden. Eustache le
Mdne paraft avoir conserve ces iles jusqu^ii sa mort; car noaslisofis,daiis le
traits conctn entre Umis de Franee et Henri III, le 11 isepteo^e 1%17 : De
iniuiu sic fiet : D^minus Zttdovicus mitut UUsras suas paientes firatri-
6ta Eustachii Monachij praecipiens quod iUas reddant domino Henrico
tegi Jfnglim ; et nisi iUas reddiderint, distringet iHos domintts Ludo»
vieu$ pro UgaHe posse suo, per feoia et ptr terras eorum qwf -de fe9do
ttio mii9wmi, €14 iUas reddtndas, et H Aoc facwe noluerinty sini aaolra
pacBm istmn, Eymer 1, 1| p> 74. II resulte de ceci que la famille d'Eu-
tacbe avait recouvr^ ses fiefs dans le comt^ de Boulogne : or, ces fiefs rele-
vaient dti eomtd d*Artois , dont Louis de Frahce ^att invest! depuis quelques
annees.
(479)
petite lie (le Serk, entour4e de rpcber^i inaiCcessi)^)699
d'oJS^ ^n fiBil epie le$ voiles qui cioglent k rborizon,
t.e roi d'Aaglet^rre crut utevpir feire dfl^vwtage pwir
Dusti^Qhe. Youlaot iui faire aublier qu'il «i^vait aula mUf^
foi^ Phiiippe^ADgiist^ ^ V6pg^r |a mprjt 4' Arthur de^^re-
t^ae, ii Iui offdt ladom^iQe de Swafbam, d^^m U f^oml^
de Norfolk, que QqiUavme la Copqu^raot avait doniiQ k
Aiaiii de Bretagne^ ei qui ^vait pas^^ a i^ob piialb^Hr^i!^
b^riiier, Swafbam » que )e fioomesday-Booi appelle |e qia-
noir du jcamte Alaio (1), et qui fut depui$ la residence d^s
CQmt£s de RiiCbmoud, formait san^ dpute un va^te A^-
msiim^ Cela m ^uffi^ait p^ epcore k Eu^taoba le MQin»f {1
recut ua palais ^ L.0Ddre6 , mais m le jirouvaut pas a69^2
beau» ni asse^ digue de $a bauie fortune, 11 1^ fit recop-
struire* et avant que leg foodem^ots eujsseut i^tieint je
piyeau du spl » il y avait d^peuse ipille Jmre^ d'a^g^ot* $i
CO palai^ avait {hi etre aphev4 » il e|it offac^ k ^pup sfi,F Dpii-
vres, le fibiiteav de Ce^ar, Windsor » jlt^i^b^u ^A^tm*
La legend^ pppulaine .sur rorigioe d« la fortune d'Eu$-
tacbe le iioim s'etalt repandue sujr les deux rives de la
mer. Una propbatie s'y etait joijUte: pn r^ttrjbuai^t )9u
diable, qui avait, diUou , m^oui^ k £u^taqb^» k spu de-
part de Tolede, qu'il vivrait jusqu'k ce qu'il etit fait assez
de maly qu'il ferait la guerre aux comtes et aux rois, et
qu'il tripiiw^rait la mort au milim des Sk>V^,
Lorsq«e Hugues deBov«s,diassed' Amiens, rejoignit
Eustache le Moine, leur puissance devint $i grande que
Pbilippe-Augusie exigea de$ corotes dePoBttbieu pide Bou-
logne le serment solennel que ni eux ni leurs hommes ae
( 480 )
traiteraient jamais avec Hogues de Boves, Eustache le
Moine et les aulres brigands , ieurs complices {coadju-
tores... alios praedones) ; mais que , s'ils parvenaieDt k les
arrfiter, ils les remeitraient au pouvoir du roi deFraDce(i).
Renaud de Dammartin etait plus sincere en jurant de
ne jamais pardonner a Eustache qu'en pretant serment
de fid^lite au roi de France. En effet, au prin temps de
Pann^e i212, il se rendit pres du roi Jean pour se liguer
avec lui contre son ancien seigneur souverain. Eustache
le Moine se trouvait h la cour du roi Jean quand Renaud de
Dammartin lui fit hommage, et ii est meme cit^ comme
t^ttaoin, imm^diatement apr^ Hugues de Boves,* dans la
charte od le roi d*AngIeterre promet de ne jamais traiter
sansle comte de Boulogne. Rien ne put, loutefois, amener
une reconciliation , et le premier usage que Renaud de
Dammartin fit de son influence dans le conseil du roi Jean,
fut de reclamer le ch&timent exemplaire de Son ancien
s^n^chal. Son domaine deSwafham fut confisqu^ (2), et Ton
dirigea en m£me temps une expMition contre Tile de Serk,
oil Ton s'empara de son oncle, de son frere et de plusieurs
de ses amis du Boulonais, parmi lesquels se trouve cite
Raoul de Gr^qui (3). Sa femme avait ^t^ aussi arrStde; sa
(1) Catalogue des actes de Philippe-Auguste, par M. Lipoid Delisle,
p. 516. La publication de M. Delisle offre l*analyse de plus de deux mille
chartes de Philippe-Auguste. Si un recueil aemblable, ^labor^ avec la m^nie
perseverance et la mdme Erudition, existait pour les autres regnes les plus
memorables, Thistoire et la chrooologie y trouveraieut mille prdcieuses lu-
mieres.
(2) II est fait mention de la confiscation du domaine de Swafbam dans des
lettres du roi Jean du 25 f^vrier 121 6. Trois mois apres , le 21 mai , Eustacbe
abordaiten Angleterre avec Texp^dition fran^aise.
(3) Parmi les compagnons d^Eustache pris dans Tile de Serk , et mentionnes
( 481 )
fille, releDue depuis longtemps comme otage, etait, di-
sait-^on, condamn^e au supplice le plus affreux, k celui du
bticher, quand le roi Jeao, c^dant aux pri^res d'un moine
de Tabbaye de Sainl-Wulmar, oil Eustache parait avoir
conserve des amis, consentit a rendre la liberte a toute
sa famille.
Ge qui ^tait, bien plus important, c'etait de s'emparer
d'Eustacbe lui-meme. On avail enjoint k tous les con-
stables des ports de mer de ne permettre k personne de
s'embarquer, et cet ordre fut si sev^rement execute qu*un
m^neslrpl k la coiffe d'orfroi, portant d*une main sa vielle
et son archet, de Fautre sa baguette, se vit menace d'etre
jet^ hors du bateau od il avait pris place : « De grkce,
» calmez-vous, disait le m^nestrel, vous aurez cinq ester-
» lins et de plus de belles chansons. Apr^s avoir pass£
» cinq ans en Irlande , je retourne en France pour y boire
» les bons vins de Provins et d'Argenteuil. Je sais la
> chanson d'Agolant et d'Aymon, celle de Blanchandin
> et de Florence de Rome. » II parlait si bien qu'on
r^outa; mais la vue des (lots mena^ants TempScha de
chanter pendant la travers^e. A peine avait-il abord^ k
dans les Rotuli litterarum patentium, on remarque aussi : Taffio de Tuber-
ville (Tubersent?), Pierre de Carmer (Camiers?), Tasin de Bauchukeham
(Bouquehout?), Gyles de Freisnes (Fressenes?), Enguerrand de Vreci (Versy?),
Gerard de Fanques ( Frencq? ) , Huet de Badom (?), Isaac de Wilre ( Wierre ? ) ,
Baudouin d'Alvington (Alinctbun?), Baudouin de Werchin) Amould d*Azin-
court, Alb^ric de Brunesverd ( Brunesbergh ou Brunembert?), Guillaume de
Tournehem, Acius (Hacket?) de Tr^port, Adam de BaliDgbem, Berlin de
Wertiinghem, Ilenri de Pindee (?), Michel de Candelhers, Tilfrid de Tingate,
Pierre de Hardelo, Guillaume de Candio, Henri de Fauquembergbe, Radulf
de Guines, surnomm^ le Cbien. Eustache le Borgne, qui y figure aussi, est
sans doute le fils d*£ustachius Strabo , qui signa une charte du comle de
Guiues en 1174. (Duchesne, Maison de Guines, p. 127.)
( jm )
Cklais qUe, se jetatit dux pi^ds du roi Lottis, comme iM
bdrofis itisurg^ appeliiient le flis de Pb]lippe>-Aygus(e» il
Itti rediit ddns uo coffret nn6 lettre oil Eustache le Moine
sbllicit^it UD sauf-cooduit : <r Qn'il Tienne, s'^crie le jeone
» prince. » — <( II est d^j^ ici, e'est moi qui suis Eustache
» le Moine », a r^pondu le m^nestrel , et le roi fdtur d'An-
gleterre lui fait grand accueil, ajoutant, toutefois, que,
courageux et habile comme il I'est » il devrait d^sormais
mener une meilleure Tie.
Peu de temps apres, Eustache le Moine r^unissait une
flotte de six dent quatre-vingts navires, qui trslnsporta au
pi'omontoire de Thanet toute Texpedition frau^aise. II
avait pris place avec rarchevSque dTork sur le m6me
navire que le fils dU roi de France. II ^tait Fun de ses con«-
seillers, et c6 fut k son ayis que Louis recourut , dans uq
momeht otx toutes ses communications se trouvaient rom-
puel^ avec son armee. Le plus souvent, n^anmoins, il
psirciourait la mer < comme chil qui moult en sfttoit (1)»^
ti \& jddr ob it enlevs^ h flotte de fiouldgne, il eut la
jdie de se venger une fois de plus de son anciefi seigtteur^
Retiaud de Damihartiti. II n'avait plus rieu h redouter de
lui : Renaud de Dammartin, fait prisonnier k Bouvines,
detail mourir dans sa captivit^i apr^s y avoir pass^ Ireize
ftnu^d.
Cependsint Eustache le Moine, tfibmphant dans toutes
ses tentatives, exauc^ dans toutes ses col^res, ne profilait
pas des sages conseils de Louis de France; car Philippe-
Auguste disait aU legat du pape, qui vduUit se rendre en
Atigleterre : ^ Nous vous donnons volontiers un sauf-con-
•^a^m—m^»m
(1) ffist. des Duci d$ iVbfm. 9t des lioii d'An^., p. 167.
( 4S3 )
1 doil; mais si vous tombez eotre les mains d^Eimta^be id
> Maine, noaa m rdpoodoos plus de votis 0)« »
Tant d'endurciasemeai devait wfia dire punt ^ el coanfiie
le dit le poete :
Nu8 ne puet vivre longhement
Qui tos jors & mat faire entent
Le 24 aoftic i917, Eastache le Moine qnitiait, avee Ro*
bert de Courtenay, petit-flls de Louis le Grod, le poH de
Calais, oil Blanche de Gastille, inquiSte de la defection
d*ttn grand norobre de barons anglais , avait r^uni trois
cents chevaliers potir porter seeours k son ^poux, et Dieu
sait quels sacrifices elle ne s'^tait pas impost, puisqu*elle
avait dtelar^ qu'elle mettrait en gage, si elle trouvait des
or^anciers trop ineiorables, un enfant de deux ans qui fbt
depuis le roi saint Louis. La situation des Frano^is au
delk de la mer ^tait devenue fort priicaire depuis que les
baroQS du parti du jeune Henri III se prtiparaient i assizer
Londres, et c'^taic k Enstaehe le Moine que Blanche de
Gastille avait remis le soin de sauver la capiiale menacde ;
mais, seion la ebronique de Walter d*Hemingford , son
ambition, enfikie par les cooqu^tes qu*il avail d^jhfaites,
lui avait inspire le desseio de soumettre k son propfe
pouvoir (ottte rAogleterre (9)«
Par malheur, le vent ^cartait ses vaisseiux des boiiches
(1) Matdi. Parii, <d. Wats,LondMf,1644,p. 106.
(S) Cum mtilta loca $uo tvkjv^goiHt impwrio, tandem afuhelavii a4 T$^
gnum Angliae conquirendum. (Walt. Hemingford.) Un ch<romquettr anp-
nyme se borne k remarquer que les ^rangais se coofiaient moins dans leur
force que dans les sortil^g^s de ce moine ^postal, « kar itop de ni^Dliaunce
• satoft. »
( 484 )
de la Tamise en les poussant vers lea rochers du rivage, et
a niesure qu'ils s'ea approchaient Jes marins des Cinque-
Parts, qui devaient aa roi Jean tous lenrs privil^es, mau-
dissaient celui qui naguere avail combattu avec eui sods
la mSme baani^re. c S'il aborde dans ce pays, disaieDt-ils,
> il devastera toutes nos campagnes. )> Bieo qbe les Da-
vires doDt ils pouvaient disposer fussent moiDs nombreax
qnalessiens, ils r^solureot de Tattaqaer*. Quelques sei-
gneurs se joignirent k eux : c'dtaient Richard Fitz-Roy,
Hubert de Borgb et Philippe d'Aubigny. Poor mieux faire
r^ussir leur entreprise, ils avaient arm6 leurs barques
d*eperons de fer qui devaient percer celles de leurs ennemis,
en meme temps qu'ils leur lanceraient dans les yeox un
nuage de chaux vive. Quelques-uns disaient bien que tons
ces efforts seraient inutiles, qu'£ustache avail appris la
magie en Espagne, et qu'au moment du peril, il disparai-
trait sous les flots; mais un vieux marin de Sandvirich, qui
avail longtemps combattu avec lui , rassurait ses compa-
gnoDS en leur disanl : c J'ai appris de lui le secret de ses
» ruses el de sa magie; je sais je moyen de le vainere, et
» je suis prSl k donner ma vie pour y parvenir. b
La melee s*engagea : elle fut terrible. Les filches et les
arbaletes commencerent ce qu'acheva le poignard ou la
lance, et plus d'un malheureux poursuivi par le fer se
precipita dans les flots pour y trouver une fin moins
cruelle. Eustache esp^rait encore s'echapper. A d^faut
d'autre arme, il avail saisi un aviron avec leqnel il assom-
mail quiconque osail Tapprocher. Cependant le marin de
Sandwich avait invoque saint Barlhelemy dont on c^I^-
brail ce jour-la la f£te, et saint Barlhelemy, disail-on, lui
eiait apparu pour le soulenir el I'encourager. Des ce mo-
ment, Euj^tache ne resista plus. En vain chercha-t-il k se
( 485 )
eacher ; en vain eut-il recours aux pri^res : le vieux pilote
de Sandwich lui trancha la tSte. Plus tard, quelques chro-
niqaeurs crurent toutefois devoir faire honneur de cet
exploit k Richard Fitz-Roy, qui ^tatt fils de Jean sans Terre
et de la comtesse de Warren , issue elle-m£me de la maison
royale d'Angleterre.
La place qu'occupe la mort d*Eusiacbe le Moine dans
les r^its contemporains nous fait comprendre toute Tifai-
portance du rdle historique qu'il remplit pendant sa vie.
Tandis que les historiens fran^ais louent son courage et
rapportent que Louis de France fut plus aiQig^ de sa mort
que de la d^faite de son armee k Lincoln (1), les histo-
riens anglais se plaisent a raconter que la tSte du traitre,
plac^e au bout d'une pique, fut promenee dans toutes les
provinces de TAngleterre (S). Aujourd*hui encore, on
montre au voyageur Tendroit oii les habitants de Sand-
wich construisirent une chapelle en Fhonneur de saint
Barth^lemy, et pendant longlemps une procession solen-
nelle s*y rendit chaque annee pour perpetuer le souvenir
de cette victoire.
Si, dans la premiere partie de cet Episode, Eustacbe le
Moine s'est montre le dernier repr^sentant des karlsdans
les forSts du Boulonais, nous pourrions, apr&s avoir
retrace ses pirateries et sa mort, Tappeler aussi bien le
dernier des rois de mer.
(1) Rigord Pappelle : miles tarn mariquam terra probaUssimut, D*apres
la cbronique manuscrite de Henri de Silegrave, il ^tait lechef et le prince des
barons de France.
(^) Walsinefham, Vpod. Neuttriae.
( 486 )
VooRuiTGiNG. — Po^ie par M. J. Nolet de Brauwere
van Steelandy associ^ de TAcademie.
- - — - r ~ ' ' .
L% progn§ TOQ» i dit i Je Hiircbt^
el le Bonstrt mtrdie en «ffet.
*k Behoor niet tot d» school Mijn-tijders en BetweterSf
Neenknikkers* oud-gepruikte droomers van lets beters
Dan *t geen bestaet : Zij die, met slecbt bedwongen spijt»
Terogzien op ^t verle^n, dien goeden ouden tijd;
Die 9 willens stikziende in eene eenw zoo rijk aen vinding
Ala de o&ze» en hoorend-doof, zich de oogen alaen tot bliflding
£q de ooren stoppen, waer een juichend nagealaeht
De wondren roemt, door nijvren kunstzin uitgedaekt;
Die I pruilende in bun hoek, met onverduldig kniezen,
De logge trekscbuit Toor bet vlugge stoomscbip kiezen ,
De ontwielde sleepkoets of den stapvoets-draegstoel, voor
Den trein, snel staiyende op den rug van H gladde spoor;
Ja, waer de gasvlam *t licbt der zonne doet berleren,
Dat licbt verwenscben en bardnekkig blijven kleten
Aen de oordjes-yetkaers of de walmende oliepit. -»
Maer ooky ik rangsebik my niet in bet bentgelid
Der jabro^rs, pasgebroekte en jonge hekkespriiigerSy
Verwaende alweters, onbesuisde geestbed wingers}
Zij die, gewapend met de klapzwoep der kritiek,
Orakels kramen voor den neus van 't braef publiek,
En, de onderlip gekruld ten spotlacb, met misprijzen
Op d'afgelegden tooi der Yaderen yerwijzen
Als op iets mottigs, waer geen cbristenziel mei prijkt :
Maer, zoo ben niemand naer de kromme yingers kijkt.
Met d' afgetomden rok bunne arme plunjes lappen.
En, fiere banjerds, metgeleend pakkaedje stappen,
Als badden ze, arenden , alleen H genie in pacht
( 481 )
Voor btifi {yHvftet gtibruik^ ^ti ware ^t tooi^^la^ht
£en portie ^ileU, go^d <mk tii 's L&Mii ktfbittMfcltl,
Verdroogde lorr6n^ ftdhtef H ghsMem op U £citt^n}
Zlj die, mdt Dniiflpjes zeventbijl^che Iftei^en fled,
De schenkels trijd uit-een, op hooge if el ten sideil,
En 9 bij yooruilgaiigy bee&6il maken taifi wder^ben^jdr
c 'k We^t alles! » beet hel thdnd 2 1 Wat W(^ ik? ir^jiMrdk tfontaigne;
Doch tusschen ai of niets, yoornit of aehteralt,
Loopt vast een midden dat bet ware voetpad duidt.
Neen,. stonder *t Jong gesla^ht niet meer dan de otidei^lir^titibto
Te kort te doen , of in bun eergevoel te kwetsen,
Zoo trek ik d^ eenen even min als de andreb v6of»
'k Hou nocb tan kreeftengang, noch ook van bazenspodf^
En 't uiterst kiezen scbijnt mij altooi bndoelmatig.
Den gulden middenweg bewandlen beet ik batig.
In 't honderd uitgepikt bewijze een voorbeeld ^t flus :
God scbiep bet mensebenpaer In naturalibtls^
Hetgeen ternederduitscbt wil xeggen s baekt aid pieran.
Zoo lang nu 't onscbuldwaes dit oirkleed mogt versieretiy
Was 't firaei en wel| maer toen de gulzige appelbeet
Den toover wegblies van bet Ingebeelde kleed^ *
En de eerste onnoozelhcid door sobaeinte was venrangen^
Werd 't needrlg tijgenblad ten roorsdioot aengebangen*
Vooruitgang heeft zich met dat Tijgenblad gemoeid^
En 't is in lengte en breedte allengs gegroeid» gegroeidi
Gerekty gezwollen en gedijd, tot dertig ellen
Satijn, met even zoo reel kant er om! 't Voorspellen
Yalt zwaer, boe en wanneer die kunstgroei staken zal.
Schteenwleelijk vindt gij *t monstertuig, romantiscb m«l
En peperduer daerbij ; maer toob zal 't niemand wagen
't Klassiek oorspronklijk blad des vijgenbooms te dragen^
Om bloot te staen aen koude > aen boete en straetgejouw?
Denk niet dat 'k zinspeei op de bedendaegsdie vToUw^
Nieuw slag van Evas, die God weet wtt tipptla prderen^
( 488 )
Waervoor ze ( in eer en deagd ! ) een vijgenblad behoeven
Van dertig ellen! Neen, maer 'k wil u doen verstaen,
Hoe H beter is bedaerd op 't middenpad te gaen,
Dan op veel ruimer spoor bet uiterste aen te kleven :
Onbevooroordeeld bier wat nemen , daer iets geven ;
Verlengend H vijgenblad, bekortend de ellemaet,
Een kieed zicb snijden dat niet al te opzigtig staet,
Maer past, wat achteruitgang roemc op vlek en scheoren,
En woest vooruitgaen stoffe op kakelbonte kleuren.
Vooruitgang! Magtspreuk, stop* en wachtwoord oncer eeuw,
Ik deel niet in H geroep, straks algemeen gesehreeuw.
Van ben die u, bij boog en laeg, ten troonstoel tillen;
Maer vraeg mij dikwerf af waerheen de snorkers willen
Die, met den stormhoed op*, en waterlaerzen aen,
Trompetten blazen en vooruitgangstrommel slaen?
Of boven H schel getoet en oorendol gerolfel,
Het niet verkieslijk ware in slaepmuts en pantoffel
Te steken, en in groot-papas purgeerjapon,
Vroome oudbeidsdragt, waerin men soms veraedmen kon?
Ook stel ik mij de vraeg en wilde H gaerne weten,
Of al dat voorwaerts spoln vooruitgang juist moet beeten.
En 't achterwaerts bij tijds precies gcen voorwaerts is?
Men boede zich voor slecht begrip en ergernis,
£b wijte mij noch woordenspel noeb valsehe stelling;
Doch zie, bet komt mij voor als gleden we op de belling.
Die voert tot stoffelijk en zedelijk verval.
Waer *t dient bewezen, sebaer ik gauw een rond getal
Van verzen in 't gelid, gespitst ter proef en staving.
Het scbijnt me ontwijfelbaer : Vooruitgang won bescbaving,
Besehaving won verwijfdbeid, en verwijfdbeid bragt
Vervah Dat loopt van 't eene op H andere geslacbt ,
Als 't evangelie van Matbfleus salmgesebakeld ,
Tot onzen tijd. Verslapt, ontsenuwd, afgetakeld
En knikkend op de dunne beentjes staen wij daer.
(489 )
Verarmde dwergenteelt, in 't aenzien eener schaer
Vaa Vaedren, sterk gespierde en kloek gebouwde reuzen,
Wier vrienden-handdruk ons de vingeren zou kneuzen;
Wier louter kugchen ons deed wagglen; wier genies
Ons als een kaertsoldatenspel omverre blies;
Wier zware goedendags , rapieren , aksen , beukels «
Ontilbaer Ifggen voor onze uitgeteerde kneukels! —
Maer ook, zie eens dat plompe en ruwe voorgeslacht,
Zoo onbescbaefd als groot, op H veld in ligcbacmskracht
Geoefendy en gesterkt door zuivren drank, en spijzen
Waeraen geen Stas een sittepitje kon yerwijzen !
En wij? Beschaving zong een ander liedje ons voor :
Wij kwijnen liever in de stiklucht van 't kantoor.
Den neus op 't groot-bock, in een cijferberg verslonden*
Vooruitgang heeft daerbij een kookseltje uitgevonden,
Waeraen de scheikunst hare ondeugcnde offers brengt,
En zoo veei mourdend gift in spijs en drank yermengt,
Dat *t om omver te vallen is van louter schrikken,
Bij H hooren-noemen slechts van 't geen wij daeglijks slikken
Aen vuilen, viezen kost. De maeg van Mltbridaet
Ware ontoereikend ter verdawing van dat kwaed.
Toch wenschen we ons, stout-weg, geluk met fraeijer tijden
Dan de oude, en willen we in vooruitgang ons verblijden,
Al liggen we aen zijn^ boei ook nog zoo vast verslaefd \
Al zijn wij zoo bescbaefd, geschaefd, ja zelfs verschaefd
Tot snippers, dat bet aeklig is oni aen te schouwen.
0 konden we eenmael ons naer willekeur berbouwen ,
Verbakken in den vorm van 't vaderlijke ras!
Een weinigje achteruit kwam bij bet deeg te pas.
Of we op bet zedelijk gebied wel veei meer deugen
Dan *t voorgeslacbt, ik wil mij gaerne er inVerbeugen
Zoo 't mij bewezen wordt,* docb 't schijnt mij ver van daer :
In vroegere eeuwcn zie 'k eene ongelikte schaer
Van dievcn, moordenaers, brandstichters, maegdenroovers,
En wal ge al racer nog will daerbij. Voorwaer, iets grovers
( 490 )
Is nooit gchoordl — U^r 't wa? 4c mode ym dien tifA,
Door iimbmik wotUf , ^cb^u 'i voor 't mins% is^n ee^ /itryd
Zijn' buejrman op^nlijk naep d^ ^euwi|;h)P*d t^ ^ tore»»
Daer lag iets riddertiiks in de apkUgste ayoutorieii
Diep oude banjerd^ j 't fcit gescbiedde 5tout W fieP,
Bij heldep daglicfet, met ji^beyeu bftlmvizier,
En poezij geuFd<» uit den reboot der boofdgeiv'd^f
VooFQitgaB; oefende om in al die booz^ ^trekon,
Doch zoi^der poe;^g. Tpt kleiner ^chjael v^rfijndf
Verkinderd en yerlamd, in lijf w zifil vergryqd^
Hoe we ons poUjstten nen beacbaving ^n pi}3 wre¥eii»
De oude- Adam ging niet af : de mensch i9 inens^ |;ebleT9&«
H Is waer» onze opdeugd praelt niet meep in *jt open Vi^lbl;
Bij maegdon^Yoering plegen wij geen driest geweld.»
Te Tiervoet in den «;adly met dreigend fitaelgeEonker ;
Voorzigtig knijpen wij de kalje$ in den donker,
Op woUen zokken, in 't geniep, als 't memandziet.
H U i^aer, wij wagen on3 a^ stouts plonder niet;
Wij rooven niet in 't greet : wij stelen^ wij qntfutselen
Het erf des naesten, door een barrewa^rrend knutseleii
Vanregt en onregt» en wij eignen ons zijn deel^
Het wetboek in de band^ bij nijdig pleitkrakeel,
*t BaenstEaoper3ambaQht is yoor^eker niet ssoo yeilig
Als yroegerj maer wij gaen tep Beurs : de Beura is beiligi
Wij moorden ^t ligchaem niet : wij wurgen tbans de ziel^
Niet slaende in 't aenge^igt, maji^i* prikkeade in den biel,
Laeghartig, onyerdaobty sluwln den V}^^ gegrepen^
Hier met een slinkscben douw^ en daer met yalscbe knqnen^ -
Z66 stappen wij yooruit! Zalk konterfeitsel bragt
Bescbaying aen, yan 'truw, rondborstig vooj;geskfibtt
Indien wij dit yeryal yooruitgang duiren beeten,
Dan ,i3 bet om er bij te buiien en tie sweeten*
'k Zwijg van regeerkunde en van hpoge pioliJtieji!:*
Al maekt beur mis^elijk vertooi; bet harle ssiek,
( 491 )
Voel ik mij niet bevoie^d '« Lands wip-wop aen te foaniti#
Toch» Uj hoi sien van al de vreemda tuimekoereiit
HalsbrekeN^nrongeO) op de aattlio pkdc vartigli
Wensch ik haer sterkte oa imvorlirokoa arenwii^ i
En mogt ik| dngevraefd , eesC goedea )«ed hief gevieii^
Dan prees ik ililalaiid, waer voiMnutgaiig Biy d«iei feeTMit
Wat bliijfft nog OTcr? la » do knnst, de weto&scliap i
De lettereii. ^ deden vast een' grooteit^ stap
Vooruit; &er Bipgea wlj Oanova , Enbens roemm i
Maer de oudheid weet meteen' heur meesters op te noemen^
En toont dat 2ij z46 aroiy too onbc^gaefd niet was
Met MilOy met Prajuteles oi Phidia6|
Met mkidieieettwsclie prael ^ trotaebe spitsrondbogeo*
Waer onze bonwkuiist aieh Torbijt aen ijdel pog^eOt
En niets verbevens stiebt dat tot de seiele spreekt
Of *t kodi^odo^en-2ang van 't Tonretead lijnregt breekl; •***
De wetens^ap? Zij weet zieh netjes op te knappen :
Hoe vaek verstellefi wij oas zoodagptdc met lappea,
Ontvreemd aen Grieksobe of aen ftoinetosdhe wijsbeidsdragt,
Bij hoop coilaties en citaten, aeiigebragt
Tot booggeleei^ bewijs hoe leelijkn^ obs TerfbleB,
En de oude paeijea jmist daft allcs beier wisleii?
Maer dan de letterkiuide? Dene oi]fi>edaohte Tfaig
Voorwaer, en vat ^k nuj^e]/ ongaerne bi] den kraegy
Toch zij 't read-uit en gul l>dMBd z Wij, arnae joogeresy
Wij moesten aen den uitgerasten geeat ¥firhongerao,
Bij schotels^ waer mln H iiat naer scfande brokkton viaeht^
Wierd ons geea sterkend mael docHr de Oadresi O]
0ns ongerezen deeg doen we ia in:>oraitgangsoven
Ten halve bakkea of tot harde korst v^storea*
Kieskauwend peuzlend aea een onbefcM^ geregt,
Niet gaer of wet verbrmid, en altoos even 'Slecht.
Zie hoe de vooraaet op dea arbeid aat le hraaijaa
Eea' leaftiijd lang, oi "4 paikaineatanbiftd dead groftycffi
( 492 )
Tot foUanten, oiiTerslijtbaer, breed en dik,
Aea onzen arm te zwaer, ons beuzlehd brein ten sehrikl
Meet, durft gij, ^t reuzenwerk aen al die rommelzoodjes
Van prultraktaetjes en klein-duodecimotjes,
Gauw, gauw aen-cen geflanst, gedrukt op flotpapier
(Dank zij der mekaniek!)^ goed voor den kruideniert
Maer onbestand om tot het nageslacbt te rakenj
En zeg dan of, aen al den schijnspoed dien wij maken,
Al 't haestig drentlen, ai H gekrabbel en U gekras,
Een schreedje ruggewaerts nlet ver rerkieslijk was?
Verkieslijk? Zeker; doch met oordeel* en bescheiden
Het Yoetpad inslaende als gemeten tusseben-beiden :
Geen toomloos Toorwaerts, ook geen vlugtend achteruitl
H Is op dien middenwcg dat ik mijn' zang besluit.
Onze oaders hadden, ja, bun feilen, bun gebreken :
Wij bebben de onze, en zijn er niet van vrij te spreken,
Al trekken wij ook nog zoo'n scbeef en vroom ge^igt,
Bescbaefd geveins, door valscben ootmoed toegelicbt,
£n teeknen dragend van verval en zedeontbinding.
Wie onzer, in eene eeuw bij uitstek rijk aen vinding
En stoflijk welzijn, aen vooruitgang mouwen past,
Waer 't tooverend genie den tijdgenoot verrast
•
Met wonderscbepping van werktuiglijk kunstvermogen,
'k Verheerlijk ie^ren vond, ik juicb elk edel pogen
Van harte toe, en zelf geef ik het voorwaertssein.
Doch waer we op 'tzedelijk maetscbappelijk teirein
Vooruitgangswieken slaen metmagteloos geflodder,
Door dik en dun, tot over de ooren in den modder,
Bij zelfverminking en bedreigd verval van kracfat,
Daer roep ik : achteruit! en keer tot H voorgeslacht.
Daer wil ik aen gerijpter geest van vroeger dagen,
Bezadigd overleg en ondervinding vragen,
Opdat de nazaet, beurtiings ook onze erfgenaem,
Den boedel niet verwerpe en onzer zich niet schaemM
De toekomst wacht : Eens daegt het thans zoo jeugdig heden
( 495 )
Zelf op als oudhcid, uit ceu schcmercnd verlcdcn ;
Eens staen we in eigen school omwolkt, vcrslcend, vergrijsd.
Wat nood? Zoo H nageslacht met eerbied op ons wijst,
De dankbaerheid in *t harte, en met ontdekten hoofde
Den erfschat toont, dien bet den Vaderen ontroofde
Bij *t fakkellicht dat hem U genie in handen gaf ?
'k Zeg Amen, en getroost treed ik den spreekstoel af.
— Apris ces lectures, M. le secretaire perpetuel a
donne connaissance des resullats du dernier concours.
(Voir pag. 382.)
2"** SI&RIE, TOME IV. 55
( 494 )
CLASSE DI&S BEAVX-ARTS.
Seance du 7 mat 4858.
M. G. Geefs, directeur.
M. Ad. QuBTELETi secretaire perpetueK
Sont prdsents : MM. Alvin , Braemt, De Keyzer, F. Fetis,
Navez, Roelandl, Siiys, J. Geefs, Erin Corr, Snel, Par-
toes, Baron , Ed. Fetis, Edm. De Busscher, membres; Ca-
lamatta, Daussoigoe-Mehul , associds,
MM. d*Omalius d'Halloy, president de VAcadimie, et Po-
lain, membre de la classe des leltres, assistent a la seance.
CORRESPONDANCE.
M. ie Ministre de rint^rieur informe TAcaddmie que
M. Demoly laur^at du grand concours de composition
musicale de i855, s^occupe des compositions qu*ii devra
envoyer au Gouvernement, travail qui I'empdche de faire
un rapport plus d^taille. .
M. Ie Ministre transmet en meme temps un premier
rapport de M. Benoil, laurel du grand concours de com-
( 49S )
position musicale de 1857. L'auteur demaode de n'adrefis^r
son rapport qu'k son depart de chaque graode villOft an
lieu de faire un envoi trimestriel. MM. Fr. Fetis et Snel
appuient cette demande, mais en insistant pour que le lau-
reat envoie aussi des Gomposi lions lyriques.
— Le Gouvernement desire connaitre I'avis de I'Aca-
d^mie sur une requete de M. Fierlants, qui sollicite son
appui pour pouvoir reproduire, par la photographie, les
principaux tableaux flamands de Tecole gothique. (Com-
missaires : MM. Navez, De Keyzer, Alvin, £d. F^tis et
firin Corr.)
— M. Quetelet donne communication d'une lettre qui!
a refuede M. Donaldson, associ^ de TAcad^mie :
€ J'ai eu Tavantage de voir, Tannee derni^re, votre expo**
sition des beaux-arts, dit I'^minent artiste anglais, et j*ai
ii vous feliciter de I'etat de vos ecoles et des grands ar-
tistes qui lui font honneur. J'ai ^t^ frapp^ du merite d'un
grand nombre de vos tableaux et des objets de sculpture :
il y a tant de rapport et d'aoeord h Vi^vA do gout de nos
deux nations , que je desire avidement que vos artistes
se d^cident h envoyer de leurs productions a notre expo-
sition de I'Acad^mie royale des beaux-^rts (i). Je suis sflr
qu'elles produiraient une vive sensation, et que les ar**
tistes trouveraient des amateurs qui ne seraient que trop
heureux deles poss^der. II y a une exposition k part, k
Londres, pour T^cole fran^aise , qui a beaneoup de succes,
et Ton y vend grand nombre de tableaux k des prix con*
(1) Notre exposition s^ouvre le premier lundi du mois de mai de chaque
ann^e.
( 496 )
sid^rables. Pourquoi ne pas aussi etablir une exposition
des beaux-arts beiges? »
RAPPORTS.
M. Fr. Fetis avail presente, dans la seance pr6c6dente,
un memoire sur la question de savoir si les Grecs et Us
Romains ont connu Vharmonk simuUanee des sons. Les
commissaires designes etaient MM. Snel, Baron etVan
Hasselt. M. Baron donne lecture de son rapport, entiere-
ment favorable k cet important travail. L'Academie atten-
dra le rapport de ses deux autres commissaires pour porter
uu jugement delinitif.
COMMUNICATIONS ET LECTURES.
M. Baron entre dans des details historiques sur les tra-
ductions en vers de TArt po^tique d'Horace, tour k tour
attributes au marquis de Sy et k M. Poupar, et sur Topus*
cule auquel ces traductions ont donne lieu : cet opuscule
a ele publie a Londres avec beaucoup de gout et d'elegance
typographique, par M. Baron et M. Sylvain Van de Weyer,
membre de TAcademie, et ministre plenipotentiaire de
S. M. Ic Roi des Beiges a Londres.
(497)
Notes sur Jerome Van Aeken, dit Bosch , peintre et graveur,
et sur Alard du Hameel, graveur et architecte, a Bois-
le-Duc; par M. Alexandre Pinchart, attache aux Archi-
ves generates du royaume.
Cesl pour donner quelque retentissement a une reciiii-
calion qui interesse Thistoire des arts que je m'adresse a
TAcad^mie. Les Bulletins de ses seances sont plus repandus
que n^importe quel recueil de noire pays, et j'ose esperer
que cetie savante Compagnie voudra bien y inserer ces
trois ou quatre pages.
En 1842, M. Immerzeel publia le l'^' volume de son ou-
vrage intitule : De Levens en Werken derkunst-schilders, etc,
A Tarticle qu*il consacre a Jerome Bosch (i), il donne la
date de la mort de ce peintre d'apres une note extraite
d'un registre de la confrerie dite Illustre Lieve-Vrouwe
broederschap , k Bois-le-Duc» et qui, selon lui, est ainsi
couQue : Hieronymus Agnen^ alias Bosch, insignis pictor.
Depuis lors et gr&ce au livre de M. A. Micbiels, Histoire
de lapeinture flamande, dont le tome II (2) parut en 1845,
le nom de J^rdme Agnen, dit Bosch, fut accepte comme
etant celui de Tartiste cr^ateur du genre trivial ou bur-
lesque dans les Pays-Bas. Ensuite vinrent le Dictionnaire
des peintres, de M. Si ret (1848) (3), le Catalogue du Musee
d'Anvers, de M. de Laet(1849) (4), etc., qui reproduisi-
rent la version de M. Immerzeel, et qui aid^rent a la pro-
(1) Tome I, p. 77.
(2) Page 385.
(3) Pacfe9t.
(4) Page 47.
( 498 )
pager en France (1), en Italie (2) et en Allemagne (5).
Dans un registre des Archives du d^partement du Nord,
h Lille, qui porle le n"" F. 190 de la chambre des comp-
tes (4) , se trouve consign^ le passage suivant, lequel relate
un payement fait par ordre de I'archiduc Philippe le Beau
au mois de septembre 1504 :
c A J^roaimus Van Aeken , dit Bosch , paintre, demou-
» rant & Bois-le-Duc^ la somme de xxxvi livres, h bon
» compte sur ce qu'il pourroit estre deu sur ung grant
» tableau de paincture^ de ix pieds de haul et de xi pieds
> de long, oti doit estre Le jugemmt de Dieu, assavoir
> paradis et enfer, que Monseigneur avoit ordonn^ faire
> pour son tr^s*noble plaisir. >
En lisant ce passage, qui ne laisse aucun doute sur Tin*
dividualit^ de Tartiste dont je parte, jecherchai k le con-
cilier avec la note decouverte par M. Immerzeel, et je
coaclus qu'il y avait Ik une faute de lecture. Jem'adressai it
M. Van Zuylen, premier employ^ aux Archives de la villede
BoiS'^le-'Duc, pour le prier de verifier la mention du dicks
de J^rAme Bcisch. Sa r^ponse fut confot^me k mes preyi-
sidns. Voiei le passage tel qu'il se trouve daiis le registre (3)
(1) J. BenoQvier, D9$ tffpe$ 9$ de$ manidr$i des maitrH graveun, ele.;
MoQtpellier , 1 858 ; XYI"' siecle , p. 1 44.
(3) Vasari, Le File de'pitlt eccellenti pittori , etc., ^dit de Florence,
t. XIII (1857), p. 151, note 5.
(8) Keller, PraktHches ffandbueh fur Kupf&nUeh$amndtr; 1850|
p. 78; — R. Weigel, Catalogue de la eollecHon de gravures d'E^-P, Otto;
Leipsig, 1852; p. 1.
(4) Fol. ii« XXX r.
(5) Les registres de la confr^rie nomm^e VXllustre Lieve^Fromo9 hroe^
dertehap appartiennent k la sociiU dite ffet provinciaal Genooteefmp van
kumten en wetenschap in Noord^Brahand , k Bois-Ie-Duc. Je puUieni let
( 499 )
qiii a poor litre : Nomina decanoirurn et pr$posil6rum i
< ObUus fratrum. A"" 15i6« HUronimtt^ Aquen ali Btisch
insignis pietor. »
Toas les noms qui sont inscriu dans ce registre otit ce-
pendant ^t^ publics avec exactitude dans un recueil im«
prim^ en 1841 (1), et par consequent ant^rieurement ii
Fapparition du livre de M. Immerzeel.
Une autre indication que m'a envoyee M. Van Zuylen , et
qui est e&traite d'un volume intitule t Regiiter der namm
ende ioapmen der heeren beeedigde broeder$ soo g€e$telyke
als wereltlyie van de lUustre Lieve-^Vrouwe broederschap,
confirme et le nom de Van Aeken et la date de 1516. Au
foi. 76 » on trouve le contour d'un ^cussod dont le champ
est Tide, avec ces mots au-dessous : Hierbnimus Aquens.
alioi Boich $eer vermaerd sehilder. Obiit. 1516. (2). Enflii
le nom de Jerdme Van Aken (sic) 6e rencontre encore
dans un compte de la confr^rie de 1498-1499.
L'erreur de Mi Immerzeel est done ^vidente, et il est
constate que Tartiste qui a 6i6 connu jusqu'en 1849 sous
le nom de J^rdme Bos, Bosch ou Bosche^ s'appelait Van
Aeken, et qu'il est mort en 1516, au lieu de 1518. Cette
difference de deux ann^ed est peu de chose, je le reconnais
volontiers, niais Une fausse date est souvent Torigine de
diverses suppositions, et, par consequent, d*erreurs nou-
velles. On voit, en outre, par les expressions des notes
que j'ai rapportees, que la reputation du peintre etait fort
textes des notes qui sont extraites de ces volumes dam mti ^nhhfe$ des
arit, dBt idetices Bi des leUres, 1. 1^, $ 46.
(1) Hermans, Mengelwerh over de provineie No9rd*Brahandf \V^ part.,
p. 139.
(2) /6/(fem; p. 139.
( 500 )
appreciee de ses coocitoyens et qu*ils en tii aient vanite.^
Piusieurs aatres reaseigoements que je dois ^alement
k I'obligeaQce de M. VaaZuylen me font rejeter enti^rem^ol
ropinion d'un s^jour prolonge de Tarliste^ea Espagae(1)«
oil existaienty auXVl'"siecIe(2)9et oji existent encore un
assez grand nombre de ses meilleurs tableaux (3). Ces do*
cuments etablissent que J. Bosch etait d^ja connu comme
peintre et qu'il vivait ^ Bois-le-Duc en 1488 (4); il n'a pas
quitte cette ville jusqu'k sa mort» puisqu*on le retrouve
mentionne dans des comptes de 1493-1494 (5), 1498-
1499(6), 1504 (7), 1508-1509 (8) et 1511-1512 (9). A celte
derniere date il dessine pour la confr^rie le patron d*une
croix qui lui est paye 20 sous.
Pour m'assurer si J^rdme Van Aeken n*^lait pas an
etranger, j'ai fait des recherches dans les comptes des sous-
^out^tes de Bois-le-Duc, aux Archives du royaume, oil
sont transcrits annuellement les noms des personnesqui
ont oblenu le droit de bourgeoisie. L'absence du sien dans
ces listes est une preuve qu*il est natif de celte ville, dont
(1) p. de Madrazo, CcUdlogo dshs ciMdrot del real Mueeo d$ jrin-
tura, etc,} Madrid, 1845, p. 95; — A. Siret, toc.ctl.; — Court, Catalogue
des tableaux du mutee de Houen; loc. cil.
(3) J. de Siguen^a , Hittoria de la orden de San-Gerdnimo; Madrid ,
1605;t. ]n,pp.8o7 ^841.
(o) P. de Madrazo, loc. cit.; — Ponz, Fiagede Etpafki; Madrid, 1770;
pastim; — Gean Bermudez, Diccionario historico de las hellas artee en
Eepanaj 1. 1", p. 172.
(4) Compte de la confrerie citee de 1488-1489.
(5) Compte de la confrerie citee.
(6) Archives des arts, des sciences et des lettres, 1. 1'', § 46.
(7) Registren« 190 cite.
(8) Compte de la confrerie citee.
(9) Compte de la confrerie cit^e.
( 501 )
il a pris le nom pour signer ses CBuvres. Od lit dans un
de ces compies (1) qu'un certain Laurent Van Aken {sic)
fut ref u bourgeois a Bois-le-Duc en 4464. Je crois inu-
tile de relever ici une des mille erreurs commises par
M. Yiardot, qui classe Jerdme Bosch parmi les peintres
de Westphalie (2).
. J'ai vainement recherche quelles etaient les preuves sur
lesquelles les auleurs qui se sont occup^sde rhisloire des
arts s*appuyaieot pour la date de la naissance de ce c^lebre
peintre. Descamps (3) , qui a accumul^ et invents tant
d'erreurs» la fixe k l*ann^e 4450. D'autres ecrivains en plus
grand nombre la reportent a 1470 (4), je Iqs crois plus
voisins de la v^rite. Huber et Rost (5), M. Heller (6) et
M. Gh. L^ Blanc (7) vont mSme jusqu'a la rejeter k 1498.
Van Mander (8), Campo Weyerman (9) , etc., ne se pronon-
cent pas. Quoi qu'il en soil, Bosch n*a pu peindre, ni en
1450 (10), ni en 1522, comme Tout avance les eslimables
auteurs de Texcellent Catalogue du Musie d'Anvers(H)^
(1) Registren« 13005, 18o.
(2) les Mu$ie* d'Espagne; Paris, 1852; p. 79. — let MuiSei d'Jlle-
magnei Paris, 1852; p. 520.
(3) la Fie dee peintres, ^dit. de 1753; t. P**, p. 19. — Alexandre, Cata"
logue des tableaux vendue d Bruxelles de 4773 d 4803, p. 01, reproduit
ceUe date, et fixe la mort de Partiste k Tannee 1512.
(4) Immerzeel , loc. cit.
(5) Manuel des Amateurs de Fart; 1801 ; t. V, p. 69.
(6) loc. cit.
(7) Manuel de V Amateur d'estampes, t. I", p. 468.
(8) Met leven der schilders.
(9) De levenS'Beschryvingen der nederlandsehe Konst'Schilders.
(10) Annotation manuscrite d'une f^ravure de la collection de la Biblio*
theque royale.
(11) 1857, n*41 , p. 42. Zm ^ Eneielopedia delle belle arti, t. IV, 1'*par-
tic, p. 214, est tombe dans la meme erreur.
v«
( 502 )
d'aprds une gravure qui porte ce mili^sime, et dans la-
quelle ilsvenlent reconnaitre le sujet du tableau que poss^de
cet ^lablissetnent et qui est sign^ : JHEROrfmus Bosch (1).
La date de cette gravure avait cependant dejk ^t^ sigoal^e
comme fausse par M. Immerzeel.
J. Van Aeken , dit Bosch , a grave sur bois. Henneken (2),
M. Nagler (3) et d'autres ecrivains lui ont aussi attribue
des gravures sur cuivre. Ces dernidres sont toules d'Alard
du Hameel (4) , contemporain du peinire. Lesauteurs qui
ont d^crit ou cite les gravures de celui-ci n*ont connu au-*
eune particularity de sa vie. L^une de ces planches qui
represente un tabernacle, a fait croire qu'il ^tait orii§vre :
c*est ainsi quelequalifie Zani (5). Alard du Hameel fulun
archilecte trds-distingu^ qui ne s'occupait de graver, tant6t
d'apres ses propres dessins, tantot d*apr^s ceux de son
concitoyen Jerdme Van Aeken , que dans ses moments de
loisir. Cest lui qui fut chargi de la direction des travaox
de la magnilique ^lise deSaint*Jean k Bois-le-Duc, une
des plus belles des Pays-Bas, depuis 1478, et peut-£tre
ant^rieurement k cette date, jusque vers i4959 dpoque
pendant laquelle fut achev^ le transept meridional et
commence la construction du vaisseau de r^difice (6). Da
Hameel est qualifi^, dans les documents, de maitre des ou-
(1) Voy. le fac-similede la signtture k U fin del deux Mitiom da eiialofpie
(1S49 k 1857).
(2) DicHonnaire de$ JrtUtei, tte,, t. Ill, p. 184.
(3) Irenes allgemeines Kunstler-Lexiconf Munich, 1837; t II,p. 68.
(4) Du Hameel est Torthographe^u noni tel quMI se trouve sur les planches
de rartisle. Daos les documents H est toujours 6crit : Dn SamtL
(5) loc. dL, t. X, 1'* partie, p. 314.
<8) Hermans, GesehiedmU ov9r din bouw dit S'»Jansk$rk t$ U fferio^
ffenbosch; La Hajre, 1855; p. 13.
( 503 )
Yrages ou de maitre de la loge (1). On sail que tons led
architectes du XY°' si&cle et m£me ua grand nombre de
ceux du XVI"* e&ercerent ie metier de ma^on ou de tailleur
de pierres : du Hameel etait k la fois Tun et Tautre (2). Son
nom n'est pas celui d'une famille de Boi8*le*Duc : il n'y
acquit point le droit de bourgeoisie. On pent done le con*
sid^rer comme un etranger qui est all^ s^^tabiir dans cette
ville. It avait ^pous^ Marguerite Van Auweninge, qui d4-
ceda en 1484 » et dont la pierre tumulaire se voit encore
aujourd'hui enchassee dans une muraille, k Tinterieur de
Teglise de Saint-Jean , avec son effigie et une inscription (5).
Alard du Hameel est mort ant^rieurement h 1510(4). Cest
ce m£me artiste qui tra^a les plans et les dessins de la cha-^
pelle de la confr^rie de Notre-Dame dite IHustn Lieve^
Vroufjoe broederschap ^ adoss^e au choeur de T^lise de
Saint-Jean, et dont les travaux s'ex^cut^rent sous la direc-
tion particuli^rede Tarchitecte Jean Heyns, son beau-fr^re,
lequel mourut en 1515 (5). J^rdme Van Aeken fit, eb 1493
ou 1494, pour cette m£me association dont il faisait aussi
partie, le patron de plusieurs vitraui qui fnrent peints par
(1) Hermans, Getohiedmis ovur den houw dir S'-Jamhirk 19 *« ITisfto-
gehbosch;jp» IS.
(2) Ibidmn, p. 18. Dans le compte de la yille de Louvain dt 150f , ^47,
on lit : Meetter Alart de ffamel, der etadt wirekman steenhotiwer, Cette
note m*a ii6 cemmuniqu^e par M. Van Even.
(8) Ibidem, p. 19.
(4) M. Van Even m*a ^crit quMl etait pour la derniere fois question de Itti
dans les eomptes en 150$ , et que Mathieu Keldermans le remplaga en 1504,
en quality de maitre des ouvrages de la ville de Louvain. Void en outre une
note ettraite du connpte de la confr^rie cit^e de 1500-1510 : ran den teeta-
menie ende wsytertte ibille ttyUn meeeters Alaru du Jffamel, dom hy
leefde, lodxemeeeter in den Bosch / vj gulden.
(5) Hermans, loe. dt, pp. 18 et 14.
( S04 )
les verriers Guillaume Lombard el Henri Buekinck (1).
Les gravures d'Alard da Hameel sont d*une excessive
raret6 et se vendent a des prix elev^s. Bartsch (2) en a d^-
crit six, M. Nagier (3) et M. Ch. Le Blanc (4), sept» et
M. J. Renouvier (5) liii en attribue une huitieme qui existe
au cabinet de Dresde. Sur plusieurs d'entre elles on lit le
mot Bosche (6) ou Shertogenhosche , formes flamandes de
Bois-le-Duc. Les unes sont signees du nom deTartisle,
d'autres d'uri monogramme forme de la lettre A accompa-
gnee d'un de ces signes etranges (7) que Ton retrouve sur
les pierres des Edifices du moyen &ge ou qui sont joints a
des signatures deroaQons, d*arcbitectes, de tailleurs de
pierres, etc. Cest la presence du mot Bosche sur quelques
planches d'Alard du Hameel qui a port£ certains auteurs
h croire qu'elles ^taient dues au burin de Jerdme Van
Aeken, dil Bosch (8). Les gravures en taille-douce faites
d*apr^s les tableaux de ce dernier ont ^le editees par Je-
rome Cock , les Galle et Paul de laHouwe.
En 1495, Alard du Hameel est all^ s'^tablir a Lou-
vain (9) : c'est vers cette ^poque qu'il faut placer la mort
(1) Compte de la confr^rie de 1493-1494.
(2) Le Peintre-nraveur, t. VI, p. 554.
(3) Zoc. etr.,t.V, p. 529.
(4) Loe. cit, t. U, p. 340.
(5) Loc. ctt., p. 145.
(0) Bartsch croit que les planches ou se trouve ce mot ont ^te copiees
d^apres Jerdme Bosch.
(7) Bartsch, loc. ciL, t. XXI, monogramme 5 et 111 ; — BnilUot, Die-
tionnatre des monogrammes ; Munich, 1832; 1'* partie, n' 2.
(8) A. Michiels, loe, eit, t. II , p. 402. M. Ch. Le Blanc attribue i JMme
Bosch trois gravures (n** 5, 6 et 9) qu*il restitue ailleurs i Alard du Hameel
(n«2,5et0).
(9) Item aengesien dat meester Mart du ffamel , meester van den loed-
( S05 )
de Matthieu de Leyeos, Tarchitecte de Thdiei de ville de
celte cit^ (1). Da Hameel a quille Bois-Ie-Duc pour sac-
ceder k ce grand artiste dans la direction des travaux: de
la ville de Louvain, et il fut effectivement nomm^ stad^
meester, le 25 juin 1495, aux appointements annuels de
12 V« florins. II travaiila aussi a Teglise de Saint-Pierre,
a Louvain, alors en construction (2). La datedece depart
prouve que les gravures d'Alard du Hameel qui portent le
nom de Bosche ou Shertogenbosche, ont iii executees dans
le temps que leur auteur habitait Bois-le-Duc. A cette meme
^poque it existait un imprimeur dans cette ville appele Ge-
rard Leempt, de Nimegue; il travaiila de 1484 k 1490.
G*est tres-probablement k ses presses que J^rdme Bosch et
Alard du Hameel eurent recours pour tirer les epreuves
de leurs gravures. Apres Gerard Leempt, on ne rencontre
plus d*imprimeur k Bois-le-Duc qu'en 1511 (5).
xen, htm vertrocken wa$, van vele diensten der bruedirseap by hem gt-
daen xynde hier voertyU, te toeten xekere wereken dair hy nyet aff en
tf geloent, want die voinchreve meeiter AUart nu met xyne noager
Jan ffeyns oick overeien heeft den toendeltteen in one choir etaende dair
one orgeUn aenstaen sullen, en dieselvevan hier meter woene treekt tot
Loeve, hem geschenckt , by rode van eommige bruederen, een lake van
XXX ttuivert, (Gompte de laconfr^rie cit^e de 149d-1406.)
(1) Van Even, Les Jrtisles de Vhdtel-de-ville de Louvain; Louvain,
1855.
(2) Van Even; Louvain monumentaL
(3) Dans le compte de la confi^rie cit^e de 1498-1499 , on voit qu^a d^fiaat
dMmprimeur it Bois-Ie-Duc, elle fat oblig^ de faire imprimer k Zwolle; le
compte de 1505-1506 prouve qu'elle s'adressa, k cette ^poque, k un impri-
meur d^Anvers. 11 existe k la Bibliotheque royale de La Haye un volume sorti,
en 1511 , des presses de Laurent Hayen, ^tabli k Bois-le-Duc. Ges renseigne-
ments m^ont ele communiques par M. Guypers-Van Velthoven.
( 506 )
— M. Ed. F^iisy secreiaire de la Caisse centrale des
artistes » fait eonoaitre qu'il a re^u de M. Madou » president
de la Soci^i^ des aquarellistes beiges i uDesomme de cin-
quante francs pr^ievte sur le prix de vente des OBavres d'art
de la derni^re exposition et destine ^ la Caiase des artis-
tes. II donne en mftme temps commanication de quelques
piices, qui sont renvoy^es au comite direclear charge des
ittt^r£ts de eetie caisse.
OUVRAGES PRfiSENTfiS.
Monographie des Gomphhies: par Edm. de Selys^Loogehamps,
avec la collaboration de M. le D* H.-A. Hagen. Bnixelles, 481^;
1 vol.in-8".
Le marquis de Sy et M. Poupar; et de la lUtirature de FexiL
Lettres de M. A. Baron et de M. Sylvain Van de Weyer. Londres,
1857; 1 vol in-8«.
ApoUon SmirUhien; par J. de Witte. Paris, 18S8; I broch.
ts-8*.
La Belgique sous le rigne de Leopold f^; ^tndes d*bistoire eon-
temporaine, par J.- J. Thonissen. Tome IV. Li^ge, iS58; I Tol.
in-8«.
Sur un midaillon Mdit de Grazia Nasi; par Ad. de Long-
pArier. Paris, I8S8; i broch. in«8^
Statistique des mines, mini^es, usines miniralurgiques et ma^^
chines d vapeur de la Belgique pour ks annies 1854 d 48S5.
Bruxelles, 1858; 1 vol in-4^
Bulletin du Conseil superieur d'agriculture du royaume de
Belgique. TomeX. Bruxelles, 1857; 1 vol in-<4^
Etudes sur une classe de fonctions emplayies en micanique
( 507 )
ciUHe; ditMrUtioo iDaugurala par N.-G. Sdiinil. Bruxtlles,
1858; i vol. in.8«.
Siitoiri du due de We'llingion; par A. Brialnoiit. Braidles ,
1856-1857; 3 vol. in.8\
Jjes beaux-arU en Belgique de 1848 ^ 4867; par Viotof Joly.
Bruxelles» 1858; 1 vol. in-i2.
Theophitus, gedicbt der \l\^^ eeuw, gevolgd door tiagen andere
gadicbteQ uit de middeleeuwan ; uitgegeven door M. Ph. Blom-
maert. Gand» 1858; 1 vol. in-8^
Bruxelles amien el nouveau. DieUonnaire hUtoriqire des rues,
I^aces, etc., pr^cdd6 d*uii r^um^ historique de la ville et da aes
faubourgs; par Eug. Bpcbart. Bruxelles, 1 vol. in-8^.
fieuroM patriotiques de la couronne beige, Manifeatatbus
des communes belgiques k roecasioa du XXV"* anuiversaire de
rioauguratioQ du Roi; par le ni^me. Bruxeiles, 1856; 1 vol.
in-8^
Efeurei de diwHian d la Sainte^ Yierge; par le mtoe. Bmxelles ;
1 vol. in- 16.
Vn p^krinage milUaire : le putts de BoufHgme , 4 &64-48S8.
Notice conceraant les canons anciens et autres objets de guerre
retrouvfe r^emm«at sur remplacement de Tancien cbAteau de
Bouvignes; par M. Cbarrin. Namur, 1858; 1 brocb. in-8^
Annaldi de mideeine tMMnaire. Vli*"* anade, 4f^ k 6^* cabiers.
Bruxelles, 1858; 2 brocb. in-»»*
La pre$$e nMieale beige. X""* annte. M<» 14 ^ 24. Bruxalles,
1858; 11 feuillesin-4^
La SanU. S"« s^rie. X^'^ann^. N» 19 k S4. Bruxelles, 1858;
6 feuilles in-4^
Le Scalpel X"* aaote. N<» 17 li 30. Li^e» 1857-1858; 14
feuilles in-4®.
Atmake de la SocUli midieo-ehirurgicale de Bruge$4 X1X°**
annte. !'• i 4"' livr. Bruges ,1858; 5 brocb. ia<«8^
Anhales et bulletin de la SociM de mideeine de Gand. XXIV"^
ann^e. Janvier k mai. Gand, 1858; 3 brocb. in-8*.
( 508 )
Annales depomologie beige et eirangire, \l^* ann^. N"^' i a 3.
Bruxelles, i858; i cahierin-4^
Journal dhorticuUure pratique de la Belgique, II™* ann^e.
Avril & juio. Bruxelles, i858; 3 broch. in-8^
LlUustraiion.harticole; r^dig^e par M. Lemaire et publi^e
par M. Amb. Verechaffelt. ¥•»• vol., 4"* k 7"Miv. Gand. i858;
3 broch. ]n-8^
Journal d^agricuUure pratique; public par MM. Ch. et Ed. Mor-
ren. X»« ann^e. Q"* k i2"« liv. Li^e, i858; 3 broch. in-8^
Meuager dee eeieneee hietoriquee , ou archives des arts et de
bibliographie de Belgique. Ann^e 4858. 1'* liv. Gaod; i broch.
in.8«.
Essai de tablettes liigeoieee; par M. Alb. d^Otreppe de Bon-
vette. a*"" Si 26«»« liv. Li^e, 4858; 3 broch. in-i2.
LAheille; revue p^dagogique, publi^e par Th. Braun. IV"'* an-
n^e. J" k 3»« liv. Bruxelles, 4858; 3 broch. in.8^
De vlaemsche school. l\^^ jaergang. i»'«.42»*« aflevering. An-
vers, 1858; in-4^
Flora butava, of afbeelding en beschrijving van Nederland-
sche gewassen, door wijien J. Kops, vervolgd door P.-M.*E. Ge-
vers Deijnoot. 183*^ aflevering. Amsterdam, 1858; 1 broch.
in-8^
Acta Societatis ecientiarum indo^neerlandicae. Vol. I eill.
Batavia , 1856-1857 ; 2 vol. in-S'.
Natuurkundige tijdschrift voor nederlandsehe Indie. Derde
serie. Deel III. Aflev. V en VI. Batavia, 4857; 4 broch. in-8^.
Bulletin de la SocHtd giologiqu^ de France. \\^^ s^rie. Tome
XIV. Feuilles 39-45. Paris, 4856-1857; 4 broch. in-8^
RemiLe de ^instruction publique en France. XVIII"* annte. N*» 4
k \± Paris, 4858; 42 doubles feuilles in-4^
Revue numismatique; publico par J. de Witte et Adr. de Loog-
p^rier. Nouvelle s6rie. Tome II. N«« 5 et 6. Tome III. N* 4. Paris,
1857-1858; 3 cahiersin-80.
Exlrait des rapports dujury de la XXVI"" classe de I expo-
( 509 )
iUion universelk de 1855 : caUigraphk, gravure, cartes d
iouer, etc. Paris. 1856; i vol. in-i2.
Statue de Etienne Geoffroy'Saint-Hilaire, d Etampes. Paris,
1857;in-4«.
EUmentidetSUgraphie sous-marine; par A. Delamarcbe. Paris,
1858; i broch.in-8'.
TMorie de la mtmque, diduite de la considSraiion des nombres
relaiifs des vibratiom; par D. Deloche. Paris, 1857; 1 broch.
in-8<».
La siductian de Lida; photographic de Richebourg de Paris ,
d*apr^ le tableau de Aug* Galimard. Paris, 1858; in -piano.
Histoire des communes lonibardes, depuis leur originejusqud
la fin du XUI^ sidde; par M. Prosper de HauUeville. Tome II.
!'• parlie. Paris, 1857; in.8*.
. Annuaire de Vlnstitut des provinces et des eongris scientifigues.
Tome X. 1858. Paris-Caen; 1 vol. in-12.
Etude sur les archives du chdteau de Lueheux; par H. Dusevel.
Amiens, 1857; 1 broch. in-8°.
Rapport prisenli d la SoeiStiimpMale dagriculture de Lyon,
au nom de la commission des soies sur ses travauXp en 1857,
Lyon, 1858; 1 broch. in-8^
Bulletin historique de la Soeiiti des antiquaires de la Morinie.
Vll"« ann^e. 25™' liv. Saint-Omer, 1858; 1 broch. in'8^
(7e6er etnt^e Arten aus der natUrlichen Planzenfamilie der
Potameen; von IK Thilo Irmisch. Berlin, 1858; 1 broch. in-4^
Oberhessisehen Gesellschaft fur Natur-und Heilkmde. IV'*^-
yp««' Berichtes. Giessen , 1854-1 857; 3 vol. in-8<>.
Koniglicken Gesellsdiaft der Wissenschaften zu Gottingen : —
Abhandlungen. Vll^band. 1 vol. inr4^; -? Gottingische gekhrte
Anzeigen. Jahre 1857; 3 vol. in-8^; — tfaehrichien von der
Georg'AugustS'Universitat yom Jahre 1857; 1 vol. in-8^
Mittheilungen aus Justus Perthes* geographischer Anstalt.
1857. N» 12. 1858. IN<» 1 &4. Gotha; 5 broch. in-4o.
Archiv der MathemaUk und Physik; herausgegeben ' von
2"** s£Rl£y TOME IV. 34
(310 )
l.-A. Granen. XXX lliml, ^-S Heft. GreifswaM ; 1 brbdi. ta-8*.
Abhandlungen aus dem Gtbiete der Nattxrwi8semchafkn;hf!r*'
autgegebes tob dem BatiH*wi8S6n8cfaaftlidien V^reiii, (ti Hism-
barg. Band I-IV, i'« p. Hambourg, i846-i856; 5 yol.h)-4^ .
Zeiisehrifi ifes Ferdinandeums fUr Tirol nnd Vordrlberg, 111^
Folge. 6»~-7»~ Heftes. Innsbruck, 4857-4858; « broch. la^.
l^WiiltfMtfMletim. l^ebenundi^waBZigster Iril^e8-B^r}f bt des Ter-
Waltimgs-Airsschiisses iiber die jahfe f 886 nnd l^S6, InnsbtttdL ,
1857; 4 broch. in-8°.
Fresken-Cyhlus des nehtonses RuHkdstein bei Bozeft* lieiraus-
gegeben von dem Ferdinandemn in Innsbruck. I caliier in-plano
ebbng.
Alui^u$gch€ Gedichie; bei'ausgegebeii von Albert ^ovi Keltef.
2»«' Theil. Tubingue, 4855; 4 bro(*. iin-8^
'CortiBpofidenzti merOifica in Roma. Anno t*. !*•• 45 2i 45.
Rome, 4857-4858; 2 feailfes in-4^
Sopm unn costruzione del ieorema di Abel; tiota dd prof.
A. Genocchi. Rome, 4858; 4 brocb. in-i**.
Oiset^tkizioni ai nuom sf^zi fbtH dnl hit\H a diffsM dei due
esperimenti aeMofft. Note II du prof. Zantedescbi. Vienne, 1858 ;
4 broch. in-8°.
Observatims mStiorologiques failes d 'Liibonne ; par H.Pegado,
pendant led mois deiievembre 185? & mars 18138. Lisbonne, 6
febiltes In-plano.
The quarHeHy jfmmal e!f thet^emicai Sodeiy, N* XLl. Lon-
dres, 1858 ; 1 broch. in-fr.
ITie natural history remexD, and quar^ly foumal bftdefvct.
Vol. y.fi^i. Janvier. Londres , 4858; 1 brwib. fri-8».
thediaynoiis of Surgical eaneer; by lobn Z. Laurence. Seconde
iftdHion. Loiidres, 1858; 1 vol. in-8<^.
9W DO ikMtB IV ^E U 8"" StoE.
BULLITIKS DB Jp'^CiPJ^IUi: aOT^^^E DB BELGIQUE«
i^ ••■
TABLES ALPHABiXniUES
HV TPM^ pUATRjijOf Vi: lA DtOXtfEMC StMt.
W%.
TABLE DES AUTEUB6.
AcadimU roytUe det beatM>art$ d jinvers. — Envoi du programme de
son grand concours pour le prix d*architectare, 331.
Jiky, ^tilniwiiti»iMM<POilW«U0 cMevn^nMN^A ^U djfiiimt^^ longilufN
entre les observatoires de Greenwich et d'J^dimbourg , 366. , i
uffatw. -i-.ftm>nWMr»de oq qui ft*A«l< pa«i^ d«9« Iw r^unioiu de la popupMiQo
pour UfoqdBUiWid'HW'Mebelfie^^iieawhMlsA^^^ 102j4A«m-
iweiMIPPWrftlKr >49.U €0«tlWf9k^ gi^ipriz 4>rcluteclv^ (^
Rome, 193; rapport fait au nom de cette commission, S66; comniUgHiire
p«ir>ime.i«q^^ idf M. Ei^iants, 499.
Anonyrm. — Envoi du billet eacl^ ^iMmBp^gfKIPt ^wn m^miqure ^ftiir la
^isniiir. 1^. CoiQmiii9^|Kmr J1^4n^i9iQines eo jc^ipoof^^jal** qu^fy^ioo di
Baron, -r- CoimniAK^re pptir un mf moire de M. F. F^Usi 321 j l^tiire 4^
512 TABLE DE8 AUTKURS*
son rapport sor ce m^moire , 496 ] details historiques sur un ouvrage offert
et fail avec M. Van de Wejrer, 496.
£Me, — Recherches sur la capillarity , 567.
SeUynek. — D^p^t des observations des ph^nomenes periodiquesde 1857, 224.
BenoU. — Lettre du Ministre de Tint^ieur concernant son voyage artistique ,
96; pension de 2,500 francs qui lui est accord^e, 191 ; envoi de son pre-
mier rapport trimestriel, 4^
Bemardin» — D^p^t de ph^nomenes p^riodiques, 367.
BobUn, — Notfi sur un appareil k levier , 367. . .
Borgnet — Rapport sur un m^moire de M. Juste, intitule : CharUs-Quini
et Marguerite d'Jutriehe, 23; commissaire pour le concours sur le lieu
de naissance de Charlemagne, 165.
Bormans, — Commissaire pour un prospectus d*un dictionnaire de M. Tabb^.
Olinger, 316 ; ^iteur du 1. 1" der Naturen bloeme de Van Maerlant, 31 7
Boisuet — Envoi d*une lettre k la commission pour la fondation d^une ^cole
beige des beaux-arts k Rome, 27.
Bouvy. — Observations m^t^orologiques et ^lectriques pendant T^lipse de
soleiIdul5marslS58,287.
Braemt, — Situation de la Caisse des artistes en 1857, 28.
Braueur. — Rapport sur un memoire de Dagoreau concernant la classifi-
cation des lignes du 3"* degr^, 80.
Buehinger, — D^p6t de phtoomenes periodiques , 92.
Chapim, ^ Nouvelles recliercfaes sur les fossiles secondaires du Luxem-
bourg, 281.
Clot {ftu J.^J.). — De llnfluence de la liine snr la menstreatioii, 108; rap-
port de MM. Spring, Martens et Gluge sur ee m^motre, 66, 78.
Cloe {le doeteuf), — RemereSments pour Timpression du memoire de fea son
pere , oOo.
Committion sp^iale de I'expoeition d* Angers, ^ Annonce de Touvertiire
dfr la sixi^me exposition quinquennale; 224.
Congrii, — Annonce de la procbaine reunion du congre^ aim^ricain, k Bal-
timore, 224; annonce de la prochaine reunion dii congres des d^^gti^
des sociit^s savantes de- France k Paris, 224; annonce de la proeliaine
reunion du congres scientifique de France k Auxerre, 280; annonce de la
prochaine reunion d*un congres international pour la propri^t^ litt^raire
et artistique ,316, 382.
Corr {Erin). — Commissaire pour une requete de M. Fierlants , 495.
TABLE DES AUTBIttS. 513-
Dagoreau. — Rapport de M. Brasseur sur son m^moire conceraant la das-
siiicatioii de^ Ugnes da 3"« degr^, 80.
David, — Gommissaire pour un prospeclug d^un dictionnaire de M ; Tabb^
01iiiger,.S16; ^diteur du tome U' du Hyfnbybel de Van Maerlant, 317;
. eommissaire pour le m^oire en r^ponse k la S*"* question du concours de
la olassedeslettres d^ 1858, 154; rapport sur cem^moire, 438.
De Butseher, — Note sur le monument d*Hugonet, 913^ tableau des freres
- Van £yc]^ k Gand : I'Jdorcaion de Vagneau paecal, 274 , 329,
De CarvtUhodeFaseoncelhs (Mathiae). — Observations magnetiques pen-
dant r^lipse de soleil du 15 mars 1858, 294.
De Changa. — D^pdt d*un billet cachet^ , 3^7.
De Dfcker, — Gommissaire pour les m^noires en r^ponse k la S""* question
du concours de la classe des leltres de 1858, 163; rapport sur ces m^moires,
390.
De Geer de Jutphaae {le baron). — Annonce de sa mort, 280.
De Gerlacke {le bairtm), ^ Rapport sur un memoire de M. Tb. JIuste,
intituU : Ckarhs-Quint et Marguerite d'Jutriehe, 23 ; npmm^ directeur
pour 1859; eommissaire pour une notice de M. le g^n^ral Renard, 250.
De Keyeer* ^ Gommissaire pour une requete de M. Fierlants, 495.
De KoHinek» — Sur quelques Grinoides pal^zoiques nouveaux de TAngle-
terreet de TEcossoy 93; rapport sur un m^moire de M. Henrjr, intitule :
Coniid4raiion$ sur quelques classes de eamposis organiques, 236;
liommaged*unouvrage|280; eommissaire pour un m^moire de M. Ghar
puis, 281.
Delfosse {Juguste). — Annonce de sa mort, 249.
Demol, — Atttoris^ A sojourner A Paris en 1858, 191 , 966; lettre du Mi-
, nistre dc^ rint^leur relative A ses travaux , 494.
D^Omalius. — Remerciments au directeur sortant, 13; nomm^ pr^ident
pour 1858, 66; remerciments, au nom du S^nat, pour Tenvoi des publica-
tions acad^miques, 224; eommissaire pour un m^moire de M. Ghapuis,28l ;
note suppl^mentaire sur les caracteres naturels des anciens Celtes, 303.
De Ham, — Hommage d'ouvrages, 15; discours adress^ k Sa Majesty le pre-
mier jour de Tan, 15 ; eommissaire pour le concours sur le lieu de nais-
sance de Cbiarlemagne, 165; rapport sur ce concours, 429.
De Saint'Genois {le baron), —r Gommissaire pour le m^moire en r^ponse k
la 5"' question du concours de la classe des lettres de 1858, 164; rap-
port sur ce m^moire , 415.
•De Selys-lJongehampS. — I>^pot de pb^nomenes periodiques pour 1857 ,
Hi TiHit Ms kifrttAHi.
3, 367; bommage d*ouvrages, 3, S6R; ^tat de la v^g^tation h Waremme,
le 21 mars 1857, 221; commissaire pour un m^moire de M. G. Wesmael,
»te. • ' ■ ■ ■•
De Trax (M.-G.). — - Observations tt^t^rol^qoes £aitii Ji THoimf pen-
dant I'^cffftse de tfoteil dii td iiisird 1858 , 90@-.
P'Udekem. '-- Hoiivdle elassifidation des tnn^ei ilcigdretabmttlMs,
229; f sppoHs de HTM* Tan Benciidett et PiMlmati Mir 6« nitfitteiM, IM^ 971 .
/>0 Faux {Jd,). -^ GoiiimiMi«ir« p6«r iiile iiots de H. dMrf ^ Sji rippitat
f 6rbai sur^ eetut Aote , Sf87.
Devaux (Patt^.-^Gomainislitepottr'leiiMi^ifiokf^iefiir^pOfiaeikl^
f!oiiddeon€tfnl!^4eI«efaiMede9lettre»del8S8, 183;ra^pdritevee»iii^
moires, 392.
/>e fTael — D^pdt des pb^noitt^ef p^l^di^fMif d«f 1887^ 9, 224.
Dettfat^tUe, -^Ij^mmarge d*im oovrage, 60$ 4^pM de fMiemeMl pM^
^^Mii', 02, 281 ,-867.
Dewandre, — Annonce d*une seance publique de la Soci^t^ d*]£mtt1atkttl de
Li^e, 317.
0oHdldibh. — iMita MiAtite d la pfMbsfoe expMitMi 4eli tarux^crtf k
Loridi^s, 495.
Duprex. — 8ar Yitit inA^drf^Iogf^iie'de h ¥Ule de 0m4 ^ pendaiif P^m^
1 857, 1 i ; hoi&mag<S (f uii dnrra^ , 66 ; d^p^ de« pbfoomdnes pModiqn^
64 f 857, 28f ; sui^ rabafisseraent deta teitip^r«tui« it 6»id, pendant VMpiM
iiMi% dttlSibafH l!899, S97| oeUMIiis«irH« pddr tin intaMii^^eM, Bade,
:"S67i ..'..-.
Ihifet. -^Vttmtta HsMcii, 27; tettmiMeaU pour u ftominatim 4!aito-
ci^,191.
... ..• . **• •
£ipy {Jamei), — Envoi de idfl qttatriiinenippdH «(l^ 1a(ttt^M>)#gi«^ te6.
/d^d^ [Ch.). — Aiknonce !« r^tttifojai , ft Brutellei , d\iik odilgr^ intenitUenal
pour 1^8 prdpri^t^s af iistiques et litt^rair^s , et demande ia jotiisaanced^
focattx de TAcad^mi^, 316, 382; commissaiire pour les m^moires en r^
ponse k la premiere questi(>n du pihogiramme du eoncourt de la claise des
fettires de 1858 j 163; riipport ^iir eesm^moiresj 883.
F6Hs (J^d). -^ Situation de la Gaisse des aKlstes en 1857, 28, 193; notice
sur Jean Duvivier, 28; notice sur Fran9ois Millet, 195; notice inr Gerard
TAn Opstal) 9^7 f notice lUf* Rdelandi 9av0i7, 544} comttisiaita pMr ntte
TiiKE MS AVTEimSk HIS
requSte de M. Fierlants, 495; reception d^une somme d*argent pr^Iev^e sur
le prit de vente des oeuvres d*art de \k derniere exposition des aquarellistes
beiges, 506.
Pita{f^,). -^ nonita& directenr pout 189^, ^; m4mite miUnl4 I'tei
Grec9 ei ks RomairU ont-ilM connu rharmonie iimultaneH dei sons f
en ont-iU fait usage datns lent muiique^ 321; tdcturd du rapport de
M. Baron sur ce m^moire , 496.
Fierlants. — Sollicite Tappui de TAcad^mie pour reproduire, par la photo-
graphie, les tableaux de T^cole flamande , 495.
FxitSQtjk (C/L). — D^p6t de pb^nome|ies p^riodiques , 366.
Galfba. — i^VM^^o^t du coaeoMrs de la dasse ^s lettces de ^858, 5^9.
Gaehard, — Hommage d*un ouvrage, 15; rapport sur uft m^moir^ de
M. Tb. Jiv^,anjUt^itf<^: ChorlesrQuint et ]fiqrgmrit(^d'Auiriche,:\^i
lecture d*une notice sur la cbute de don Carlos, 25, 964.
Galeotti. — Annonce de sa mort, 280.
Geefs (Guillaume). — Remerciments au directeur sortant, 57.
GerilM, -^ Motf^lAir uit# vdue ^toflfMOHitrioe^ S. - .
GAByM (itf^Mhrr-i ElApAt d«# pb^Cialneiiea p^iodiques 4e 14^7^ 3^ 6t«l d^
. la ¥^§tetiQniWaD#niiMyle 21 iDa<s,28t
Gilbert. -— Rapport de M. Ii«liiarlft flii^ son Bt^moiife eQiic«riia>A ks neefaMPches
sur les propri^t^s g4iftlD4trk|iieA det |Miif6iiM(iit» ptos, 961. ■ ■ \
Gluge. — Rapport sur un m^mpire dp f^sJ.-tA. Cles^ ralatif & Tinflufiicefle
la lune sur la atep^tr^tioQ , 78;
l^if^MSKVtH^' -^ €«lfimiisaive j^up U» mdmoipfs en Hpfm^k la l^qnejt-
tiopclQ PAQQ9iirs.de &a fUssftde« lettre^da t9IS%i 16S; nffMimt •e»m^-
Baueheeome, — Hommage d*un ouvrage, 250.
ffeis. — D€p6i de ph^nomenes p^riodiques , 66.
Henry, — Rapports de MAf. Stas, Martens et de Koninpk, sur son m^j|ip^e
. intilul^ : ConsiderOftioris sur quelques classes de c6mpos4s organiqueM,
227,^35,^36.
Hooreman. — Observations m^leorologiques pendant Teclipse de soleil du
\t mars 1^58, 289; observation d^nne perturbatiQnmagn^lique, le 9 avril
1858, 4 Pobservatoire de Bruxeiles,379.
516 TABLE DES AOTEOaS.
/fate {Th.). — Rapports, de MM. Gachard, Bocgnet et le baron de Gerlache,
sur son m^moire : Charhi-Quint el Marguerite d'Jutriehe, 16 , 22, 23;
honunagc d^un ouvrage intitule : Fie de Mamix de SaifUe^Aldegonde et
lettre accompagoant cet enroi ,317.
K.
Kervyn de Leitenhow. — Hommaged*un ourrage, 15; Cfaild^ric III etles
fits de Charles M artel. — Notes sur les ann^s 741 et 742 , recueillies dans
un texte in^t de Hugues de Fleury , 105; relation de la 1'* croisade de
saint Louis, par Guibert de Toumay , 250; commissairepour le concours
sur le lieu de naissance de Gbarlemagne, 165; rapport sur fe concours,
450; le dernier dee Plamingt, 463.
Kiekx. — Gommissaire pour un m^moire de H. A. Wesmael , 66.
L.
Laeordaire, — Gommissaire pour un m^otre de M. G. Wesmael, S68. ^
Lamarle. — Rapport sup un m^moirede M.Gilbert ooncemant des recbercbea
sur les propri^t^s geom^triques des mouvenieBis plans, 82; sole tur un
tb^reme relatif k la thtorie des roulettes , 2S9.
Lansweer {Mdoitard). — D^p^t d« pb^nomenes p^riodiques, 92.
Lartigue, ^ Hommage d*an ouvrage, 281.
Leelereq. — D^pdt de pb^nomenes p^riodiques de 1857, 2.
£iagre. — Gommissaire pour iin m^moire de H. Mafamoud, 281 ; raplMiK
sur ce m^moire , 571 ; commissaire pour une note de M. Roblin, 368.
Lieherkiihn, — Lettres k M. Van Bencden sur les gr^garinet des T^r^Oes,
376.
Loite (Ferdinand), — Laur^at du concours de la classe des lettres de 1858,
409.
M.
Maas. — D^p6t de ph^nomenes periodiques , 92,
Madou. — Envoi d*une somme d^argent k la Gaisse des artistes, au nom de
la soci^t^ beige des Aquarellistes, 506.
Mahmoud-effendi. — M^moire sur le calendrier arabe avant Tislamlsme et
ia naissance de r%e du prophete Mahomet , ^81 ; rapports de MM. Liagre
et Ad. Quetelet sur ce memoire, 371 , 375.
TABLC DBS nmwoti^: SIT
MoTchal (Edmond). — Tables des collections des m^moires de TAcad^mie,
162; observations m^t^orologiques pendant T^lipse de soleil du 15 mars
1859»2B8;annoncelamortd^sonpere,381^ ; •
Marchal (le chevalier /.). — Annonce de sa mort, 381.
4f aresAa* -^ Anoonce de sa mort. 280.
Marteni, — Commissaire pour un m^moire de M. A. Wesmael^ 66; rapport
sur un m^moire de feu J.-A. Glos, relatif A Tinfiuence de la lune sur la
menstruation, 78; rapport sur un m^moire de M. Henry , intitule : Conti^
fUrationf sur quelque$ cla$ie$ de composes organiques, 235.
Martinet •— Nomm^ associ^, 27; remerciments au sujet de sod ^l^lipn,
191.
4falAt'ett. — .Hommaged*ttnouvragej319« ^
Meien — Rapport de M. Timmermans sur son m^moire relatif A un ei[pos4
d*un princip* concemant Tintersection des surfaces, 6.
Melsen$» — Nomm^ directeur pour 1859, 13; d^p^t d'un billet cachet^ au
nom de M. de Changa, 367.
Miniitre de Vintirieur, — Hommage d'ouvrages ,14, 224 , 280 ; lettres rela-
tives A M. Benoitet envoi de son premier rapport trimestriel, 26, 191 ,
494; expMition d*arr£t^ royaux relatifs A la nomination de M. D'Omalius
comme prudent de TAcad^mie et A rappvobfttioB\ del^' nomination de
M. Poelman comme membre, 66; annonce qu^une somme de 500 francs
a ^l^ accord^ A la Gaisse des artistes, par S. M. ie Roi, 265; annoncfr de
renvoi d^une somme de fr. 1,749 8<^c*pr^lev^ sur le prix des qeuvres
d*art de la demiere exposition triennale de Rruxelle», 265;.exp^itioii de
I*arr£t6 royal nommant les membres du jury pour le prix- quinquennal
de litt^i^atiire fran^aise, 515; envoi d*un prospectus ^*un dictionnaire
de M. Tabb^ Olingery 315; lettre relative k M. Demol; 494; lettreretotive
A M. Fieriants, 495.
MMitre des fnaneu, — Hommage d*un onvrage, 31 6^ .
Moniigny. — Remercimentt pour sa nomination de corrdspondant, 2; li6m-
mage d*un ouvrage, 66; observations de temperature k Anvers,* pendant
r^pse de soleil du 15 mars 1 858 , 299.
Matter (/Mfi). — Annonce de sa mort , 368.
Navez. — Commissaire pour une requite de M. Fierlants, 495.
Nolet de Brauwere van Steeland, — Commissaire pour un prospectus
'd\in dlctiottriaire de M. Tabb^ Ofinger, 3T6; P^ooruitgang , poesie^ 486.
Nyst. — Commissaire pour un memoire de M. Chapuis, 281,
SItt TOM MS AUTIOMa
P.
Partoes, — Membre de la cdimnittion ptaf le fgnnd prix d^apcMtectofe de
Rome, 199.
Perrey. {Jlexii). — Impression de ion mAnoiM^ tor les iremlileme^tt de
tmm an Pirou ^7.
Pieot — Komm6 atsod^, 97; remercimedts ponr sii nonunatiott d^soei^,
Pinehart (JUtaanM). — Notes mt iMtM flui Aekeo et tat k\M du
Hattneer, 407.
Plateau, — Gommissaire pour un m^moire de M. Bede, 367.
Potlman. — Remercimeots poursa nemination de membf^, 9;appiN»ba6db
royafe de sa nominadon de membre , 66; commiaisaire pdu^ an m^moi^
de M. d*Udekem, 995; rapport sttr ce m^taoire,^1.
PoUtin, — Gommfssair^ pour les m^moires en r^pionte k U. deaxientd ^es-
tion du concours de la classe des lettres de 1858, 16i9.
<
• pcur les tfibaM» r^aerriqs , 9,97.
Quitaef(Ja,).^ IMp^t #e pbteomines pMom^net dik I8i7, 9, 99, Sd7;
hommacle 4hm outvage, $; peMuvbatioas magarftdqMs^ muwfie beiMe;
WttlsfltiymiMemest de terre es MS»i 7; mr V^coaUmkk dea PMMes
par la km/^^ aup la qaanliU d'eau ImMb k Brafseilss An I** ddeanftre
tM# an 1«r ddeeariMo 18!»7, 19 ;> ddpite de TAQWiaifede rAaaddmie poor
i$S4f 1 69!; aaaiDbw 4« la toaaniiisiiiii poi» le grand pm d^affrinteetrnv de
Rome, 199; sur T^lipse de lune du 97 furrier 1858, eC oceoMatieiiB #dfoi-
les par la lune, dkservte en li57, 937'^ ooilmissatra pov sb m6amSn
4»Sf. ]faftiM9A,.981^;i rapport s» 09 mtefoire, 875; sii# r^pas das^
toU d» 15 BHtfi 185a, 989; eomatiBsaiiia poii# an mdmoiM do If . BAde , 887.
Quetelet (Ernest), — iSclipse dtf lime dn 97 ftyrier 1880 at ooeolta^ns
d^^toiles par la lune obser?^es' en t857 , 957 ; obasrf atkms ebronomdlri*
ques pendant T^clipse de soleil du 15 mars 1858, 289; commissaire pour
une note de M. Boblin, 368; sur le magn^tbme terrestre, 378.
Ma^a GahagUa. — Observatiooa m^iteologjtpies et actinomttri^pMi pan«
danl r^lipse de soleU du VS man 1858 , 989.
Bauch, — AnnoDce de sa mort, 36.
Renard (le g6n6raJ). — Cinquieme leftre sur ridentit^ de race des Gaulois
et des G^rmaips. 950|.
ttietschel. — {^omm^ associ^^^T; rem^rcfmebU pour sa Domiliatio'fi d*atto-'
ci^, idl ; remerciments pour renvoi de son dipMihe ^astoci^ , 26^'.
Rodigat; — IMpdt de pb^oomenes p^riodiques, 9f.
Roelandi, — M embre de la commission pour le grand prix d*architedtur6 de
Rome, 182.
Rtmlez. — Commissaire pour une notice de M. te g^n^al i^ensbrd , 25(^.
• • . • . • ;
!■'''..' . ■ .
8.
SthayeM* — (^ommissaira.pour une notice de M. (e g^niSraj Renacd, 250^
commissaire pour le concours sur fe lieu de naissancede Charlemagne,
165; rapport sur ce concours ^ 459.
SehUgeL — Remerciments pour sa nomination d^associ^, 66.
SneL — GommiiBsaire pour un mteoire de M. Fr. F^, 821.
SneUaert, — Commissaire pour le m^moire en r^ponse k la troisieme ques-
tion du concours de la classe des lettres de 1868, 164; rapport sur ce
m^moire, 409.
Sociiti libre d* Emulation d £i4ge, — Annonce d*une stance publique, 817.
^prthg, — Rapport siir un ta^moirede feu J.- A. Clos, sur fltiihidnee de U
lunesurlamettslniation, 66.'
Stat, —Rapport sur un m^ioaoirede H. Henry , iotftuM : C<msidiraiion$ su^
qwlquei clasiei ds composes organiques, 227.
Suys. — Membre de la commission pour le grand prix d*architecture k
Rome, 192.
Swann, — Annonce de la procbaine reunion du Congres am^ricain h Balti-
more, 244.
T.
Timmermans, — Rapport sur le m^moire de M. Meier relatif k un expose
d*un principe concernant Tintersection des surfaces, 6.
U.
UniversitS ds ChHstiania* — Hommage d*une m^aiile en bronze k Tefligie
de H. Hansteen , 2.
990 TABLR DBS AUTKURS*
.V. ...
Fan Benedetf* — Gommissaire pour un m^moire de M. d^Udekem, 325;
rapport sur- ce m^mpire, 368; un mot 8«r la penetration des Spermato-
zoTdes dans Toeuf pendant Facte de la f^condation, 312; annonce la mort
. de M. J. Muller, 568; lettre de M. Lieberkuhn sur les gr^garines des
T^rebelles, 376.
Fan dB Weyer. — Annonce l*iotention de publier une notice sur feu Bf . Van
Meenen, 316; faommage d'un ouvrage, 382, 496.
Fan HaiteU, — Hommage d^un ouvrage, 27; commissaire pour un m^-
moire de M. Fr. F^tis, 321.
Fan JIfeenen. — Annonce de sa mort, 316.
f^an Mfeenen {F), — Envoi d^exemplaires des discours prononc^s sur la
torabe de son pere , 316.
Ferhaeght. — IMpdt de phenomenes p^riodiques , 92, 367.
Fineent (/.-^. et filt). — D^p^t d*observations omithologiqueii de 1857, 2.
Foituron. — Laur^at du concours de la classe des lettres de 1858, 389.
W.
IFe$mael (Alfred), — - Catalogue des plantes vasculaires observ^es dans les
environs de Bruxelles, 66; lettre relative A ce catalogi^e, 225.
fFeima$l (C). — Memoire sur diyorses especes dlcbneumons , 368.
TABLE DES MATIERES.
A.
Anatomie comparee, — Un mot stir la penetration des spermatozoi'des dans
Toeuf pendant Tacte de la fondation , par M. Van Beneden ,312.
Jtrchiologie, — Note sur le monument d^Hugonet, par M. De Busscher, 312.
Arehitecture, — Commission pour le programme du grand concburs d*ar-
chitecture de Rome, 192; rapport present^ par M. Alvin au pom de cette
commission, 266.
jistronomie. — De IMnfluence de la lune sur la menstruation , par teu X-A.
Clos, 108; rapports de MM. Spring, Martens et Gluge sur ce travail, 66,
78; sur r^clipse de lune du 27 f^vrier 1858, et occultatipns d^^toiles par
la lune obsenr^es en 1857, par MM. Ad, et Ern. Qneteiet, 2^7; sur r^clipse
de soleil du 15 mars 1858, par M. Ad. Quetelet, 282; sur une nourelle
determination de la differen<^e des longitudes entre les observatoires de
Greenwich et d'^dimbourg, 366; rapports de MM. Liagre et Ad. Quetelet
sur un memoire de M. Mahmoud cobcernant le calendrier arabe avant Tis-
lamisme, 371 , 375.
Biographie, — Notice sur Jean Duvirier, par M. Ed. Fetis , 28; notice sur
Francois Millet, par le m^me, 193; notices biographiques sur Gerard Van
Opstal et RoeUmdt Savory, par M. Ed. F^tis, 327,544; notes sur J^rteie
Van Aeken, dit Bosch, et sitr Alard du Hameel , par M; Alexandre Pinehart,
497. (V. i^aioi're.)
C.
Caiiie centrdU des artiitet beiges. — Situation pendant Tannee 1857 ,'^8 ,
163; somme accord^e par le Roi, 205; somme accord^e et preievee sur le
522 TABLE DES MlTlillES.
prix de vente du o^uvres d*art de rexposition tf iennale des beaux-arts de
Bruxelles, 265; d^p6t du compte rendu imprim^ de la situation en 1857,
331 1 somme accord^ par la Soci^t^ beige des aquareliistes, 506.
Chimie. — Rapports de MM. Stas , Martens et De Koninck sur un memoire
de M. Henry, intitule : Considerations sur quelques classes de composes
organiques,^7.
Commissions. — C0fa|]|l^#i| poft l9:pr^§rafu|is 4a|grand concours d*ar-
chitectnre de Rome, 192 ; rapport pr^nte par M. Alvin an nom de cette
commission, 266; approbation des cbmptes de TAcad^mie pour 1857 par
les commissions sp^ciales des finances des classes des lettres et des beaux-
arts, 319, 322; dispositions relatives aux publications de TAcad^mie par la
commission administrative et apprQ|l)ation de la comptabilite de 1857, 25,
227 ; annonce de la publication des premiers volumes des oeuvres de Van
Ijiaerlant, par la commission pour la,publicati(ui des anciens monuments
de la litt^cature flamande, 317. .
CQncpurs de composition musiwle {Grands). — Lettres du Ministre de
l!int^rieur relatives k MM. Benoit et Pemol , laur^ats, 26, 191; 266, 494;
envqi du premier rapport trimesti^iel de M. Bepoit , 494.
Concours ie la classe des lettres. — R^suJtats du concours de 1858 et
i^mi^ation des commissaires, 162; r^u|tats du concours extraordinaire
9ui; le lieu de naissance de dharlemagne etjuomination de coqimissaires,
165,; leqture du jugement des pieces de 9oncour&, 319;^apports de
]4M.,Faider i^t Grandjg^gnage sur les mi^moires en r^ponse ^. la premiere
question^ 385, 386; rappor^ de M]tf. De D^ker et Paul Devaux sur les
mfmoires en riponse k la dpuf ieme question , 392; rapports de MM. Snel-
laert. )e. b^iron de^ S^mt-Qenois et David sur le qi^moire enx^ponse k la
.j^'oisieme^question, 409, 415, 428; rapports d^ AtM.de Ram, Kervyn de
iettenhove et Schayes sur les m^moires en r^ponse au jconcours sur le
lieu de naissance de Charlemagne, 429 , 430 , 459.
Concours de la classe des sciences^ — Programme pour 1858, 4; pro-
gramme pour 1859 , 225.
Mnoups, ^^ IDhcxnivs adnsssi d Sa H ajesM,: le pfcader jodr de Mii |itr le
fMsidemtdel'Aolidftmej M. lediaooliw (de-Rsoi^ 1$.
Done. — Cartes d*entr^e pour les tribunes r^erv^s du Sdnafet^elaGhuidire
des repr^entants par MM. les questeurs, 2, 27; m^daille en bronze par
Puniversit^ de Christiania, 2; ouvrages par M. de Selys-Longcbampsy 3,
.,^6&; ouvitages p^r Jii A4« :Q9^^1et, 3; ouvrag^par |lvlQ.3liius(re dp
. rint||riem;i,.l^j 2^^^ 280| Quvr^^ par All 4e iutiii,« 15^ ovTra^fe par
fAiUK VEM mkniMM. BIS
d« UttniMw, IS; •ouffi^e par H. fiMlwid, iS\ ouvrafepar
If. Van laaieft, Wf$ MTrtf^e par M. BopM, M^ Maft^a {mpM. Oe-
^liaHpMf iM^iiWitga |»r M. M«bligiif , B6 ^^uvaa^a ^
9910$ wifaralia parM. DaKatiinck, i89$ a«f iaga yar M, liirtlgaa, HSl ;
oii^va^e fiat Ji. la IfiiijfttM dm iaxiaoeiy 914^ ^ivaM^a fir If. F. Tan
Maaoen, ^16; Mfrra^e par M. Tk iasie, 817.; mitwi^ par M. MatUeu,
Mil; <NiiTage par k €mwnilrioacaalr4la ite aMlilCfs*, 8Bt( al^
11; ¥«B da We]f!er, Sii.
* . r
ileetiom, — M. Melsens ^lu directeur jde la cbue dea sciancei pour 1859,
13; M. le baron de GerlaQbc ^1u directeur de la classe des lettres pour
18$d, ^5; ML Fr. F^tis elu directeor de la classe des beaux-arts pour
1859, 27; MM. Duret, RieUchel, Picot et Martinet ^lus associ^s de la
classe des beaux-arts, 27; M. d^Omalius nomme president de TAcad^mie
pour 1858, 66.
Ethnographie. — Note suppl^mentalre sur les caracteres naturels des ao-
dens Geltes; par M. d*Oinalias, 303.
G. •
G4miiUfn$, (Voir Jf^Mmatifim pm$$ ^4tppl4^imh§ ).
Sitioirt. — Rapports de MM. Gachati, Borgnet et le baron de Gerlache sur
un m^moire de M. Th. Juste, intitule : Charlet'QuifU et Marguerite
d^Jutriehe, 16, 22, 23; GfaiM^ric IH et les ^b de CbaHes Blartef : notes
sur les ann^es 741 et 742, recueillies dans un texte in^dit de Hugues de
Fleurj, par M. Kervyn de Lettenhore, 165; relation de la premiere croi-
sade de saint Louis, par Guibert de Toumai, par le mime, 250; le der-
mUtidti FkmrimfM, par ia nOpw, 463.
MatUmaHqws puree ef affpUguue^ <^- tieipfmi de M. TwiaafMani sur
un m^moire de tf . Maiar, intilHM : Mtfpui ^mn jwiMjpa eotteemetnt
Vintereeetion dee eurfacee, 6; rapport de M. firasseur surunttimoiae de
Mi Aa^^ffaau., iDtiluU^i Oaaaiiilittl^aft (Ue iiigne$ 4ft4r9ie(kmd9gr4, 60;
rapport de M. Lamarle sur tn mimmn 4a*Jf . ttlJbarti Mtituld filwJIar-
^824 TABLE DES MATi^lS.
' eAet $ur lei proprUiii giomitriques de$ mouvwunU plans j 89; note
tar iin tbforemefelattf&la.di^rie des roulettes, par M. Lamarle, 239.
J^eUoroiogit fit phy$iqu» dci glohfi, — Perturbatioii8iiiagni^tiques;aurore
bordale; violent tremblement de terre en Italie, par M. Ad* Qaetelet^ 7 ;
lur r^tat m^tterolo^pque de la ville de Oand, pendant Tann^e 1857, par
M. Duprez, 11 ; sur la quantity d*eaa recueillie ii Bmxelles du I*' dtem-
bre iS6^ an l*'.d^mbi« 1857f par M. Ad. Quetelet , \% ; sur TMipse de
ftoleil du 15 mars 1858 , par M. Ad. Quetelet, S82; sur rabaissement de
la temperature k Gand, pendant r^clipse solaire du 15 mars 1858, par
M. Duprez, 297; observations de temperature k Anvers pendant T^lipsc
de soleil du 15 mars 1858, par M. Montigoy, 299; observations m^eoro-
logiques faites k T^cole d^ag^iculture de Thouroul , pendant Tedipse de
soleil du 15 mars 1858, par M. De Traz, 302; determination du magne-
tisme terrestre i Bruxelles, par M. Ernest Quetelet, 378; perturbation
magu^tique observee k Bruxelles le 9 avril 1858, par M. Hooreman , 379.
Neerologie. — Annonce de la mort de M. Ranch , 26, 191; annonce de la
mort de M. Auguste Delfosse, 249} annonce de (a mort de M. Galeotti ,
280; annonce de la mort de M. Mareska, 280; annonce de la mort de
M. de Geer, ibid} annonce de la moi^t de M. Yan llfeeneh, 316; annonce
de la mort de M. Jean Miiller, 368; annonce de la mort de M. le cheva-
lier Marchal, 381.
•' ■ ■ • O... •
Ouvragm pr60cnU$- — 58, 216 , 275, 359,506.
Poleon/ofo^t'e.— Surquelques Crindidei paldozoiqnes noaveaiix dt PAngle-
terre et de T^cosse, par M. De Koninck, 93.
Peinture. ~ Tableau des freres Van Eyck : VJdoration de I'agneau patcal,
par M. De Busscher, 274, 322; lettre de M. Donaldson relative k la pro-
cbaine exposition des beaux-arts k Londres, 495.
ManomMet pModiques. ^ D^pdt des observations faites, 2, 66,92, 9B4 ,
281,366,367.
Pholvgraphie. — Requite de Mi Fierlants relative k la reproduction des
- . principaux tableaux de Tdcole flaonnde, 495.
TABLE DES MATIJ^RCS. 525
Physiologie. — De I'influence de la lune sur It menstruation, par feu J.-A.
Clos, 108; rapports de MM. Spring , Martens et Gluge, sur ce travail ,
66, 78.
Po4$ie. — Fooruitgang, par M. Nolet de Brauwere van Steeland, 486. •
Prix quinquennaux, — Expedition d*un arrets royal portant nomination
des membres du jury charges de d^erner le prix quinquennal de littdra-
ture frao^aise, 315.
Z.
Zoologie, — Un mot sur la penetration def spermatozoi'des dans Toeuf pen-
dant Tacte de la fecondation, par M. Van Beneden, 312; rapports de
MM. Van Beneden et Poelman sur un memoire de M. d*Udekem, re-
latif k une nouvelle classification des Anneildes sdtigeres abranches, 368 ,
371 ; lettre de M. Lieberkiihn k M. Van Beneden sur les Gregarines des
Terebelles, 576.
ERRATA.
Pag« i6, ligne 19, au lieu de : mimei, lisez : m^e.
— 180, — 29, — •'praeiiderunt,\'iieT:prce$€derHnt.
— 194, — 13, — : tculpture , lisen : architeeture.
— «5i , — 3, — : 1239 a 1266, lisez : 1339 a 1261.
N